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Crise politique à Ottawa - Vers un gouvernement de coalition

Bernard Descôteaux   2 décembre 2008  Canada
Le premier ministre Stephen Harper a failli à sa responsabilité d'offrir le leadership rassembleur qui s'imposait pour affronter le ralentissement économique annoncé. Il a ainsi provoqué une crise politique à laquelle la coalition gouvernementale que proposent le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique, appuyés par le Bloc québécois, apparaît comme une solution valable.

Cette crise politique n'aurait pas été si le premier ministre conservateur avait mis en place, au lendemain de l'élection du 14 octobre, un gouvernement au service «des intérêts supérieurs de la nation» et s'il avait accepté de coopérer avec une opposition majoritaire. Au lieu de cela, il s'est attaqué à des principes démocratiques, comme le droit de grève, le financement équitable des partis politiques et le libre accès aux tribunaux. Et plutôt que d'engager des mesures de soutien à l'économie, il a proposé des compressions budgétaires de six milliards. Il s'est imaginé qu'il pouvait gouverner comme s'il était majoritaire.

Cette crise est profonde. Le lien de confiance entre le gouvernement et l'opposition est définitivement rompu. Que ce soit la semaine prochaine ou en janvier prochain, il est certain que les conservateurs seront défaits à la première occasion, et il n'y aura alors que deux sorties de crise possibles. Soit le peuple sera invité à trancher. Mais tenir des élections moins de deux mois après les dernières ne serait pas acceptable, tant en raison des coûts d'un nouveau scrutin que pour l'urgence de mettre en place un plan de soutien à l'économie canadienne. Soit l'opposition sera invitée à former un gouvernement. Cette avenue est une hypothèse qu'il faut considérer comme sérieuse maintenant que les trois partis d'opposition ont couché dans une entente les orientations et les modes de fonctionnement d'un gouvernement de coalition.

Depuis quatre ans, le Canada est dirigé par des gouvernements minoritaires. Il y a eu celui de Paul Martin qui aura duré moins de 18 mois, puis les deux gouvernements Harper, le premier ayant duré 30 mois et le second qui n'a pas encore deux mois. Dans cette période où la stabilité politique a une certaine importance, ce gouvernement de coalition tel que nous le proposent le Parti libéral et le NPD reposerait sur une majorité à la chambre et pourrait offrir cette stabilité pendant les 18 mois pour lesquels le Bloc québécois s'est engagé à lui donner son appui.

Un tel gouvernement de coalition serait tout à fait inédit au Canada, du moins au niveau fédéral, et constituerait, comme l'a affirmé le chef du NPD, Jack Layton, une nouvelle façon de faire de la politique. Les trois partis qui s'associent mettent de côté des divergences pour s'entendre sur des priorités qui font consensus. D'emblée, ils ont convenu de la route à suivre sur les mesures économiques à prendre pour faire face à la crise et qui sont à l'opposé de celles contenues dans l'Énoncé économique et financier de la semaine dernière. Ils ont aussi arrêté les positions de cet éventuel gouvernement sur des questions délicates, comme l'accord de Kyoto ou encore la présence militaire en Afghanistan.

L'entente convenue hier entre ces trois partis ne répond pas à toutes les inconnues qu'aura à affronter un tel gouvernement. Ce n'est pas pour autant l'aventure que nous décrivent les conservateurs. Ce ne serait pas plus risqué que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper qui, comme on l'a vu avec l'Énoncé économique de jeudi, est capable de nous amener sur des routes périlleuses.

Cette avenue est fort légitime, quoi qu'en dise le premier ministre, qui fait valoir que ce gouvernement n'a pas été choisi par les électeurs. Rappelons que notre régime politique est un régime parlementaire, et non un régime présidentiel. Une élection sert à élire un Parlement, duquel est issu un gouvernement. Celui-ci tire sa légitimité de la confiance qu'il obtient des parlementaires. Dans les circonstances, celle qu'aurait le gouvernement proposé par les libéraux et les néodémocrates ne fait pas de doute. Ces deux partis ont ensemble obtenu davantage de suffrages le 14 octobre que les conservateurs, soit 44 % contre 37 %. À cela, il faut ajouter les 10 % de voix du Bloc québécois, le «diable séparatiste». On reviendrait ainsi à une pratique plus sensée du parlementarisme duquel on dévie depuis quelques années. Ce serait une bonne chose.

Le gouvernement Harper pourra chercher à se dérober au vote de confiance qui l'attend lundi prochain. Il peut tenter de proroger le Parlement pour le rappeler fin janvier, une hypothèse évoquée. Ce ne serait que chercher à gagner du temps et prolonger une crise dont il faudra sortir tôt ou tard. Et le plus tôt sera le mieux.

bdescoteaux@ledevoir.com






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  • Jean-François Trottier
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 02h42
    Juste un bémol...
    « L'inconnue demeure pour moi le chef de ce gouvernement. Certes, l'énoncé économique de M. Harper avait des relents de désastre, et n'importe quoi peut sembler préférable à ce regroupement de chemises brunes qui cherchent à museler ceux qui se mettent en travers de leur route. MAIS...
    Stéphane Dion a déjà montré une intransigeance proche de l'obstination (sur le plan vert, sur la nation Québécoise qu'il a fini par reconnaître du bout des lèvres)... La grogne qui semble sévir dans l'Ouest pourrait déboucher sur une version Albertaine du psycho-drame de Meetch. Stéphane Dion saura-t-il être le leader rassembleur dont nous avons besoin pour la courte période de son intérim?
    Harper ou Dion, je ne suis pas rassuré. »

  • Guy Archambault
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 05h17
    Prévoir le pire de Harper, prévoir des élections en février
    « Si on en arrive à avoir des élections en février 2009, le parti libéral, le NPD et le Bloc québécois devrait conclure immédiatement une entente qui ne vaudrait que pour la prochaine élection afin de faire respecter les résultats de l'élection de l'automne 2008.

    Cette entente serait constituée des quatre points suivants.

    1- Dans le cas d'une élection à l'hiver 2009 qui donnerait un gouvernement majoritaire libéral ou un gouvernement minoritaire libéral ou conservateur, le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois s'engage à former un gouvernement de coalition pour les 24 mois qui suivent l'élection avec les mêmes principes établis dans le document qu'ils ont signé hier.

    2- Afin de maximiser le chances d'établissement d'un tel gouvernement de coalition, chaque parti convient de ne pas présenter de candidat dans les comtés où leur candidat n'a pas été élu lorsque ce comté est déjà représenté actuellement au Parlement par un député issu d'un des ces trois partis.

    3- Dans les comtés où l'élu actuel est conservateur, chaque parti convient qu'un seul candidat des trois partis se présentera contre les conservateurs, à savoir le candidat du parti qui aura obtenu la deuxième place aux élections de l'automne 2008.

    4- Cette entente ne serait valide que pour une campagne électorale ayant lieu au début de 2009.

    Les principaux buts poursuivis de cette stratégie seraient les suivants :

    A- faire respecter les résultats des élections de l'automne 2008 dans un contexte de Démocratie parlementaire;
    B- manifester le sérieux du désir actuel des trois partis signataires de l'entente de former un gouvernement de coalition et limiter ainsi le désir de Monsieur Harper de déclencher des élections inutilement à l'hiver 2009;
    C- faire face le plus rapidement possible à la crise économique qui s'annonce;
    D- permettre aux électeurs un choix clair entre un parti qui désire gouverner de façon idéologique et majoritaire même s'il est minoritaire et trois partis qui désirent coopérer;
    E- permettre à chaque parti de ne pas s'endetter indûment et par voie de conséquence diminuer les coûts globaux qu'une telle élection imposerait aux Canadiens.

    Guy Archambault »

  • jpthoma1
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 07h12
    Un vote pour le Bloc, c'est un vote pour DION!
    « Si le bloc avait fait campagne avec ce slogan, il aurait été rayé de la carte électorale québécoise.

    Supporter Dion sans même demander le retrait de la Loi sur la clarté ou la reconnaissance dans la Constitution de la nation québécoise relève de la pure trahison.

    La ferveur indépendantiste a quitté le Québec et risque maintenant de se transporter dans l'ouest canadien.

    Espérons que les Albertains auront plus de courage que les québécois. À quand la création d'un Bloc albertain? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 08h23
    Prière à Saint Jude, patron des causes désespérées
    « Je suis certain que M. Stéphane Dion invoque Saint-Jude, patron des causes désespérées. Un chef de parti, sans charisme et habilité politique, renié des siens, devient premier-ministre du Canada. Modèle à suivre pour ceux qui doutent de leur capacité et qui désespèrent. Invoquer St-Jude, peut-être ? »

  • Denis Beaulé
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 08h49
    Pour de nouvelles élections ? Ou s'en remettre à la Reine ?
    « Élisant un parlement, des parlementaires, plutôt qu'un président, en principe on ne devrait pas avoir d'objection au dénouement proposé par la coalition (pour une fois que d'habituels opposants s'entendent!).

    Par ailleurs, ce faisant, en raison, donc, de ce principe même de fonctionnement de 'notre' démocratie, à préséance parlementaire, le peuple aurait moins ou moins souvent son mot à dire (parce que le remettant en grande partie périodiquement entre les mains, bouches et têtes de ses élus).

    Voilà pourquoi, si l'on n'était plus content de cette approche-mode de fonctionnement et qu'on préférerait que l'électeur ait plus, plus souvent ou plus constamment d'«emprise» ou de contrôle sur le déroulement du politique en Haut Lieu, il faudrait (faire) abroger ce principe ou cette pratique.

    Le peuple serait-il moins 'frivole', changerait-il moins (souvent) d'idée ou de sentiment que des parlementaires élus? Peu probable, voire peu vraisemblable.

    La meilleure façon de dénouer durablement l'impasse ou crise actuelle n'en serait pas moins néanmoins par la voie de nouvelles élections (si tant est que c'est le peuple le souverain chez nous plutôt qu'une reine). Et, enfin, si «on» appréhendait que des élections comme celles du 14 octobre ne 'donnent rien', au sens où il n'y aurait qu'éternelle reproduction du même, alors, là, qu'est-ce qui empêcherait l'actuelle coalition de se présenter comme telle à l'électorat, lequel aurait donc, lui, plutôt que la Reine, à ratifier ou rejeter ce pacte proposé en lui préférant une reconduction, cette fois 'structurellement' ou fonctionnellement majoritaire, du PCC au pouvoir ? »

  • Nicola Salomone
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 09h12
    La preuve de la distorsion
    « La crise actuelle met en évidence la distorsion de notre système en raison (entre autres)d'un mode de scrutin inapproprié. Comme M.Descôteaux l'a mentionné, nous sommes dans un régime parlementaire (exécutif et législatif bien soudés), basé sur le fait que les électeurs votent pour le représentant de leur comté, et non pour un chef (futur) de gouvernement, et configuré en conséquence. Or, ce n'est pas ce qui se produit dans les faits et dans l'esprit des gens;il y a un décalage immense entre "l'esprit" du vote en théorie et en réalité, peu de gens votent pour leur député, mais votent plutôt pour le parti qu'ils veulent au pouvoir. Pourtant, les défenseurs du mode de scrutin actuel nous servent parfois cet argument, à savoir que l'on favorise le "rapprochement" entre la population et un député local. Foutaise...et on en a la preuve maintenant, puisque même le premier ministre parle et agit comme s'il avait été élu dans une proportionnelle directe ! Est bien pris qui croyait prendre... Alors maintenant, vivons avez les conséquences de la distorsion, que ceux-là mêmes qui défendaient notre système actuel ne viennent pas se plaindre que la démarche actuelle de coalition est anti-démocratique, parce qu'à mes oreilles, ils ne trouveront aucune audience. »

  • Patrick Cigana
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 09h19
    Le choix des électeurs
    « Monsieur Descôteaux a tout à fait raison de souligner la légitimité de la coalition. Les politiciens et commentateurs conservateurs s'indignent en prétendant qu'elle ne réflète pas la volonté des électeurs. Mais comment aurait-elle pu le faire ? Si je veux une coalition PLC-NPD avec la balance du pouvoir au Bloc, je coche quoi, sur mon bulletin de vote ? De la même manière, je veux un gouvernement libéral mais minoritaire, comment puis-je exprimer ça dans l'isoloir ?

    En fait, la crise parlementaire actuelle ne fait que mettre en évidence les limites de notre système électoral. »

  • Claudette Deshaies
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 10h48
    Rêvons en couleurs
    « L'attaque au financement des partis politiques a catalysé la coalition pour "la défense de la démocratie." Est-ce à dire que la coalition va travailler entre autres choses à réformer le système pour nous donner la représentation proportionnelle? »

  • loiselet
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 11h00
    Tous pour un !
    « Vive les coalitions!
    À mort le mesquin et étroit esprit de parti!
    Où que cela soit.
    Il ne devrait pas y avoir de compétition sportive à la direction d'un pays mais une émulation à l'intérieur d'un seul parti(avec un choix démocratique des représentants locaux)pour le bien de tous.
    Mais je sais bien que cette coalition deviendra sous peu une vue de l'esprit...Un fantôme de Noël. Allons voter au provincial pour une gouvernance minoritaire. C'est ce qui se rapproche le plus d'un parti unique. »

  • Bernard Lefebvre
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 11h01
    Il y a un précédent à la crise constitutionnelle actuelle
    « La formation d'un gouvernement de coalition au lieu d'un gouvernement issu d'une élection, au sens général de ce terme, implique l'intervention de la gouverneur-général, Mme Jean. Mariage de raison? Mariage blanc? Mariage à la gaumine? Mariage non consommable donc annulable? C'est à suivre.

    Mais l'implication probable de la gouverneure générale, Mme Jean, dans les affaires politiques canadiennes a au moins un précédent. En 1926, le gouvernement libéral de M. King a refusé de se soumettre aux exigences du gouvernement albertain concernant la question scolaire de l'Alberta qui, en gros, était une matière partagée entre les deux ordres de gouvernement, dans ce cas précis. Vu l'échec de sa politique, M. King a demandé au gouverneur général de dissoudre la Chambre des communes: le gouverneur-général refuse; M. King offre sa démission: le gouverneur accepte et il appelle M. Meighen, chef du parti conservateur à former le gouvernement. Ensuite, dû à l'absence de compromis, le gouverneur-général accepte de dissoudre la Chambre; résultat? Le pays est appelé à voter à nouveau pour former un gouvernement!

    Intéressant n'est-ce pas? Aux États-Unis, dans un tel contexte, c'est le juge en chef de la Cour Suprême de ce pays qui aurait joué le rôle du gouverneur-général.

    Leçons de la crise constitutionnelle de 1926 et de celle de 2008? Le peuple est souverain mais plusieurs citoyens ne le savent pas, ou l'ignorent, ou sont indifférents, ou défaitistes, ou nonchalants etc. Tous ceux qui ne votent pas mais qui le pourraient, n'ont aucune raison ni justification de se plaindre des politiciens et des gouvernements.

    (source: conférence de M. Henri Bourassa, fondateur du journal Le Devoir, La politique et les partis, 9 novembre 1926)

    Bernard Lefebvre »

  • Christine Allaire
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 11h43
    Coup d'état!?!
    « Comme c'est curieux que les Libéraux et le NPD ont joint leurs forces qu'au moment où leur porte-feuille personnel était atteint. Pourquoi ne nous ont-ils pas proposé ce gouvernement de coalition lors des élections d'octobre? Les Conservateurs n'ont-ils pas obtenus PLUS de sièges que précédemment ? Qu'est-ce que cette histoire de vouloir prendre les rennes du pouvoir au détriment de la volonté claire des électeurs: Un coup d'État!
    Je suis persuadée que les partis Libéraux et Néo-démocrate (avec ou sans le Bloc) n'aurait jamais obtenu la majorité de 44% que M. Descôteaux veut nous faire avaler! Au contraire, M. Harper aurait eu son mandat majoritaire haut la main! Je souhaite sincèrement que nous aurons droit décisionnel avec de nouvelles élections afin de faire ravaler l'arrogance incommensurable de M. Dion et de ses acolytes M. Clayton et M. Dusceppes.

    En bref,
    laissez parler le peuple et vous verrez que cette chicane de basse-cour n'aura plus de raison d'être! »

  • Hubert Larocque
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 13h01
    Le Québec face à la "crise" d'Ottawa
    « Un vrai Québécois ne se sent concerné que du dehors par les affaires d'Ottawa. Il ne se passionnera pas pour les jeux de coulisses, les déplacements sur l'échiquier, les dogmes d'hier devenus solubles dans la concupiscence du pouvoir.
    Il s'intéressera aux problèmes d'Ottawa dans la mesure où un régime imposé l'histoire a des conséquences directes sur notre propre vie nationale.
    Les Québécois forment un peuple faible, sans véritable leadership. Ses intellectuels et ses politiciens sont incapables de concevoir que seules l'union et l'unanimité pourraient nous tirer d'une situation politique sans issue, telle une suspension entre la vie et la mort.
    Privé de l'arme des forts, soit une décision claire et l'exécution de celle-ci , le Québec en est réduit à compter sur des moyens obliques. Tout ce qui secoue le régime fédéral, tout ce qui introduit des données nouvelles dans une situation bloquée crée un certain espoir et légitime que le Bloc manoeuvre à vue en changeant pour cela quelques paramètres stratégiques.
    Cela dit, la situation est périlleuse car la « crise » peut aussi bien lézarder le régime que le recomposer dans un sens trudeauiste.
    Hubert Larocque, Gatineau. »

  • Alexandre Dionne
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 15h39
    Où la minorité n'a rien à voir avec la crise politico-économique, et de Jean Charest...
    « Voici pourquoi les sophismes de la rhétorique pauvre de Jean Charest sont... des sophismes de pauvre rhétorique :

    1) contrairement à ce qu'affirme Jean Charest, il n'y a pas crise à Ottawa parce que le gouvernement de Harper était minoritaire mais bien parce que le chef conservateur a voulu nier ce verdict de minoritaire et a joué, comme imageait un commentateur dans cette édition du Devoir, comme Napoléon Bonaparte !

    2) Donc, l'équation est erronée, fausse et un leurre : il faut la dénoncer comme telle !

    3) Tandis que Jean Charest avait perdu sa majorité parce que le peuple québécois ne voulait pas le suivre sur des volontés et un agenda pour lesquels il ne s'était pas fait élire (en 2003), son sort de minoritaire lui déplut au point de démissionner un an et demi plus tard du gouvernail de l'État pour réclammer de nouveau... une majorité. Or, il assure que cette fois, il écoute, il écoutera (dissimulant toujours qu'il n'avait pas écouté !). Récapitulons : Jean Charest voulait des élections et une majorité d'abord pour s'occuper des virtualités critiques de l'économie ensuite. Outre le coût (83 millions $) et hors la rhétorique, car la collaboration sur les dossiers économiques était loin d'être impraticable (ne serait-ce que parce que l'ADQ était à terre et le PQ non désireux de se payer une campagne avant des lustres), car l'instabilité politique est venue de Jean Charest surtout, quel est maintenant l'argument massue de la grande transcendance rationnelle des Libéraux de Jean Charest ? Qu'en regardant à Ottawa, nous aurions la preuve que les gouvernements minoritaires sont inappropriés...

    4) En fait, ce qui est inapproprié dans cette analogie confuse et ce qui est scandaleusement fallacieux, c'est d'abord l'énonciation d'un lien de cause à effet entre le statut électoral du parti gouvernemental (minoritaire / majoritaire) et la situation de crise, car c'est plutôt l'autoritarisme qui est en cause avec la dégradation de la situation ; c'est ensuite l'occultation du problème : la minorité générant une crise politique, la crise politique rendant d'autant plus ingérable la crise économique, la minorité politique est nécessairement cause d'instabilité économique !!!! Aristote et les Logiciens auraient beaucoup de plaisir à réfuter Jean Charest !!!!

    5) Cette démonstration, évidemment, Jean Charest s'en moque comme le premier de ses hamburgers américains : au fond, le pouvoir, et le fédéralisme de cet homme aspirent à l'autorité fiduciaire beaucoup plus qu'au savoir et à la vérité. Il n'est qu'à se souvenir de l'exposé atrophié de l'histoire de la nation québécoise des triumvirs libéraux Charest-Pelletier-Fournier, dans l'exaltation libérale québécoise ayant suivi la reconnaissance toute aussi atrophiée de cette nation dans sa version fédéraliste et particulièrement remaniée des Communes d'Ottawa !

    6) Certes, Mme Marois et son parti ont leur propre ultime agenda, qui n'est pas le fédéralisme inconditionnel de Jean Charest et ses troupes. Toutefois, une minorité péquiste n'empêcherait pas, tout en consolidant l'attention sur les éventualités de la crise au Québec, de relayer les opérations du Bloc Québécois dans l'éventuel gouvernement de coalition (par le mécanisme de consultation permanent obtenu par le Bloc), la formulation des demandes sur lesquelles un Jean Charest et un Mario Dumont ne seraient pas en désaccord : la rétrocession des juridictions, institutions et des budgets de la souveraineté culturelle au Québec, avec pour contre-partie l'édification d'une Constitution québécoise (langue française, laïcité institutionnelle, etc.).

    Au lieu que le Québec ne recule avec un Charest même majoritaire, tandis que le Bloc Québécois soutiendrait le gouvernement de coalition, optons plutôt pour qu'il avance avec le Parti Québécois de Pauline Marois. Car avec Jean Charest, les intérêts de la nation provinciale québécoise auront, d'abord, les « mains liées » au PLC-fédéraliste des Dion-Ignatieff-Rae !

    PS : M. Descôteaux, j'ai retenu mon souffle hier en écoutant à la radio notre clérico-fédéraliste nationale (Mme Bombardier) en furie et pratiquement hystérique contre le Bloc, le PLC et le NPD..... Comment dire à cette dame que le NON de 1995 n'avait pas tous les droits ??? Où était Denise Bombardier quand le Bloc Québécois a obtenu la majorité des suffrages du Québec depuis le premier mandat de Lucien Bouchard ? Je n'ose pas imaginer si Le Devoir osait substituer son nom pour... « Le Pouvoir » (pour le Québec-d'abord) ! Ouf, vous seriez anathémisé ex cathedra M. Descôteaux ! (Le drame avec Denise Bombardier n'est pas qu'elle a le plus souvent tort, c'est qu'elle persiste à imaginer que son « épistémologie » politico-morale sous-jacente soit exacte. Or, elle est loin du compte, bien loin !). »

  • Denis Plante
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 16h28
    Appuie à la coalition contre le gouvernement Harper
    « Je fais partie des 62% des canadiens qui n'ont pas voté pour Stephen Harper. Je veux vous faire connaître mon appuie à la coalition qui se prépare à le remplacer. Stephen Harper a provoquer lui-même cette crise par des attitudes agressives, partisanes et idéologiques qui n'ont rien à voir avec les mesures à prendre pour contrer la présente crise économique et la manière de diriger un gouvernement minoritaire.

    Denis Plante
    Sorel-Tracy, Qc »

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 19h42
    Ça durera pas longtemps
    « La coalition telle que définie dans vos pages contient des faiblesses importantes, qui vont miner sa crédibilité dès le départ. Les Conservateurs l ont bien vu : la place qu y occupe le Parti québécois en estle maillon faible, pas seuñement parce que "c est faire alliance avec le diable" pour les anglos enragés, mais aussi parce que pour les souverainistes eux-mêmes, c est mettre de côté les aspirations légitimes de la Nation québécoise, dans une situation historique où on aurait pu aller chercher beaucoup plus de pouvoirs pour cette nation. Je comprends bien que c est la raison pour laquelle Gilles Duceppe ne donne qu une année à cette coalition, le temps d aller chercher un milliard de plus de péréquation selon Pauline Marois ; c est payer peu cher pour mettre nos Droits entre parenthèse. En fait, c est le centralisme fédératif des libéraux et des néodémocrates, qui y gagne le plus. Et c est bien dommage.

    Gilbert Talbot »

  • Julien Beauregard
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 23h23
    Le paradoxe
    « La crise de pouvoir a déchiré l'état et oh! diantre! La reine, ou plutôt sa déléguée, devra sauver les meubles et trancher la poire. Plus que jamais nous voyons dépasser le jupon colonial de cette monarchie constitutionnelle.

    Qui aurait cru un jour que le Bloc sauverait le Canada de lui-même? Si Duceppe avait été aussi mesquin que le prétendent les Conservateurs, il aurait réclamé (avec raison, compte tenu de son poids dans la coalition) : d'un ou de plusieurs ministères, l'abolition de lois aliénantes pour les Québécois (un indice: clarté référendaire) et d'une participation active à la coalition. Pacte avec le diable? Dans un sens ou dans l'autre, je me permets de sourire devant la situation. De tous les partis et de toutes les promesses électorales, le Bloc aura probablement réussi à compléter l'agenda de ses promesses électorales en un temps record. »

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