dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 10h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Un «mal» nécessaire

Manon Cornellier   10 décembre 2008  Canada
Avec le retrait de Bob Rae de la course au leadership libéral, les libéraux savent maintenant qui sera leur chef à la rentrée parlementaire du 26 janvier prochain. Le caucus qui doit se réunir aujourd'hui n'aura pas à se déchirer pour finalement couronner Michael Ignatieff.

Bob Rae voulait une consultation des membres, il n'a obtenu qu'une consultation de diverses instances du parti d'ici au 17 décembre. Sa position respectait ses principes et servait en partie ses intérêts, mais pas nécessairement ceux du Parti libéral du Canada. Ce dernier avait besoin d'un chef, et vite, pour faire face à Stephen Harper, que ce soit au Parlement ou durant une possible élection.

La balle est maintenant dans le camp d'Ignatieff, du caucus et du parti, car ce dernier n'est pas au bout de ses peines. Le choix d'un chef ne résout pas tout. Le parti est toujours démuni, désorganisé et exsangue. En demandant une prorogation des travaux parlementaires, Stephen Harper lui a donné une chance de voir au plus pressé.

La question du leadership étant réglée, le caucus doit maintenant se pencher sur le sort de cette coalition avec le NPD, soutenue par le Bloc québécois. Doit-il y mettre un terme ou trouver une façon de la maintenir en vie sans nuire au parti à long terme?

Bien des libéraux, John Manley en tête, ont dit que cette coalition, qui suppose le partage du pouvoir avec les néodémocrates, était une erreur. Il faut toutefois se rappeler qu'au moment de la présentation de l'énoncé économique, elle représentait la seule réponse possible à une défaite éventuelle du gouvernement dans les jours qui suivaient. Vers qui, sinon, la gouverneure générale se serait-elle tournée?

***

Ce n'est pas tant l'idée d'un front commun des partis d'opposition qui dérange bien des libéraux, mais bien de partager le pouvoir avec les néodémocrates et de dépendre formellement de l'accord du Bloc québécois pour gouverner. La teneur de l'entente est matière à débats, mais si les libéraux ont cédé autant de terrain au NPD, ce fut uniquement à cause de la faiblesse, non seulement de Stéphane Dion, mais aussi du PLC. Et ce sont les circonstances qui ont imposé Dion comme chef de cette coalition. Le vote de confiance pouvait avoir lieu ce lundi, ce qui donnait peu de temps pour choisir quelqu'un d'autre.

La piètre performance de Dion mercredi dernier et le répit obtenu le jour suivant ont fait comprendre aux libéraux l'urgence de corriger le tir. Au retour de la Chambre, les conservateurs vont présenter un nouveau discours du Trône et un budget. Les votes de confiance vont se multiplier, et les libéraux ont besoin d'un chef intérimaire qui a tous les attributs pour diriger un gouvernement ou pour mener les troupes en campagne électorale, selon ce que décidera la gouverneure générale, en cas de défaite du gouvernement Harper.

Harper a reculé la semaine dernière parce que la menace de la coalition était sérieuse. Michael Ignatieff l'a lui-même reconnu. C'est son unité qui a donné à l'opposition le rapport de force qu'elle cherchait. Si elle abandonne maintenant cet outil stratégique, elle se présentera sans solution de rechange en janvier, donnant les coudées franches aux conservateurs. Or, comme on l'a vu hier dans l'entrevue que Stephen Harper accordait à la CBC, il ne regrette aucun des gestes qu'il a faits et qui ont provoqué la crise politique actuelle. Il s'est dit ouvert aux suggestions de l'opposition, mais, à l'entendre, on comprend que ce n'est pas lui qui va inviter les partis d'opposition à sa table, mais bien eux qui devront sonner à sa porte.

***

La coalition ou un front commun peut encore servir, pas comme une fin en soi, mais bien comme un moyen pour garder les conservateurs sur le qui-vive. Ces derniers sentent déjà la pression des milieux d'affaires pour arriver avec un budget plus digestible, mais s'ils ratent la cible et n'offrent pas un véritable plan pour faire face à la crise économique, l'opposition sera capable de le défaire.

Même si bien des libéraux ont perdu toute confiance en Stephen Harper, le message de Michael Ignatieff, et de Stéphane Dion la semaine dernière, est que les libéraux jugeront le prochain budget à son mérite. Ce ne sera pas le cas du NPD et du Bloc québécois, tous deux échaudés par les tactiques conservatrices. La décision de laisser passer ou non le budget reviendra donc aux libéraux.

S'ils suivent le conseil de Manley, torpillent la coalition tout de suite pour se concentrer sur la lente reconstruction du parti, ils se retrouveront dans la même situation que le printemps dernier. Ils seront forcés de laisser les conservateurs gouverner peu importe les circonstances, minant davantage leur crédibilité déjà chancelante.

Il s'agit d'un exercice d'équilibre difficile, car à trop se coller au NPD, les libéraux risquent de s'éloigner du centre de l'échiquier politique. Il ne s'agit toutefois pas d'un état permanent. Plus le temps passe, plus une défaite du gouvernement risque de provoquer la tenue d'élections. Cela n'est cependant pas garanti si elle survient dès la fin janvier, d'où la nécessité d'avoir une solution de rechange.

Si par contre le budget est satisfaisant et adopté, ce que n'excluent pas les libéraux, ils auront alors le temps de prendre leurs distances. La réalité est qu'une fois les votes de confiance sur le budget et le discours du Trône passés, la coalition aura perdu sa pertinence et son utilité pour eux.

La coalition est une bouée temporaire. La solution idéale serait que le PLC ait du temps pour se rebâtir, mais il ne doit pas vendre son âme pour en obtenir. Il doit plutôt profiter au maximum de celui qui lui est accordé maintenant. Il a franchi un premier pas en se donnant un chef qui a l'appui du caucus, ce que Dion n'a jamais eu, sauf par défaut. Et en se retirant tout de suite, Rae évite beaucoup de divisions au parti, du genre de celles qui ont déchiré les libéraux sous Chrétien et Martin. Le vrai travail ne fait que commencer.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Georges Paquet - Abonné
    10 décembre 2008 06 h 28
    Les libéraux n'ont pas vraiment le choix.
    Les libéraux n'ont pas d'autre choix que celui de laisser passer le budget que présentera le gouvernement Harper le 27 janvier. On ne doit pas douter que si l'opposition gagnait un vote de non-confiance, la gouverneure générale suivrait encore une fois l'avis du premier ministre, et voudra éviter une révolte venue de l'Ouest, en refusant à une coalition appuyée pas le Bloc l'exercice du pouvoir. Donc ce serait des élections. Les libéraux ne sont pas prêts.

    Donc Michael Ignatieff doit préparer une réplique cinglante aux conservateurs afin de mobiliser, surtout en Ontario et au Québec, les libéraux qui ont hâte de reprendre le pouvoir.

    Il lui faut se rapprocher des libéraux ontariens et faire perdre du terrain, beaucoup de terrain, au Bloc. La coalition ne le servirait pas beaucoup dans ce travail.

    Alors, si ce n'est pas "Harper forever", c'est patience et vigilance pour un bon bout de temps encore.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Richard Lachance - Inscrit
    10 décembre 2008 06 h 58
    Oui c'est un mal nécessaire
    M. Rae en démissionnant à servi les besoins du parti avant les siens, ce qui est tout à son honneur. Les Ontariens se rappellent encore les années Rae et ne le voulaient pas vraiment à la tête du parti.

    On comprend pourquoi M Harper demande à M Ignatieff de le laisser gouverner. L'Ontario est assez libéral. Les gens souhaitaient voir M Ignatieff aux dernières élections, pas M Dion. Le vent risque de tourner en faveur des Libéraux aux prochaines élections, et ceci est une réelle possibilité. M Harper a tout à perdre de ce nouveau venu.

    Richard Lachance
    Quinte West, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    10 décembre 2008 07 h 35
    Victoire totale de Harper
    La coalition est morte et les Libéraux sont cuits. Si le budget passe, les Libéraux perdent encore une fois la face et Harper présentera plus tard sa loi sur l'abolition du financement public, qu'il fera adopter. Si le budget ne passe pas, il remportera les prochaines élections, la gouverneure générale ne pouvant accepter de confier le pouvoir à une coalition appuyée sur un parti souverainiste.
    Pierre Desrosiers
    Val David
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Yvon Roy - Abonnée
    10 décembre 2008 09 h 07
    bien
    Un mal qui pourrait se transformer en bien si jamais le général Koutousov laissait tomber la coalition de Napoléon. Santé!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    10 décembre 2008 09 h 20
    Des gens pas ordinaires
    Dans la vraie vie, les gens ordinaires doivent faire au mieux avec leurs voisins, leurs collègues ou compagnons de travail ou de loisir. Les élus ne s'abaissent pas jusque-là. Le parti libéral reniera sa signature, la coalition mourra avant d'avoir vécu et chaque parti d'opposition reprendra sa quête du pouvoir à coups d'argent et de propagande. Les élus sont vraiment des gens pas ordinaires.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • André Brière - Inscrit
    10 décembre 2008 09 h 26
    Réponse à P.R.Desrosier
    Mon cher vous ne regardez pas le même film que moi. La coalition est loin d'être finis au contraire avec l'avènement de Michael Ignatieff elle est beaucoup plus forte car Dion n'avait pas la colonne vertébrale assez forte pour la diriger, il n'a été qu'un diachylon pour la faire se concrétiser. Finalement le seul beau geste que Dion a fait est de se retirer maintenant. Il sait fort bien qu'il n'a pas la couenne assez dure pour diriger un gouvernement de coalition à preuve il a perdu toute la confiance de son partie.

    Pourquoi pensez-vous que 3 heures après démission de Dion Harper lui a demandé grâce ??? Il sait bien que maintenant il a quelqu'un Qui peut-être lui faire face et se faire renverser.

    Alors excusez-moi mais quand vous dites que Harper a vaincu dans la situation présente vous êtes hors de la plaque mon cher. Changez de poste car mon film est plus réaliste que le votre.

    André Brière
    Montréal
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Marie Malenfant - Abonné
    10 décembre 2008 10 h 33
    Mme. Cornellier,vous avez une bonne vision!
    Vous avez raison Madame Cornellier, Monsieur Ignatieff ne l'aura pas facile!...Cependant il doit dès les débuts montrer sa stature et se montrer bon joueur, le temps sera son meilleur conseiller. Entre vendre son âme à court terme ou se conduire de façon prudente et patiente il y a un monde.
    Monsieur Harper me préoccupe par sa vision égocentrique à court terme, s'il espère demeurer au pouvoir il se doit d'être conciliant. La méthode dure le servira à court terme, mais engendra sa perte à moyen terme, au mieux pourra-t-il gouverner un pays divisé et les chicanes encestrales primeront sur l'harmonie tant nécessaire à notre monde actuel. Quand donc nos gouvernants seront-ils adultes et respectueux? Notre système politique dépassé doit être modifié et le plus tôt sera le mieux. J.M. Malenfant
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    10 décembre 2008 11 h 01
    @ M Desrosiers et Brière
    De UN oui la coalition est morte. M Ignatieff ne donnera jamais la chance au Bloc de se faire valoir aux yeux du Québec, et de plus il ne veut absolument pas se faire reproché un jour d'avoir signé un pacte avec l'ennemi. Pour M. Harper, c'est une cuisante défaite, il sait maintenant que l'opposition est sérieuse et qui plus est avec M. Ignatieff en selle le parti libéral est beaucoup plus fort partout au Canada et au Québec.
    M Harper va maintenant marcher les fesses serrés et M. Ignatieff consolidera le parti, les finances et on ira tous voter dans la joie et l'allégresse à l'automne prochain non pas pour bloqué Harper mais pour nous en Libérer

    Pour Harper, La coalition et le Bloc la venue rapide de Monsieur Ignatieff est le pire scénario.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Rousseau - Inscrit
    10 décembre 2008 11 h 02
    Stratégie conservatrice.
    Harper veut pousser Ignatieff dans une position intenable et faire craquer la coalition. En effet, en vociférant au Canada anglais que c'est une coalition «séparatiste», il a discrédité toute velléité des Libéraux d'y participer car le prix politique qu'ils auraient à payer serait trop élevé et vouerait le PLC à la marginalité. Il est évident qu'Harper cherche soit à gouverner avec le soutien des Libéraux (ce qu'il a réussi pendant quelques années) sinon de déclencher des élections qui vont lui donner une majorité assurée (du moins selon les sondages actuels). Cette dernière option étant la meilleure pour Harper car il pourrait rester au pouvoir jusqu'à 5 ans sans opposition, il devrait tout faire au retour de la session pour se faire renverser dans un vote de non-confiance tout en comptant sur le fait qu'Ignatieff prendra ses distances de la coalition.

    Dans l'hypothèse où la coalition survit et renverse le gouvernement, Harper peut quand même compter sur l'effritement rapide de cette coalition «séparatiste», grâce à la propagande qui inondera vraisemblablement les médias canadiens, et éventuellement aller en élection alors qu'il sera aussi assuré d'une majorité.

    En résumé, Harper peut compter sur le ROC pour avoir une majorité à court ou moyen terme car il joue sur le plus bas commun dénominateur, à savoir l'animosité latente du Canada anglais envers les «séparatistes» et, par ricochet, envers le Québec. Si cela devait souffler la flamme de la souveraineté au Québec est une autre question qu'il va aborder si jamais cela se produit... mais il peut compter sur un répit d'au moins 4 ans avec un gouvernement Charest majoritaire.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Lucien Maheu - Abonné
    10 décembre 2008 16 h 28
    C'est M. Harper qui doit s'ajuster et non l'inverse.
    Comme vous le dites si bien Mme Cornellier, la coalition est un "moyen de garder les conservateurs sur le qui-vive".

    Les libéraux, en plus d'économiser quelques millions de dollars en nommant le chef le plus désiré de leur députation à la tête du parti immédiatement, doivent agir de façon responsable quant à la décision d'approuver ou non le budget.

    Quant à la coalition, attendons de voir le contenu du budget avant de la dissoudre .

    Il ne faudrait surtout pas que cette coalition soit dissoute uniquement parce que le Bloc l'appuie, cela équivaudrait à dire: Québecois vous n'avez pu d'affaires dans la Confédération car on se fiche éperdument de vos besoins économiques en cette période de crise économique appréhendée.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Maco - Abonné
    10 décembre 2008 19 h 06
    Nous avons toujours le choix
    Le choix d'avoir un pays libre. Libre de gens mesquins. Libre des gens qui rêvent de gouverner sans opposition. Libre d'avoir le choix de dire non ou de dire oui. Mais choisissez. Mais choisir de se faire gouverner par des gens qui ne nous considèrent que comme des pions... jamais!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
11 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012