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Pertes de 25 millions pour les compagnies culturelles

Les effets des compressions du gouvernement Harper sont cinq fois plus importants que prévu

Isabelle Paré   18 décembre 2008  Canada
Un extrait d’Orphée et Eurypide, de la compagnie Marie Chouinard, touchée, comme bien d’autres, par les compressions du gouvernement Harper.
Un extrait d’Orphée et Eurypide, de la compagnie Marie Chouinard, touchée, comme bien d’autres, par les compressions du gouvernement Harper.
La crise générée par l'abolition des programmes fédéraux d'aide à la tournée pourrait être cinq fois plus importante que ce qui avait été d'abord envisagé par le milieu culturel. Selon de nouveaux chiffres dévoilés hier par CINARS, pas moins de 3400 spectacles à l'étranger seraient annulés d'ici trois ans, entraînant des pertes de 25 millions pour les compagnies culturelles canadiennes.

«Ça confirme encore davantage l'urgence de trouver rapidement une solution de rechange et l'importance d'agir», a fait valoir hier Alain Paré, président de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), qui dévoilait une étude étoffée intitulée «Les arts de la scène en péril».

À la mi-novembre, l'organisme avait déjà créé tout un émoi en dévoilant les résultats partiels d'un sondage interne réalisé auprès de ses 240 membres. Cette étude préliminaire laissait présager des pertes de cinq millions et l'annulation de quelque 600 représentations à l'étranger, en raison de l'abolition des programmes ProM'art et Routes commerciales.

Or CINARS a repris l'exercice, et obtenu des chiffres beaucoup plus pointus en s'adressant à toutes les compagnies et agents d'artistes qui ont bénéficié de subventions en 2006-07, dans le cadre des programmes récemment sabrés par le gouvernement Harper.

Cette fois, le tableau est beaucoup plus sombre. Les répondants, administrateurs et agents d'artistes, qui représentent 189 compagnies différentes, affirment que 59 % de leurs tournées sont menacées à court terme (2008-09), 90 % en 2009-10 et 92 % en 2010-11.

Somme toute, cela signifie 327 tournées à l'étranger compromises, soit 3395 spectacles annulés et des pertes de revenus s'élevant à plus de 24 millions. Si le chiffre évoqué pour 2009 est moins élevé, c'est que le programme ProM'art prendra fin en mars 2009 et que plusieurs compagnies de théâtre ou de danse ont déjà pu compléter des tournées cette année, affirme le président de CINARS.

En plus des pertes de revenus, l'abolition des deux programmes entraînerait la disparition de 2000 emplois en trois ans au sein des compagnies répondantes, soit l'équivalent de 8,9 millions en perte directe de salaires.

Cette fois, les noms des compagnies touchées de plein fouet n'ont pas été dévoilés, plusieurs organisations culturelles ayant eu maille à partir avec leurs fournisseurs qui, après le premier sondage, s'étaient inquiétés de leur viabilité. Mais on sait que toutes les compagnies de danse, de théâtre et de cirque, même les plus réputées, ont systématiquement recours à ces programmes pour réaliser leurs tournées à l'étranger.

Selon M. Paré, ces chiffres ne sont pas alarmistes et tracent un portrait très conservateur, puisqu'ils ne rendent compte de la réalité que du quart des compagnies contactées par CINARS, les autres n'ayant pas répondu à l'appel.

Onde de choc au Québec

Chose certaine, ces nouveaux chiffres montrent de façon très nette que le gros de l'onde de choc créée par le retrait des programmes fédéraux dans le secteur des arts et de la scène se produira au Québec.

En effet, la moitié des compagnies artistiques qui bénéficiaient du soutien de ProM'art en 2006-07 étaient québécoises. Elles recevaient 68 % des fonds de 2,8 millions versés dans la totalité du Canada pour l'aide à la tournée, dans le secteur des arts de la scène.

«C'est clair que le Québec sera la province la plus touchée, car nos compagnies sont celles qui tournent le plus à l'étranger. Le Québec s'est toujours démarqué par la force de ses compagnies liées aux arts de la scène, alors que l'Ontario reçoit plus de subventions dans le domaine du cinéma ou de la littérature», soutient M. Paré.

Même portrait pour le programme Routes commerciales, destiné lui aussi à développer de nouveaux marchés à l'international, dont 40 % des fonds étaient octroyés à des compagnies artistiques du Québec.

Selon le président de CINARS, ces nouveaux chiffres montrent de façon encore plus cuisante l'illogisme de sabrer des programmes qui ne coûtent dans l'ensemble que 6,8 millions de dollars par année, et dont seulement la moitié (3,5 millions) allait aux arts de la scène.

Un simple calcul des coûts-bénéfices suffit à démontrer que les revenus des compagnies générés par les tournées à l'étranger en 2006-07 ont largement compensé l'aide investie par les gouvernements. «Si on compare ces revenus aux subventions, il s'agit d'un ratio de 5,5 pour 1. La décision d'abolir les programmes est indéfendable au strict plan économique», ajoute Alain Paré.

Pour CINARS, la décision du gouvernement Harper est non seulement injustifiable économiquement, elle précipitera des pertes d'emplois dans des organismes culturels déjà menacés par la crise, nuira de façon irréversible à la compétitivité de nos artistes à l'étranger et minera la confiance de nombreux partenaires étrangers.

«Pour respecter leurs engagements, je sais que plusieurs troupes vont quand même effectuer des tournées, mais à perte, et faire des déficits. Après avoir travaillé tant d'années pour se faire connaître, elles veulent maintenir leur crédibilité et rester dans le marché», dit M. Paré.

Au bout du compte, plusieurs compagnies, dont 65 à 85 % des revenus proviennent de leurs activités à l'étranger, seront menacées de fermeture, croit Alain Paré.

Pour toutes ces raisons, CINARS entend sortir la hache de guerre dès le début de 2009 et sensibiliser la députation fédérale en faisant circuler ces nouveaux chiffres. Même si le nouveau ministre du Patrimoine canadien, James Moore, est resté de glace devant les pressions exercées pour rétablir les programmes d'aide, le milieu culturel entend trouver de nouveaux appuis auprès des députés de l'opposition et rallier à sa cause le gouvernement de Jean Charest. Pour l'instant, le gouvernement libéral se refuse à compenser le manque à gagner entraîné par les compressions annoncées par les conservateurs.

«Il faut qu'on traite ce dossier comme n'importe quel autre secteur de l'industrie, dit le président de CINARS. Il faut protéger ces emplois et éviter de précipiter tout le milieu culturel dans le pétrin, en pleine crise financière.»
 
 
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  • Michel Bédard
    Inscrit
    jeudi 18 décembre 2008 01h38
    Par ici l'oseille.
    Selon certains, les activités culturelles rapportent 10 dollars pour une piass de subvention. Selon CINARS, c'est 5.5, donc "la décision d'abolir les programmes de soutien est indéfendable au strict plan économique". Si le domaine culturel est si profitable, pourquoi subventionner ? Les gouvernements et le milieu municipal devraient plutôt octroyer des prêts remboursables avec intérêts, ou investir massivement via ses agences (CPDQ, IQ, BDC et autres). Opportunités manquées ? Impôts dilapidés... Exit la "Bougonnisation" de la société. M.Bédard.

  • Jonathan Brunette
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 05h46
    Quel dommage...
    Ces compressions vont avoir un impact direct sur le rayonnement de notre culture à l'étranger et c'est très dommage. Il reviendra une fois de plus aux artistes à se mobiliser tout en étant inventifs pour que leur art survive.

    PS Il s'agit du spectacle 'Orphée et Eurydice' de Marie Chouinard (un excellent spectacle d'ailleurs!) et non Eurypide.

  • Jean-Guy Dagenais
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 07h12
    Petite mentalité
    L'ignorance crasse de ce gouvernement conconservateur verra ses porte-paroles venir expliquer aux contribuables l'inexplicable avec des formules creuses et sans allure. Il faut mettre en évidence le fossé d'incompréhension entre le Québec et ce gouvernement d'arrière-garde.

  • Maco
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 08h38
    Exit les bougons!
    Le problème est toujours le même. La redistribution des richesses. Le problème n'est pas d'avoir des subventions, c'est de savoir où elles vont! Les subventions font partie de la redistribution de la richesse. Elles sont essentielles. Cependant, comme tout système, celui-ci devient corrompu. Les bougons apparaissent un peu partout. Les bougons ne sont pas toujours ceux que l'on pense. Trop facile de taper sur la tête de ceux qui ne peuvent se défendre. Comme ceux sur le BS. Quelles gens infâmes, n'est-ce pas? Non, non, pas ceux qui retirent de la sécurité sociale, mais ceux qui en profite vraiment... Qui? Les propriétaires qui en retirent un loyer (et voudrait se faire payer à même les chèques, quand même, quel enfer pour ces pauvres propriétaires, avoués), les petits dépanneurs qui vendent lait, pain et cigarettes. Et puis, pour ce qui reste du chèque, Loto-Québec.

    Donc, dehors les bougons!

    Oui! Comme les PDG grassement payés qui foutent en faillite des industries presque centenaires! Les PDG de société d'État qui en plus de recevoir un salaire qui n'a rien à voir avec le hasard se font rembourser les dépenses de leurs conjoints et conjointes. Allez, ouste, les bougons des villes qui siphonnent les biens communs en ajustant les règles à leurs profits. Dehors les promoteurs qui crachent sur ceux-là mêmes qui les bourrent de subventions.

    Donc, sur le 5 dollars : une fraction du 1 dollar de la subvention va à l'artiste et le reste va aux promoteurs!

  • Wina Forget
    Inscrite
    jeudi 18 décembre 2008 09h39
    ridicule!
    riducule, complètement ridicule! On ne peut tout simplement Pas laisser le gouvernement nuir ainsi au rayonnement du Québec! On se doit de soutenir et appuyer nos artistes, ces coupures ne doivent pas avoir lieux!

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 09h50
    Pas grave, c'est pas du bon argent monsieur Bédard
    Il n'y a bien sûr pas une once d'idéologie là-dedans, car cette richesse créée par les artistes, qui n'en profitent d'ailleurs peu ou prou, elle s'est faite sur le dos de la bonne morale victorienne.

    Vous savez ces artistes, ils ont la morale élastique, ils se mettent tout nu sur scène, ils remettent tout en question, ils ne respectent pas l'autorité et la morale conservatrice.
    L'argent qu'ils génèrent vaut la peine d'être sacrifiée sur l'autel des bonnes moeurs.

    Si monsieur Bédard n'est pas apte à comprendre un principe aussi simple que celui des impôts et taxes perçues par le gouvernement, il devrait revoir les DVDs de Passe-Partout, ça serait un bon début.

    Si le gouvernement ne met pas sa piasse sur la table, il n'y en a pas de projet et pas de taxes perçues.

    S'il met sa foutu piasse, les autres ajoutent la leur, car c'est bon signal que le gouvernement envoie aux acteurs économiques d'un projet. Alors ce gouvernement, il récolte les impôts et taxes sur toute la mise et aussi la renommée du pays. Le gouvernement, il dépend de ceux qui ont des projets créateurs d'emploi, c'est de cela qu'il vit. Quand il coupe ainsi ces programmes, c'est comme s'il congédiait son vendeur pour vendre plus. Il y aurait encore très long à dire sur votre énoncé d'ignorance, mais je m'arrête ici.


    ....

  • Pierre Samuel
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 10h49
    Les "bougons de l'esprit"!
    Qu'il est commode de tout mettre dans le même panier pour justifier ses préjugés méprisants en étalant son ignorance!
    En quoi les Marie Chouinard, Dulcinée Langfelder, Margie Gillis, Jocelyne Montpetit, sans compter le Cirque du Soleil, le groupe Eloïse, le Ballet Jazz de Montréal, Robert Lepage, à leurs débuts et combien d'autres jeunes artistes qui continuent, envers et contre tous, à nous représenter brillamment à l'étranger en continuant bien souvent de "manger de la vache enragée"? Où sont ces vils promoteurs, dans ces cas précis, qui abusent du système???
    Rien de plus facile de généraliser lorsque notre seul horizon se résume à "ce qui me dépasse, ne mérite pas d'exister!" Belle mentalité!

  • Gilles Marcotte
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 10h53
    Belle coquille !?!
    Légende de la photo illustarnt l'article:

    "Un extrait d'Orphée et Eurypide (sic), de la compagnie Marie Chouinard, touchée, comme bien d'autres, par les compressions du gouvernement Harper."

    Y a-t-il un correcteur au bureau de rédaction?

    Patrice Marcotte

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 18 décembre 2008 11h14
    L'argument économique
    Le gouvernement Harper sert un argument économique pour justifier les compressions dans le domaine des arts. Or, on sait que cet argument ne tient pas la route, les spectacles rapportant plus qu'ils ne coûtent en subventions. Reste donc encore l'idéologie des conservateurs. L'art exprime une liberté à laquelle ils sont allergiques. Duplessis était comme ça aussi. On a appelé ça la Grande noirceur.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Zach Gebello
    Inscrit
    jeudi 18 décembre 2008 12h00
    Bravo !
    Il n'y a rien de plus dégoûtant que de voir nos talents québécois à l'étanger épinglés d'une feuille d'érable rouge britannique.

  • Claude Archambault
    Inscrit
    jeudi 18 décembre 2008 22h21
    @ Gebello
    Tu dis, Il n'y a rien de plus dégoûtant que de voir nos talents québécois à l'étanger épinglés d'une feuille d'érable rouge britannique.

    OUI il y a quelque chose de plus dégoutant et nauséabon, c'est de les voir drappés du torchon bleu fleurdelisé.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 08h25
    Avis aux courreux de subventions
    Aux courreiàux de seàubventions, veuillez prendre nore que la Ville de Québec est en train de monter un fonds des festivités qui est déjèa rendu à 15,5 millions par année. Ensuite, le gouvernement du Québec a rajouté 45 millions dans le généreux porte feuille culturel. À voir, la kyrielle d'articles culturels sur ce journal, je me demande ou est la crise ??? Est-ca ca prendre sa souveraineté culturelle ???

    Mais quand on chiale le ventre plein...

  • Stéphanie LeBlanc
    Inscrite
    samedi 20 décembre 2008 10h00
    Qui veut noyer son chien...
    On dit bien "Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage", non? J'ai hâte que la population Québévoise et Canadienne réalise que Harper nous manipule en nous laissant croire que les artistes sont tous des parasites qui volent notre bel "argeint", comme dirait Séraphin!

    Plusieurs industries sont subventionnées et il faudrait laisser crever de faim les artistes, les plus mal payés entre tous? D'autre part, je ne sais pas si ceux qui se réjouissent stupidement des compressons dans la culture songent à toutes les personnes qui dépendent des arts de la scène et de la télévision pour leur propre travail (caméramens, éclairagistes, costumiers, accessoiristes, maquilleurs, techniciens de son, etc) Si tous ces gens se retrouvent sur l'aide sociale, je ne vois pas ce que nous y auront gagné!

    Peut-être que si ces coupures permettaient réellement de faire économiser de l'argent plutôt que d'en faire perdre encore plus, j'aurais moins l'impression quM'on s'Est fait passer un sapin idéologique! Je me méfie des régimes qui tentent de museler les artistes et de contrôler les médias...

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