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L'infrastructure technologique devra attendre

Jonathan Vianou - Journaliste et ingénieur  29 janvier 2009  Canada
Dans son budget déposé mardi, le gouvernement Harper souhaite consacrer des sommes importantes d'argent à des projets d'infrastructures qui en ont bien besoin: routes, ponts, projets universitaires, logements sociaux. Mais il a raté une belle occasion. Celle d'investir dans deux infrastructures technologiques particulièrement pressantes: l'accès à Internet haute vitesse et le libre accès aux résultats de recherches publiques.

Souvent relayées à la fin de la liste des priorités gouvernementales, les infrastructures technologiques permettent pourtant de créer des emplois immédiatement et de générer des bénéfices à long terme. De plus, en employant des travailleurs des télécommunications et de l'informatique, cela réduit les risques de créer une inflation dans le secteur de la construction.

Dans l'économie du savoir, Internet haute vitesse doit être considéré comme essentiel, au même titre que la poste, le téléphone et la télévision. Or, le Canada perd progressivement son leadership à ce chapitre. Deuxième en 2002 parmi les 30 pays membres de l'OCDE, en termes d'abonnés à Internet haute vitesse, il récolte maintenant une 10e position. Pire, il se classe 27e pour son rapport qualité de vitesse et prix! Sans compter que la limite de téléchargement moyenne canadienne de

60 Go par mois est rapidement atteinte, comparativement à celle américaine, qui est de 250 Go.

De plus, bien qu'Internet haute vitesse soit actuellement disponible pour 80 % des Canadiens, il ne l'est pas pour environ 80 % des communautés canadiennes. Pour ces 6 millions d'individus vivant en région rurale, et parfois très éloignée, Internet haute vitesse offre des opportunités inégalées d'avoir accès à des services d'éducation à distance, de télémédecine, de commerce électronique et gouvernementaux. Des efforts ont déjà été accomplis, notamment avec le Programme pilote sur les services à large bande pour le développement rural et du Nord, mais le travail n'est pas terminé.

Ainsi, alors que Telus suggérait d'investir 1 milliard de dollars dans ce projet, et le critique libéral en matière d'industrie, Scott Brison, «au moins» la moitié des 4,2 milliards de dollars récoltés lors de la vente aux enchères des nouvelles licences de téléphonie cellulaire par le CRTC, le gouvernement n'a réservé que 225 millions de dollars sur trois ans à ce projet. Ce montant décevra sûrement ceux qui rêvaient d'une vision nationale et qui auraient souhaité que ce projet devienne une priorité pour le gouvernement.

Autre déception: que le gouvernement investisse près de trois milliards de dollars dans la recherche de toutes sortes, mais qu'il ne prévoit toujours pas mettre en place une infrastructure technologique permettant un libre accès aux résultats qui vont en découler. La démocratisation des résultats provenant de recherches financées publiquement est un énorme chantier qui tarde à être pris en charge. Encore maintenant, les Canadiens n'ont pas accès à ces résultats, que leurs taxes ont pourtant permis de financer. Ces chercheurs et citoyens font plutôt face à l'imposante industrie des publications scientifiques, dont les coûts d'inscription augmentant chaque année (parfois de 10 %!) et dont le chiffre d'affaires annuel se situe aux alentours de sept milliards de dollars.

En démocratisant ses propres données, le gouvernement peut donner l'exemple. Un premier pas a été accompli par le ministère des Ressources naturelles du Canada en 2007, lorsqu'il a lancé le projet GéoGratis, un portail qui donne accès gratuitement à ses données géospatiales. Mais il reste un long chemin à parcourir, et plusieurs millions de dollars à investir, afin de dépoussiérer toutes ces informations. D'autre part, le gouvernement pourrait réclamer de ses organismes subventionnaires qu'ils incluent une clause de libre accès aux recherches qu'ils financent, et les publier dans un journal scientifique électronique, par exemple.
 
 
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