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Les précédents sont rarissimes

Manon Cornellier   29 novembre 2008  Canada
Ottawa — En présentant un énoncé économique unanimement dénoncé par l'opposition, le gouvernement Harper n'avait sûrement pas prévu déclencher une crise parlementaire sans précédent dans l'histoire canadienne. S'il fallait que les conservateurs perdent la confiance du Parlement, peut-être aussi tôt que dans deux semaines, le pays entrerait en terrain tout à fait inconnu.

Jamais n'a-t-on vu, au niveau fédéral, un gouvernement défait aussi rapidement après la tenue d'un scrutin. Si cela survenait, la gouverneure générale Michaëlle Jean serait alors forcée de décider si elle dissout le Parlement ou demande à l'opposition de gouverner.

Son bureau a fait comprendre qu'elle n'entend pas laisser cette décision à ses substituts. Bien qu'elle soit en mission officielle en Europe, à la demande du gouvernement Harper, elle suit la situation de près et a prévu des plans pour revenir rapidement au pays si les circonstances l'exigent, assure-t-on. «Son Excellence est très consciente de ses responsabilités constitutionnelles. Des plans de contingence sont déjà en place advenant que son retour au Canada soit devancé», a fait savoir la directrice des affaires publiques de Rideau Hall, Lucie Caron.

Déclencher des élections après qu'un gouvernement a perdu la confiance du Parlement ne revient pas au premier ministre défait. Ce dernier peut le demander mais, écrivait le juriste Patrick Monahan dans le Globe and Mail cet été, «le gouverneur général est seulement tenu de suivre le conseil d'un premier ministre qui a l'appui de la Chambre». Autrement, il peut exercer son pouvoir de décider. Une interprétation que partage le politologue Louis Massicotte, de l'Université Laval.

Les précédents en la matière sont rarissimes. Un seul revient constamment à la surface, soit le cas de Mackenzie King qui, en 1926, était sur le point de perdre une motion de confiance. Plutôt que de se soumettre au vote, il a demandé au gouverneur général Byng de dissoudre le Parlement. Le scrutin ayant eu lieu seulement six mois auparavant, Lord Byng a refusé et, sans attendre, a demandé aux conservateurs d'Arthur Meighen de former le gouvernement. Meighen était défait quelques jours plus tard et King remportait haut la main les élections subséquentes.

L'avis de Clarkson

La jurisprudence établie en 1926 a été revue par l'ex-gouverneure générale Adrienne Clarkson en 2004. Dans ses mémoires publiés en 2006, Mme Clarkson indique que, confrontée à une défaite possible des libéraux de Paul Martin aux Communes, elle a consulté des experts constitutionnels qui lui ont confirmé que Lord Byng avait le droit d'agir comme il l'avait fait. Elle en a conclu qu'elle pouvait ne pas accéder à une demande de dissolution si cette dernière survenait moins de six mois après les dernières élections.

Louis Massicotte croit que Mme Clarkson a tiré la conclusion appropriée, conclusion qui implique que le gouverneur général conserve le droit de consulter l'opposition pour former le gouvernement. Dans le contexte actuel, ajoute-t-il, «la gouverneure générale serait même en meilleure posture que Lord Byng car la défaite du gouvernement Harper surviendrait tout juste après une élection, un élément crucial dans cette histoire».

Selon Nelson Wiseman, de l'Université de Toronto, la gouverneure générale ne pourrait toutefois pas se tourner vers l'opposition sans avoir reçu de cette dernière des signaux clairs sur sa capacité d'obtenir et de conserver la confiance du Parlement pendant une période raisonnablement longue. À son avis et de l'avis de Louis Massicotte, ce qui s'est produit en Ontario en 1985 a établi un précédent en la matière.

Le cas ontarien

Cette année-là, le premier ministre conservateur sortant Frank Miller obtient moins de voix que les libéraux de David Peterson, mais plus de sièges. Minoritaire, il se voit confier la formation du gouvernement par le lieutenant-gouverneur. Les libéraux ont le vent dans les voiles et font savoir qu'ils déferont le gouvernement à la première occasion. Le NPD dirigé par Bob Rae n'est pas en position de retourner aux urnes aussi rapidement.

Le chef néo-démocrate contacte alors son homologue libéral pour négocier une entente qui, une fois conclue, sera rendue publique avant même la reprise des travaux parlementaires. Il n'est toutefois pas question de coalition puisque aucun néo-démocrate ne doit siéger au conseil des ministres. Le NPD accepte plutôt d'appuyer les libéraux pendant deux ans en échange de la mise en oeuvre de certaines de leurs politiques, comme l'équité salariale, la fin de la surfacturation dans le secteur de la santé et la limitation des dépenses électorales. Les libéraux, de leur côté, seront libres de mettre en oeuvre les autres politiques de leur choix. Le 18 juin 1985, une motion de méfiance présentée par Bob Rae est adoptée. Miller est défait et Peterson est invité à former le gouvernement. Il le dirigera deux ans, comme promis.

Il semble, selon les informations obtenues par Le Devoir, que libéraux et néo-démocrates discutent d'une entente plus poussée puisqu'on parle carrément d'un éventuel gouvernement de coalition. Rien cependant n'oblige les partis à produire une entente écrite, précise M. Wiseman. L'entente peut être informelle, mais elle doit être claire et explicite pour que la gouverneure générale en tienne compte. La plus grande inconnue demeure le Bloc québécois, car sans son appui le Parti libéral et le NPD n'ont pas suffisamment de sièges pour obtenir une majorité, note Nelson Wiseman.

M. Wiseman rejette sans hésitation les accusations de manoeuvre antidémocratique portées contre l'opposition par l'entourage du premier ministre Harper. Il fait remarquer que Frank Miller avait usé du même genre d'argument en 1985, sans que cela influence le lieutenant-gouverneur. En régime parlementaire, tous les partis sont libres de conclure les accords de leur choix, y compris pour former une coalition. Il note cependant qu'il s'agit d'une première.

Depuis le début de la Confédération, le Canada n'a eu qu'un seul gouvernement de coalition, et ce n'était même pas pour sauver la peau d'un parti mis en minorité. Alors que la Première Guerre mondiale faisait rage, le conservateur Robert Borden avait invité certains libéraux et indépendants à joindre un gouvernement «d'union» qui dura jusqu'à sa retraite en 1920.

L'expérience ne s'est jamais répétée, bien que les occasions n'aient pas manqué. Depuis 1957, la moitié des campagnes électorales fédérales se sont conclues par l'élection d'un gouvernement minoritaire. Il y a toutefois eu des alliances informelles, comme sous Pierre Elliott Trudeau entre 1972 et 1974, et des ententes ponctuelles, comme entre les libéraux de Paul Martin et les néo-démocrates de Jack Layton au sujet du budget 2005.

***

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  • Loraine King
    Inscrite
    samedi 29 novembre 2008 06h37
    Le cas Clarkson
    « Il est intéressant de noter que Madame Clarkson avait reçu une lettre le 9 septembre 2004 signée par les chefs de l'opposition Gilles Duceppe, Jack Layton et Stephen Harper. Je ne trouve pas le texte français mais la version anglaise circule sur les blogues :

    ‘As leaders of the opposition parties, we are well aware that, given the Liberal minority government, you could be asked by the Prime Minister to dissolve the 38th Parliament at any time should the House of Commons fail to support some part of the government’s program. We respectfully point out that the opposition parties, who together constitute a majority in the House, have been in close consultation. We believe that, should a request for dissolution arise this should give you cause, as constitutional practice has determined, to consult the opposition leaders and consider all of your options before exercising your constitutional authority. Your attention to this matter is appreciated.’

    Je trouve que Monsieur Harper est bien mal placé pour qualifier de manoeuvres antidémocratiques ce qu'il qualifiait lui-même comme étant une coutume constitutionnelle (constitutional practice) il y a quatre ans ! »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 29 novembre 2008 08h03
    Lib-Npd: 44,4% ...Conservateurs 37,6%
    « La coalition a plus de voix que les Conservateurs. Seul handicap: la coalition n'a presque pas de députés dans le Québec français. Mais tsé à Tawa...

    La coaltion a plus de votes que les 3 gouvernements Chrétien (41%, 40%, 38%)

    Maintenant la question qui tue et qui doit terroriser les conservateurs: est-ce que c'est le début de l'union de la gauche? »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    samedi 29 novembre 2008 08h32
    bing bang
    « Byng de Vimy (c'était son titre de lord) n'était pas très populaire au Canada et surtout pas au Québec : il est d'ailleurs assez ironique que plusieurs décennies plus tard, le général Vanier soit aussi GG du Canada, lui qui avait perdu une jambe à Vimy.
    Je crois, la connaissant pourtant peu, que Mme Jean aura beaucoup plus de support populaire pour agréer une coalition officielle ou pas entre le PLC, le NPD, et pourquoi pas, étant donné justement sa popularité, avec l'accord tacite ou subreptice du Bloc? »

  • Yvon Roy
    Abonnée
    samedi 29 novembre 2008 10h31
    cinéma
    « Tout comme au cinéma, les copulations politiques ressemblent souvent à des coalitions artistiques, et le mieux serait certainement de ne pas trop les subventionner commercialement parlant... »

  • Diouf Frank
    Inscrit
    samedi 29 novembre 2008 11h30
    Ça me rapelle quelque chose...
    « En France, le Président Chirac a eu la bonne idée de disssoudre le Parlement au printemps 1997, et s'est retrouvé quelques jours plus tard, contre toute attente, dans l'Opposition (d'où la Seconde Cohabitation). Personne n'a compris pourquoi il avait dissout un parlement où il avait une majorité - qu'il jugeait apparemment insuffisante - pour se retrouver en minorité. Mystère... »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 29 novembre 2008 11h42
    Anachronisme royal!
    « Ah mais quelle affaire de fous! Les partis d'une éventuelle coalition qui pourrait représenter plus de sièges que les Conservateurs auraient besoin de la permission de la représentante de la reine coloniale, une non-élue??? Et on pensait qu'on vivait dans une démocratie où tous les détenteurs du pouvoir gouvernemental sont élus... À quand un régime électoral à la proportionnelle assortie d'un régime présidentiel où le président est élu par la population? Quand les poules vont avoir des dents?

    Ceci dit, en démocratie une coalition est tout aussi valable qu'un gouvernement minoritaire et ce serait une belle occasion pour la gauche d'essayer de travailler ensemble et de mettre fin à un régime inepte de droite. »

  • Roger Dion
    Abonné
    samedi 29 novembre 2008 13h19
    Pour une fois la GOUVRNEURE GÉNÉRALE va servir elle va décider j espère sans influence de HARPEUR
    « Pour une fois que la gouverneure générale va servir j espère qu elle va prendre la bonne décision, sans se laisser influencer par HARPEUR.
    Car oui ce premier ministre, a voulu aller trop loin, il faut qu il soit jugé très sévèrement.
    Depuis que HARPER est en place minoritaire deux fois, il ne veut accepter se titre de minoritaire, alors qu il laisse sa place a un autre premier ministre .
    La bonne chose que le BLOC QUÉBÉCOIS, soit la pour empêcher ce gouvernement d ètre majoritaire, car il aurait passé ses lois rétrogrades pas accepté par les QUÉBÉCOIS.
    Quand CHAREST veut faire peur aux gens en disant, /CA NOUS PREND UN GOUVERNEMENT MAJORITAIRE POUR NE PAS ÈTRE COMME A ATAWA/ non il ne faut pas qu il soit majoritaire, justement pour cette raison, car CHAREST et le premier ministre du CANADA sont deux semblables, ils veulent pouvoir dominer sans l opposition rappelez vous 2003 /NON JE N AI PAS VOTER POUR CA / CHAREST a fait a sa tète tout son mandat avec des lois baillons.
    La devise QUÉBÉCOISE je me souviens.
    ROGER MONTREAL »

  • Loraine King
    Inscrite
    dimanche 30 novembre 2008 06h10
    Prorogation
    « Le gouverneur général peut-il refuser une demande de prorogation des travaux de cette première sesion du nouveau parlement ? »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    dimanche 30 novembre 2008 14h11
    Deux tristes héritages
    « Le système gouvernemental bi-partiste canadien, comme l'existence d'un gouverneur général représentant la reine (avec un petit r svp) d'Angleterre, sont des héritages dépassés de la domination britannique au Canada et au Québec.

    Ces deux institutions doivent disparaître pour qu'on ait chez nous une véritable démocratie. Finis le dogme bi-polaire du bien et du mal et le dogme de l'autorité du roi qui vient de Dieu, deux dogmes si chers à la droite ultra-conservatrice ici dans l'Ouest canadien et au sud de la frontière.

    Pourquoi 100% de la population devrait-elle être gouverné par Harpeur qui n'a obtenu l'appui que de 37% de la population?

    Vivement un gouvernement de coalition pour le bien de tous.

    Il est parfaitement légitime que le Bloc fasse partie du gouvernement de coalition. Tous ceux qui ont voté Bloc paient des taxes à Ottawa et ont le droit de participer directement aux décisions sur la façon de dépenser cet argent. »

  • André 68
    Inscrit
    dimanche 30 novembre 2008 15h18
    Pas encore des élections mais VITE une COALITION
    « Comme les libéraux et le NPD détiennent 44.4% des siéges, et que les conservateurs 37.6% (selon Jacques Noël en commentaire)le respect démocratique serait de former SANS DÉLAI cette coalition de centre-gauche en nommant Gilles Duceppe (s'il accepte ?) comme leader de ce Nouveau Gouvernement... Pourquoi M. Duceppe ?
    - Il défendra comme toujours les intérëts du Québec et de la NATION québécoise officiellement "reconnue en théorie" par le gouvernement conservateur précédent ... devenu maintenant l'opposition officielle.
    - comme M. Duceppe et le Bloc Québécois n'ont pas d'aspiration ni de volonté de prendre le pouvoir á Ottawa, ils seraient plus équitables dans leurs décisions et leurs votes pour faire face aux problémes économiques anticipés.
    - Le test des 4 ans de ce nouveau régime canadien (élections á date fixe et éventuellement (?)... modification du systéme électoral actuel bipartite pour un proportionnel - cela démontrerait á la population la capacité des élus et des partis á GOUVERNER véritablement et démocratiquement ce Canada de la derniére chance... (rapport de force perdu sous les 2 mandats de Jean Charest, ce "molasson arrogant & prétentieux"...)
    sinon, que le Québec proclame son indépendance et négocie d'égal á égal avec Ottawa TOUS les pouvoirs "normaux" d'une véritable NATION et l'argent qui va avec.
    Si le Canada refuse, sortons le Canada du Québec par la force si nécessaire... par exemple en nationalisant sans aucune compensation financiére á Ottawa TOUT ce qui est en territoire québécois et que nous avons déjá AMPLEMENT PAYÉ de toute facon par nos impöts depuis notre entrée dans le Canada.
    André Lacombe - Gosselin
    Cuervo # 115, Lomas del Mar
    Mazatlán, Sin. MEXICO
    <andre_lacombe@yahoo.com>
    Dimanche ce 30 novembre 2008, 13 hres (heure locale)
    Maintenant rendu dans la "Perle du Pacifique" depuis le 15 septembre 2008, mais toujours "Québécois" dans son coeur!
    "...La retraite n'est pas de TOUT repos, j'en suis la preuve bien vivante..." »

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 30 novembre 2008 17h06
    Pas prévu
    « Harper n'aurait pas prévu déclencher une tempête politique en coupant les vivres aux partis politiques ? Je me permets d'en douter. Ce qui peut à première vue paraître une maladresse pourrait aussi tenir de la haute stratégie. Imaginez un moment un gouvernement de coalition, le premier à Ottawa, se planter royalement. C'est le pouvoir à vie pour Harper qui en résulterait. Mais ce n'est qu'une hypothèse.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

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