La coalition tient toujours
11 décembre 2008
Canada
Ottawa — Que les conservateurs se le tiennent pour dit. Le nouveau chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, n'a pas du tout l'intention de remiser l'entente de coalition avec le NPD pour remplacer le gouvernement de Stephen Harper. Il se dit prêt à renverser le premier ministre dès janvier et s'en remet à Michaëlle Jean pour décider s'il prendra le chemin électoral ou celui du 24 Sussex. C'est maintenant officiel: Michael Ignatieff est le chef intérimaire du PLC jusqu'à ce qu'il soit couronné, le 3 mai prochain, à Vancouver. Pour sa première sortie publique depuis cette consécration précipitée, M. Ignatieff a voulu dissiper les doutes quant à sa volonté de diriger un éventuel gouvernement de coalition avec le NPD et appuyé par le Bloc québécois.
«J'ai dit à mon caucus ce matin [hier] très clairement que je suis prêt à voter contre ce gouvernement et je suis prêt à diriger un gouvernement de coalition avec mes partenaires si c'est ce que la gouverneure générale nous demande de faire», a-t-il déclaré sur un ton ferme, qui ne laissait place à aucune interprétation. «Mais j'ai aussi indiqué clairement à mon caucus qu'un parti politique qui annoncerait aujourd'hui qu'il votera contre un budget qu'il n'a pas encore vu n'inspirerait pas confiance aux Canadiens.»
Pour plus de clarté encore, M. Ignatieff a ajouté: «Je n'ai pas l'intention de revoir, réviser ou chercher à réviser l'entente de coalition qui a été conclue.» Le nouveau chef semblait vouloir confondre les nombreux sceptiques qui annoncent depuis quelques jours la mort de la coalition. M. Ignatieff ne prétend pas savoir si la gouverneure générale acceptera, en janvier, d'offrir le gouvernement à l'opposition plutôt que de déclencher des élections, comme le lui demandera sûrement M. Harper. «Je respecterai sa décision.»
Le nouveau chef du PLC est apparu ferme, combatif et même frondeur à l'occasion. Le message était clair: il n'a pas l'intention de se laisser intimider par Stephen Harper, comme l'avait peut-être été son prédécesseur. Ainsi, quand on lui demande s'il craint que le Parti conservateur ne lance une fois de plus une campagne de publicité pour le caricaturer en début de mandat, comme il l'avait fait avec Stéphane Dion, il a cette réponse, presque menaçante: «Le premier ministre a perdu la confiance de la Chambre des communes. Je ne veux pas avoir l'air de donner des conseils au premier ministre, mais il m'apparaîtrait comme une très, très sérieuse erreur de sa part de lancer des attaques partisanes contre le chef d'un parti à ce moment. J'espère que je me fais bien comprendre.»
Légitimité attaquée
Le directeur des opérations politiques du Parti conservateur, le très influent Doug Finley, a fait circuler une première lettre mardi, dépeignant M. Ignatieff comme un chef parachuté. Faisant référence à la coalition, M. Finley écrit que «la personne qui deviendrait premier ministre du Canada n'était même pas chef d'un parti fédéral lors de la dernière élection et n'aura même pas été élu par les membres du Parti libéral».
M. Finley, qui demande aux militants de donner 200 ou 100 $ «pour nous aider à faire circuler ce message aux Canadiens», estime que cette façon de se donner un chef démontre le «mépris des libéraux pour les droits démocratiques». «Ne vous méprenez pas: Stéphane Dion, Bob Rae, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe vont continuer à faire le nécessaire pour imposer leur coalition.» À la sortie du caucus conservateur hier midi, certains députés répétaient d'ailleurs un message semblable.
M. Ignatieff a seulement répondu qu'il n'avait pas de leçon de légitimité à recevoir de Stephen Harper, qui a fait fermer le Parlement jeudi dernier, après seulement 13 jours de séance, pour éviter un vote de confiance qu'il aurait perdu.
Au caucus hier, M. Ignatieff a été mis en nomination comme chef intérimaire par nul autre que Bob Rae, son ami de jeunesse et rival jusqu'à mardi. Il a été secondé par Dominic LeBlanc, autre rival qui s'est désisté de la course à la chefferie lundi. L'exécutif du PLC a accepté d'accélérer la consultation de ses instances par téléphone. À 13h45 heures hier, la décision était prise.
Au sortir du caucus, les députés libéraux étaient unanimes à se dire heureux du dénouement de la situation. «Quand Bob Rae et Michael Ignatieff se sont étreints, il a été difficile de ne pas verser une larme, a expliqué la députée Martha Hall Findlay. C'était un moment extraordinaire, sincère. Toutes les choses appropriées ont été dites à propos de Stéphane Dion, Stéphane Dion a dit toutes les choses appropriées, Bob Rae et Dominic LeBlanc ont été spectaculaires. [...] On doit en particulier souligner ce qu'a fait Bob Rae mardi, en faisant primer l'intérêt du parti sur le sien.»
Stéphane Dion a seulement indiqué hier qu'il allait «aider» son nouveau chef. Il n'a pas voulu dire s'il serait candidat à de futures élections.
Un bon budget
Michael Ignatieff laisse quand même la porte ouverte à ce que le budget conservateur de janvier soit suffisamment intéressant pour que son parti l'appuie et désamorce donc complètement cette crise politique débutée depuis maintenant deux semaines. Toutefois, si Stephen Harper a vraiment envie, comme il l'a déclaré en entrevue la veille, de travailler avec l'opposition, alors ce sera à lui de faire les premiers pas.
«Après avoir perdu la confiance de la Chambre, après avoir précipité une crise nationale, après avoir soulevé des tensions entre les groupes du Canada, ce n'est pas à moi de tendre la main, c'est plutôt au premier ministre.»
Lorsqu'on lui a demandé ce qu'il voulait voir dans le prochain budget, M. Ignatieff a répondu qu'il n'avait pas l'intention de se lancer dans des négociations publiques avec Stephen Harper. À son avis, le premier ministre sait très bien ce que l'opposition veut voir dans ce budget. «S'il a besoin d'aide, nous lui rendrons peut-être service, mais je ne négocie pas avec lui, pas plus que je renégocie notre entente avec nos partenaires [du NPD et du Bloc québécois].»
À la sortie de leur caucus hebdomadaire, les députés conservateurs niaient être plus nerveux face à un adversaire de la trempe de M. Ignatieff, un intellectuel ayant eu une carrière très publique, presque glamour, tant en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis. Certains ministres ont insisté sur l'importance de la branche d'olivier qu'avait tendue M. Harper la veille.
«M. Ignatieff reconnaîtra que la coalition n'est pas une bonne idée, croit le ministre de la Défense, Peter MacKay. J'espère que le premier ministre et M. Ignatieff seront capables d'aller au-delà de leurs différences philosophiques ou politiques pour s'asseoir et avoir une discussion significative.»
Les libéraux au Québec
Notons enfin que le nouveau chef du PLC estime que son parti est redevenu «l'option fédéraliste la plus crédible au Québec», et ce, à cause des déclarations de Stephen Harper au cours des derniers jours à propos des «séparatistes» du Québec. «M. Harper a perdu beaucoup de crédibilité avec l'électorat au Québec lors de la dernière semaine et des derniers mois. Le Québec doit être au centre du Canada.» M. Dion a affirmé qu'à son avis les déclarations avaient «certainement» eu un impact sur les élections québécoises de lundi, auxquelles le Parti québécois de Pauline Marois a obtenu 51 sièges. Il n'a pas voulu dire en quoi, se contentant de dire qu'au moins, un gouvernement fédéraliste avait été réélu.
***
Avec la Presse canadienne
«J'ai dit à mon caucus ce matin [hier] très clairement que je suis prêt à voter contre ce gouvernement et je suis prêt à diriger un gouvernement de coalition avec mes partenaires si c'est ce que la gouverneure générale nous demande de faire», a-t-il déclaré sur un ton ferme, qui ne laissait place à aucune interprétation. «Mais j'ai aussi indiqué clairement à mon caucus qu'un parti politique qui annoncerait aujourd'hui qu'il votera contre un budget qu'il n'a pas encore vu n'inspirerait pas confiance aux Canadiens.»
Pour plus de clarté encore, M. Ignatieff a ajouté: «Je n'ai pas l'intention de revoir, réviser ou chercher à réviser l'entente de coalition qui a été conclue.» Le nouveau chef semblait vouloir confondre les nombreux sceptiques qui annoncent depuis quelques jours la mort de la coalition. M. Ignatieff ne prétend pas savoir si la gouverneure générale acceptera, en janvier, d'offrir le gouvernement à l'opposition plutôt que de déclencher des élections, comme le lui demandera sûrement M. Harper. «Je respecterai sa décision.»
Le nouveau chef du PLC est apparu ferme, combatif et même frondeur à l'occasion. Le message était clair: il n'a pas l'intention de se laisser intimider par Stephen Harper, comme l'avait peut-être été son prédécesseur. Ainsi, quand on lui demande s'il craint que le Parti conservateur ne lance une fois de plus une campagne de publicité pour le caricaturer en début de mandat, comme il l'avait fait avec Stéphane Dion, il a cette réponse, presque menaçante: «Le premier ministre a perdu la confiance de la Chambre des communes. Je ne veux pas avoir l'air de donner des conseils au premier ministre, mais il m'apparaîtrait comme une très, très sérieuse erreur de sa part de lancer des attaques partisanes contre le chef d'un parti à ce moment. J'espère que je me fais bien comprendre.»
Légitimité attaquée
Le directeur des opérations politiques du Parti conservateur, le très influent Doug Finley, a fait circuler une première lettre mardi, dépeignant M. Ignatieff comme un chef parachuté. Faisant référence à la coalition, M. Finley écrit que «la personne qui deviendrait premier ministre du Canada n'était même pas chef d'un parti fédéral lors de la dernière élection et n'aura même pas été élu par les membres du Parti libéral».
M. Finley, qui demande aux militants de donner 200 ou 100 $ «pour nous aider à faire circuler ce message aux Canadiens», estime que cette façon de se donner un chef démontre le «mépris des libéraux pour les droits démocratiques». «Ne vous méprenez pas: Stéphane Dion, Bob Rae, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe vont continuer à faire le nécessaire pour imposer leur coalition.» À la sortie du caucus conservateur hier midi, certains députés répétaient d'ailleurs un message semblable.
M. Ignatieff a seulement répondu qu'il n'avait pas de leçon de légitimité à recevoir de Stephen Harper, qui a fait fermer le Parlement jeudi dernier, après seulement 13 jours de séance, pour éviter un vote de confiance qu'il aurait perdu.
Au caucus hier, M. Ignatieff a été mis en nomination comme chef intérimaire par nul autre que Bob Rae, son ami de jeunesse et rival jusqu'à mardi. Il a été secondé par Dominic LeBlanc, autre rival qui s'est désisté de la course à la chefferie lundi. L'exécutif du PLC a accepté d'accélérer la consultation de ses instances par téléphone. À 13h45 heures hier, la décision était prise.
Au sortir du caucus, les députés libéraux étaient unanimes à se dire heureux du dénouement de la situation. «Quand Bob Rae et Michael Ignatieff se sont étreints, il a été difficile de ne pas verser une larme, a expliqué la députée Martha Hall Findlay. C'était un moment extraordinaire, sincère. Toutes les choses appropriées ont été dites à propos de Stéphane Dion, Stéphane Dion a dit toutes les choses appropriées, Bob Rae et Dominic LeBlanc ont été spectaculaires. [...] On doit en particulier souligner ce qu'a fait Bob Rae mardi, en faisant primer l'intérêt du parti sur le sien.»
Stéphane Dion a seulement indiqué hier qu'il allait «aider» son nouveau chef. Il n'a pas voulu dire s'il serait candidat à de futures élections.
Un bon budget
Michael Ignatieff laisse quand même la porte ouverte à ce que le budget conservateur de janvier soit suffisamment intéressant pour que son parti l'appuie et désamorce donc complètement cette crise politique débutée depuis maintenant deux semaines. Toutefois, si Stephen Harper a vraiment envie, comme il l'a déclaré en entrevue la veille, de travailler avec l'opposition, alors ce sera à lui de faire les premiers pas.
«Après avoir perdu la confiance de la Chambre, après avoir précipité une crise nationale, après avoir soulevé des tensions entre les groupes du Canada, ce n'est pas à moi de tendre la main, c'est plutôt au premier ministre.»
Lorsqu'on lui a demandé ce qu'il voulait voir dans le prochain budget, M. Ignatieff a répondu qu'il n'avait pas l'intention de se lancer dans des négociations publiques avec Stephen Harper. À son avis, le premier ministre sait très bien ce que l'opposition veut voir dans ce budget. «S'il a besoin d'aide, nous lui rendrons peut-être service, mais je ne négocie pas avec lui, pas plus que je renégocie notre entente avec nos partenaires [du NPD et du Bloc québécois].»
À la sortie de leur caucus hebdomadaire, les députés conservateurs niaient être plus nerveux face à un adversaire de la trempe de M. Ignatieff, un intellectuel ayant eu une carrière très publique, presque glamour, tant en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis. Certains ministres ont insisté sur l'importance de la branche d'olivier qu'avait tendue M. Harper la veille.
«M. Ignatieff reconnaîtra que la coalition n'est pas une bonne idée, croit le ministre de la Défense, Peter MacKay. J'espère que le premier ministre et M. Ignatieff seront capables d'aller au-delà de leurs différences philosophiques ou politiques pour s'asseoir et avoir une discussion significative.»
Les libéraux au Québec
Notons enfin que le nouveau chef du PLC estime que son parti est redevenu «l'option fédéraliste la plus crédible au Québec», et ce, à cause des déclarations de Stephen Harper au cours des derniers jours à propos des «séparatistes» du Québec. «M. Harper a perdu beaucoup de crédibilité avec l'électorat au Québec lors de la dernière semaine et des derniers mois. Le Québec doit être au centre du Canada.» M. Dion a affirmé qu'à son avis les déclarations avaient «certainement» eu un impact sur les élections québécoises de lundi, auxquelles le Parti québécois de Pauline Marois a obtenu 51 sièges. Il n'a pas voulu dire en quoi, se contentant de dire qu'au moins, un gouvernement fédéraliste avait été réélu.
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Avec la Presse canadienne
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