Pertes de 25 millions pour les compagnies culturelles
Les effets des compressions du gouvernement Harper sont cinq fois plus importants que prévu
Un extrait d’Orphée et Eurypide, de la compagnie Marie Chouinard, touchée, comme bien d’autres, par les compressions du gouvernement Harper.
La crise générée par l'abolition des programmes fédéraux d'aide à la tournée pourrait être cinq fois plus importante que ce qui avait été d'abord envisagé par le milieu culturel. Selon de nouveaux chiffres dévoilés hier par CINARS, pas moins de 3400 spectacles à l'étranger seraient annulés d'ici trois ans, entraînant des pertes de 25 millions pour les compagnies culturelles canadiennes.
«Ça confirme encore davantage l'urgence de trouver rapidement une solution de rechange et l'importance d'agir», a fait valoir hier Alain Paré, président de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), qui dévoilait une étude étoffée intitulée «Les arts de la scène en péril».
À la mi-novembre, l'organisme avait déjà créé tout un émoi en dévoilant les résultats partiels d'un sondage interne réalisé auprès de ses 240 membres. Cette étude préliminaire laissait présager des pertes de cinq millions et l'annulation de quelque 600 représentations à l'étranger, en raison de l'abolition des programmes ProM'art et Routes commerciales.
Or CINARS a repris l'exercice, et obtenu des chiffres beaucoup plus pointus en s'adressant à toutes les compagnies et agents d'artistes qui ont bénéficié de subventions en 2006-07, dans le cadre des programmes récemment sabrés par le gouvernement Harper.
Cette fois, le tableau est beaucoup plus sombre. Les répondants, administrateurs et agents d'artistes, qui représentent 189 compagnies différentes, affirment que 59 % de leurs tournées sont menacées à court terme (2008-09), 90 % en 2009-10 et 92 % en 2010-11.
Somme toute, cela signifie 327 tournées à l'étranger compromises, soit 3395 spectacles annulés et des pertes de revenus s'élevant à plus de 24 millions. Si le chiffre évoqué pour 2009 est moins élevé, c'est que le programme ProM'art prendra fin en mars 2009 et que plusieurs compagnies de théâtre ou de danse ont déjà pu compléter des tournées cette année, affirme le président de CINARS.
En plus des pertes de revenus, l'abolition des deux programmes entraînerait la disparition de 2000 emplois en trois ans au sein des compagnies répondantes, soit l'équivalent de 8,9 millions en perte directe de salaires.
Cette fois, les noms des compagnies touchées de plein fouet n'ont pas été dévoilés, plusieurs organisations culturelles ayant eu maille à partir avec leurs fournisseurs qui, après le premier sondage, s'étaient inquiétés de leur viabilité. Mais on sait que toutes les compagnies de danse, de théâtre et de cirque, même les plus réputées, ont systématiquement recours à ces programmes pour réaliser leurs tournées à l'étranger.
Selon M. Paré, ces chiffres ne sont pas alarmistes et tracent un portrait très conservateur, puisqu'ils ne rendent compte de la réalité que du quart des compagnies contactées par CINARS, les autres n'ayant pas répondu à l'appel.
Onde de choc au Québec
Chose certaine, ces nouveaux chiffres montrent de façon très nette que le gros de l'onde de choc créée par le retrait des programmes fédéraux dans le secteur des arts et de la scène se produira au Québec.
En effet, la moitié des compagnies artistiques qui bénéficiaient du soutien de ProM'art en 2006-07 étaient québécoises. Elles recevaient 68 % des fonds de 2,8 millions versés dans la totalité du Canada pour l'aide à la tournée, dans le secteur des arts de la scène.
«C'est clair que le Québec sera la province la plus touchée, car nos compagnies sont celles qui tournent le plus à l'étranger. Le Québec s'est toujours démarqué par la force de ses compagnies liées aux arts de la scène, alors que l'Ontario reçoit plus de subventions dans le domaine du cinéma ou de la littérature», soutient M. Paré.
Même portrait pour le programme Routes commerciales, destiné lui aussi à développer de nouveaux marchés à l'international, dont 40 % des fonds étaient octroyés à des compagnies artistiques du Québec.
Selon le président de CINARS, ces nouveaux chiffres montrent de façon encore plus cuisante l'illogisme de sabrer des programmes qui ne coûtent dans l'ensemble que 6,8 millions de dollars par année, et dont seulement la moitié (3,5 millions) allait aux arts de la scène.
Un simple calcul des coûts-bénéfices suffit à démontrer que les revenus des compagnies générés par les tournées à l'étranger en 2006-07 ont largement compensé l'aide investie par les gouvernements. «Si on compare ces revenus aux subventions, il s'agit d'un ratio de 5,5 pour 1. La décision d'abolir les programmes est indéfendable au strict plan économique», ajoute Alain Paré.
Pour CINARS, la décision du gouvernement Harper est non seulement injustifiable économiquement, elle précipitera des pertes d'emplois dans des organismes culturels déjà menacés par la crise, nuira de façon irréversible à la compétitivité de nos artistes à l'étranger et minera la confiance de nombreux partenaires étrangers.
«Pour respecter leurs engagements, je sais que plusieurs troupes vont quand même effectuer des tournées, mais à perte, et faire des déficits. Après avoir travaillé tant d'années pour se faire connaître, elles veulent maintenir leur crédibilité et rester dans le marché», dit M. Paré.
Au bout du compte, plusieurs compagnies, dont 65 à 85 % des revenus proviennent de leurs activités à l'étranger, seront menacées de fermeture, croit Alain Paré.
Pour toutes ces raisons, CINARS entend sortir la hache de guerre dès le début de 2009 et sensibiliser la députation fédérale en faisant circuler ces nouveaux chiffres. Même si le nouveau ministre du Patrimoine canadien, James Moore, est resté de glace devant les pressions exercées pour rétablir les programmes d'aide, le milieu culturel entend trouver de nouveaux appuis auprès des députés de l'opposition et rallier à sa cause le gouvernement de Jean Charest. Pour l'instant, le gouvernement libéral se refuse à compenser le manque à gagner entraîné par les compressions annoncées par les conservateurs.
«Il faut qu'on traite ce dossier comme n'importe quel autre secteur de l'industrie, dit le président de CINARS. Il faut protéger ces emplois et éviter de précipiter tout le milieu culturel dans le pétrin, en pleine crise financière.»
«Ça confirme encore davantage l'urgence de trouver rapidement une solution de rechange et l'importance d'agir», a fait valoir hier Alain Paré, président de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), qui dévoilait une étude étoffée intitulée «Les arts de la scène en péril».
À la mi-novembre, l'organisme avait déjà créé tout un émoi en dévoilant les résultats partiels d'un sondage interne réalisé auprès de ses 240 membres. Cette étude préliminaire laissait présager des pertes de cinq millions et l'annulation de quelque 600 représentations à l'étranger, en raison de l'abolition des programmes ProM'art et Routes commerciales.
Or CINARS a repris l'exercice, et obtenu des chiffres beaucoup plus pointus en s'adressant à toutes les compagnies et agents d'artistes qui ont bénéficié de subventions en 2006-07, dans le cadre des programmes récemment sabrés par le gouvernement Harper.
Cette fois, le tableau est beaucoup plus sombre. Les répondants, administrateurs et agents d'artistes, qui représentent 189 compagnies différentes, affirment que 59 % de leurs tournées sont menacées à court terme (2008-09), 90 % en 2009-10 et 92 % en 2010-11.
Somme toute, cela signifie 327 tournées à l'étranger compromises, soit 3395 spectacles annulés et des pertes de revenus s'élevant à plus de 24 millions. Si le chiffre évoqué pour 2009 est moins élevé, c'est que le programme ProM'art prendra fin en mars 2009 et que plusieurs compagnies de théâtre ou de danse ont déjà pu compléter des tournées cette année, affirme le président de CINARS.
En plus des pertes de revenus, l'abolition des deux programmes entraînerait la disparition de 2000 emplois en trois ans au sein des compagnies répondantes, soit l'équivalent de 8,9 millions en perte directe de salaires.
Cette fois, les noms des compagnies touchées de plein fouet n'ont pas été dévoilés, plusieurs organisations culturelles ayant eu maille à partir avec leurs fournisseurs qui, après le premier sondage, s'étaient inquiétés de leur viabilité. Mais on sait que toutes les compagnies de danse, de théâtre et de cirque, même les plus réputées, ont systématiquement recours à ces programmes pour réaliser leurs tournées à l'étranger.
Selon M. Paré, ces chiffres ne sont pas alarmistes et tracent un portrait très conservateur, puisqu'ils ne rendent compte de la réalité que du quart des compagnies contactées par CINARS, les autres n'ayant pas répondu à l'appel.
Onde de choc au Québec
Chose certaine, ces nouveaux chiffres montrent de façon très nette que le gros de l'onde de choc créée par le retrait des programmes fédéraux dans le secteur des arts et de la scène se produira au Québec.
En effet, la moitié des compagnies artistiques qui bénéficiaient du soutien de ProM'art en 2006-07 étaient québécoises. Elles recevaient 68 % des fonds de 2,8 millions versés dans la totalité du Canada pour l'aide à la tournée, dans le secteur des arts de la scène.
«C'est clair que le Québec sera la province la plus touchée, car nos compagnies sont celles qui tournent le plus à l'étranger. Le Québec s'est toujours démarqué par la force de ses compagnies liées aux arts de la scène, alors que l'Ontario reçoit plus de subventions dans le domaine du cinéma ou de la littérature», soutient M. Paré.
Même portrait pour le programme Routes commerciales, destiné lui aussi à développer de nouveaux marchés à l'international, dont 40 % des fonds étaient octroyés à des compagnies artistiques du Québec.
Selon le président de CINARS, ces nouveaux chiffres montrent de façon encore plus cuisante l'illogisme de sabrer des programmes qui ne coûtent dans l'ensemble que 6,8 millions de dollars par année, et dont seulement la moitié (3,5 millions) allait aux arts de la scène.
Un simple calcul des coûts-bénéfices suffit à démontrer que les revenus des compagnies générés par les tournées à l'étranger en 2006-07 ont largement compensé l'aide investie par les gouvernements. «Si on compare ces revenus aux subventions, il s'agit d'un ratio de 5,5 pour 1. La décision d'abolir les programmes est indéfendable au strict plan économique», ajoute Alain Paré.
Pour CINARS, la décision du gouvernement Harper est non seulement injustifiable économiquement, elle précipitera des pertes d'emplois dans des organismes culturels déjà menacés par la crise, nuira de façon irréversible à la compétitivité de nos artistes à l'étranger et minera la confiance de nombreux partenaires étrangers.
«Pour respecter leurs engagements, je sais que plusieurs troupes vont quand même effectuer des tournées, mais à perte, et faire des déficits. Après avoir travaillé tant d'années pour se faire connaître, elles veulent maintenir leur crédibilité et rester dans le marché», dit M. Paré.
Au bout du compte, plusieurs compagnies, dont 65 à 85 % des revenus proviennent de leurs activités à l'étranger, seront menacées de fermeture, croit Alain Paré.
Pour toutes ces raisons, CINARS entend sortir la hache de guerre dès le début de 2009 et sensibiliser la députation fédérale en faisant circuler ces nouveaux chiffres. Même si le nouveau ministre du Patrimoine canadien, James Moore, est resté de glace devant les pressions exercées pour rétablir les programmes d'aide, le milieu culturel entend trouver de nouveaux appuis auprès des députés de l'opposition et rallier à sa cause le gouvernement de Jean Charest. Pour l'instant, le gouvernement libéral se refuse à compenser le manque à gagner entraîné par les compressions annoncées par les conservateurs.
«Il faut qu'on traite ce dossier comme n'importe quel autre secteur de l'industrie, dit le président de CINARS. Il faut protéger ces emplois et éviter de précipiter tout le milieu culturel dans le pétrin, en pleine crise financière.»
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