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Un revirement démocratique et économique inévitable

Anouk et Paul Bélanger - Sociologues à l'UQAM  2 décembre 2008  Canada
Les événements des récents jours à Ottawa rendaient un revirement inévitable dans la mesure où le gouvernement, issu du Parlement, était détenu par une minorité parlementaire réfractaire à une gestion publique proactive de la crise économique. Ce changement de gouvernement est plus que légitime; il est devenu nécessaire et souhaitable.

Les lois de la démocratie parlementaire, tout comme le revirement mondial de la gestion publique de l'économie, rendaient précaire et dangereux le maintien au pouvoir d'un tel groupe minoritaire. Sourd à la tempête qui l'entourait, ce gouvernement devenait précaire. Son allergie à l'action gouvernementale même en situation d'urgence de même que son attitude réfractaire aux théories keynésiennes, au cours des derniers mois, devenaient intenables. On ne pouvait continuer à passer outre à la précarité de la situation des populations les plus à risque dans cette crise, non plus qu'à l'accroissement de la pauvreté qu'une poursuite du refus d'agir allait produire. Sans oublier le geste pernicieux et calculé d'abolir la contribution publique au financement des partis, mesure devenue classique pour assainir la vie démocratique et éviter l'influence indue des grands lobbies. La crise est réelle. Elle est même devenue politique. Il devient impensable de demeurer immobile ou encore de ne bouger que pour faire des compressions et rescinder des acquis démocratiques.

Il est non seulement possible, mais souhaitable que le gouvernement conservateur minoritaire soit remplacé par une coalition majoritaire prête à prendre des mesures actives. De telles actions sont nécessaires à la relance de l'économie, en prenant en considération la crise financière, mais surtout l'économie réelle, celle des travailleurs et de leurs emplois, celle des retraités et du pouvoir d'achat de leurs fonds de retraite, de l'économie réelle où l'on ne peut passer à côté des inégalités sociales accrues que risque de créer une crise financière livrée au laisser-faire.

Heureusement que nous avons élu un gouvernement minoritaire, à la suite d'une montée du Nouveau Parti démocratique et l'aide du Bloc québécois. Dans ce nouveau contexte, le Parti libéral devient l'acteur-clé avec le NPD, alors que le Bloc apporte son parti stratégique. Chacun des trois doit, sans se renier, relever ce défi. Et on le voit, les partis et leurs alliés (dont les anciens chefs) sont mobilisés pour trouver à ce revirement l'élan nécessaire et l'arrangement/coalition viable. Solution de transition, bien sûr, mais d'une transition où les apprentissages inévitables peuvent dégager des horizons hier encore bloqués. Les uns sortent de leur retraite, les autres de leurs clivages traditionnels, l'opinion publique se réveille.

Bonne nouvelle pour la démocratie. Il ne faudrait pas qu'une querelle intestine de leadership chez l'un des acteurs nous ramène en arrière.
 
 
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