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Un budget à l'encre rouge

Manon Cornellier   28 janvier 2009  Canada
C'est Stephen Harper qui disait, le 7 octobre dernier, que le Canada n'enregistrerait pas de déficit. «Nous dépenserons à la mesure de nos moyens. C'est aussi simple que cela. La solution [consistant à dépenser] ne constitue pas un plan. C'est seulement le fait de gens qui paniquent complètement, et ce gouvernement ne paniquera pas», avait-il déclaré en fin de campagne électorale. Mais c'était avant la crise provoquée par l'énoncé économique de novembre et la formation d'un front commun de l'opposition pour déloger M. Harper.

Si on cherchait un baromètre pour mesurer la panique ressentie par les conservateurs depuis, on l'a trouvé hier. On a compris, en lisant le budget, qu'ils ont eu vraiment peur, assez pour accoucher, sûrement dans la douleur et avec une grosse blessure d'orgueil, d'un budget aux antipodes de leur credo économique habituel.

Ce sont les Canadiens, qui attendaient une action rapide d'Ottawa, qui profitent d'une certaine manière de ce dénouement. Tout y est: rénovation et construction de logements sociaux, crédit à la rénovation, bonification de l'assurance emploi, aide aux secteurs industriels en difficulté, allégements fiscaux, investissements dans les infrastructures, et ainsi de suite.

Après la menace posée par la coalition, le nouveau chef libéral, Michael Ignatieff, a maintenu la pression en laissant planer le doute sur ses intentions. Il a ainsi obligé les conservateurs à faire tous les compromis qu'ils croyaient nécessaires pour sauver leur peau. Le résultat? Un budget «rouge», dans les deux sens du terme. Il a été écrit à l'encre rouge et a, avec ses accents interventionnistes, une certaine couleur «rouge libéral». On sent toutefois que cette approche activiste ne vient pas naturellement aux conservateurs et qu'ils n'ont pas eu grand temps pour y réfléchir. Le budget tire dans toutes les directions, essaime les millions sans offrir de stratégie, de vision ou de thème porteur, du genre «investir pour créer une économie verte».

***

Le lourd déficit inscrit dans ce budget est quant à lui une signature toute conservatrice, car le fardeau aurait pu être moins lourd n'eussent été certaines décisions mal avisées de ce gouvernement. On pense en particulier aux baisses de la TPS, qui privent le fédéral d'environ 12 milliards de revenus par année. Ou encore aux dépenses qui ont bondi sous les conservateurs. Depuis 2006, elles n'ont représenté qu'une seule fois moins de 13 % du produit intérieur brut, et ce fut cette année, la première du ralentissement économique. En comparaison, les libéraux n'ont franchi qu'une seule fois la barre des 13 % une fois éliminé le déficit.

Le déficit annoncé hier est imposant et l'avalanche de bonnes nouvelles ne peut le faire oublier. On parle d'un manque à gagner pour l'année en cours de 1,1 milliard de dollars, de 33,7 milliards pour 2009-10 et de 29,8 milliards pour 2010-11. À la fin de 2012-13, le déficit accumulé aura atteint 85 milliards, effaçant tous les efforts faits pour réduire la dette depuis 10 ans.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, tenait à présenter son budget comme un vrai budget conservateur, pragmatique et tout et tout. Il n'a toutefois pu dissiper, en conférence de presse hier, le doute qui persiste sur ses prédictions. Comment croire sa promesse d'un maigre surplus de 700 millions en 2013-14, lui qui prédisait il y a seulement huit semaines des surplus jusqu'en 2012-13. La confiance ne sera pas aisée à rétablir.

***

Les libéraux ne pourraient pas vraiment invoquer la perte de confiance pour s'opposer au budget, si tel devait être leur idée, car ils n'en ont jamais fait un critère de leur évaluation, contrairement au Bloc québécois et au NPD. Ils ne pourront pas non plus s'en prendre à l'essentiel de ce qui se trouve dans le budget puisque celui-ci répond à leurs grandes exigences. Il y a une baisse générale des impôts, mais elle est modeste et n'a pas le défaut qu'avaient les baisses de la TPS, de menotter dangereusement les gouvernements futurs. Les allégements de nature permanente oscillent autour de trois milliards de dollars par année. Ils sont donc sous la barre de ce que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, estimait être la marge de manoeuvre structurelle du gouvernement fédéral.

La semaine dernière, M. Page écrivait qu'en période économique normale et sans changement apporté au régime fiscal, le fédéral afficherait un surplus récurrent de six milliards. Par conséquent, il pouvait se permettre des mesures permanentes de cette ampleur, mais, au-delà de ce seuil, il ouvrirait la voie à des déficits structurels. Or, il faut se rappeler que Michael Ignatieff disait s'opposer à une baisse générale des impôts si cette dernière entraînait un déficit permanent et ne ciblait pas les plus démunis.

On connaîtra ce matin la position libérale, mais à peu près personne ne croyait hier que les troupes de Michael Ignatieff pouvaient voter contre ce budget. S'il devait permettre l'adoption du budget conservateur, Michael Ignatieff ferait face à un nouveau défi: il devrait se préparer aux dangers qu'un tel appui pourrait représenter. Les conservateurs vont reprendre l'initiative tout en profitant de la caution du Parti libéral pour vendre leur plan. Un exercice tout en subtilités attend le chef libéral, qui devra savoir lui aussi tirer profit du répit pour redonner du muscle à son parti.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Yvon Roy - Abonnée
    28 janvier 2009 08 h 30
    tvq
    Tout est en place pour une hausse de la TVQ au Québec semble-t-il, puisque la péréquation, tout comme les taux d'intérêt, devra s'ajuster au marché elle aussi.
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  • Christopher Lackey - Abonné
    28 janvier 2009 09 h 01
    De retour au jeux d'échecs...
    Si M. Ignatieff décide de renverser les conservateurs, il risque de déclencher des éléctions qui rendrait pratiquement le même resultat, donc un autre $350 millions dépensées pour rien, qui pousserait le cynicisme des canadiens à un niveau jamais vu. S'il appuie le budget il risque de tomber dans le piège, comme son prédecesseur l'a fait, en laissant les conservateurs partir encore une fois dans une belle campagne de rélations publiques. Ils vont pouvoir se vanter de tout l'action qui a été prise alors que les trois partis critiqueront toujours mais n'auront pas la visibilité ni le pouvoir de faire quoi que ce soit.

    Moi je dirais que c'est très clair maintenant que le parti au pouvoir ferait n'importe quoi pour rester au pouvoir, mais il vaudrait mieux de laisser dégrignoler leur crédibilité pendant un bout encore, en étant prêt de les mettre à porte dès le premier niaserie.
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    28 janvier 2009 09 h 12
    Basse politique
    Une fois de plus, on assiste à un exercice de basse politique, sans vision d'avenir pour le Canada. Les Conservateurs gribouillent à la hâte un budget sans dessein ni dessin, sinon de rester au pouvoir. Un exercice qui ne mènera nielle part, comme le souligne Robert Sanfaçon dans un autre article.

    Et de l'autre côté, un parti libéral dont le chef pense à ses intérêts et cherche à justifier un soutien au parti conservateur, en vue de gagner les prochaines élections. Manque de vision évident de ce côté-là aussi. Alors que ce serait le moment de faire preuve d'initiative et de défaire ce gouvernement sans crédibilité, en s'appuyant sur une coalition don la lettre intitulée « Le parlement est roi! », des universitaires spécialisés en droit constitutionnel, lui donne toute légitimité en expliquant qu'il est tout à fait légitime qu'un gouvernement minoritaire qui n'a plus la confiance de la Chambre soit remplacé par le gouvernement qui obtient cette confiance, sans passer par des élections. Une fois que le gouvernement a perdu la confiance de la Chambre, déclare la lettre, « la gouverneure générale n'est plus liée par les avis et conseils du premier ministre ».

    Il faut noter qu'il ne s'agit pas de l'opinion d'un ou de deux constitutionalistes, nais de 35 experts de plusieurs universités canadiennes. Leur rappel qu'en situation de minorité, le gouvernement ne peut pas prétendre avoir gagné le droit de gouverner, pose une menace sérieuse pour Harper, qui a utilisé une tactique dilatoire de prorogation du parlement pour éviter une défaite. Cette fois, mieux informée de ses droits, la gouverneure ne suivrait plus aveuglément comme elle l'a fait les avis de Harper.

    Curieusement, personne ne parle de ce document capital, qui devrait pourtant peser lourd dans les prises de décision. Même Le Devoir, pourtant bien informé habituellement, n'en a pas fait état, une grave lacune inexplicable dans l'information. Le chef du parti libéral y trouverait pourtant un argument solide pour nous débarrasser d'un gouvernement qui retourne sa veste en l'espace de quelques semaines, qui n'offre aucune crédibilité et dont le budget est un fourre--tout de mesures destinées à séduire l'électorat, mais sans un plan d'ensemble structuré, qui présenterait une vision d'avenir solide pour le pays.

    Hélas, la basse politique des calculs va l'emporter, avec des politiciens qui manquent d'envergure et pensent à leurs intérêts avant ceux du Canada.
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  • Jacques Lafond - Abonné
    28 janvier 2009 10 h 49
    Budget
    Les conservateurs voulaient présenter un budget équilibré (sans déficit), et des baisses d'impôts.

    Il y a eu une crise politique à Ottawa en décembre, les conservateurs on eu peur, et ils présentent maintenant, contre leurs volontés, un budget avec un déficit de $33 milliard.

    Ils sont tous fous ces canadiens, et ces québécois. Ils sont tous vraiment fous ...
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  • Lucien Maheu - Abonné
    28 janvier 2009 13 h 32
    Budget électoral sans plus
    Vous avez raison Mme Cornellier , un changement de cap incroyable depuis deux mois. Le "budget tire dans toutes les directions" sans stratégie sans vision.

    M. Racle nous dit que le "budget est un fourre-tout de mesures destinées à séduire l'électorat".

    Comme le plus gros des votes à gagner est en Ontario pour le gouvernement en place, il n'a pas de doute que cette province a été privilégiée dans ce fourre-tout.
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  • Richard Dupuis - Inscrit
    28 janvier 2009 14 h 59
    "Le parlement est roi!": Une lettre d'opinion parmi tant d'autres!
    Un commentateur habituel du Devoir en ligne, Gabriel Racle, semble donner une importance démesurée, à mes yeux, à la lettre, écrite par 35 profs d'université, qui sévissent d'un océan à l'autre, et intitulée "Le parlement est roi!"

    Pour avoir moi-même lu ladite lettre, elle explique pourtant bien peu de choses, à savoir que rien, ni dans la loi, ni dans la constitution, n'oblige la gouverneure générale à déclencher des élections, si le gouvernement de Stephen Harper, minoritaire et fraîchement élu, est renversé sur le budget qu'il vient de présenter.

    Faudrait-il préciser que si rien n'oblige la gouverneure générale à déclencher des élections, ou plus précisément, à suivre les demandes du premier ministre, rien ne l'oblige à faire le contraire non plus. Il revient donc à Michaêlle Jean de prendre la décision selon son âme et conscience.

    Et si je me fie à ce que j'ai pu constater jusqu'à maintenant, je peux avancer que ses propres principes de démocratie l'amèneront à laisser le peuple décider, et ainsi, à déclencher des élections, si les libéraux décident de renverser le gouvernement.
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