Économie - Ottawa ne présentera pas de plan avant trois mois
25 novembre 2008
Canada
Ottawa — Récession technique ou pas, Ottawa attendra. Le gouvernement conservateur n'a pas l'intention de présenter de plan de stimulation économique et, s'il le fait, ce ne sera pas avant le dépôt de son budget. Les partis d'opposition jugent un tel délai injustifiable, et le Bloc québécois propose même un plan de son cru d'une valeur de 23 milliards de dollars.
Ainsi, alors que le président américain élu, Barack Obama, dévoilait son équipe économique à Chicago et demandait au congrès d'adopter le plus vite possible un plan de relance, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a confirmé qu'un hypothétique plan conservateur ne serait connu qu'au mieux dans trois mois.
Comme le premier ministre Stephen Harper, la veille, qui parlait de la nécessité d'un «stimulant fiscal sans précédent», le ministre Flaherty a laissé entendre que c'est du côté des baisses d'impôt et de taxes que le gouvernement lorgnait pour aider l'économie canadienne à traverser la crise actuelle plutôt que de celui des investissements d'envergure.
«Le fait est que nous avons déjà un stimulant d'une valeur de près de 2 % du PIB dans l'économie canadienne», a fait valoir le ministre en vantant l'effet positif qu'ont eu, à son avis, les diverses baisses d'impôt et la réduction de TPS déjà consenties. «Par chance, nous avons agi à l'avance, alors qu'un grand nombre de pays doivent faire du rattrapage en matière de stimulant.»
Le ministre a reconnu qu'il «est raisonnable de croire que nous serons en récession technique, c'est-à-dire que ce trimestre et le prochain seront négatifs». N'empêche, il s'en tient à son plan de match consistant à dévoiler une mise à jour économique jeudi. Le ministre n'est pas encore convaincu de la nécessité de stimuler l'économie canadienne. Il décidera d'ici à la fin du mois de février ou au début du mois de mars, quand le budget fédéral sera déposé à la Chambre des communes.
«Nous serons capables, en tant que gouvernement, de poser des gestes si nous en avons besoin puisque nous avons beaucoup de marge de manoeuvre pour agir, a dit le ministre. Nous considérons aussi les gestes que nous pourrions poser en plus [de l'accélération du programme] des infrastructures qui pourraient stimuler l'économie.»
L'opposition s'inquiète
Les partis d'opposition s'inquiètent de cet excès de confiance du gouvernement et demandent plutôt des actions immédiates. «M. Flaherty et [Stephen] Harper ne comprennent pas l'urgence de la situation. On doit agir plus rapidement qu'attendre jusqu'au budget du mois de mars. Les gens ont besoin de l'aide maintenant», a lancé le chef du NPD, Jack Layton.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, y lit une réticence «idéologique» à intervenir dans l'économie, convaincu qu'est Stephen Harper de l'efficacité du «laisser-faire». «C'est encore une attitude très idéologique. [...] On baisse les impôts, puis ça va bien. C'est la recette Bush avec les conséquences que ça a aux États-Unis.» Quant aux libéraux de Stéphane Dion, ils veulent attendre de connaître les nouvelles prévisions budgétaires, jeudi, avant de se prononcer sur l'à-propos d'un plan de stimulation.
Les troupes conservatrices continuent de souffler le chaud et le froid à propos de la véritable situation économique du Canada. Quand il s'agit de négocier la convention collective des fonctionnaires fédéraux, par exemple, la situation est suffisamment inquiétante pour laisser planer la menace d'une loi spéciale. Cette menace a d'ailleurs fonctionné alors que l'Alliance de la fonction publique a accepté hier une entente de principe limitant les augmentations salariales à 2,3 % la première année et à 1,5 % pour les trois années subséquentes. Mais quand il s'agit d'aider le secteur de la fabrication, le gouvernement qualifie tout au plus la situation de «récession technique».
À cet égard, M. Duceppe fait valoir que le secteur manufacturier du Québec et de l'Ontario est en récession depuis trois ans, mais que rien n'y paraît parce que les chiffres nationaux sont dopés par le secteur pétrolier.
Le Bloc se lance
Rappelant que M. Flaherty avait invité la semaine dernière les partis d'opposition à lui faire des suggestions, le Bloc québécois a présenté son propre plan d'action d'une valeur de 23 milliards de dollars en deux ans, soit environ 5 % du budget annuel d'Ottawa. «On répond à sa demande et on s'attend à ce qu'il y réponde positivement et l'analyse objectivement», a expliqué le député Jean-Yves Laforest, critique en matière de Finances.
La somme, imposante, proviendrait de la réduction de la taille de l'État (six milliards de dollars), de «coussins» déjà à la disposition du gouvernement ainsi que de resserrements fiscaux divers.
Le Bloc suggère par exemple de puiser trois milliards dans le compte d'opérations de change du gouvernement canadien, un compte servant à venir à la rescousse du dollar lorsque celui-ci est en chute libre. Jean Chrétien l'a utilisé pour la dernière fois en 1997-98, lorsque le dollar flirtait avec les 0,60 $US. Le solde de ce compte était alors de 29 milliards. Il est aujourd'hui de 42,3 milliards.
Le Bloc québécois propose aussi de puiser dans les surplus de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) une somme de 4 milliards, de s'attaquer aux paradis fiscaux (1,5 milliard) et d'abolir les incitatifs fiscaux consentis au secteur des sables bitumineux (5,9 milliards).
Avec ces 23 milliards répartis sur deux ans, le parti de Gilles Duceppe propose notamment de lancer un Fonds Corvée modernisation de 4 milliards qui financerait 20 % des achats de matériel de production dans les entreprises manufacturières. Il met aussi en avant un plan complet de soutien des secteurs manufacturier et forestier de 3,3 milliards. Il suggère aussi de financer à 25 %, jusqu'à concurrence de 2500 $, les rénovations effectuées par les particuliers pour améliorer l'efficacité énergétique de leur demeure.
***
Avec La Presse canadienne
Ainsi, alors que le président américain élu, Barack Obama, dévoilait son équipe économique à Chicago et demandait au congrès d'adopter le plus vite possible un plan de relance, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a confirmé qu'un hypothétique plan conservateur ne serait connu qu'au mieux dans trois mois.
Comme le premier ministre Stephen Harper, la veille, qui parlait de la nécessité d'un «stimulant fiscal sans précédent», le ministre Flaherty a laissé entendre que c'est du côté des baisses d'impôt et de taxes que le gouvernement lorgnait pour aider l'économie canadienne à traverser la crise actuelle plutôt que de celui des investissements d'envergure.
«Le fait est que nous avons déjà un stimulant d'une valeur de près de 2 % du PIB dans l'économie canadienne», a fait valoir le ministre en vantant l'effet positif qu'ont eu, à son avis, les diverses baisses d'impôt et la réduction de TPS déjà consenties. «Par chance, nous avons agi à l'avance, alors qu'un grand nombre de pays doivent faire du rattrapage en matière de stimulant.»
Le ministre a reconnu qu'il «est raisonnable de croire que nous serons en récession technique, c'est-à-dire que ce trimestre et le prochain seront négatifs». N'empêche, il s'en tient à son plan de match consistant à dévoiler une mise à jour économique jeudi. Le ministre n'est pas encore convaincu de la nécessité de stimuler l'économie canadienne. Il décidera d'ici à la fin du mois de février ou au début du mois de mars, quand le budget fédéral sera déposé à la Chambre des communes.
«Nous serons capables, en tant que gouvernement, de poser des gestes si nous en avons besoin puisque nous avons beaucoup de marge de manoeuvre pour agir, a dit le ministre. Nous considérons aussi les gestes que nous pourrions poser en plus [de l'accélération du programme] des infrastructures qui pourraient stimuler l'économie.»
L'opposition s'inquiète
Les partis d'opposition s'inquiètent de cet excès de confiance du gouvernement et demandent plutôt des actions immédiates. «M. Flaherty et [Stephen] Harper ne comprennent pas l'urgence de la situation. On doit agir plus rapidement qu'attendre jusqu'au budget du mois de mars. Les gens ont besoin de l'aide maintenant», a lancé le chef du NPD, Jack Layton.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, y lit une réticence «idéologique» à intervenir dans l'économie, convaincu qu'est Stephen Harper de l'efficacité du «laisser-faire». «C'est encore une attitude très idéologique. [...] On baisse les impôts, puis ça va bien. C'est la recette Bush avec les conséquences que ça a aux États-Unis.» Quant aux libéraux de Stéphane Dion, ils veulent attendre de connaître les nouvelles prévisions budgétaires, jeudi, avant de se prononcer sur l'à-propos d'un plan de stimulation.
Les troupes conservatrices continuent de souffler le chaud et le froid à propos de la véritable situation économique du Canada. Quand il s'agit de négocier la convention collective des fonctionnaires fédéraux, par exemple, la situation est suffisamment inquiétante pour laisser planer la menace d'une loi spéciale. Cette menace a d'ailleurs fonctionné alors que l'Alliance de la fonction publique a accepté hier une entente de principe limitant les augmentations salariales à 2,3 % la première année et à 1,5 % pour les trois années subséquentes. Mais quand il s'agit d'aider le secteur de la fabrication, le gouvernement qualifie tout au plus la situation de «récession technique».
À cet égard, M. Duceppe fait valoir que le secteur manufacturier du Québec et de l'Ontario est en récession depuis trois ans, mais que rien n'y paraît parce que les chiffres nationaux sont dopés par le secteur pétrolier.
Le Bloc se lance
Rappelant que M. Flaherty avait invité la semaine dernière les partis d'opposition à lui faire des suggestions, le Bloc québécois a présenté son propre plan d'action d'une valeur de 23 milliards de dollars en deux ans, soit environ 5 % du budget annuel d'Ottawa. «On répond à sa demande et on s'attend à ce qu'il y réponde positivement et l'analyse objectivement», a expliqué le député Jean-Yves Laforest, critique en matière de Finances.
La somme, imposante, proviendrait de la réduction de la taille de l'État (six milliards de dollars), de «coussins» déjà à la disposition du gouvernement ainsi que de resserrements fiscaux divers.
Le Bloc suggère par exemple de puiser trois milliards dans le compte d'opérations de change du gouvernement canadien, un compte servant à venir à la rescousse du dollar lorsque celui-ci est en chute libre. Jean Chrétien l'a utilisé pour la dernière fois en 1997-98, lorsque le dollar flirtait avec les 0,60 $US. Le solde de ce compte était alors de 29 milliards. Il est aujourd'hui de 42,3 milliards.
Le Bloc québécois propose aussi de puiser dans les surplus de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) une somme de 4 milliards, de s'attaquer aux paradis fiscaux (1,5 milliard) et d'abolir les incitatifs fiscaux consentis au secteur des sables bitumineux (5,9 milliards).
Avec ces 23 milliards répartis sur deux ans, le parti de Gilles Duceppe propose notamment de lancer un Fonds Corvée modernisation de 4 milliards qui financerait 20 % des achats de matériel de production dans les entreprises manufacturières. Il met aussi en avant un plan complet de soutien des secteurs manufacturier et forestier de 3,3 milliards. Il suggère aussi de financer à 25 %, jusqu'à concurrence de 2500 $, les rénovations effectuées par les particuliers pour améliorer l'efficacité énergétique de leur demeure.
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Avec La Presse canadienne
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