Une panne de rapport de force
Au moment de la préparation du budget fédéral de 2007, plusieurs premiers ministres provinciaux avaient encouragé Stephen Harper à s'assurer que Jean Charest y trouve son compte. En pleine lune de miel avec son homologue québécois, le premier ministre conservateur n'avait pas demandé mieux que de s'exécuter.
Déposé à une semaine du scrutin québécois, le budget par lequel le ministre Jim Flaherty se targuait d'avoir réglé le déséquilibre fiscal a peut-être permis, in extremis, à Jean Charest de survivre à sa pire campagne électorale. Ce qui est certain, c'est qu'il ne lui a pas fait de tort.
L'époque des retours d'ascenseur Ottawa-Québec semblait bien lointaine vendredi après-midi alors que le premier ministre du Québec accusait son homologue fédéral de manquer à sa parole au sujet de la péréquation et de pratiquer un fédéralisme fondé sur l'unilatéralisme. Même aux pires heures de leurs relations, Jean Charest était plus modéré dans ses propos publics à l'égard de Jean Chrétien et de Paul Martin qu'il ne l'a été vendredi à l'égard de Stephen Harper.
Force est également de constater que le discours grinçant de M. Charest allait à contresens de l'humeur ambiante. Au cours de son point de presse, le premier ministre a affirmé qu'il n'était pas le seul à avoir des griefs au sujet du virage du gouvernement Harper sur la péréquation. C'est vrai, mais ses collègues provinciaux semblaient nettement moins empressés de monter aux barricades.
***
Il n'y a pas ici qu'une discordance passagère d'humeur entre le gouvernement du Québec et ceux des autres provinces. Dans les faits, on assiste à un refroidissement des relations entre Jean Charest et certains de ses plus influents homologues.
La question d'une commission nationale des valeurs mobilières est un autre front sur lequel tout est en place pour un affrontement Charest-Harper. En prévision de cette bataille, le Québec peut encore compter sur l'Alberta et le Manitoba, mais la Colombie-Britannique lui a fait faux bond. Le premier ministre Gordon Campbell a plutôt choisi de négocier la place de sa province dans un éventuel système piloté par Ottawa.
En même temps, l'alliance conclue entre Queen's Park et Québec l'an dernier résiste mal au test de la réalité politique. Sur la péréquation, la réglementation financière, la représentation à la Chambre des communes, Dalton McGuinty et Jean Charest défendent des intérêts opposés. Et le premier ministre ontarien a désormais meilleure audience à Ottawa que son collègue québécois.
Il ne fait aucun doute que M. Charest paie actuellement les pots conservateurs qu'il a contribué à casser pendant la campagne fédérale de l'automne dernier. Ses prises de position sur la culture, le développement régional et la justice pénale avaient alors amplifié le message anti-Harper du Bloc québécois.
Le désir de se mettre en piste pour sa propre campagne électorale n'était pas étranger à ce positionnement agressif. Mais, en tout état de cause, Jean Charest ne pouvait pas s'attendre à emporter au paradis son rôle dans le médiocre score conservateur au Québec ou à voir Stéphane Dion remplacer Stephen Harper au pouvoir.
Cela dit, le premier ministre est également victime de son propre succès électoral. Maintenant qu'il est installé au pouvoir pour quatre ans et qu'il n'y a pas de menace référendaire à l'horizon, l'époque où ses homologues provinciaux se pliaient en quatre en appuyant la création d'un Conseil de la fédération ou une approche asymétrique au financement de la santé pour faciliter la vie du champion fédéraliste qu'était à leurs yeux Jean Charest est révolue.
La possibilité qu'il en soit à son dernier mandat, l'hypothèse qu'il se réincarne un jour en politicien fédéral ont également un effet accélérant sur le retour au chacun pour soi en matière de relations Canada-Québec.
***
Au total, Jean Charest se retrouve, à l'aube de son plus dur mandat sur le front économique, en panne de rapport de force. Ses ponts sont rompus avec Stephen Harper, lequel a de moins en moins de raisons de s'acharner à cultiver un Québec qui a pris l'allure d'une terre brûlée. Le Parti conservateur fédéral continue de régresser au Québec; les sondages indiquent que la réélection des dix députés actuels serait problématique.
Depuis qu'il est chef du PLQ, Jean Charest n'a jamais levé le petit doigt pour les libéraux fédéraux. Sa culture politique n'est pas libérale au sens fédéral du mot, et les réseaux dans lesquels il évolue sont essentiellement conservateurs. Sur la commission des valeurs mobilières comme sur la péréquation, Michael Ignatieff — dont la base est en Ontario — a beaucoup moins de marge de manoeuvre que Stephen Harper en avait.
Cela dit, le chef libéral s'est donné pour mission de reconstruire son parti au Québec. Le terreau québécois s'annonce plus fertile pour les libéraux fédéraux que celui de l'Alberta ou des Prairies. Alors que le vide se fait autour du Québec et de Jean Charest, ce dernier a-t-il les moyens de ne pas envisager un beau risque libéral?
***
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
Déposé à une semaine du scrutin québécois, le budget par lequel le ministre Jim Flaherty se targuait d'avoir réglé le déséquilibre fiscal a peut-être permis, in extremis, à Jean Charest de survivre à sa pire campagne électorale. Ce qui est certain, c'est qu'il ne lui a pas fait de tort.
L'époque des retours d'ascenseur Ottawa-Québec semblait bien lointaine vendredi après-midi alors que le premier ministre du Québec accusait son homologue fédéral de manquer à sa parole au sujet de la péréquation et de pratiquer un fédéralisme fondé sur l'unilatéralisme. Même aux pires heures de leurs relations, Jean Charest était plus modéré dans ses propos publics à l'égard de Jean Chrétien et de Paul Martin qu'il ne l'a été vendredi à l'égard de Stephen Harper.
Force est également de constater que le discours grinçant de M. Charest allait à contresens de l'humeur ambiante. Au cours de son point de presse, le premier ministre a affirmé qu'il n'était pas le seul à avoir des griefs au sujet du virage du gouvernement Harper sur la péréquation. C'est vrai, mais ses collègues provinciaux semblaient nettement moins empressés de monter aux barricades.
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Il n'y a pas ici qu'une discordance passagère d'humeur entre le gouvernement du Québec et ceux des autres provinces. Dans les faits, on assiste à un refroidissement des relations entre Jean Charest et certains de ses plus influents homologues.
La question d'une commission nationale des valeurs mobilières est un autre front sur lequel tout est en place pour un affrontement Charest-Harper. En prévision de cette bataille, le Québec peut encore compter sur l'Alberta et le Manitoba, mais la Colombie-Britannique lui a fait faux bond. Le premier ministre Gordon Campbell a plutôt choisi de négocier la place de sa province dans un éventuel système piloté par Ottawa.
En même temps, l'alliance conclue entre Queen's Park et Québec l'an dernier résiste mal au test de la réalité politique. Sur la péréquation, la réglementation financière, la représentation à la Chambre des communes, Dalton McGuinty et Jean Charest défendent des intérêts opposés. Et le premier ministre ontarien a désormais meilleure audience à Ottawa que son collègue québécois.
Il ne fait aucun doute que M. Charest paie actuellement les pots conservateurs qu'il a contribué à casser pendant la campagne fédérale de l'automne dernier. Ses prises de position sur la culture, le développement régional et la justice pénale avaient alors amplifié le message anti-Harper du Bloc québécois.
Le désir de se mettre en piste pour sa propre campagne électorale n'était pas étranger à ce positionnement agressif. Mais, en tout état de cause, Jean Charest ne pouvait pas s'attendre à emporter au paradis son rôle dans le médiocre score conservateur au Québec ou à voir Stéphane Dion remplacer Stephen Harper au pouvoir.
Cela dit, le premier ministre est également victime de son propre succès électoral. Maintenant qu'il est installé au pouvoir pour quatre ans et qu'il n'y a pas de menace référendaire à l'horizon, l'époque où ses homologues provinciaux se pliaient en quatre en appuyant la création d'un Conseil de la fédération ou une approche asymétrique au financement de la santé pour faciliter la vie du champion fédéraliste qu'était à leurs yeux Jean Charest est révolue.
La possibilité qu'il en soit à son dernier mandat, l'hypothèse qu'il se réincarne un jour en politicien fédéral ont également un effet accélérant sur le retour au chacun pour soi en matière de relations Canada-Québec.
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Au total, Jean Charest se retrouve, à l'aube de son plus dur mandat sur le front économique, en panne de rapport de force. Ses ponts sont rompus avec Stephen Harper, lequel a de moins en moins de raisons de s'acharner à cultiver un Québec qui a pris l'allure d'une terre brûlée. Le Parti conservateur fédéral continue de régresser au Québec; les sondages indiquent que la réélection des dix députés actuels serait problématique.
Depuis qu'il est chef du PLQ, Jean Charest n'a jamais levé le petit doigt pour les libéraux fédéraux. Sa culture politique n'est pas libérale au sens fédéral du mot, et les réseaux dans lesquels il évolue sont essentiellement conservateurs. Sur la commission des valeurs mobilières comme sur la péréquation, Michael Ignatieff — dont la base est en Ontario — a beaucoup moins de marge de manoeuvre que Stephen Harper en avait.
Cela dit, le chef libéral s'est donné pour mission de reconstruire son parti au Québec. Le terreau québécois s'annonce plus fertile pour les libéraux fédéraux que celui de l'Alberta ou des Prairies. Alors que le vide se fait autour du Québec et de Jean Charest, ce dernier a-t-il les moyens de ne pas envisager un beau risque libéral?
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chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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