Harper asphyxie ses adversaires
27 novembre 2008
Canada
Ottawa — Dans ce qui lui vaudra assurément des accusations de lèse-démocratie, le gouvernement conservateur annoncera aujourd'hui que, pour «donner l'exemple» en période économique difficile, il coupera les vivres aux partis politiques. Après avoir limité au maximum les sources de financement des formations, Stephen Harper abolira complètement les compensations versées par l'État. Le Parti conservateur restera riche, le Parti libéral frôlera la banqueroute. Le Parti vert retournera dans l'ombre.
Cette mesure, révélée par le réseau TVA hier soir, risque d'avoir un effet dévastateur sur le Parti libéral du Canada, dont les finances précaires reposent en grande partie sur l'allocation étatique. C'est 7,1 millions de dollars chaque année dont devra se passer le PLC de Stéphane Dion à partir du 1er avril prochain.
En 2003, Jean Chrétien avait importé le modèle québécois de financement populaire sur la scène fédérale. Là où il n'existait auparavant aucune limite, les partis politiques fédéraux ne pouvaient plus recevoir que 5000 $ par année d'un individu ou d'une entreprise donnée. En contrepartie, l'État s'engageait à verser une allocation de 1,75 $ pour chaque vote reçu. En arrivant au pouvoir, Stephen Harper a ramené le plafond à 1100 $ et exclu les entreprises. L'allocation n'a pas été bonifiée pour compenser les pertes de revenus.
Le PLC a le plus été touché par ce resserrement, lui qui était habitué aux copieux dons des entreprises. À l'opposé, le Parti conservateur, dont l'ancêtre allianciste est né d'un mouvement populiste se finançant à coups de 5 $, n'a pas été affecté. Les changements annoncés le priveront de 10,2 millions de dollars, mais ses coffres sont malgré tout pleins à craquer.
Le changement, qui devra recevoir l'assentiment — loin d'être acquis — de la Chambre des communes, affectera aussi le Bloc québécois (perte de 2,7 millions) et le NPD (4,9 millions), mais surtout le Parti vert d'Elizabeth May.
La résurgence du PV est en grande partie attribuable à ce versement étatique d'une valeur annuelle, pour lui, de 1,6 million. Le 1,75 $ était devenu un argument de vente: malgré leurs chances électorales nulles, les verts pouvaient demander leur vote aux électeurs en faisant valoir qu'ils contribueraient ainsi à la santé financière du parti. Ce ne sera plus le cas.
Urgence à géométrie variable
Il a été impossible d'obtenir un commentaire de la part du gouvernement hier soir. L'abolition de cette mesure représentera une économie d'environ 27 millions de dollars pour le trésor fédéral.
Cette annonce est d'autant plus étrange que le gouvernement ne ressent pas l'urgence de présenter un plan de relance de l'économie, comme les autres démocraties occidentales le font à coups de centaines de milliards de dollars. Ottawa s'en tient à son échéancier initial consistant à attendre le prochain budget annuel pour décider s'il agira ou pas et s'il aidera ou pas l'industrie automobile. Le dépôt du budget, qui a d'ordinaire lieu la dernière semaine de février, sera toutefois devancé de quelques jours, probablement vers le début de février.
«Nous n'allons pas bousculer les choses de quelques semaines simplement parce que nous subissons des pressions de la part des médias et des parties intéressées», a déclaré hier un porte-parole du bureau du premier ministre ne voulant pas être nommé.
En ramenant la TPS de 7 % à 5 %, Stephen Harper a privé le gouvernement fédéral de revenus de 12 milliards de dollars par année. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a déclaré la semaine dernière que la très maigre marge de manoeuvre financière d'Ottawa était le résultat de choix politiques et non de la situation économique actuelle.
Comme en Alberta
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, profitera par ailleurs de la mise à jour économique de cet après-midi pour limiter les dépenses discrétionnaires des députés fédéraux. Leur augmentation de salaire sera aussi limitée à 1,5 %.
Certains analystes voient une similarité entre cette tactique et celle utilisée par Ralph Klein en 1993, alors qu'il avait mis la hache dans le régime de pension des députés et réduit leurs salaires et ceux de leurs adjoints de 5 %. Il avait ensuite eu les coudées franches pour réduire allègrement (20 %) les dépenses de l'État et rééquilibrer plus facilement les finances publiques.
Le porte-parole de M. Harper a indiqué qu'aucune abolition de programme ne serait annoncée aujourd'hui. Un processus d'évaluation en continu des programmes gouvernementaux est en place et se poursuivra, a-t-il indiqué. Il a ajouté que la période était propice pour bien marquer la différence entre «ce qu'il serait bien d'avoir et ce qu'il est essentiel d'avoir».
Hier, les libéraux faisaient valoir que Stephen Harper aurait pu tout simplement diminuer la taille de son cabinet, gonflé de 10 membres, pour économiser. «Le premier ministre a fait passer son cabinet de 26 à 37 il y a quatre semaines, a dit Wayne Easter. Ce sont des ministres à part entière, avec des salaires bonifiés, des autos de fonction, des chauffeurs, un personnel élargi, de plus grands bureaux et des millions de dollars en frais discrétionnaires.»
Cette mesure, révélée par le réseau TVA hier soir, risque d'avoir un effet dévastateur sur le Parti libéral du Canada, dont les finances précaires reposent en grande partie sur l'allocation étatique. C'est 7,1 millions de dollars chaque année dont devra se passer le PLC de Stéphane Dion à partir du 1er avril prochain.
En 2003, Jean Chrétien avait importé le modèle québécois de financement populaire sur la scène fédérale. Là où il n'existait auparavant aucune limite, les partis politiques fédéraux ne pouvaient plus recevoir que 5000 $ par année d'un individu ou d'une entreprise donnée. En contrepartie, l'État s'engageait à verser une allocation de 1,75 $ pour chaque vote reçu. En arrivant au pouvoir, Stephen Harper a ramené le plafond à 1100 $ et exclu les entreprises. L'allocation n'a pas été bonifiée pour compenser les pertes de revenus.
Le PLC a le plus été touché par ce resserrement, lui qui était habitué aux copieux dons des entreprises. À l'opposé, le Parti conservateur, dont l'ancêtre allianciste est né d'un mouvement populiste se finançant à coups de 5 $, n'a pas été affecté. Les changements annoncés le priveront de 10,2 millions de dollars, mais ses coffres sont malgré tout pleins à craquer.
Le changement, qui devra recevoir l'assentiment — loin d'être acquis — de la Chambre des communes, affectera aussi le Bloc québécois (perte de 2,7 millions) et le NPD (4,9 millions), mais surtout le Parti vert d'Elizabeth May.
La résurgence du PV est en grande partie attribuable à ce versement étatique d'une valeur annuelle, pour lui, de 1,6 million. Le 1,75 $ était devenu un argument de vente: malgré leurs chances électorales nulles, les verts pouvaient demander leur vote aux électeurs en faisant valoir qu'ils contribueraient ainsi à la santé financière du parti. Ce ne sera plus le cas.
Urgence à géométrie variable
Il a été impossible d'obtenir un commentaire de la part du gouvernement hier soir. L'abolition de cette mesure représentera une économie d'environ 27 millions de dollars pour le trésor fédéral.
Cette annonce est d'autant plus étrange que le gouvernement ne ressent pas l'urgence de présenter un plan de relance de l'économie, comme les autres démocraties occidentales le font à coups de centaines de milliards de dollars. Ottawa s'en tient à son échéancier initial consistant à attendre le prochain budget annuel pour décider s'il agira ou pas et s'il aidera ou pas l'industrie automobile. Le dépôt du budget, qui a d'ordinaire lieu la dernière semaine de février, sera toutefois devancé de quelques jours, probablement vers le début de février.
«Nous n'allons pas bousculer les choses de quelques semaines simplement parce que nous subissons des pressions de la part des médias et des parties intéressées», a déclaré hier un porte-parole du bureau du premier ministre ne voulant pas être nommé.
En ramenant la TPS de 7 % à 5 %, Stephen Harper a privé le gouvernement fédéral de revenus de 12 milliards de dollars par année. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a déclaré la semaine dernière que la très maigre marge de manoeuvre financière d'Ottawa était le résultat de choix politiques et non de la situation économique actuelle.
Comme en Alberta
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, profitera par ailleurs de la mise à jour économique de cet après-midi pour limiter les dépenses discrétionnaires des députés fédéraux. Leur augmentation de salaire sera aussi limitée à 1,5 %.
Certains analystes voient une similarité entre cette tactique et celle utilisée par Ralph Klein en 1993, alors qu'il avait mis la hache dans le régime de pension des députés et réduit leurs salaires et ceux de leurs adjoints de 5 %. Il avait ensuite eu les coudées franches pour réduire allègrement (20 %) les dépenses de l'État et rééquilibrer plus facilement les finances publiques.
Le porte-parole de M. Harper a indiqué qu'aucune abolition de programme ne serait annoncée aujourd'hui. Un processus d'évaluation en continu des programmes gouvernementaux est en place et se poursuivra, a-t-il indiqué. Il a ajouté que la période était propice pour bien marquer la différence entre «ce qu'il serait bien d'avoir et ce qu'il est essentiel d'avoir».
Hier, les libéraux faisaient valoir que Stephen Harper aurait pu tout simplement diminuer la taille de son cabinet, gonflé de 10 membres, pour économiser. «Le premier ministre a fait passer son cabinet de 26 à 37 il y a quatre semaines, a dit Wayne Easter. Ce sont des ministres à part entière, avec des salaires bonifiés, des autos de fonction, des chauffeurs, un personnel élargi, de plus grands bureaux et des millions de dollars en frais discrétionnaires.»
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