Ottawa s'apprête à signer le contrat d'achat de 16 hélicoptères Chinook
Le projet d'acquisition des avions de sauvetage sera soumis au cabinet en janvier
Ottawa a commandé à Boeing une version améliorée du Chinook CH-47F. Photo: Boeing
Ottawa — Le contrat pour l'achat de 16 hélicoptères de transport militaire Chinook devrait être signé par le gouvernement fédéral au début de l'année prochaine. Les négociations entre Ottawa et la multinationale Boeing viennent d'entrer dans leur phase finale et tous les détails devraient être réglés avant Noël, a appris Le Devoir.
Le gouvernement canadien est en négociations avec Boeing depuis l'été 2006. La lenteur des pourparlers et les récents développements dans l'actualité avaient contribué à répandre la rumeur que le contrat ne serait peut-être jamais signé et que les hélicoptères ne seraient donc pas livrés au Canada.
Plusieurs personnes dans l'industrie militaire soutenaient que le coût du projet d'acquisition des 16 Chinook CH-47F, soit 4,7 milliards de dollars, était trop élevé maintenant que la crise économique frappe.
On invoquait aussi la pertinence d'acheter des hélicoptères neufs qui seront livrés à partir de 2012, alors que le Canada a déjà annoncé son retrait de l'Afghanistan pour 2011. De plus, le Canada vient d'acheter six hélicoptères Chinook d'occasion à l'armée américaine pour les utiliser dès février en Afghanistan, ce qui faisait également douter les observateurs, puisque ces appareils reviendront au Canada une fois le conflit terminé.
Or il semble que les rumeurs étaient sans fondement, puisque les négociations entre Ottawa et Boeing seront conclues d'ici Noël, selon nos sources. Le gouvernement prendra ensuite quelques semaines pour recevoir toutes les approbations, notamment celle du Conseil du trésor. La signature du contrat devrait suivre dans les premiers mois de 2009.
En 2006, les Forces canadiennes prévoyaient dépenser environ 4,7 milliards de dollars pour acquérir 16 Chinook CH-47F, ce qui comprend l'achat des appareils, mais aussi l'entretien sur 20 ans, la construction de nouveaux hangars, la formation des pilotes, etc. Ottawa dépensera plus que les autres pays pour ses Chinook neufs, puisqu'il a demandé à Boeing de lui construire un hélicoptère plus polyvalent, capable de se rendre dans des zones de combat, de voler dans des conditions extrêmes et de faire du sauvetage.
Par exemple, les Forces canadiennes veulent un réservoir à essence deux fois plus gros. Plusieurs équipements de défense seraient ajoutés, notamment un détecteur de missiles et des systèmes de riposte. Un système de batterie plus performant serait installé sur l'hélicoptère, ainsi que des radars météo perfectionnés. Des stabilisateurs de vol seraient ajoutés, tout comme un dispositif devant servir à faire monter facilement à bord les survivants d'une catastrophe.
Le chef d'état-major toujours convaincu
En entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, le chef d'état-major des Forces canadiennes, Walter Natynczyk, s'est dit toujours aussi convaincu du bien-fondé d'acquérir 16 hélicoptères de transport Chinook. Et ce, même si le Canada ne pourra pas les utiliser en Afghanistan en raison de la date de livraison tardive.
«On pourra les utiliser au Canada, pour du transport et des évacuations. Les Chinook peuvent aller là où les avions Hercules ne peuvent pas aller. Ce n'est pas seulement pour des opérations très militaires, comme en Afghanistan. On aurait pu les utiliser pour les Jeux olympiques, par exemple. J'aurais aimé les avoir lors du grand verglas au Québec en 1998, pour aider les gens», affirme-t-il.
Le général Natynczyk défend aussi la décision d'acquérir 16 appareils, plutôt que 10 ou 12, ce qui aurait fait diminuer la facture. «On avait sept Chinook avant, mais ce n'était pas assez comme flotte pour réduire les coûts. On a été obligés de les vendre. Il faut une masse critique d'appareils pour l'entretien, l'entraînement, les opérations outre-mer et au Canada», dit-il.
Walter Natynczyk précise que les six Chinook d'occasion achetés des États-Unis cet automne — et qui seront déployés en Afghanistan dès février prochain — sont passablement différents des 16 hélicoptères neufs que le Canada va acheter. Les Chinook d'occasion qui seront déployés en Afghanistan sont issus du modèle «D», alors que les appareils neufs à venir en 2012 proviennent de la nouvelle génération d'hélicoptères, soit le modèle «F».
«Le modèle D est une technologie développée dans les années 70 et 80, avec des appareils construits dans les années 90. C'est un bon hélicoptère, il n'y a pas de doute. Mais le modèle F est nouveau. Ils semblent identiques de l'extérieur, mais la technologie est différente», dit Walter Natynczyk.
À un point tel que le chef d'état-major ne sait pas si le Canada continuera d'utiliser les six modèles D une fois la mission en Afghanistan terminée. «Il faudra voir ce qu'on va faire avec eux une fois qu'on aura le modèle F», dit-il. Les Forces canadiennes pourraient décider de revendre les appareils, étant donné les différences qui existent pour l'entretien et la formation des pilotes.
Le général estime que l'achat des 16 hélicoptères Chinook CH-47 F aura un impact à long terme et qu'une récession ne doit pas faire dévier de l'objectif. «La stratégie du Canada d'abord dévoilée l'été dernier est un bon plan. C'est la première fois qu'on a un plan d'achat d'équipement à long terme qui est pleinement financé. Ce plan prévoit nos dépenses et nos besoins sur 20 ans. On a des difficultés économiques maintenant, mais les décisions qu'on prend vont avoir un impact pour des années», dit-il.
Avions de recherche et sauvetage
Par ailleurs, le gouvernement Harper s'apprête à faire un pas de plus avec une autre acquisition militaire. En effet, l'achat de 15 à 17 avions de recherche et sauvetage devrait être soumis au cabinet dès le début du mois de janvier. Il s'agit d'un projet de trois milliards de dollars (comprenant l'entretien sur 20 ans) qui vise à remplacer les avions Hercules et Buffalo vieillissants qui assurent présentement la recherche et le sauvetage des citoyens en détresse un peu partout au pays. La flotte des six Buffalo qui patrouillent les Rocheuses est particulièrement désuète, puisque les avions sont en fonction depuis plus de 40 ans. Les pièces de rechange sont devenues introuvables.
«J'espère pouvoir bouger très rapidement dès la nouvelle année avec le processus d'acquisition», a dit le ministre de la Défense, Peter MacKay, en entrevue avec la Canadian Press vendredi. Selon lui, la crise économique ne devrait pas avoir d'impact sur cet achat militaire. «C'est un élément important et crucial pour protéger la vie des Canadiens ici, au Canada, et on a besoin de ces avions», a-t-il dit.
Comme Le Devoir l'a révélé dans une série d'articles depuis un an, la Force aérienne a fait de l'achat de ces nouveaux appareils sa priorité absolue. Elle s'inquiétait même de ne plus pouvoir remplir ses obligations de sauvetage d'ici 2015 si un processus d'acquisition n'était pas lancé rapidement. Habituellement, le premier avion est livré 36 mois après la signature du contrat.
Trois multinationales tenteront d'obtenir le contrat, soit Alenia (Italie), EADS-CASA (Espagne) et Lockheed Martin (États-Unis). Alenia est toutefois en avance, puisque sa proposition satisfait tous les critères des Forces canadiennes, ce qui n'est pas le cas des deux autres manufacturiers pour l'instant.
Le gouvernement canadien est en négociations avec Boeing depuis l'été 2006. La lenteur des pourparlers et les récents développements dans l'actualité avaient contribué à répandre la rumeur que le contrat ne serait peut-être jamais signé et que les hélicoptères ne seraient donc pas livrés au Canada.
Plusieurs personnes dans l'industrie militaire soutenaient que le coût du projet d'acquisition des 16 Chinook CH-47F, soit 4,7 milliards de dollars, était trop élevé maintenant que la crise économique frappe.
On invoquait aussi la pertinence d'acheter des hélicoptères neufs qui seront livrés à partir de 2012, alors que le Canada a déjà annoncé son retrait de l'Afghanistan pour 2011. De plus, le Canada vient d'acheter six hélicoptères Chinook d'occasion à l'armée américaine pour les utiliser dès février en Afghanistan, ce qui faisait également douter les observateurs, puisque ces appareils reviendront au Canada une fois le conflit terminé.
Or il semble que les rumeurs étaient sans fondement, puisque les négociations entre Ottawa et Boeing seront conclues d'ici Noël, selon nos sources. Le gouvernement prendra ensuite quelques semaines pour recevoir toutes les approbations, notamment celle du Conseil du trésor. La signature du contrat devrait suivre dans les premiers mois de 2009.
En 2006, les Forces canadiennes prévoyaient dépenser environ 4,7 milliards de dollars pour acquérir 16 Chinook CH-47F, ce qui comprend l'achat des appareils, mais aussi l'entretien sur 20 ans, la construction de nouveaux hangars, la formation des pilotes, etc. Ottawa dépensera plus que les autres pays pour ses Chinook neufs, puisqu'il a demandé à Boeing de lui construire un hélicoptère plus polyvalent, capable de se rendre dans des zones de combat, de voler dans des conditions extrêmes et de faire du sauvetage.
Par exemple, les Forces canadiennes veulent un réservoir à essence deux fois plus gros. Plusieurs équipements de défense seraient ajoutés, notamment un détecteur de missiles et des systèmes de riposte. Un système de batterie plus performant serait installé sur l'hélicoptère, ainsi que des radars météo perfectionnés. Des stabilisateurs de vol seraient ajoutés, tout comme un dispositif devant servir à faire monter facilement à bord les survivants d'une catastrophe.
Le chef d'état-major toujours convaincu
En entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, le chef d'état-major des Forces canadiennes, Walter Natynczyk, s'est dit toujours aussi convaincu du bien-fondé d'acquérir 16 hélicoptères de transport Chinook. Et ce, même si le Canada ne pourra pas les utiliser en Afghanistan en raison de la date de livraison tardive.
«On pourra les utiliser au Canada, pour du transport et des évacuations. Les Chinook peuvent aller là où les avions Hercules ne peuvent pas aller. Ce n'est pas seulement pour des opérations très militaires, comme en Afghanistan. On aurait pu les utiliser pour les Jeux olympiques, par exemple. J'aurais aimé les avoir lors du grand verglas au Québec en 1998, pour aider les gens», affirme-t-il.
Le général Natynczyk défend aussi la décision d'acquérir 16 appareils, plutôt que 10 ou 12, ce qui aurait fait diminuer la facture. «On avait sept Chinook avant, mais ce n'était pas assez comme flotte pour réduire les coûts. On a été obligés de les vendre. Il faut une masse critique d'appareils pour l'entretien, l'entraînement, les opérations outre-mer et au Canada», dit-il.
Walter Natynczyk précise que les six Chinook d'occasion achetés des États-Unis cet automne — et qui seront déployés en Afghanistan dès février prochain — sont passablement différents des 16 hélicoptères neufs que le Canada va acheter. Les Chinook d'occasion qui seront déployés en Afghanistan sont issus du modèle «D», alors que les appareils neufs à venir en 2012 proviennent de la nouvelle génération d'hélicoptères, soit le modèle «F».
«Le modèle D est une technologie développée dans les années 70 et 80, avec des appareils construits dans les années 90. C'est un bon hélicoptère, il n'y a pas de doute. Mais le modèle F est nouveau. Ils semblent identiques de l'extérieur, mais la technologie est différente», dit Walter Natynczyk.
À un point tel que le chef d'état-major ne sait pas si le Canada continuera d'utiliser les six modèles D une fois la mission en Afghanistan terminée. «Il faudra voir ce qu'on va faire avec eux une fois qu'on aura le modèle F», dit-il. Les Forces canadiennes pourraient décider de revendre les appareils, étant donné les différences qui existent pour l'entretien et la formation des pilotes.
Le général estime que l'achat des 16 hélicoptères Chinook CH-47 F aura un impact à long terme et qu'une récession ne doit pas faire dévier de l'objectif. «La stratégie du Canada d'abord dévoilée l'été dernier est un bon plan. C'est la première fois qu'on a un plan d'achat d'équipement à long terme qui est pleinement financé. Ce plan prévoit nos dépenses et nos besoins sur 20 ans. On a des difficultés économiques maintenant, mais les décisions qu'on prend vont avoir un impact pour des années», dit-il.
Avions de recherche et sauvetage
Par ailleurs, le gouvernement Harper s'apprête à faire un pas de plus avec une autre acquisition militaire. En effet, l'achat de 15 à 17 avions de recherche et sauvetage devrait être soumis au cabinet dès le début du mois de janvier. Il s'agit d'un projet de trois milliards de dollars (comprenant l'entretien sur 20 ans) qui vise à remplacer les avions Hercules et Buffalo vieillissants qui assurent présentement la recherche et le sauvetage des citoyens en détresse un peu partout au pays. La flotte des six Buffalo qui patrouillent les Rocheuses est particulièrement désuète, puisque les avions sont en fonction depuis plus de 40 ans. Les pièces de rechange sont devenues introuvables.
«J'espère pouvoir bouger très rapidement dès la nouvelle année avec le processus d'acquisition», a dit le ministre de la Défense, Peter MacKay, en entrevue avec la Canadian Press vendredi. Selon lui, la crise économique ne devrait pas avoir d'impact sur cet achat militaire. «C'est un élément important et crucial pour protéger la vie des Canadiens ici, au Canada, et on a besoin de ces avions», a-t-il dit.
Comme Le Devoir l'a révélé dans une série d'articles depuis un an, la Force aérienne a fait de l'achat de ces nouveaux appareils sa priorité absolue. Elle s'inquiétait même de ne plus pouvoir remplir ses obligations de sauvetage d'ici 2015 si un processus d'acquisition n'était pas lancé rapidement. Habituellement, le premier avion est livré 36 mois après la signature du contrat.
Trois multinationales tenteront d'obtenir le contrat, soit Alenia (Italie), EADS-CASA (Espagne) et Lockheed Martin (États-Unis). Alenia est toutefois en avance, puisque sa proposition satisfait tous les critères des Forces canadiennes, ce qui n'est pas le cas des deux autres manufacturiers pour l'instant.
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