Discours du Trône - Les fonctionnaires feront les frais de la crise
Christian Paradis écarte la possibilité de garantir au Québec un pourcentage de sièges aux Communes
Photo : Agence Reuters
Michaëlle Jean lit le discours du Trône sous les yeux de Stephen Harper.
Ottawa — Comme prévu, c'est un plan de match tout en économie que l'équipe conservatrice de Stephen Harper a livré hier par la bouche de la gouverneure générale, Michaëlle Jean. À peine retrouve-t-on dans ce discours du Trône quelques mots sur la justice et l'environnement.
Son adoption n'en est pas moins assurée grâce à l'appui des libéraux de Stéphane Dion.
«Il serait tout à fait irresponsable d'aller en élections maintenant. Tout le monde le sait», a déclaré M. Dion pour justifier son appui qui garantit une fois de plus la stabilité du gouvernement minoritaire.
Protéger l'avenir du Canada, le troisième discours du Trône de Stephen Harper, trace un sombre portrait des perspectives économiques du pays. D'entrée de jeu, le gouvernement établit un parallèle avec les «éléments implacables» qu'ont été les deux guerres mondiales et la Grande Dépression. «Nous savons que les Canadiens affronteront les problèmes d'aujourd'hui avec la même détermination que leurs parents et grands-parents et, comme eux, ils en ressortiront plus forts que jamais.»
Stephen Harper remise définitivement sa promesse électorale de ne jamais écrire de budget fédéral à l'encre rouge. «En ces temps extraordinaires de ralentissement mondial, il serait malavisé de s'engager à déposer à tout prix un budget équilibré à court terme car, au bout du compte, ce sont les familles canadiennes qui pourraient en faire les frais», est-il écrit.
Le gouvernement promet d'apporter «de nouveaux soutiens» aux secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale, mais ceux-ci ne sont pas encore définis et ne le seront pas davantage dans l'énoncé économique que doit livrer le ministre des Finances, Jim Flaherty, la semaine prochaine.
Les fonctionnaires fédéraux feront les frais de la contraction de l'économie. Le discours du Trône annonce l'intention du gouvernement de déposer un projet de loi pour «assurer une croissance durable» de la rémunération de la fonction publique si les négociations, débutées au printemps 2007, devaient s'enliser. La dernière offre fédérale, prévoyant des augmentations salariales de 1,5 %, 1,5 %, 1,2 % et 1,2 % sur quatre ans, a été rejetée.
Ottawa revient une fois de plus à la charge avec cette idée — qui circule depuis plus d'une décennie — de créer une seule commission des valeurs mobilières pancanadienne à laquelle s'oppose le Québec. Cette fois, la «crise du crédit» actuelle et les «dangers d'un système de réglementation financière fragmenté» qu'elle a mis en lumière servent de prétextes. Le ministre Flaherty adopte toutefois une approche pragmatique en permettant aux provinces récalcitrantes de se retirer.
Le Québec sur ses gardes
D'autres intentions contenues dans le discours d'hier sont susceptibles de froisser le Québec. Le gouvernement Harper promet de revenir à la charge avec sa réforme du Sénat et de déposer une fois de plus son projet de loi augmentant de 22 personnes le nombre de députés de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de l'Ontario pour refléter leur croissance démographique. Avec ses 75 sièges, le Québec verra son poids relatif dilué à la Chambre des communes.
Le lieutenant pour le Québec, Christian Paradis, a écarté la possibilité de garantir au Québec un pourcentage des sièges, comme cela avait été évoqué lors des négociations constitutionnelles passées, justement parce que cela impliquerait de rouvrir la Constitution. «Je pense que c'est juste, il faut être démocrate, a-t-il commenté. Si le Québec veut avoir plus de sièges, peut-être [lui faudrait-il] faire plus d'enfants. Moi, j'en ai trois déjà!»
La promesse — non remplie — d'une charte sur le fédéralisme d'ouverture revient, mais celle d'une loi encadrant le pouvoir fédéral de dépenser se voit diluée. On ne parle plus que de requérir le consentement d'une majorité de provinces pour créer de nouveaux programmes à frais partagés dans des champs de compétences exclusives des provinces.
C'est sans compter que le discours du Trône est silencieux sur les programmes culturels amputés ou encore sur le financement des organismes de développement régional. C'est pourquoi le chef du Bloc québécois n'a pris que 30 secondes après la fin du discours du Trône pour annoncer qu'il s'y opposerait. Selon lui, le Parti conservateur n'a rien retenu de la dernière campagne électorale. «Il y a une fermeture complète sur le Québec», a lancé Gilles Duceppe, qui cite aussi l'absence de coup de barre en environnement. «Le gouvernement renie Kyoto et veut au contraire construire des gazoducs dans le nord», s'insurge le chef du Bloc.
Discours vert pâle
À cet égard, le gouvernement ne prend pas d'engagements trop copieux. Ottawa se fixe comme objectif qu'en 2020, 90 % de toute l'électricité consommée au pays proviendra de sources dites propres, telles que l'hydroélectricité, le nucléaire, l'éolien ou encore le «charbon propre». Ce pourcentage était déjà de 75 % en 2006. Il s'engage par ailleurs à déposer des mesures législatives pour interdire l'exportation ou les transferts d'eau massifs.
De manière générale, sur le plan économique, M. Duceppe estime que Stephen Harper est «insensible à tous les hommes et femmes qui subissent la crise financière». Il souhaitait voir davantage de mesures concrètes, notamment sur l'assurance-emploi ou le changement d'âge pour la conversion des REER en FERR. «Il n'y a strictement rien. Sur l'économie, ça reste très flou», dit-il.
Pareillement, Jack Layton, le chef du NPD, dénonce l'absence de mesures pour les secteurs en crise, comme l'industrie manufacturière. «Les Canadiens voulaient de l'action en ces temps économiques difficiles. Ils veulent plus. Le gouvernement ne semble pas comprendre l'urgence», a dit M. Layton.
Dernier à prendre la parole, le chef libéral, Stéphane Dion, a dû se résoudre à appuyer le discours du Trône. «Les Canadiens viennent juste d'élire un gouvernement minoritaire. Et dans ces temps économiques difficiles, les Canadiens ont comme priorité de voir le Parlement fonctionner», a-t-il dit.
M. Dion estime que le discours du Trône «n'apporte rien de nouveau». Par contre, son parti entend faire son travail d'opposition officielle. «Il faut garder ce gouvernement imputable et responsable. Les conservateurs ont tellement dépensé depuis trois ans qu'ils ont causé ce déficit, même s'ils ont nié son existence durant les élections», a dit le chef du PLC.
Enfin, notons deux initiatives peu attendues: le gouvernement s'engage à faire «une déclaration sur la sécurité nationale qui expliquera comment nous entendons répondre à la fois aux défis que posent les nouvelles menaces à la sécurité nationale et aux exigences de contrôle, de responsabilité et de protection des libertés». Aucun détail n'a été fourni.
Ottawa promet aussi de créer un nouvel organisme non partisan de promotion de la démocratie dans les «pays répressifs». Les États-Unis possèdent un tel organisme, l'International Republican Institute (IRI), créé par Ronald Reagan en 1982-83 pour porter la voix de la démocratie en Amérique latine.
Son adoption n'en est pas moins assurée grâce à l'appui des libéraux de Stéphane Dion.
«Il serait tout à fait irresponsable d'aller en élections maintenant. Tout le monde le sait», a déclaré M. Dion pour justifier son appui qui garantit une fois de plus la stabilité du gouvernement minoritaire.
Protéger l'avenir du Canada, le troisième discours du Trône de Stephen Harper, trace un sombre portrait des perspectives économiques du pays. D'entrée de jeu, le gouvernement établit un parallèle avec les «éléments implacables» qu'ont été les deux guerres mondiales et la Grande Dépression. «Nous savons que les Canadiens affronteront les problèmes d'aujourd'hui avec la même détermination que leurs parents et grands-parents et, comme eux, ils en ressortiront plus forts que jamais.»
Stephen Harper remise définitivement sa promesse électorale de ne jamais écrire de budget fédéral à l'encre rouge. «En ces temps extraordinaires de ralentissement mondial, il serait malavisé de s'engager à déposer à tout prix un budget équilibré à court terme car, au bout du compte, ce sont les familles canadiennes qui pourraient en faire les frais», est-il écrit.
Le gouvernement promet d'apporter «de nouveaux soutiens» aux secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale, mais ceux-ci ne sont pas encore définis et ne le seront pas davantage dans l'énoncé économique que doit livrer le ministre des Finances, Jim Flaherty, la semaine prochaine.
Les fonctionnaires fédéraux feront les frais de la contraction de l'économie. Le discours du Trône annonce l'intention du gouvernement de déposer un projet de loi pour «assurer une croissance durable» de la rémunération de la fonction publique si les négociations, débutées au printemps 2007, devaient s'enliser. La dernière offre fédérale, prévoyant des augmentations salariales de 1,5 %, 1,5 %, 1,2 % et 1,2 % sur quatre ans, a été rejetée.
Ottawa revient une fois de plus à la charge avec cette idée — qui circule depuis plus d'une décennie — de créer une seule commission des valeurs mobilières pancanadienne à laquelle s'oppose le Québec. Cette fois, la «crise du crédit» actuelle et les «dangers d'un système de réglementation financière fragmenté» qu'elle a mis en lumière servent de prétextes. Le ministre Flaherty adopte toutefois une approche pragmatique en permettant aux provinces récalcitrantes de se retirer.
Le Québec sur ses gardes
D'autres intentions contenues dans le discours d'hier sont susceptibles de froisser le Québec. Le gouvernement Harper promet de revenir à la charge avec sa réforme du Sénat et de déposer une fois de plus son projet de loi augmentant de 22 personnes le nombre de députés de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de l'Ontario pour refléter leur croissance démographique. Avec ses 75 sièges, le Québec verra son poids relatif dilué à la Chambre des communes.
Le lieutenant pour le Québec, Christian Paradis, a écarté la possibilité de garantir au Québec un pourcentage des sièges, comme cela avait été évoqué lors des négociations constitutionnelles passées, justement parce que cela impliquerait de rouvrir la Constitution. «Je pense que c'est juste, il faut être démocrate, a-t-il commenté. Si le Québec veut avoir plus de sièges, peut-être [lui faudrait-il] faire plus d'enfants. Moi, j'en ai trois déjà!»
La promesse — non remplie — d'une charte sur le fédéralisme d'ouverture revient, mais celle d'une loi encadrant le pouvoir fédéral de dépenser se voit diluée. On ne parle plus que de requérir le consentement d'une majorité de provinces pour créer de nouveaux programmes à frais partagés dans des champs de compétences exclusives des provinces.
C'est sans compter que le discours du Trône est silencieux sur les programmes culturels amputés ou encore sur le financement des organismes de développement régional. C'est pourquoi le chef du Bloc québécois n'a pris que 30 secondes après la fin du discours du Trône pour annoncer qu'il s'y opposerait. Selon lui, le Parti conservateur n'a rien retenu de la dernière campagne électorale. «Il y a une fermeture complète sur le Québec», a lancé Gilles Duceppe, qui cite aussi l'absence de coup de barre en environnement. «Le gouvernement renie Kyoto et veut au contraire construire des gazoducs dans le nord», s'insurge le chef du Bloc.
Discours vert pâle
À cet égard, le gouvernement ne prend pas d'engagements trop copieux. Ottawa se fixe comme objectif qu'en 2020, 90 % de toute l'électricité consommée au pays proviendra de sources dites propres, telles que l'hydroélectricité, le nucléaire, l'éolien ou encore le «charbon propre». Ce pourcentage était déjà de 75 % en 2006. Il s'engage par ailleurs à déposer des mesures législatives pour interdire l'exportation ou les transferts d'eau massifs.
De manière générale, sur le plan économique, M. Duceppe estime que Stephen Harper est «insensible à tous les hommes et femmes qui subissent la crise financière». Il souhaitait voir davantage de mesures concrètes, notamment sur l'assurance-emploi ou le changement d'âge pour la conversion des REER en FERR. «Il n'y a strictement rien. Sur l'économie, ça reste très flou», dit-il.
Pareillement, Jack Layton, le chef du NPD, dénonce l'absence de mesures pour les secteurs en crise, comme l'industrie manufacturière. «Les Canadiens voulaient de l'action en ces temps économiques difficiles. Ils veulent plus. Le gouvernement ne semble pas comprendre l'urgence», a dit M. Layton.
Dernier à prendre la parole, le chef libéral, Stéphane Dion, a dû se résoudre à appuyer le discours du Trône. «Les Canadiens viennent juste d'élire un gouvernement minoritaire. Et dans ces temps économiques difficiles, les Canadiens ont comme priorité de voir le Parlement fonctionner», a-t-il dit.
M. Dion estime que le discours du Trône «n'apporte rien de nouveau». Par contre, son parti entend faire son travail d'opposition officielle. «Il faut garder ce gouvernement imputable et responsable. Les conservateurs ont tellement dépensé depuis trois ans qu'ils ont causé ce déficit, même s'ils ont nié son existence durant les élections», a dit le chef du PLC.
Enfin, notons deux initiatives peu attendues: le gouvernement s'engage à faire «une déclaration sur la sécurité nationale qui expliquera comment nous entendons répondre à la fois aux défis que posent les nouvelles menaces à la sécurité nationale et aux exigences de contrôle, de responsabilité et de protection des libertés». Aucun détail n'a été fourni.
Ottawa promet aussi de créer un nouvel organisme non partisan de promotion de la démocratie dans les «pays répressifs». Les États-Unis possèdent un tel organisme, l'International Republican Institute (IRI), créé par Ronald Reagan en 1982-83 pour porter la voix de la démocratie en Amérique latine.
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