Afghanistan: les soldats du Québec déployés plus longtemps?
Photo : Agence France-Presse
Ottawa — Le grand patron des Forces canadiennes affirme que les soldats québécois qui seront déployés en Afghanistan à partir de mars prochain feront face à la situation la plus dangereuse depuis 2001. Et pour assurer la sécurité des Afghans lors de l'élection présidentielle qui doit avoir lieu en septembre, les soldats de Valcartier pourraient devoir rester plus longtemps que prévu à Kandahar, affirme le général Walter Natynczyk.
Le chef d'état-major a rencontré Le Devoir mercredi après-midi dans son bureau du quartier général de la Défense, au centre-ville d'Ottawa. Il s'agissait de sa première grande entrevue depuis qu'il a pris la tête des Forces canadiennes, en juillet dernier.
Tout comme Rick Hillier, son prédécesseur, Walter Natynczyk a son franc-parler. Il n'a donc pas cherché à dissimuler que la situation se dégrade à Kandahar. «L'année 2008 a été très difficile, beaucoup plus que 2007, dit-il. Les attaques sont plus nombreuses et les techniques des talibans sont plus sophistiquées qu'avant.»
Les soldats canadiens et leurs alliés de l'OTAN ont mené plusieurs opérations à Kandahar dans les dernières semaines pour tenter de faire diminuer le nombre d'attentats, mais également pour assurer une certaine stabilité afin de faciliter l'entrée en scène du prochain contingent canadien, qui doit arriver entre mars et avril prochain.
Sur les 2800 soldats canadiens qui seront en poste à Kandahar, environ 1300 proviendront du Québec, principalement de la base de Valcartier.
Les soldats québécois seront très exposés aux risques, puisqu'ils formeront les trois quarts du groupe tactique de combat (900 sur 1200 militaires). C'est le groupe de combat qui mène les opérations contre les talibans.
Le prochain contingent canadien pourrait d'ailleurs devoir rester à Kandahar plus longtemps que prévu, a laissé entendre le général Natynczyk. Normalement, ils doivent revenir au pays en septembre, après une mission de six ou sept mois. Mais l'élection présidentielle afghane doit justement avoir lieu en septembre. Or, non seulement il s'agit d'un mois historiquement très violent en Afghanistan, mais la proximité de l'élection incitera les talibans à augmenter la fréquence des attaques.
Dans ce contexte, renvoyer au Canada les soldats aguerris qui ont appris à connaître le terrain pose un risque. En entrevue, Walter Natynczyk n'a pas caché que l'élection présidentielle en Afghanistan représente un cas exceptionnel. Les soldats pourraient-ils devoir rester sur place quelques semaines de plus? «On ne peut rien exclure, car à la fin, la réussite de la mission prime sur tout», dit-il. Et d'ajouter: «Avant le déploiement des soldats [en mars et avril], j'espère pouvoir leur dire combien de temps ils vont être là-bas.»
Mais puisque la date de l'élection afghane n'est pas encore annoncée, il est difficile de prévoir, dit-il. «On a plusieurs plans B. Il faut voir ce que le gouvernement afghan va décider. On a encore plusieurs mois devant nous pour décider des scénarios appropriés. [...] On ne veut pas faire comme en Bosnie, alors qu'on envoyait nos soldats en mission, mais sans vraiment savoir quand ils allaient revenir. En Afghanistan, on tente de garder nos rotations, pour le groupe de combat, à six mois.»
Une situation dangereuse
Peu importe la durée de sa présence en Afghanistan, le prochain contingent de soldats fera face à la situation la plus dangereuse depuis le début du conflit, en 2001. Le général Natynczyk affirme que le niveau de violence sera bien plus élevé que lors de la précédente élection présidentielle afghane, en 2004.
«Les talibans opèrent à partir de sanctuaires situés le long de la frontière avec le Pakistan, ce qui rend notre travail plus difficile, explique-t-il. Les méthodes sont plus sophistiquées, les armes et les bombes utilisées aussi. Il y a plus de combattants étrangers. Tout ça va se mélanger pour nous donner une situation plus explosive que jamais. Ce n'est pas dans l'intérêt des talibans qu'il y ait une élection libre et démocratique. Ils veulent reprendre le contrôle de l'Afghanistan. Notre rôle est d'aider les Afghans pour que ce processus se déroule bien.»
Il se dit tout de même confiant que les soldats canadiens, notamment ceux du Québec, vont bien s'en tirer. «Dans le prochain contingent, un soldat sur six a déjà été à Kandahar dans une précédente mission. Ça veut dire qu'il y a de l'expérience, mais aussi beaucoup de sang neuf, ce qui est bien. Ces soldats sont très bien entraînés et ils vont être prêts», dit-il.
En raison de l'élection, 2009 sera une année charnière en Afghanistan, estime le chef d'état-major. «À la fin, tout revient à la gouvernance, à la capacité d'être autonome et de contrôler les leviers du pays. C'est pourquoi l'élection a une si grande importance.» Pour les soldats canadiens, la priorité sera donc «d'aider l'Armée nationale afghane et la police à assurer la sécurité du territoire pendant la période électorale», dit Walter Natynczyk.
L'arrivée massive des Américains
Le prochain contingent devra aussi s'adapter à une nouvelle réalité qui chambardera les habitudes des Forces canadiennes à Kandahar.
En effet, les États-Unis vont déplacer leur effort militaire de l'Irak vers l'Afghanistan, ce qui entraînera le déploiement de nouveaux soldats d'ici l'été prochain. Selon les chiffres obtenus par Le Devoir, le Canada s'attend à ce que les États-Unis envoient entre 5000 et 8000 soldats spécifiquement à Kandahar. D'ailleurs, pour leur faire de la place dans l'immense base de l'OTAN située en banlieue de Kandahar, des investissements de 850 millions de dollars sont prévus.
Cette présence massive des États-Unis dans le sud du pays, qui s'ajoutera aux 1000 soldats américains déjà en place à Kandahar depuis quelques mois, aura un impact énorme, selon Walter Natynczyk. «Ça va faire une grande différence, car il n'y a pas assez de soldats pour contrôler toutes les régions de la province de Kandahar actuellement, dit-il. Nos soldats sont concentrés autour de la ville de Kandahar, mais beaucoup de secteurs de la province ne sont pas couverts par l'OTAN. C'est dans ces régions que les talibans trouvent refuge, se déplacent, préparent leur attaque, cachent des armes et ainsi de suite. Travailler avec les États-Unis, qui sont déjà sur place, nous aide. On sait comment travailler ensemble», affirme-t-il.
A-t-il peur de la réputation de «cow-boys» que traînent les soldats américains, notamment leur propension à utiliser les frappes aériennes, ce qui accentue les risques de tuer des civils? «Je connais les Américains, j'ai travaillé avec eux souvent. Généralement, on suit la même doctrine, surtout dans le domaine de la contre-insurrection. L'objectif est d'utiliser une force minimale à chaque opération. Pour nous, il faut continuer à être disciplinés dans l'utilisation de la force. [...] Il faut limiter les erreurs, qui sont terribles.»
L'arrivée massive des Américains pourrait avoir une autre conséquence. Actuellement, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne se partagent à tour de rôle les commandes de l'OTAN pour la région sud. Les États-Unis vont-ils en prendre le contrôle? «Il y a une certaine logique là-dedans, c'est certain, car ils seront plus nombreux. Il y aura des discussions avec l'OTAN, mais aussi de manière bilatérale, pour savoir ce qui est le mieux», soutient Walter Natynczyk.
Le chef d'état-major a rencontré Le Devoir mercredi après-midi dans son bureau du quartier général de la Défense, au centre-ville d'Ottawa. Il s'agissait de sa première grande entrevue depuis qu'il a pris la tête des Forces canadiennes, en juillet dernier.
Tout comme Rick Hillier, son prédécesseur, Walter Natynczyk a son franc-parler. Il n'a donc pas cherché à dissimuler que la situation se dégrade à Kandahar. «L'année 2008 a été très difficile, beaucoup plus que 2007, dit-il. Les attaques sont plus nombreuses et les techniques des talibans sont plus sophistiquées qu'avant.»
Les soldats canadiens et leurs alliés de l'OTAN ont mené plusieurs opérations à Kandahar dans les dernières semaines pour tenter de faire diminuer le nombre d'attentats, mais également pour assurer une certaine stabilité afin de faciliter l'entrée en scène du prochain contingent canadien, qui doit arriver entre mars et avril prochain.
Sur les 2800 soldats canadiens qui seront en poste à Kandahar, environ 1300 proviendront du Québec, principalement de la base de Valcartier.
Les soldats québécois seront très exposés aux risques, puisqu'ils formeront les trois quarts du groupe tactique de combat (900 sur 1200 militaires). C'est le groupe de combat qui mène les opérations contre les talibans.
Le prochain contingent canadien pourrait d'ailleurs devoir rester à Kandahar plus longtemps que prévu, a laissé entendre le général Natynczyk. Normalement, ils doivent revenir au pays en septembre, après une mission de six ou sept mois. Mais l'élection présidentielle afghane doit justement avoir lieu en septembre. Or, non seulement il s'agit d'un mois historiquement très violent en Afghanistan, mais la proximité de l'élection incitera les talibans à augmenter la fréquence des attaques.
Dans ce contexte, renvoyer au Canada les soldats aguerris qui ont appris à connaître le terrain pose un risque. En entrevue, Walter Natynczyk n'a pas caché que l'élection présidentielle en Afghanistan représente un cas exceptionnel. Les soldats pourraient-ils devoir rester sur place quelques semaines de plus? «On ne peut rien exclure, car à la fin, la réussite de la mission prime sur tout», dit-il. Et d'ajouter: «Avant le déploiement des soldats [en mars et avril], j'espère pouvoir leur dire combien de temps ils vont être là-bas.»
Mais puisque la date de l'élection afghane n'est pas encore annoncée, il est difficile de prévoir, dit-il. «On a plusieurs plans B. Il faut voir ce que le gouvernement afghan va décider. On a encore plusieurs mois devant nous pour décider des scénarios appropriés. [...] On ne veut pas faire comme en Bosnie, alors qu'on envoyait nos soldats en mission, mais sans vraiment savoir quand ils allaient revenir. En Afghanistan, on tente de garder nos rotations, pour le groupe de combat, à six mois.»
Une situation dangereuse
Peu importe la durée de sa présence en Afghanistan, le prochain contingent de soldats fera face à la situation la plus dangereuse depuis le début du conflit, en 2001. Le général Natynczyk affirme que le niveau de violence sera bien plus élevé que lors de la précédente élection présidentielle afghane, en 2004.
«Les talibans opèrent à partir de sanctuaires situés le long de la frontière avec le Pakistan, ce qui rend notre travail plus difficile, explique-t-il. Les méthodes sont plus sophistiquées, les armes et les bombes utilisées aussi. Il y a plus de combattants étrangers. Tout ça va se mélanger pour nous donner une situation plus explosive que jamais. Ce n'est pas dans l'intérêt des talibans qu'il y ait une élection libre et démocratique. Ils veulent reprendre le contrôle de l'Afghanistan. Notre rôle est d'aider les Afghans pour que ce processus se déroule bien.»
Il se dit tout de même confiant que les soldats canadiens, notamment ceux du Québec, vont bien s'en tirer. «Dans le prochain contingent, un soldat sur six a déjà été à Kandahar dans une précédente mission. Ça veut dire qu'il y a de l'expérience, mais aussi beaucoup de sang neuf, ce qui est bien. Ces soldats sont très bien entraînés et ils vont être prêts», dit-il.
En raison de l'élection, 2009 sera une année charnière en Afghanistan, estime le chef d'état-major. «À la fin, tout revient à la gouvernance, à la capacité d'être autonome et de contrôler les leviers du pays. C'est pourquoi l'élection a une si grande importance.» Pour les soldats canadiens, la priorité sera donc «d'aider l'Armée nationale afghane et la police à assurer la sécurité du territoire pendant la période électorale», dit Walter Natynczyk.
L'arrivée massive des Américains
Le prochain contingent devra aussi s'adapter à une nouvelle réalité qui chambardera les habitudes des Forces canadiennes à Kandahar.
En effet, les États-Unis vont déplacer leur effort militaire de l'Irak vers l'Afghanistan, ce qui entraînera le déploiement de nouveaux soldats d'ici l'été prochain. Selon les chiffres obtenus par Le Devoir, le Canada s'attend à ce que les États-Unis envoient entre 5000 et 8000 soldats spécifiquement à Kandahar. D'ailleurs, pour leur faire de la place dans l'immense base de l'OTAN située en banlieue de Kandahar, des investissements de 850 millions de dollars sont prévus.
Cette présence massive des États-Unis dans le sud du pays, qui s'ajoutera aux 1000 soldats américains déjà en place à Kandahar depuis quelques mois, aura un impact énorme, selon Walter Natynczyk. «Ça va faire une grande différence, car il n'y a pas assez de soldats pour contrôler toutes les régions de la province de Kandahar actuellement, dit-il. Nos soldats sont concentrés autour de la ville de Kandahar, mais beaucoup de secteurs de la province ne sont pas couverts par l'OTAN. C'est dans ces régions que les talibans trouvent refuge, se déplacent, préparent leur attaque, cachent des armes et ainsi de suite. Travailler avec les États-Unis, qui sont déjà sur place, nous aide. On sait comment travailler ensemble», affirme-t-il.
A-t-il peur de la réputation de «cow-boys» que traînent les soldats américains, notamment leur propension à utiliser les frappes aériennes, ce qui accentue les risques de tuer des civils? «Je connais les Américains, j'ai travaillé avec eux souvent. Généralement, on suit la même doctrine, surtout dans le domaine de la contre-insurrection. L'objectif est d'utiliser une force minimale à chaque opération. Pour nous, il faut continuer à être disciplinés dans l'utilisation de la force. [...] Il faut limiter les erreurs, qui sont terribles.»
L'arrivée massive des Américains pourrait avoir une autre conséquence. Actuellement, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne se partagent à tour de rôle les commandes de l'OTAN pour la région sud. Les États-Unis vont-ils en prendre le contrôle? «Il y a une certaine logique là-dedans, c'est certain, car ils seront plus nombreux. Il y aura des discussions avec l'OTAN, mais aussi de manière bilatérale, pour savoir ce qui est le mieux», soutient Walter Natynczyk.
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