Avec des si...
Si j'appartenais à la majorité des Canadiens qui sont congénitalement incapables de voter pour le Parti conservateur, je me demanderais combien de temps mon équipe va continuer à offrir au premier ministre Stephen Harper un chemin aussi clair vers la victoire. Je me le demanderais dès aujourd'hui, pas demain. Car si le gouvernement est défait sur son budget, le 27 janvier, la gouverneure générale n'aura d'autre choix que de déclencher de nouvelles élections.
Le gouverneur général n'a refusé qu'une seule fois la demande de dissoudre le Parlement, lors de la fameuse affaire Byng-King. Mais, dans ce cas, le leader de l'opposition, Arthur Meighen, avait remporté la majorité des sièges aux élections de 1925, tandis que le premier ministre Mackenzie King réclamait néanmoins le droit de former le gouvernement. Il tenta ensuite d'éviter un vote de non-confiance en demandant la dissolution de la Chambre, ce qui représentait sa deuxième tentative d'empêcher M. Meighen de former son propre gouvernement.
Si j'étais le leader du Parti vert, Elizabeth May, j'aurais de la difficulté à me justifier depuis les élections du 14 octobre, qui ont signé la défaite du leader le plus vert dans l'histoire du Parti libéral du Canada. Je prendrais en considération l'avertissement de l'environnementaliste David Suzuki voulant que son parti marginalise l'environnement comme question politique. Je regarderais également de près ce que l'ancien ministre libéral, David Anderson, a accompli pour l'environnement.
Certes, les conservateurs sont toujours minoritaires à la Chambre des communes. Mais, au Canada, un premier ministre n'a pas besoin d'un gouvernement majoritaire pour nommer le président de Radio-Canada-CBC, ni de la Banque du Canada, ni les juges qui décident des questions telles que le mariage gai et l'avortement.
Jack Layton, aussi, devrait se poser de sérieuses questions. Sans surprise aucune (y compris pour lui, je parie), son offre de devenir premier ministre a été rejetée le 14 octobre. Il n'occupe pas non plus le poste de leader de l'opposition, même s'il a mené une excellente campagne contre un chef libéral très faible. M. Layton, dont la famille jouit d'une longue tradition de service gouvernemental, devrait peut-être aussi expliquer à son parti pourquoi il réussit mieux dans les provinces avec un système bipartite. En d'autres termes, s'il ne peut pas les battre, il devrait se joindre aux libéraux.
Une nouvelle image
Les libéraux aussi pourraient profiter d'une association. Leur marque de commerce s'est ternie au Québec avec le rapatriement de la constitution et le programme des commandites. Il ne semble pas évident non plus que les difficultés d'organisation soient à l'origine des problèmes financiers du PLC partout au pays. À moins d'être un avocat visant une nomination comme juge, pourquoi enverriez-vous votre argent durement gagné à cette formation au lieu de contribuer aux partis à principes, le NPD ou les verts? L'union avec les verts et le NPD donnerait d'ailleurs aux libéraux un noyau de militants purs et durs pour concurrencer les conservateurs.
Il est évident que ni l'un ni l'autre de ces partis ne veut sacrifier ses principes. En politique, on se bat pour ses idées, puis on se met d'accord sur un compromis. La différence entre unifier des partis avant des élections et forger une coalition après coup, que ce soit dans notre système électoral ou en représentation proportionnelle, tient principalement au temps, au lieu et à la manière de faire des compromis.
D'ailleurs, faisons face à la réalité: le vote stratégique ne défera pas M. Harper. Peu d'électeurs possèdent l'information requise pour manigancer ce genre de tour de passe-passe pendant une course locale. Aucun chef de parti ne semble désireux de recommander à ses militants de voter pour un autre parti pendant une éventuelle campagne, de peur d'endommager sa «marque de commerce» aux yeux de ses électeurs.
Je suis peu enclin à m'exprimer de cette façon auprès de mes amis de gauche, seulement, ils devront bien se rendre à l'évidence: tôt ou tard ils devront trouver leur Stephen Harper. Les arguments contre l'unification du centre-gauche ne sont pas meilleurs qu'ils l'étaient il y a une décennie, quand la fragmentation de centre-droite a laissé le champ libre à Jean Chrétien pour former trois gouvernements majoritaires consécutifs. Pour réussir en politique, il faut donner aux électeurs une autre possibilité claire et précise, quand un gouvernement semble au seuil d'une défaite.
Si les libéraux étaient sages, ils rejetteraient de côté les lobbyistes et les avocats qui dominent leur parti, ils poursuivraient l'unification de la gauche avant la prochaine élection. Ce qui laisserait le problème de définir leur relations avec le Bloc, un problème qui n'est pas négligeable d'un côté comme de l'autre, mais un problème, il faut le dire, que les leaders des partis d'opposition ont eux-mêmes créé.
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
nspector@globeandmail.ca
Le gouverneur général n'a refusé qu'une seule fois la demande de dissoudre le Parlement, lors de la fameuse affaire Byng-King. Mais, dans ce cas, le leader de l'opposition, Arthur Meighen, avait remporté la majorité des sièges aux élections de 1925, tandis que le premier ministre Mackenzie King réclamait néanmoins le droit de former le gouvernement. Il tenta ensuite d'éviter un vote de non-confiance en demandant la dissolution de la Chambre, ce qui représentait sa deuxième tentative d'empêcher M. Meighen de former son propre gouvernement.
Si j'étais le leader du Parti vert, Elizabeth May, j'aurais de la difficulté à me justifier depuis les élections du 14 octobre, qui ont signé la défaite du leader le plus vert dans l'histoire du Parti libéral du Canada. Je prendrais en considération l'avertissement de l'environnementaliste David Suzuki voulant que son parti marginalise l'environnement comme question politique. Je regarderais également de près ce que l'ancien ministre libéral, David Anderson, a accompli pour l'environnement.
Certes, les conservateurs sont toujours minoritaires à la Chambre des communes. Mais, au Canada, un premier ministre n'a pas besoin d'un gouvernement majoritaire pour nommer le président de Radio-Canada-CBC, ni de la Banque du Canada, ni les juges qui décident des questions telles que le mariage gai et l'avortement.
Jack Layton, aussi, devrait se poser de sérieuses questions. Sans surprise aucune (y compris pour lui, je parie), son offre de devenir premier ministre a été rejetée le 14 octobre. Il n'occupe pas non plus le poste de leader de l'opposition, même s'il a mené une excellente campagne contre un chef libéral très faible. M. Layton, dont la famille jouit d'une longue tradition de service gouvernemental, devrait peut-être aussi expliquer à son parti pourquoi il réussit mieux dans les provinces avec un système bipartite. En d'autres termes, s'il ne peut pas les battre, il devrait se joindre aux libéraux.
Une nouvelle image
Les libéraux aussi pourraient profiter d'une association. Leur marque de commerce s'est ternie au Québec avec le rapatriement de la constitution et le programme des commandites. Il ne semble pas évident non plus que les difficultés d'organisation soient à l'origine des problèmes financiers du PLC partout au pays. À moins d'être un avocat visant une nomination comme juge, pourquoi enverriez-vous votre argent durement gagné à cette formation au lieu de contribuer aux partis à principes, le NPD ou les verts? L'union avec les verts et le NPD donnerait d'ailleurs aux libéraux un noyau de militants purs et durs pour concurrencer les conservateurs.
Il est évident que ni l'un ni l'autre de ces partis ne veut sacrifier ses principes. En politique, on se bat pour ses idées, puis on se met d'accord sur un compromis. La différence entre unifier des partis avant des élections et forger une coalition après coup, que ce soit dans notre système électoral ou en représentation proportionnelle, tient principalement au temps, au lieu et à la manière de faire des compromis.
D'ailleurs, faisons face à la réalité: le vote stratégique ne défera pas M. Harper. Peu d'électeurs possèdent l'information requise pour manigancer ce genre de tour de passe-passe pendant une course locale. Aucun chef de parti ne semble désireux de recommander à ses militants de voter pour un autre parti pendant une éventuelle campagne, de peur d'endommager sa «marque de commerce» aux yeux de ses électeurs.
Je suis peu enclin à m'exprimer de cette façon auprès de mes amis de gauche, seulement, ils devront bien se rendre à l'évidence: tôt ou tard ils devront trouver leur Stephen Harper. Les arguments contre l'unification du centre-gauche ne sont pas meilleurs qu'ils l'étaient il y a une décennie, quand la fragmentation de centre-droite a laissé le champ libre à Jean Chrétien pour former trois gouvernements majoritaires consécutifs. Pour réussir en politique, il faut donner aux électeurs une autre possibilité claire et précise, quand un gouvernement semble au seuil d'une défaite.
Si les libéraux étaient sages, ils rejetteraient de côté les lobbyistes et les avocats qui dominent leur parti, ils poursuivraient l'unification de la gauche avant la prochaine élection. Ce qui laisserait le problème de définir leur relations avec le Bloc, un problème qui n'est pas négligeable d'un côté comme de l'autre, mais un problème, il faut le dire, que les leaders des partis d'opposition ont eux-mêmes créé.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
nspector@globeandmail.ca
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