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Discours du Trône - Les fonctionnaires feront les frais de la crise

Alec Castonguay   20 novembre 2008  Canada
Michaëlle Jean lit le discours du Trône sous les yeux de Stephen Harper.
Photo : Agence Reuters
Michaëlle Jean lit le discours du Trône sous les yeux de Stephen Harper.
Ottawa — Comme prévu, c'est un plan de match tout en économie que l'équipe conservatrice de Stephen Harper a livré hier par la bouche de la gouverneure générale, Michaëlle Jean. À peine retrouve-t-on dans ce discours du Trône quelques mots sur la justice et l'environnement.

Son adoption n'en est pas moins assurée grâce à l'appui des libéraux de Stéphane Dion.
«Il serait tout à fait irresponsable d'aller en élections maintenant. Tout le monde le sait», a déclaré M. Dion pour justifier son appui qui garantit une fois de plus la stabilité du gouvernement minoritaire.

Protéger l'avenir du Canada, le troisième discours du Trône de Stephen Harper, trace un sombre portrait des perspectives économiques du pays. D'entrée de jeu, le gouvernement établit un parallèle avec les «éléments implacables» qu'ont été les deux guerres mondiales et la Grande Dépression. «Nous savons que les Canadiens affronteront les problèmes d'aujourd'hui avec la même détermination que leurs parents et grands-parents et, comme eux, ils en ressortiront plus forts que jamais.»

Stephen Harper remise définitivement sa promesse électorale de ne jamais écrire de budget fédéral à l'encre rouge. «En ces temps extraordinaires de ralentissement mondial, il serait malavisé de s'engager à déposer à tout prix un budget équilibré à court terme car, au bout du compte, ce sont les familles canadiennes qui pourraient en faire les frais», est-il écrit.

Le gouvernement promet d'apporter «de nouveaux soutiens» aux secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale, mais ceux-ci ne sont pas encore définis et ne le seront pas davantage dans l'énoncé économique que doit livrer le ministre des Finances, Jim Flaherty, la semaine prochaine.

Les fonctionnaires fédéraux feront les frais de la contraction de l'économie. Le discours du Trône annonce l'intention du gouvernement de déposer un projet de loi pour «assurer une croissance durable» de la rémunération de la fonction publique si les négociations, débutées au printemps 2007, devaient s'enliser. La dernière offre fédérale, prévoyant des augmentations salariales de 1,5 %, 1,5 %, 1,2 % et 1,2 % sur quatre ans, a été rejetée.

Ottawa revient une fois de plus à la charge avec cette idée — qui circule depuis plus d'une décennie — de créer une seule commission des valeurs mobilières pancanadienne à laquelle s'oppose le Québec. Cette fois, la «crise du crédit» actuelle et les «dangers d'un système de réglementation financière fragmenté» qu'elle a mis en lumière servent de prétextes. Le ministre Flaherty adopte toutefois une approche pragmatique en permettant aux provinces récalcitrantes de se retirer.

Le Québec sur ses gardes

D'autres intentions contenues dans le discours d'hier sont susceptibles de froisser le Québec. Le gouvernement Harper promet de revenir à la charge avec sa réforme du Sénat et de déposer une fois de plus son projet de loi augmentant de 22 personnes le nombre de députés de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de l'Ontario pour refléter leur croissance démographique. Avec ses 75 sièges, le Québec verra son poids relatif dilué à la Chambre des communes.

Le lieutenant pour le Québec, Christian Paradis, a écarté la possibilité de garantir au Québec un pourcentage des sièges, comme cela avait été évoqué lors des négociations constitutionnelles passées, justement parce que cela impliquerait de rouvrir la Constitution. «Je pense que c'est juste, il faut être démocrate, a-t-il commenté. Si le Québec veut avoir plus de sièges, peut-être [lui faudrait-il] faire plus d'enfants. Moi, j'en ai trois déjà!»

La promesse — non remplie — d'une charte sur le fédéralisme d'ouverture revient, mais celle d'une loi encadrant le pouvoir fédéral de dépenser se voit diluée. On ne parle plus que de requérir le consentement d'une majorité de provinces pour créer de nouveaux programmes à frais partagés dans des champs de compétences exclusives des provinces.

C'est sans compter que le discours du Trône est silencieux sur les programmes culturels amputés ou encore sur le financement des organismes de développement régional. C'est pourquoi le chef du Bloc québécois n'a pris que 30 secondes après la fin du discours du Trône pour annoncer qu'il s'y opposerait. Selon lui, le Parti conservateur n'a rien retenu de la dernière campagne électorale. «Il y a une fermeture complète sur le Québec», a lancé Gilles Duceppe, qui cite aussi l'absence de coup de barre en environnement. «Le gouvernement renie Kyoto et veut au contraire construire des gazoducs dans le nord», s'insurge le chef du Bloc.

Discours vert pâle

À cet égard, le gouvernement ne prend pas d'engagements trop copieux. Ottawa se fixe comme objectif qu'en 2020, 90 % de toute l'électricité consommée au pays proviendra de sources dites propres, telles que l'hydroélectricité, le nucléaire, l'éolien ou encore le «charbon propre». Ce pourcentage était déjà de 75 % en 2006. Il s'engage par ailleurs à déposer des mesures législatives pour interdire l'exportation ou les transferts d'eau massifs.

De manière générale, sur le plan économique, M. Duceppe estime que Stephen Harper est «insensible à tous les hommes et femmes qui subissent la crise financière». Il souhaitait voir davantage de mesures concrètes, notamment sur l'assurance-emploi ou le changement d'âge pour la conversion des REER en FERR. «Il n'y a strictement rien. Sur l'économie, ça reste très flou», dit-il.

Pareillement, Jack Layton, le chef du NPD, dénonce l'absence de mesures pour les secteurs en crise, comme l'industrie manufacturière. «Les Canadiens voulaient de l'action en ces temps économiques difficiles. Ils veulent plus. Le gouvernement ne semble pas comprendre l'urgence», a dit M. Layton.

Dernier à prendre la parole, le chef libéral, Stéphane Dion, a dû se résoudre à appuyer le discours du Trône. «Les Canadiens viennent juste d'élire un gouvernement minoritaire. Et dans ces temps économiques difficiles, les Canadiens ont comme priorité de voir le Parlement fonctionner», a-t-il dit.

M. Dion estime que le discours du Trône «n'apporte rien de nouveau». Par contre, son parti entend faire son travail d'opposition officielle. «Il faut garder ce gouvernement imputable et responsable. Les conservateurs ont tellement dépensé depuis trois ans qu'ils ont causé ce déficit, même s'ils ont nié son existence durant les élections», a dit le chef du PLC.

Enfin, notons deux initiatives peu attendues: le gouvernement s'engage à faire «une déclaration sur la sécurité nationale qui expliquera comment nous entendons répondre à la fois aux défis que posent les nouvelles menaces à la sécurité nationale et aux exigences de contrôle, de responsabilité et de protection des libertés». Aucun détail n'a été fourni.

Ottawa promet aussi de créer un nouvel organisme non partisan de promotion de la démocratie dans les «pays répressifs». Les États-Unis possèdent un tel organisme, l'International Republican Institute (IRI), créé par Ronald Reagan en 1982-83 pour porter la voix de la démocratie en Amérique latine.






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  • Georges Allaire
    Inscrit
    jeudi 20 novembre 2008 04h00
    Logique implacable
    « Harper a ouvert la porte aux Québécois lors des élections. Ceux-ci ont préféré suivre la voie de l'insignifiance proposée par les Bloqués du Québec et appuyée par les critiques de Jean Charest. Leur volonté est implacablement respectée. Le Québec est devenu insignifiant. Auto-exilés dans le désert, les Québécois pourront trépigner et chahuter autant qu'ils le voudront, ils seront les seuls à s'entendre. Et comme ils sont incapables de se reproduire, leur tintamarre deviendra sous peu un râle final. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 20 novembre 2008 09h03
    @ M. Georges Allaire, le moral à terre
    « À vous lire ici M. Allaire, on peut penser que vous avez le moral à terre. Attention à la déprime même si, avec M. Harper, on peut y goûter ou manquer de mourir de faim à cause du Bloc qui nous bloque en bloc.

    Faut quand même en revenir un peu de la dernière élection avant de subir les effets de la prochaine Le 8 décembre va venir vite. »

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    jeudi 20 novembre 2008 10h46
    L'infinie «déchéance» d'un ancien grand parti: le PLC
    « Je n'ai jamais voté pour le Parti libéral du Canada. Malgré cette attitude électorale et politique qui me caractérise, il m'est souvent arrivé de souhaiter la victoire des Libéraux et la défaite des Conservateurs («progressistes» ou non). J'aurais souvent souhaité qu'un parti comme le NPD soit mieux représenté à la Chambre des communes. Mais l'absence de données proportionnelles dans notre mode de scrutin est éminemment déprimante.

    Le Parti libéral qui, très souvent, s'est inspiré des idées néodémocrates ou bloquistes, a parfois constitué un gouvernement relativement acceptable, cela étant dit avec une pléthore de bémols. Une certaine distanciation face au voisin du sud et «l'emprunt» de mesures «progressistes» ont souvent fait en sorte que les gouvernements libéraux étaient relativement «acceptables», sauf en ce qui concerne leur obsession centralisatrice et leur insensibilité face à l'état sociologique profond de la société québécoise.

    Alors, je suis attristé de constater que, depuis quelques années, un gouvernement régressif et «dangereux» comme le gouvernement Harper réussit à se maintenir au pouvoir grâce à l'appui des Libéraux qui sacrifient leur «philosophie» et qui sont devenus les petits «chiens-chiens» de Stephen Harper.

    Pauvre Stéphane Dion!

    Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    jeudi 20 novembre 2008 11h15
    Bouc-émissaires et démocratie.
    « Deux choses me frappent dans ce discours du trône insignifiant. D'abord les Conservateurs s'en prennent aux salaires des fonctionnaires pour faire belle figure devant l'électorat. Or, la compétence des fonctionnaires fédéraux est essentielle pour que nous ayons accès à des services de qualité et avec compétence. Ils devraient plutôt faire des efforts pour rationaliser la fonction publique et réduire le nombre de postes non-essentiels et, d'un autre côté, offrir des salaires compétitifs avec le secteur privé pour attirer les meilleures compétences.

    Du côté de la démocratie, il faut bien en rire si on ne veut pas en pleurer. Pour les Conservateurs, promouvoir la démocratie se fait au bout d'une mitraillette ou d'un char d'assaut, comme en Afghanistan et on peut tuer ceux qui ne sont pas d'accord avec notre concept de la démocratie... On va aussi en tuer d'autres, des civils («dommages collatéraux»), pour faire peur aux autres de sorte que tout le monde embrasse notre concept de démocratie. Oui, les USA ont le IRI... pour promouvoir la démocratie en Amérique latine, comme par exemple soutenir Pinochet au Chili dans les sombres années de la dictature? Ou encore l'oligarchie de la Bolivie qui combat le président autochtone Morales, démocratiquement élu par les Boliviens, pour protéger leurs privilèges? La démocratie canadienne? C'est quoi ça? Est-ce que c'est un gouvernement qui règne en maître alors que plus de 60% de la population a voté contre son programme de droite? »

  • Roger Bédard
    Inscrit
    jeudi 20 novembre 2008 15h11
    'International Republican Institute
    « Pour voir de quoi il retourne avec cet institut américain « non partisan » dont le gouvernement conservateur veut s'inspirer, voir ces sites édifiants :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Republican_Institute
    http://en.wikipedia.org/wiki/International_Republican_Institute
    http://en.wikipedia.org/wiki/Talk:International_Republican_Institute »

  • Isabelle Sawyer
    Abonnée
    jeudi 20 novembre 2008 16h17
    Et la Palestine?
    « "Ottawa promet aussi de créer un nouvel organisme non partisan de promotion de la démocratie dans les «pays répressifs»."

    Il est déroutant que le gouvernement affirme soutenir unilatéralement l'implantation de la démocratie dans le monde alors qu'il nie toute légitimité du gouvernement Hamas, démocratiquement élu sous la supervision de l'ex-président américain Carter, et ce, au profit d'un gouvernement plus "coopératif" aux intérêts des pays étrangers.

    Source :
    Voir vidéo Harper, de 4:35 à 5:00 minutes sur http://www.bnaibrith.ca/ (Stephen Harper awarded B'nai Brith Presidential Gold Medallion for Humanitarianism)

    «But we have of course done more.
    We've never hesitated to publicly condemn hatred and discrimination and all their vile manifestations and to fight against them whatever the diplomatic or political costs.
    For instance, not long after we took office, as been mentioned, we suspended relations with the Hamas government of Palestine becoming the first country in the world to do so.
    (clap-clap...)» »

  • Gérard Guay
    Inscrit
    jeudi 20 novembre 2008 17h13
    Môssieu Allaire est content...
    « Non Monsieur Allaire, nous n'avons pas répondu à l'appel de Harper car ma religion m'interdit de voter pour une SECTE religieuse d'extrême droite.
    Comme vous le dites si bien, nous sommes bloqués parce que la province est remplie de "contents" qui se satisfont de 2 grosses bières et d'une joute de hockey à la Jonathan Roy.
    Et vous avez raison, nous sommes dans le cul-de-sac car nous avons cessé de nous reproduire. Je vous conseille donc de faire cadeau de vos gènes à d'éventuelles bénévoles. De cette façon, nous pourrons continuer de remplir la belle province de peureux, d'agenouillés et de "contents"... La boucle sera bouclée. »

  • jacques lecuyer
    Abonné
    vendredi 21 novembre 2008 00h06
    Monsieur Dallaire
    « Une chance que nous avons de grands canadians comme vous pour nous dire quoi penser. Merci merci »

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