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    À la guerre comme à la guerre!

    Les soldats canadiens doivent respecter les règles internationales d'engagement, même si le conflit est atypique, comme en Afghanistan

    27 janvier 2009 |Alec Castonguay | Canada
    Photo: Alec Castonguay
Nadine Fortin
    Photo: Photo: Alec Castonguay Nadine Fortin
    Fort Bliss, Texas — Comment respecter les conventions internationales de la guerre dans un conflit atypique comme l'Afghanistan, où l'ennemi est partout et nulle part?

    C'est la question délicate — et potentiellement explosive — que doit gérer la major Nadine Fortin, avocate en droits de la personne au sein des Forces canadiennes. C'est elle qui devra s'assurer que les soldats québécois qui seront déployés en Afghanistan ce printemps respectent les traités internationaux qui régissent les conflits, notamment la convention de Genève.

    «Les Forces canadiennes ont le droit de faire usage de la force, mais pas n'importe comment. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut prendre à la légère. Le Canada a l'obligation de se conformer aux traités internationaux», explique la major Fortin, debout au milieu du camp Dona Ana, à Fort Bliss, une immense base militaire américaine à cheval entre le Texas et le Nouveau-Mexique.

    C'est dans ce paysage de plaines arides bordées de montagnes que les soldats québécois terminent présentement leur entraînement. Ce climat désertique est parfait pour reproduire les conditions difficiles de Kandahar.

    Ils seront 1640 militaires du Québec (sur 2750 Canadiens) à prendre le chemin de la plus dangereuse province d'Afghanistan dès la mi-mars, pour un séjour de six à neuf mois.

    À l'automne 2007, la controverse sur le traitement des prisonniers talibans, que les Forces canadiennes remettaient aux autorités afghanes malgré les risques de torture, a mis en lumière la mince ligne qui sépare un acte légitime d'un geste contraire aux conventions internationales.

    La major et avocate Nadine Fortin sera déployée avec le groupe tactique de combat, soit les 1100 hommes responsables de mener les opérations les plus dangereuses. Elle travaillera également avec les services de renseignements qui préparent les missions.

    Chaque fois, elle se posera la même question, dit-elle. «Qui est un combattant au sens de la loi et qui ne l'est pas? Ce n'est pas écrit "taliban" sur leur front. Quand les soldats se font tirer dessus, c'est simple, parce que c'est de la légitime défense. Mais quand on prépare des opérations précises, il faut s'assurer de respecter les règles d'engagement», dit cette petite femme en habit de combat militaire.

    Des indices seront utilisés pour déterminer si la cible est légitime. Par exemple, est-ce qu'une vidéo captée par un avion sans pilote (drone) montre le combattant en train de poser une bombe? Est-ce qu'il a déjà été vu en train d'attaquer des soldats canadiens ou de l'OTAN?

    Des décisions rapides

    À Fort Bliss, Nadine Fortin fait de la sensibilisation auprès des soldats. «À mesure qu'on se rapproche du déploiement, les entraînements sont plus concrets, et les soldats réalisent que c'est important. Ils devront parfois prendre des décisions rapides et délicates. Ils devront vivre avec cette décision, alors autant qu'elle soit conforme aux lois», raconte-t-elle.

    En décembre dernier, un soldat canadien a été arrêté et accusé d'avoir abattu un combattant désarmé dans la province d'Helmand, en Afghanistan. Le procès du capitaine Robert Semrau, qui commence dans quelques mois, démontre que tout n'est pas permis sur un champ de bataille.

    Et si la major Fortin juge que l'état-major prend une décision qui contrevient aux règles internationales lors d'une mission? L'avocate affirme avoir le droit de monter dans la chaîne de commandement pour dénoncer certains comportements. «Si à mes yeux c'est complètement illégal, je peux passer à un autre niveau», dit-elle.

    La major Fortin en sera à son premier déploiement en Afghanistan et sera confrontée à la réalité d'un conflit difficile où l'ennemi n'est pas toujours identifiable. Elle se dit consciente que la tâche est lourde.

    Mais elle aura, en cas de doute, l'aide de quatre autres avocats canadiens à Kandahar, qui seront dispersés avec d'autres unités: le commandement régional de l'OTAN, le commandement canadien, l'équipe de reconstruction provinciale et le mentorat de l'armée afghane.

    Le Devoir s'est rendu à Fort Bliss à l'invitation des Forces armées canadiennes.












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