Ottawa: deux ans dans le rouge
Ottawa — La rentrée politique à Ottawa s'est déroulée hier sous le signe de l'économie, alimentée par un nouveau rapport du directeur parlementaire du budget, Kevin Page. Ce dernier souligne que le Canada pourrait enregistrer deux déficits consécutifs à partir de l'an prochain, soit en 2009-10 et en 2010-11. Le taux de chômage, lui, pourrait passer de 6,1 à 6,9 % en 2009.
Kevin Page a également affirmé que la précarité actuelle des finances du gouvernement fédéral est en grande partie attribuable aux décisions politiques du gouvernement Harper et non pas au ralentissement économique.
En août, le surplus budgétaire cumulatif des cinq premiers mois de 2008-09 était de 1,2 milliard de dollars, en forte baisse par rapport aux 6,6 milliards à pareille date l'an dernier. «Ce faible rendement financier n'est sans doute pas attribuable, cependant, aux piètres conditions économiques», écrit Kevin Page dans son rapport. La cause serait plutôt «les récentes mesures politiques prises par le gouvernement canadien, telles que les dernières réductions de la TPS et des impôts des sociétés», affirme le directeur parlementaire du budget, un officier indépendant qui relève de la Bibliothèque du Parlement. La baisse de deux points de la TPS prive le gouvernement de revenus de 12 milliards de dollars par année.
Le Canada, ajoute Kevin Page, commence à peine à subir le ralentissement économique mondial, il n'y a donc pas encore d'effet sur les finances publiques. Par contre, dans les prochains mois et les deux prochaines années, les finances du pays seront touchées par la récession des pays industrialisés, dit-il.
Les partis d'opposition ont profité de ce passage du rapport pour attaquer le gouvernement Harper hier aux Communes, lui reprochant d'avoir fait les mauvais choix et d'avoir été imprudent avec les finances du pays à l'approche d'une tempête économique.
«Moins de trois ans auront suffi à ce gouvernement pour renverser les efforts et les sacrifices des Canadiens qui pensaient bien avoir remisé les déficits fédéraux, a lancé un Stéphane Dion calme mais incisif. Le premier ministre admettra-t-il que ses propres choix budgétaires, sa décision de dépenser plus que tous ses prédécesseurs et sa décision d'éliminer la réserve pour éventualité ont mis le Canada au bord d'un déficit?»
Le premier ministre Stephen Harper a répliqué qu'au contraire, le Canada allait être l'un des rares pays à pouvoir afficher un modeste surplus cette année. Il ne regrette pas d'avoir baissé la TPS et les impôts.
«C'est normal que le surplus soit plus mince que dans le passé, puisque le gouvernement a posé volontairement des gestes pour stimuler l'économie à long terme avant qu'elle ne ralentisse, a dit Stephen Harper. C'était la bonne décision fiscale à prendre et les Canadiens ont soutenu ce choix. Personne ne va dire qu'au milieu d'une récession mondiale il faut augmenter les taxes ou couper dans les dépenses essentielles. Ce serait une position idéologique et nous n'avons pas l'intention de prendre cette direction.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, estime que le gouvernement Harper a fait un mauvais choix en baissant le deuxième point de TPS. Il estime que six milliards de dollars en baisses d'impôt auraient été plus utiles pour stimuler l'économie. De son côté, Jack Layton, le chef du NPD, refuse de condamner la baisse de la TPS, préférant se concentrer sur son créneau habituel: «Le plus mauvais choix a été de réduire les impôts pour les plus grandes entreprises rentables, comme les banques et les pétrolières», a-t-il dit.
Moins grave que 1982 et 1990?
Le directeur parlementaire du budget a déposé son rapport une semaine exactement avant que le ministre des Finances, Jim Flaherty, ne dévoile sa mise à jour économique et financière. M. Flaherty a soutenu hier que M. Page a fait «un bon travail» mais qu'il faudra attendre jeudi prochain, lors de son allocution, pour avoir une meilleure idée des prévisions du gouvernement.
C'est que Kevin Page a le mandat d'éclairer les députés en utilisant les meilleures informations disponibles en provenance des secteurs public et privé, mais il n'a pas accès aux données confidentielles du ministère des Finances. M. Page est celui qui a déposé un rapport sur les coûts de la guerre en Afghanistan lors de la dernière campagne électorale.
Le document rendu public hier est toutefois assez précis. Il suggère un scénario «moyen», donc «probable» si la situation ne change pas de façon importante. Ainsi, Kevin Page affirme que le ralentissement économique «sera moins grave que ceux qu'ont connus les Canadiens lors des récessions au début des années 1980 et 1990». Dans le meilleur scénario, le Canada pourrait ressentir le faible ressac de 2001, à la suite de l'éclatement de la bulle technologique. La situation économique très difficile aux États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, laisse toutefois présager une situation plus pénible qu'en 2001.
Kevin Page estime que le Canada devrait pouvoir équilibrer son budget cette année (2008-09) mais qu'il plongera en déficit en 2009-10 et en 2010-11. Ces deux budgets à l'encre rouge ne seront toutefois pas très déficitaires, dit-il, soit 3,9 milliards de dollars en 2009-10 (0,2 % du PIB) et 1,4 milliard en 2010-11. Par contre, un scénario catastrophe — jugé improbable par M. Page — provoquerait un déficit de 14 milliards de dollars en 2009-10.
Le directeur parlementaire du budget prévoit également que le taux de chômage passera de 6,1 à 6,9 % en 2009. Un tel scénario ne serait pas dramatique, selon Benoît Durocher, économiste senior chez Desjardins. «On peut avoir une très faible création d'emplois et avoir un chômage à la hausse, dit-il. La population active augmente alors plus vite que les emplois créés. Mais il ne s'agit pas de pertes massives d'emplois comme aux États-Unis.»
Tout comme la plupart des économistes, Kevin Page ne voit pas de récession économique au Canada dans les prochaines années. La croissance du PIB pourrait toutefois être très faible, soit 0,6 % cette année et 0,5 % en 2009-10. Le budget fédéral de mars 2008 prévoyait plutôt une progression de 1,7 % (2008-09) et de 2,4 % (2009-10), ce qui montre la rapidité du ralentissement.
Les prévisions de Kevin Page ont fait dire à Stéphane Dion et Gilles Duceppe que Stephen Harper n'a pas été honnête avec les Canadiens lors de la dernière campagne électorale, puisqu'il soutenait ne pas entrevoir de déficit à l'horizon. Il avait pourtant les chiffres en main et il reconnaît aujourd'hui qu'un déficit est fort probable, a dit le chef du Bloc québécois. «Il devrait l'admettre. Je pense que c'est un comportement inacceptable», a soutenu Gilles Duceppe.
Kevin Page a également affirmé que la précarité actuelle des finances du gouvernement fédéral est en grande partie attribuable aux décisions politiques du gouvernement Harper et non pas au ralentissement économique.
En août, le surplus budgétaire cumulatif des cinq premiers mois de 2008-09 était de 1,2 milliard de dollars, en forte baisse par rapport aux 6,6 milliards à pareille date l'an dernier. «Ce faible rendement financier n'est sans doute pas attribuable, cependant, aux piètres conditions économiques», écrit Kevin Page dans son rapport. La cause serait plutôt «les récentes mesures politiques prises par le gouvernement canadien, telles que les dernières réductions de la TPS et des impôts des sociétés», affirme le directeur parlementaire du budget, un officier indépendant qui relève de la Bibliothèque du Parlement. La baisse de deux points de la TPS prive le gouvernement de revenus de 12 milliards de dollars par année.
Le Canada, ajoute Kevin Page, commence à peine à subir le ralentissement économique mondial, il n'y a donc pas encore d'effet sur les finances publiques. Par contre, dans les prochains mois et les deux prochaines années, les finances du pays seront touchées par la récession des pays industrialisés, dit-il.
Les partis d'opposition ont profité de ce passage du rapport pour attaquer le gouvernement Harper hier aux Communes, lui reprochant d'avoir fait les mauvais choix et d'avoir été imprudent avec les finances du pays à l'approche d'une tempête économique.
«Moins de trois ans auront suffi à ce gouvernement pour renverser les efforts et les sacrifices des Canadiens qui pensaient bien avoir remisé les déficits fédéraux, a lancé un Stéphane Dion calme mais incisif. Le premier ministre admettra-t-il que ses propres choix budgétaires, sa décision de dépenser plus que tous ses prédécesseurs et sa décision d'éliminer la réserve pour éventualité ont mis le Canada au bord d'un déficit?»
Le premier ministre Stephen Harper a répliqué qu'au contraire, le Canada allait être l'un des rares pays à pouvoir afficher un modeste surplus cette année. Il ne regrette pas d'avoir baissé la TPS et les impôts.
«C'est normal que le surplus soit plus mince que dans le passé, puisque le gouvernement a posé volontairement des gestes pour stimuler l'économie à long terme avant qu'elle ne ralentisse, a dit Stephen Harper. C'était la bonne décision fiscale à prendre et les Canadiens ont soutenu ce choix. Personne ne va dire qu'au milieu d'une récession mondiale il faut augmenter les taxes ou couper dans les dépenses essentielles. Ce serait une position idéologique et nous n'avons pas l'intention de prendre cette direction.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, estime que le gouvernement Harper a fait un mauvais choix en baissant le deuxième point de TPS. Il estime que six milliards de dollars en baisses d'impôt auraient été plus utiles pour stimuler l'économie. De son côté, Jack Layton, le chef du NPD, refuse de condamner la baisse de la TPS, préférant se concentrer sur son créneau habituel: «Le plus mauvais choix a été de réduire les impôts pour les plus grandes entreprises rentables, comme les banques et les pétrolières», a-t-il dit.
Moins grave que 1982 et 1990?
Le directeur parlementaire du budget a déposé son rapport une semaine exactement avant que le ministre des Finances, Jim Flaherty, ne dévoile sa mise à jour économique et financière. M. Flaherty a soutenu hier que M. Page a fait «un bon travail» mais qu'il faudra attendre jeudi prochain, lors de son allocution, pour avoir une meilleure idée des prévisions du gouvernement.
C'est que Kevin Page a le mandat d'éclairer les députés en utilisant les meilleures informations disponibles en provenance des secteurs public et privé, mais il n'a pas accès aux données confidentielles du ministère des Finances. M. Page est celui qui a déposé un rapport sur les coûts de la guerre en Afghanistan lors de la dernière campagne électorale.
Le document rendu public hier est toutefois assez précis. Il suggère un scénario «moyen», donc «probable» si la situation ne change pas de façon importante. Ainsi, Kevin Page affirme que le ralentissement économique «sera moins grave que ceux qu'ont connus les Canadiens lors des récessions au début des années 1980 et 1990». Dans le meilleur scénario, le Canada pourrait ressentir le faible ressac de 2001, à la suite de l'éclatement de la bulle technologique. La situation économique très difficile aux États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, laisse toutefois présager une situation plus pénible qu'en 2001.
Kevin Page estime que le Canada devrait pouvoir équilibrer son budget cette année (2008-09) mais qu'il plongera en déficit en 2009-10 et en 2010-11. Ces deux budgets à l'encre rouge ne seront toutefois pas très déficitaires, dit-il, soit 3,9 milliards de dollars en 2009-10 (0,2 % du PIB) et 1,4 milliard en 2010-11. Par contre, un scénario catastrophe — jugé improbable par M. Page — provoquerait un déficit de 14 milliards de dollars en 2009-10.
Le directeur parlementaire du budget prévoit également que le taux de chômage passera de 6,1 à 6,9 % en 2009. Un tel scénario ne serait pas dramatique, selon Benoît Durocher, économiste senior chez Desjardins. «On peut avoir une très faible création d'emplois et avoir un chômage à la hausse, dit-il. La population active augmente alors plus vite que les emplois créés. Mais il ne s'agit pas de pertes massives d'emplois comme aux États-Unis.»
Tout comme la plupart des économistes, Kevin Page ne voit pas de récession économique au Canada dans les prochaines années. La croissance du PIB pourrait toutefois être très faible, soit 0,6 % cette année et 0,5 % en 2009-10. Le budget fédéral de mars 2008 prévoyait plutôt une progression de 1,7 % (2008-09) et de 2,4 % (2009-10), ce qui montre la rapidité du ralentissement.
Les prévisions de Kevin Page ont fait dire à Stéphane Dion et Gilles Duceppe que Stephen Harper n'a pas été honnête avec les Canadiens lors de la dernière campagne électorale, puisqu'il soutenait ne pas entrevoir de déficit à l'horizon. Il avait pourtant les chiffres en main et il reconnaît aujourd'hui qu'un déficit est fort probable, a dit le chef du Bloc québécois. «Il devrait l'admettre. Je pense que c'est un comportement inacceptable», a soutenu Gilles Duceppe.
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