samedi 21 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La revanche du perdant

Manon Cornellier   31 décembre 2008  Canada
La majorité des Canadiens a beau ne pas aimer l'idée d'une coalition libérale-néo-démocrate appuyée par le Bloc québécois, son émergence à la fin de novembre dernier a provoqué le plus gros coup de tonnerre jamais observé dans l'univers du premier ministre Stephen Harper. Pour la première fois depuis les élections de 2006, le chef conservateur s'est retrouvé dans les câbles, a été obligé de battre en retraite et n'a sauvé sa peau qu'en suspendant les travaux parlementaires à la veille d'un vote de confiance perdu d'avance.

L'année 2008 s'est donc terminée avec un Parlement en suspens, un premier ministre fédéral préoccupé par sa survie et une opposition officielle ragaillardie par un changement précipité de chef, mais encore affaiblie par sa pire performance électorale, sa désorganisation et ses caisses vides. Les deux autres partis d'opposition, bien en selle depuis les dernières élections, sont plus déterminés que jamais à défaire les conservateurs, peu importe ce qui se trouvera dans le prochain budget.

Le portrait politique en ce début d'année 2009 n'est vraiment pas celui dont rêvait Stephen Harper. Et son image n'est plus la même non plus. Lui qui a passé le printemps et l'été 2008 à rouler les mécaniques, à intimider le chef libéral Stéphane Dion, à se préparer à une éventuelle élection, a multiplié les mauvais calculs stratégiques à l'approche de l'échéance. Compressions budgétaires dans l'aide directe aux artistes, projet de durcissement de la loi sur la justice pénale pour adolescents, dévoilement très tardif d'un programme électorale minimaliste, refus de reconnaître la nécessité d'agir pour contrer le ralentissement économique, et la liste n'est pas exhaustive.

La majorité dont il rêvait lui a échappé. Il a quand même obtenu plus de sièges, et au lendemain du vote du 14 octobre, il se montrait conciliant à l'endroit de ses adversaires. Ses vieux travers ont toutefois vite pris le dessus, le poussant à commettre sa pire erreur. Sous-estimant la frustration des libéraux, il a cru que leur peur d'une élection rapide sous la gouverne de Stéphane Dion leur ferait avaler n'importe quoi. Il en a alors trop fait avec cet énoncé économique truffé de pilules empoisonnées pour l'opposition, mais dépourvu de véritables mesures de relance économique.

***

Ce que Stephen Harper n'avait pas prévu était cette coalition. En fait, personne n'y croyait étant donné la longue rivalité entre le Parti libéral et le NPD. Certains facteurs ont toutefois favorisé son émergence. D'une part, le passé du chef néo-démocrate Jack Layton. Issu du monde municipal torontois où les alliances ponctuelles sont courantes pour faire avancer un dossier, M. Layton a souvent eu à pactiser avec des adversaires et il était reconnu pour ses talents de négociateur. M. Dion, de son côté, n'avait plus rien à perdre comme chef et, comme individu, n'avait surtout pas envie de se laisser humilier comme au printemps précédent. Simple question d'estime de soi.

Il a donc osé forger cette coalition, un geste audacieux qui a fait grincer des dents bien des libéraux, mais qui a porté fruit. Sans elle, sans le risque réel qu'elle faisait courir aux conservateurs, Stephen Harper n'aurait pas reculé. La crise politique provoquée par cette partie de bras de fer a aussi jeté une ombre tenace sur la réputation de fin stratège du premier ministre et mis en relief certains de ses défauts.

Bien sûr, Stéphane Dion a saboté son propre travail avec une vidéo pitoyable, mais sans elle, il serait peut-être encore aux commandes du PLC. En lieu et place, les libéraux ont un nouveau chef, Michael Ignatieff, que les conservateurs craignent davantage que M. Dion. Selon un sondage récent, les Canadiens désapprouvent le fait que le choix du chef ait été tranché par l'establishment du PLC, mais cela aura bien peu d'influence le jour des élections. Les Canadiens étaient tout aussi choqués de voir Stephen Harper ignorer sa propre loi sur les élections à date fixe et lui ont donné un nombre de sièges accru.

***

Stéphane Dion est sorti de la scène politique par la porte de côté, mais en bonne partie à cause de lui, Stephen Harper doit, à quatre semaines de la reprise des travaux parlementaires, refaire tous ses devoirs s'il veut conserver le pouvoir. Et pour concocter un budget capable d'obtenir l'appui des libéraux, il doit réprimer ses instincts idéologiques, en particulier son aversion pour l'interventionnisme d'État, et tenir en échec certains réflexes personnels, comme profiter de chaque occasion pour narguer ses adversaires.

Cela ne veut pas dire que la partie soit gagnée pour Michael Ignatieff. Son arrivée change très certainement la donne, mais lui-même en aura plein les bras. Pour l'instant, il maintient la pression. Il jugera le budget à son mérite. S'il en vaut la peine, les libéraux l'appuieront. Sinon, il dit être prêt à défaire le gouvernement. Comme personne ne sait ce que ferait dans ce cas la gouverneure générale Michaëlle Jean, le chef libéral affirme être prêt à gouverner avec la coalition ou à faire face au peuple.

La partie qu'il joue est extrêmement délicate. Il doit trouver un équilibre entre la fermeté et l'ouverture. La première lui permet d'avertir les conservateurs qu'ils ne peuvent tenir les libéraux pour acquis. La seconde lui offre la possibilité d'appuyer un budget passable sans perdre la face.

Mais au fond, ni Ignatieff ni Harper n'ont intérêt à voir le budget du 27 janvier défait. Stephen Harper doit proposer un plan crédible pour faire oublier la bavure de l'énoncé économique et pour se refaire une virginité personnelle auprès de ses troupes et de l'électorat. De son côté, Michael Ignatieff a toujours un parti à rebâtir, et pour la majorité des Canadiens, il reste encore largement inconnu. Il doit encore s'imposer comme chef. Les deux hommes ont besoin de temps. En tout cas, davantage que les quatre prochaines semaines qui les séparent du budget, budget dont dépend le reste de l'année politique.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Georges Paquet
    Abonné
    mercredi 31 décembre 2008 04h41
    Qui, officiellement, a provoqué ce "gros coup de tonnerre" ?
    « Celui qui aurait dû normalement être tenu responsable d'avoir provoqué "le plus gros coup de tonnerre dans l'univers politique de Stephen Harper", c'est le ministre des Finances, Jim Flaherty, avec sa mise à jour économique. Dans n'importe quel autre gouvernement, le ministre qui aurait commis une telle bourde, n'aurait pas conservé son poste très longtemps. Or on voi bien que, si Stephen Harper garde M. Flaherty à son poste, c'est qu'il n'est pas le véritable ministre des Finances. C'est Stephen Harper qui est le vrai ministre des Finances, comme il est d'ailleurs le vrai ministre d'à peu près tous les autres portefeuilles. Il faudrait bien trouver un nom à ce nouveau système de responsabilités ministérielles. »

  • Daniel Valiquette
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 06h02
    Avertissement
    « Je pense que le gouvernement du premier ministre Harper doit tenir pour un avertissement sérieux la constitution d'une coalition. Les québécois plus qu'ailleurs maintiennent la pression sur ce gouvernement qui n'a pas été à la hauteur du mandat que les canadiens lui ont confié. Il n'y a pas que la confiance des parlementaires qui a été ébranlé mais aussi celle du peuple. Nous attendons de ce gouvernement qu'il se montre responsable de sa charge plutôt que de s'occuper des seules idées de son parti, ce qu'on appelle tous, son agenda caché. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 08h03
    Battus par youtube
    « Le rat a été achevé par son vidéo digne d'un youtube sur cellulaire.

    Harpeur a été battu par le youtube hautement professionnel de Michel Rivard. »

  • Brun Bernard
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 08h46
    Bon article...
    « ...qui résume parfaitement la situation actuelle et à venir. Merci et meilleurs voeux. »

  • Paul Verreault
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 09h15
    Son arogance anti-Québec
    « Pourquoi l'oubli de mentionner que la coalition, bienvenue pour une bonne majorité des Québécois et malvenue pour une bonne majorité des Canadians (sic), a fait ressortir le vrai visage anti-québécois de Harper et son irrespect de la démocratie, car il ne digérait pas non plus que les Québécois venaient heureusement de le priver d'une majorité? Quel désastre c'eut été s'il avait eu la majorité... »

  • Alain Pérusse
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 10h12
    Michael Ignatieff doit maintenir la coalition.
    « Le nouveau chef libéral, afin de parvenir à reconstruire son parti, doit d'abord et avant tout se montrer ferme et présenter la coalition avec le NPD comme une alternative viable à l'actuel gouvernement conservateur. Renverser le gouvernement sur le vote du budget n'est pas si dommageable pour les libéraux, car il pourraient démontrer leur capacité à faire mieux que les conservateurs à faire face à la crise. Le gouvernement Harper a surtout démontré jusqu'à maintenant son incapacité à se démarquer de son idéologie "laisser-fairiste", celle-là même qui a contribué à cette crise financière. Cette dernière a définitivement discrédité autant cette pensée magique que ses idéologues, y compris les ministres conservateurs inconscients dont les actions continuent en ce sens. »

  • Dominique Lenoir
    Abonné
    mercredi 31 décembre 2008 10h30
    L'intérêt de M. Ignatieff
    « Il me semble que M. Ignatieff aurait avantage à faire tomber le gouvernement Harper justement du fait qu'il est moins connu.

    Le poste de chef de l'opposition est certes confortable, mais celle de chef du gouvernement lui donnerait beaucoup plus de visibilité... »

  • Serge Paul
    Abonné
    mercredi 31 décembre 2008 11h08
    La constitution
    « Quoi dire sinon, que la plus part de nos politicolgues sont plus des professeur de langue qu'autre chose. La constitution est fait pour nous guider dans notre gouvernance de ce pays qui est le notre. Et bien gouvernons peut importe avec qui mais gouvernons, nul part est-il écrit que le partie politique qui a le plus de vote doit gouverner et nul est-il écrit que nous votons pour un premier ministre, donc gouverner et fouter nous la paix avec vos interprétations tous plus loufoque les unes des autres.
    Expert mon oeil...
    Serge »

  • Robert Grignon
    Inscrit
    mercredi 31 décembre 2008 11h59
    Respect de ses engagements
    « Les éléments non acceptables qui étaient inclus dans l'énoncé économique, de même que les éléments qui y étaient absents, ont fait en sorte que M. Harper a perdu la confiance des membres de la Chambre. Ceci veut dire que la parole de M. Harper n'a aucun poids dans l'esprit de la majorité des membres de la Chambre.
    Devant cette situation les trois autres Partis ont signé une entente de coalition dans le but de renverser le Parti Conservateur et de gérer le pays jusqu'aux prochaines élections et ceci avec la confiance de la majorité des membres de la Chambre.
    Peu importe le budget que M. Harper dépose en janvier, les trois Partis membres de la coalition ne peuvent faire autre chose que de le renverser, si ce n'est que pour respecter les engagements de leur propre signature. Faire le contraire serait de miner la confiance qu'a mis en eux ceux qui les ont élu de respecter leur propre parole.

    L'enjeu n'est pas le contenu du prochain budget conservateur, l'enjeu en est un de confiance et de respect de la parole donnée.

    Robert Grignon »

  • Pierre Véronneau
    Inscrite
    mercredi 31 décembre 2008 13h34
    Le pouvoir de l'amour
    « Bonne heureuse année, le paradis AVANT la fin de vos jours et que le pouvoir de l'amour remplace, chez nos politiciens, l'amour du pouvoir.

    Pierre Véronneau »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 31 décembre 2008 14h39
    L'inconnu
    « Dans la présente situation politique, le fait qu'Ignatieff soit peu connu jouera sans doute à son avantage. Apeuré, le peuple se remet inmanquablement à voir dans toute nouvelle figure le messie qui le sortira du pétrin. Et ce, dans le Canada comme au Québec, les populations de ces deux « pays » étant toutes deux de culture judéo-chrétienne.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Réal Ouellet
    Abonné
    mercredi 31 décembre 2008 15h16
    oui mais
    « ignatieff à beau prévoir et calculer, harper ne seras pas capable de se retenir, il vas poursuivre avec sont arrogance aveugle et ignatieff n'auras aucun choix. »

  • Diane Cadieux
    Inscrite
    vendredi 2 janvier 2009 15h54
    tellement déçue
    « après avoir lu les réactions précédentes, je dois dire que je suis en accord avec plusieurs d'entre elles.
    un gouvernement de coalition ne serait sans doute pas mauvais, car ce serait vraiment le meilleure occasion, de voir se réfléter dans la gouverne, les préoccupations de tous les canadiens, tant libéraux, bloquistes, néo-démocrates et...conservateurs.
    dans l'ouest, on dit NON à la coalition, seulement par principe. Ils ont voté conservateurs, dont c'est celui qui doit gouverner. Aucune réflexion sur la situation économique, aucune réflexion face au manque de la parole donnée, la loi passée etc...
    comme d'autres avant moi, le lien de confiance est rompu.
    Rien ne me dit que S.Harper peut annoncer bien des choses et se foutra éperduement de ces annonces et n'en fera qu'à sa tête, qui soit dit en passant, est bien dure.
    Vraiment, la confiance est disparue et ce sera difficile de la récupérer. C'est comme une réputation: difficile à bâtir et très facile à perdre. Et c'est vraiment très très long pour la rebâtir.
    Pensez seulement à votre réputation de crédit. Faites faillite et vous saurez me dire combien de temps il vous faudra pour refaire votre nom et regagner la confiance des prêteurs.
    la situation de M.Harper actuellement, ressemble drôlement à ça, donc... conclusion!!!
    à vous de jouer "COALITION" »

  • Christopher Lackey
    Abonné
    mardi 6 janvier 2009 12h03
    Qu'est ce que se produira le 27 janvier?
    « ...personne n'est vraiment en mésure de le dire. Mais deux choses sont certaines: Que tout le monde en a ras le bol de la crise politique, et que la credibilité de Stephen Harper n'a fait que baisser depuis qu'il a brisé sa propre loi sur les dates fixes d'élections il y a quatre (très turbulents) mois. Le premier ministre est une figure polarisant cependant: ceux qui l'aiment vont l'aimer malgré tous ses bémols, et il ne convaincra jamais ceux qui lui en veulent qu'il a la légitimité et le droit d'occuper son poste.

    Le problème pour ceux parmi nous dans le reste du pays qui n'ont jamais eu une raison pour faire confiance à M. Harper, et je ne vous ennuyerai pas avec celles qu'il nous a données pour ne le lui PAS faire (Cadman, environnement, musélage des députés, dégradation de la réputation internationale du pays, comportement de quatres derniers mois), c'est que nous avons des médias dont la majorité ont réussi de répandre l'idée que la coalition répresenterait l'instabilité et que Harper est le meilleur dirigeant en dépit de ses tendances autocratiques et têtues. C'est pour cela qu'il ne faut pas croire que la majorité de nous oppose fermament la coalition alors que le premier ministre lui même a déjà tenté de se servir du bloc dans le même but en 2004, ainsi que son ministre de sécurité public en 2000.

    Tous cela pour dire qu'on est loin d'être sorti de la temptête, et j'ai hate de voir les prochains évenements même si je suis un peu tanné de cette incertitude constante »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
14 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009