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La nouvelle dynamique

Michel David   22 janvier 2009  Canada
Le concepteur du Conseil de la fédération, l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui s'était lui-même inspiré du Livre beige de Claude Ryan, en attendait de grandes choses.

Dans son rapport de 2001, il y voyait non seulement le «symbole du fédéralisme coopératif», mais aussi «l'élément clé d'une toute nouvelle dynamique fédérative au Canada, fondée sur la concertation, la cogestion, la codécision».

Dès sa création, le PQ s'en est méfié comme de la peste. L'ancien député de Mercier Daniel Turp, constitutionnaliste lui aussi, le considérait déjà comme «un organe constitutionnel» qui pourrait éventuellement remettre en question la compétence exclusive du Québec dans des domaines comme la santé, l'éducation et les affaires sociales.

Il est vrai que M. Pelletier n'excluait pas l'éventualité de le constitutionnaliser formellement et d'y faire entrer des représentants fédéraux, à commencer par le premier ministre du Canada. Il envisageait également la possibilité qu'à terme il entraîne la disparition du Sénat.

Bien entendu, rien de tout cela ne s'est encore produit. Le Conseil n'a encore que cinq ans d'existence et personne ne peut savoir exactement comment il évoluera. Il n'est pas certain non plus que les choses se passeraient très différemment si le Conseil n'existait pas.

L'ancienne Conférence des premiers ministres était peut-être moins structurée, mais on y voyait les fronts communs des provinces s'y faire et s'y défaire sensiblement de la même façon au gré des intérêts de chacun.

Tous les prédécesseurs de Jean Charest ont éprouvé un jour ou l'autre la même déconvenue que lui, quand ses homologues provinciaux réunis à Ottawa jeudi dernier n'ont pas levé le petit doigt pour appuyer ses revendications au sujet de la péréquation. La «nouvelle dynamique fédérative» que souhaitait M. Pelletier ressemble étrangement à l'ancienne.

Soit, M. Charest n'a peut-être pas aidé sa cause en faisant l'autruche durant la campagne électorale, mais une indignation plus précoce n'aurait sans doute rien changé. En matière de péréquation, les intérêts des provinces sont trop divergents pour qu'un consensus soit possible, et Stephen Harper n'a aucune raison de faire une fleur au Québec, bien au contraire.

Il ne faut évidemment pas se surprendre d'entendre Pauline Marois réclamer l'abolition du Conseil ou le retrait du Québec, ce qui reviendrait au même. D'un point de vue souverainiste, il ne présente aucun intérêt.

Dès la parution du rapport Pelletier, Mario Dumont s'était également opposé à l'idée d'institutionnaliser la Conférence des premiers ministres provinciaux. Il y voyait une reconnaissance implicite du principe de l'égalité des provinces, auquel le Québec s'est toujours opposé. Dans son esprit, on cherchait simplement à aménager un «terrain de jeu» pour un premier ministre qui se plaisait visiblement au Canada anglais. Un des premiers gestes d'un gouvernement adéquiste aurait été de s'en retirer.

Bien entendu, Jean Charest, qui demeure le premier ministre le plus canadien de l'histoire du Québec moderne, ne s'y résoudra jamais. C'est lui qui a convaincu ses homologues provinciaux de l'utilité d'un tel organisme. Son désistement serait interprété comme une véritable trahison dans le reste du pays. Sil entretient encore l'espoir d'un retour sur la scène fédérale, c'est bien la dernière chose à faire.

Au-delà du plan de carrière de M. Charest, la question est de savoir si, dans une perspective québécoise du fédéralisme, qui suppose la reconnaissance concrète de besoins différents de ceux des autres provinces, il demeure avantageux de faire partie du Conseil de la fédération ou si cela affaiblit le rapport de force du Québec, comme le prétend Mme Marois, et risque d'avoir éventuellement pour effet de diluer son caractère distinct.

Tout n'est pas négatif dans le bilan du Conseil. Ainsi, en septembre 2004, il avait puissamment contribué à la conclusion d'une entente qui augmentait la participation fédérale au financement des services de santé, tout en prévoyant spécifiquement le respect des compétences du Québec.

Au cours des dernières années, il n'a cependant rien eu à voir avec les diverses manifestations du «fédéralisme d'ouverture», qu'il s'agisse de l'entente sur la représentation du Québec à l'Unesco, du règlement du litige sur les congés parentaux ou encore de la reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des communes.

On a fait grand cas de son rôle dans le prétendu règlement du déséquilibre fiscal à l'occasion du budget fédéral de mars 2007. Quatre mois plus tard, un rapport du Conseil avait cependant sonné le glas du transfert de points d'impôt aux provinces, lequel aurait pu rétablir un équilibre réel et surtout plus durable.

Le gouvernement Harper s'apprête maintenant à modifier unilatéralement la formule de péréquation adoptée en 2007, ce qui pourrait coûter jusqu'à un milliard au Québec, et le Conseil demeure muet. Sans parler du projet d'une commission des valeurs mobilières pancanadienne.

Le plus ironique est que M. Charest est présentement président du Conseil. À l'issue de la réunion de jeudi dernier, un communiqué émanant de son bureau se félicitait des résultats. Pourtant, à le voir à la télévision, il n'avait pas l'air content du tout.

***

mdavid@ledevoir.com






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  • Richard Desrochers
    Inscrit
    jeudi 22 janvier 2009 07h10
    message
    Comme à la plupart de vos articles, il faudrait écrire ceci à la fin: "Ce message a été retenu et payé par le Parti QUébécois" Facile de voir que vous avez perdu vos élections.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 22 janvier 2009 07h42
    C'est seulement en attendant le couronnement canadien de M. Charest
    Vous écrivez : «Bien entendu, Jean Charest, qui demeure le premier ministre le plus canadien de l'histoire du Québec»

    Oui, c'est bien entendu, M. Charest est un "premier" très provincial qui se contente d'ententes administratives asymétriques non permanentes, ce qui devrait lui faciliter le chemin vers son objectif de devenir Premier-Ministre d'un vrai pays, le Canada...éventuellememt.

  • J. Maurice Arbour
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 08h18
    Un forum pour naïfs incorrigibles
    Une manière de voir le Conseil est de dire qu'il place le Québec à un contre douze ( Le Coseil est composé des 10 provinces, du Nunavut, des territoires du Nord-Ouest et du territoire du Yukon ). L'un des buts du Conseil est de "promouvoir la coopération entre les provinces et les territoires et tisser des liens plus étroits entre les membres du Conseil, dans le but de renforcer le Canada".Mais le Québec sera toujours seul, du fait de son caractère distinct, et ce n'est pas le sourire de M.Charest, ni sa foi inconditionnelle dans les vertus du système fédéral canadien, qui feront oublier aux autres membres de ce Conseil leurs propres intérêts, ce qui est aussi tout à fait normal.

  • Jean Maxime
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 10h26
    Tout cela dépend de notre état d'esprit
    Malheureusement, plus souvent qu'autrement, du moins c'est mon cas, on se confond entre nos préoccupations day to day et ce pourquoi une table de concertation a été créée.

    A moins que je ne me trompe, ce Conseil de la fédération vise à défendre des intérêt communs à toutes les provinces auprès de l'homologue fédéral.

    Quand quelque chose ne fait pas l'unanimité des provinces, ce n'est tout simplement pas la place pour traiter une telle revendication. Cela revient à dire garder le silence autour de cette table par rapport aux éléments de revendication qui sont soit divergents ou n'ont pas le même niveau d'intérêt pour les électeurs d'un océan à l'autre.

    Faire la démonstration à ses pairs qu'on sera plus efficace qu'eux dans la livraison d'un service au sein d'un marché distinct, sera toujours un exercice ayant sa part de contraintes.

    N'en déplaise aux conservateurs québécois, s'attendre qu'on puisse recevoir plus, d'un nouveau mode de calcul de la péréquation, d'un gouvernement quasiment absent dans une province donnée, ne m'apparait pas très réaliste... dans le contexte actuel!

    Comme Duceppe a condamné Ignatief et Harper à s'entendre, ils vont le faire...! Pas pour lui faire plaisir, ni pour faire plaisir à une majorité de Québécoises et de Québécois. Pour faire plaisir à une majorité de Canadiennes et de Canadiens.

    Pis ça je pense pas qu'au Québec dans une perspective de société distincte, on puisse en sortir sans y laisser quelques plumes ?

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 11h26
    D'abord que c'est de même
    D'abord que c'est de même, déclarera bientôt Jean Charest, je retourne à Ottawa mettre au pas ces petits baveux de premiers ministres provinciaux. Ils ne perdent rien pour attendre.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Jean-Charles Morin
    Inscrit
    jeudi 22 janvier 2009 11h46
    Un boulet de plus à la cheville du Québec.
    Le conseil de la fédération ne se révélera à la longue qu'un instrument politique de plus pour marginaliser et banaliser le fait francophone à l'intérieur d'un Canada chaque jour de plus en plus unilingue et anglophone. La prise de contrôle totale de l'ensemble du pays et de ses institutions par sa majorité non-francophone est pratiquement terminée avec l'aval bienveillant de nos ineffables fédéralistes québécois de service. Tous les Richard Desrocher et Michel Lebel auront beau pratiquer à ce propos leur art du déni jusqu'à plus-soif, cela n'y changera strictement rien.

  • Normand Carrier
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 12h20
    Le joujou de Charest s'effrite !
    Ce conseil de la fédération est dans sa pente descendente quoiqu'en disent les fédéraistes purs et durs qui voient toute forme de nationalisme québécois comme le diable . Jean Charest peut garder cet organisme vivant , cela ne servira a le discréditer encore plus car le poids du Québec baisse dans ce pays et le poids de Charest sera d'un ridicule consommé dans quelques années ... Votre article monsieur David est un modele d'objectivité et vous y attaquer est de la pure mesquinerie qui est le symbole des faibles qui refusent l'argumentation !

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 16h46
    Et le 2 %
    Monsieur David fait une bonne analyse mais a oublié les fameux points de la TPS que Jean Charest n'a pas voulu récupérer. S'il avait récupéré ces points il aurait pu se foutre de cette baisse des transferts fédéraux. Il est vrai aussi que ces deux points n'ont pas la même valeur s'ils proviennent d'Ottawa ou de Québec, comme de d'autres provinces.

    Claude L'Heureux, Québec

  • Réjean Grenier
    Abonné
    jeudi 22 janvier 2009 17h05
    L'objectivité
    En tant qu'ancien propriétaire d'un hebdo dans les années soixante dix, je sais comment il est difficile de pratiquer
    l'objectivité lorsque l'on est journaliste/chroniqueur.
    Et quoi qu'en dise le sieur Lebel dans ce blogue, Michel
    David fait parti de ceux là.
    Mosnsieur David est peut-être indépendantiste mais ça ne transparaît jamais dans ses textes. Même que pour un péquiste comme moi il y a des fois ou je lui tordrait un peu
    le cou lorsqu'il s'en prend à mon parti.
    Il faut savoir que la fonction première d'un journaliste est
    d'informer ses lecteurs et celle d'un chroniqueur est d'analyser une situation au meilleur sa compétence.
    Michel David est l'un de ceux là. Malheureusement ils se font
    rares les vrais.
    Réjean Grenier.

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 23 janvier 2009 08h09
    Québec vs Canada
    Aussi longtemps que le Parti Québecois fera en sorte que les Québecois considèrent les autres provinces canadiennes et le gouvernement fédéral comme étant des ennemis à abattre, comment voulez vous que le ROC nous prenne au sérieux. Chaque fois que le Québec formule une suggestion, une recommandation ou une revendication quelconque, le ROC est obligé de se poser la question à savoir s'il ne s'agit pas là d'un jalon posé en vue de favoriser l'accès du Québec à la souveraineté.

    Paul Lafrance
    Québec

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