Spécialistes recherchés pour soldats en détresse
Photo : Agence France-Presse
Entre 2004 et 2009, les Forces canadiennes auront investi 100 millions de dollars dans la prévention et les traitements en santé mentale.
Malgré les progrès accomplis dans les dernières années, les militaires canadiens qui souffrent d'un problème de santé mentale n'ont pas toujours accès aux soins requis, affirme Mary MacFadyen, ombudsman par intérim des Forces canadiennes et du ministère de la Défense. Une situation particulièrement inquiétante en raison du nombre élevé de soldats qui souffrent de dépression, de stress post-traumatique, d'alcoolisme ou de tendance suicidaire à leur retour d'Afghanistan, dit-elle.
L'ombudsman fait ce constat dans un nouveau rapport de 62 pages rendu public hier et intitulé «Un long chemin vers la guérison: le combat contre les traumatismes liés au stress opérationnel». «Plusieurs membres des Forces canadiennes qui ont besoin d'aide passent encore à travers les mailles du système», a affirmé Mary MacFadyen lors d'une conférence de presse téléphonique.
Pour ceux qui ne reçoivent pas les traitements appropriés, «les conséquences sont souvent dévastatrices et durables», écrit-elle dans son rapport. Non seulement la qualité de vie est touchée, mais aussi, parfois, le simple fait de fonctionner en société devient pénible. Dans tous les cas, la «cellule familiale» est mise à rude épreuve.
Les conséquences sont également importantes pour l'armée, affirme Mary MacFadyen. «Les Forces canadiennes perdent des soldats qui auraient pu apporter leur contribution dans les prochaines années.»
Néanmoins, beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 2002, constate l'ombudsman. «Les enquêteurs de l'ombudsman ont constaté qu'au cours des six dernières années, les Forces canadiennes ont fait des progrès à l'égard d'une bonne partie des problèmes et des défis que posent le syndrome de stress post-traumatique et les autres traumatismes liés au stress opérationnel», peut-on lire dans le rapport.
Entre 2004 et 2009, les Forces canadiennes auront investi 100 millions de dollars dans la prévention et les traitements en santé mentale. Mary MacFadyen salue notamment le fait que l'armée entend ajouter des spécialistes à son personnel dans les prochains mois.
Mais elle ajoute: «Il est clair qu'il y a encore du travail à faire.» Dans son rapport, l'ombudsman cherchait à répondre à la question suivante: les membres des Forces canadiennes qui souffrent d'un traumatisme lié au stress opérationnel sont-ils diagnostiqués et soignés de façon à pouvoir demeurer des membres actifs de la société canadienne, que ce soit dans les forces armées ou comme civils? «Malheureusement, la réponse est que certains d'entre eux ne le sont pas», conclut-elle.
La situation est particulièrement préoccupante étant donné que l'armée est sous pression en raison de la guerre en Afghanistan, qui ramène du front plusieurs soldats aux prises avec des problèmes de santé mentale. En juillet dernier, Le Devoir révélait que les Forces canadiennes franchissaient le cap symbolique des 1000 soldats atteints depuis leur retour de Kandahar.
Les études et évaluations internes des Forces canadiennes obtenues par Le Devoir au cours de la dernière année montrent que de 14 à 17 % des soldats qui reviennent d'Afghanistan souffrent d'un problème de santé mentale (dépression majeure ou mineure, tendance suicidaire, syndrome de stress post-traumatique, crise de panique ou d'anxiété). À ce chiffre, il faut ajouter que 10 % des militaires sont considérés comme à «haut risque» de développer une dépendance à l'alcool.
Bref, jusqu'au quart des soldats de retour de ce conflit risquent de se battre avec leurs démons intérieurs à un moment ou à un autre. «En raison de la mission en Afghanistan, les défis seront de plus en plus grands à l'avenir», estime d'ailleurs Mary MacFadyen.
Manque de spécialistes
La source principale des problèmes actuels est identifiée: l'insuffisance de spécialistes (psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, médecins, etc.). L'armée a beau en avoir embauché au cours des dernières années, le problème demeure. «Une grave pénurie de professionnels de la santé mentale, dans les établissements militaires partout au Canada, est à l'origine des soins et des traitements incomplets et inégaux qui sont offerts aux hommes et aux femmes des Forces canadiennes», peut-on lire.
Cette dernière reconnaît toutefois que l'armée a le même problème de recrutement que la société civile, qui manque elle aussi de médecins et de spécialistes partout au pays. «Dans bien des cas, il a été extrêmement difficile, sinon impossible, de trouver un nombre suffisant de personnes qualifiées pour dispenser ces services, peut-on lire. [...] Le problème est exacerbé, dans les Forces canadiennes, par le fait que de nombreux établissements militaires sont situés dans de petites agglomérations et par le rythme opérationnel qui demeure extrêmement exigeant.»
Il y a actuellement 330 spécialistes en santé mentale dans l'armée. L'objectif est de se rendre à 440, explique au Devoir le lieutenant-colonel Rakesh Jetly, psychiatre et conseiller spécial en santé mentale au sein des Forces canadiennes. Il avoue toutefois que ce nombre sera difficile à atteindre d'ici mars prochain, tel que prévu. «Ce n'est pas seulement une question de remplir les postes, il faut aussi trouver des gens qui ont l'expertise requise. Ce n'est pas facile. Il y a plus de chances qu'on y arrive d'ici un an», dit-il.
Par contre, Rakesh Jetly affirme que l'armée ne cessera pas de recruter des spécialistes une fois le nombre de 440 atteint. «Ce nombre de spécialistes a été basé sur une évaluation de 2002, soit avant la mission en Afghanistan. On va probablement en avoir besoin de plus encore, mais c'est pour l'instant difficile de dire combien», explique-t-il.
Des lacunes
L'ombudsman reproche entre autres aux Forces canadiennes de ne pas avoir mis en place un responsable chargé de coordonner les efforts en santé mentale dans tout le pays. Ce haut gradé devrait éventuellement relever directement du chef d'état-major, affirme Mary MacFadyen. «Pour un militaire qui souffre de troubles mentaux, l'accès à des soins de qualité dépend toujours d'un certain nombre de facteurs arbitraires, comme son lieu d'affectation, la distance qui sépare sa base militaire du grand centre urbain le plus proche, la disponibilité des professionnels de la santé mentale, et l'attitude de ses supérieurs et de ses pairs», peut-on lire.
Un coordonnateur national aiderait à réduire les disparités régionales, dit-elle, précisant toutefois que la base de Valcartier, à Québec, est l'une de celles qui connaissent le moins de problèmes dans l'offre de service en santé mentale.
Dans le rapport, une autre lacune est montrée du doigt: la culture «macho» des Forces canadiennes. «L'ombudsman a constaté que les militaires diagnostiqués comme souffrant du syndrome de stress post-traumatique étaient souvent stigmatisés: ils passaient pour des personnes qui font semblant d'être malades, des fainéants, ou encore des êtres faibles et incapables. Cette opinion était due, en très grande partie, à une ignorance fondamentale de la nature et de la gravité de la maladie», écrit-elle, plaidant pour un meilleur leadership sur la question au sein des Forces.
Des programmes de sensibilisation ont vu le jour dans certaines bases, mais pas toutes, ce que Mary MacFadyen déplore. «Il est clair que le degré de stigmatisation varie d'un établissement militaire à l'autre, selon la détermination des dirigeants locaux et la qualité des programmes en place.»
Le manque de ressources et de volonté dans certaines régions se répercute également sur les familles, qui peinent à trouver de l'aide. «Elles ont besoin de services de soutien pour rétablir le bon fonctionnement de la cellule familiale, compte tenu de cette nouvelle réalité», dit Mme MacFadyen.
L'ombudsman fait ce constat dans un nouveau rapport de 62 pages rendu public hier et intitulé «Un long chemin vers la guérison: le combat contre les traumatismes liés au stress opérationnel». «Plusieurs membres des Forces canadiennes qui ont besoin d'aide passent encore à travers les mailles du système», a affirmé Mary MacFadyen lors d'une conférence de presse téléphonique.
Pour ceux qui ne reçoivent pas les traitements appropriés, «les conséquences sont souvent dévastatrices et durables», écrit-elle dans son rapport. Non seulement la qualité de vie est touchée, mais aussi, parfois, le simple fait de fonctionner en société devient pénible. Dans tous les cas, la «cellule familiale» est mise à rude épreuve.
Les conséquences sont également importantes pour l'armée, affirme Mary MacFadyen. «Les Forces canadiennes perdent des soldats qui auraient pu apporter leur contribution dans les prochaines années.»
Néanmoins, beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 2002, constate l'ombudsman. «Les enquêteurs de l'ombudsman ont constaté qu'au cours des six dernières années, les Forces canadiennes ont fait des progrès à l'égard d'une bonne partie des problèmes et des défis que posent le syndrome de stress post-traumatique et les autres traumatismes liés au stress opérationnel», peut-on lire dans le rapport.
Entre 2004 et 2009, les Forces canadiennes auront investi 100 millions de dollars dans la prévention et les traitements en santé mentale. Mary MacFadyen salue notamment le fait que l'armée entend ajouter des spécialistes à son personnel dans les prochains mois.
Mais elle ajoute: «Il est clair qu'il y a encore du travail à faire.» Dans son rapport, l'ombudsman cherchait à répondre à la question suivante: les membres des Forces canadiennes qui souffrent d'un traumatisme lié au stress opérationnel sont-ils diagnostiqués et soignés de façon à pouvoir demeurer des membres actifs de la société canadienne, que ce soit dans les forces armées ou comme civils? «Malheureusement, la réponse est que certains d'entre eux ne le sont pas», conclut-elle.
La situation est particulièrement préoccupante étant donné que l'armée est sous pression en raison de la guerre en Afghanistan, qui ramène du front plusieurs soldats aux prises avec des problèmes de santé mentale. En juillet dernier, Le Devoir révélait que les Forces canadiennes franchissaient le cap symbolique des 1000 soldats atteints depuis leur retour de Kandahar.
Les études et évaluations internes des Forces canadiennes obtenues par Le Devoir au cours de la dernière année montrent que de 14 à 17 % des soldats qui reviennent d'Afghanistan souffrent d'un problème de santé mentale (dépression majeure ou mineure, tendance suicidaire, syndrome de stress post-traumatique, crise de panique ou d'anxiété). À ce chiffre, il faut ajouter que 10 % des militaires sont considérés comme à «haut risque» de développer une dépendance à l'alcool.
Bref, jusqu'au quart des soldats de retour de ce conflit risquent de se battre avec leurs démons intérieurs à un moment ou à un autre. «En raison de la mission en Afghanistan, les défis seront de plus en plus grands à l'avenir», estime d'ailleurs Mary MacFadyen.
Manque de spécialistes
La source principale des problèmes actuels est identifiée: l'insuffisance de spécialistes (psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, médecins, etc.). L'armée a beau en avoir embauché au cours des dernières années, le problème demeure. «Une grave pénurie de professionnels de la santé mentale, dans les établissements militaires partout au Canada, est à l'origine des soins et des traitements incomplets et inégaux qui sont offerts aux hommes et aux femmes des Forces canadiennes», peut-on lire.
Cette dernière reconnaît toutefois que l'armée a le même problème de recrutement que la société civile, qui manque elle aussi de médecins et de spécialistes partout au pays. «Dans bien des cas, il a été extrêmement difficile, sinon impossible, de trouver un nombre suffisant de personnes qualifiées pour dispenser ces services, peut-on lire. [...] Le problème est exacerbé, dans les Forces canadiennes, par le fait que de nombreux établissements militaires sont situés dans de petites agglomérations et par le rythme opérationnel qui demeure extrêmement exigeant.»
Il y a actuellement 330 spécialistes en santé mentale dans l'armée. L'objectif est de se rendre à 440, explique au Devoir le lieutenant-colonel Rakesh Jetly, psychiatre et conseiller spécial en santé mentale au sein des Forces canadiennes. Il avoue toutefois que ce nombre sera difficile à atteindre d'ici mars prochain, tel que prévu. «Ce n'est pas seulement une question de remplir les postes, il faut aussi trouver des gens qui ont l'expertise requise. Ce n'est pas facile. Il y a plus de chances qu'on y arrive d'ici un an», dit-il.
Par contre, Rakesh Jetly affirme que l'armée ne cessera pas de recruter des spécialistes une fois le nombre de 440 atteint. «Ce nombre de spécialistes a été basé sur une évaluation de 2002, soit avant la mission en Afghanistan. On va probablement en avoir besoin de plus encore, mais c'est pour l'instant difficile de dire combien», explique-t-il.
Des lacunes
L'ombudsman reproche entre autres aux Forces canadiennes de ne pas avoir mis en place un responsable chargé de coordonner les efforts en santé mentale dans tout le pays. Ce haut gradé devrait éventuellement relever directement du chef d'état-major, affirme Mary MacFadyen. «Pour un militaire qui souffre de troubles mentaux, l'accès à des soins de qualité dépend toujours d'un certain nombre de facteurs arbitraires, comme son lieu d'affectation, la distance qui sépare sa base militaire du grand centre urbain le plus proche, la disponibilité des professionnels de la santé mentale, et l'attitude de ses supérieurs et de ses pairs», peut-on lire.
Un coordonnateur national aiderait à réduire les disparités régionales, dit-elle, précisant toutefois que la base de Valcartier, à Québec, est l'une de celles qui connaissent le moins de problèmes dans l'offre de service en santé mentale.
Dans le rapport, une autre lacune est montrée du doigt: la culture «macho» des Forces canadiennes. «L'ombudsman a constaté que les militaires diagnostiqués comme souffrant du syndrome de stress post-traumatique étaient souvent stigmatisés: ils passaient pour des personnes qui font semblant d'être malades, des fainéants, ou encore des êtres faibles et incapables. Cette opinion était due, en très grande partie, à une ignorance fondamentale de la nature et de la gravité de la maladie», écrit-elle, plaidant pour un meilleur leadership sur la question au sein des Forces.
Des programmes de sensibilisation ont vu le jour dans certaines bases, mais pas toutes, ce que Mary MacFadyen déplore. «Il est clair que le degré de stigmatisation varie d'un établissement militaire à l'autre, selon la détermination des dirigeants locaux et la qualité des programmes en place.»
Le manque de ressources et de volonté dans certaines régions se répercute également sur les familles, qui peinent à trouver de l'aide. «Elles ont besoin de services de soutien pour rétablir le bon fonctionnement de la cellule familiale, compte tenu de cette nouvelle réalité», dit Mme MacFadyen.
Haut de la page

