La belle unanimité canadienne
Bien que rien de concret ne soit sorti de la récente réunion des chefs du gouvernement, le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, était très content en rentrant chez lui la semaine dernière. Certes, ce n'était pas une grande surprise: à la différence de son prédécesseur néo-démocrate, Glen Clark, M. Campbell a toujours poursuivi une approche positive des relations fédérales-provinciales.
De plus, sa courte escapade a permis de relayer en grande dans les médias un message rarement entendu quand les ministres provinciaux se rassemblent dans la capitale nationale. Ce message va à peu près comme suit: «Voici venu le moment pour tous les Canadiens de s'unir et de délaisser la division entre dix provinces et un gouvernement fédéral; voici venu le temps d'agir comme un seul et même pays pour traverser cette pénible situation.»
En fait, les nouvelles économiques se sont détériorées dans les semaines précédant la réunion. Quelques thaumaturges indépendants murmuraient qu'Ottawa glissait vers un déficit pour l'exercice budgétaire en cours et pas simplement pour les années subséquentes. Les premiers ministres d'a mari usque ad mare suppliaient Ottawa de ne pas réduire les paiements de transfert afin d'équilibrer le budget fédéral.
M. Campbell, campé sur sa côte occidentale, ne fait pas partie du lot. Pourtant, quand M. Harper a finalement confirmé que son gouvernement limiterait la croissance des paiements de péréquation, le premier ministre de la Colombie-Britannique n'était pas le seul à arborer un sourire.
Franchement, j'ai presque renversé ma tasse de café en écoutant le premier ministre Danny Williams, avec son accent distinctif, à la fin de la rencontre. N'est-ce pas le même, de la même voix si particulière, qui invitait les Terre-Neuviens, il y a un mois à peine, à voter pour n'importe qui sauf les conservateurs?
Le sérieux de la situation économique explique peut-être l'adoucissement des positions. Ou alors le fait de n'avoir aucun député, ni au caucus, ni au conseil des ministres fédéraux, encourage maintenant M. Williams à établir un contact direct avec le premier ministre du pays. Au fond, peu importe la raison, c'est une bonne nouvelle pour le Canada que M. Harper semble prêt à pardonner et à oublier. Comme il semble aussi prêt à le faire dans ses relations avec le premier ministre Jean Charest, celui par qui, selon beaucoup de conservateurs, le malheur minoritaire serait à nouveau advenu.
En vérité, la seule chose concrète issue de la réunion est cet assentiment général en faveur de l'accélération des investissements en infrastructure. En écoutant certains des premiers ministres, qui n'a pu s'émerveiller de leur capacité à élever une route ou un pont au rang de suprême enjeu national? Pour sa part, M. Campbell a adopté une approche plus «verte», en ciblant le logement abordable. Quant au premier ministre Dalton McGuinty, de l'Ontario, son regard verdissait quand il plaidait pour des liasses de billets nécessaires pour soutenir l'industrie automobile moribonde.
Le premier ministre Harper écoutait et il n'a balayé aucune des demandes de ses homologues provinciaux, peu importe leurs coûts, d'ailleurs. Cette ouverture explique probablement la bonne humeur de tous à leur départ d'Ottawa. Seulement, le gouvernement central devra bien corriger les malentendus. Et si McGuinty recompte mentalement son argent, le ministre des finances Jim Flaherty, qui devra signer les chèques réels, a déjà commencé lui, à refroidir les ardeurs.
En fin de compte, tous les sourires des premiers ministres à la fin de la réunion résultaient peut-être du seul fait que M. Harper ait accepté de les rencontrer. Au cours de son premier mandat, il n'a tenu aucune conférence formelle du genre. La semaine dernière, il a pris l'engagement d'une nouvelle rencontre en janvier, ce qui donnera aux premiers ministres une autre occasion de déloger du fric fédéral. Lundi de cette semaine, il a eu une conversation téléphonique avec ses homologues provinciaux pour les renseigner sur les résultats du sommet économique à Washington, une réunion internationale où M. Harper a joué un rôle important, d'après le compte-rendu publié dans le Washington Post.
Les ouvertures de M. Harper s'avèrent de bonne augure pour M. Campbell, qui subira sa propre épreuve électorale en mai prochain. Cependant, le premier ministre de la Colombie-Britannique devra suivre de près les discussions entre Ottawa et Québec sur l'établissement d'une commission des valeurs mobilières unifiée et pancanadienne, une idée évoquée hier dans le discours du trône. Selon La Presse, MM. Harper et Charest ont déjà eu des échanges musclés à ce sujet. M. Charest annonce son intention de contester cette création devant les tribunaux si le fédéral lui donne corps. La Colombie-Britannique, elle aussi, a exprimé des craintes à ce sujet, bien que parfois son opposition ait semblé plus douce. Au moment où il attend la manne fédérale pour faciliter sa réélection, M. Campbell modifiera-t-il formellement sa position?
De plus, sa courte escapade a permis de relayer en grande dans les médias un message rarement entendu quand les ministres provinciaux se rassemblent dans la capitale nationale. Ce message va à peu près comme suit: «Voici venu le moment pour tous les Canadiens de s'unir et de délaisser la division entre dix provinces et un gouvernement fédéral; voici venu le temps d'agir comme un seul et même pays pour traverser cette pénible situation.»
En fait, les nouvelles économiques se sont détériorées dans les semaines précédant la réunion. Quelques thaumaturges indépendants murmuraient qu'Ottawa glissait vers un déficit pour l'exercice budgétaire en cours et pas simplement pour les années subséquentes. Les premiers ministres d'a mari usque ad mare suppliaient Ottawa de ne pas réduire les paiements de transfert afin d'équilibrer le budget fédéral.
M. Campbell, campé sur sa côte occidentale, ne fait pas partie du lot. Pourtant, quand M. Harper a finalement confirmé que son gouvernement limiterait la croissance des paiements de péréquation, le premier ministre de la Colombie-Britannique n'était pas le seul à arborer un sourire.
Franchement, j'ai presque renversé ma tasse de café en écoutant le premier ministre Danny Williams, avec son accent distinctif, à la fin de la rencontre. N'est-ce pas le même, de la même voix si particulière, qui invitait les Terre-Neuviens, il y a un mois à peine, à voter pour n'importe qui sauf les conservateurs?
Le sérieux de la situation économique explique peut-être l'adoucissement des positions. Ou alors le fait de n'avoir aucun député, ni au caucus, ni au conseil des ministres fédéraux, encourage maintenant M. Williams à établir un contact direct avec le premier ministre du pays. Au fond, peu importe la raison, c'est une bonne nouvelle pour le Canada que M. Harper semble prêt à pardonner et à oublier. Comme il semble aussi prêt à le faire dans ses relations avec le premier ministre Jean Charest, celui par qui, selon beaucoup de conservateurs, le malheur minoritaire serait à nouveau advenu.
En vérité, la seule chose concrète issue de la réunion est cet assentiment général en faveur de l'accélération des investissements en infrastructure. En écoutant certains des premiers ministres, qui n'a pu s'émerveiller de leur capacité à élever une route ou un pont au rang de suprême enjeu national? Pour sa part, M. Campbell a adopté une approche plus «verte», en ciblant le logement abordable. Quant au premier ministre Dalton McGuinty, de l'Ontario, son regard verdissait quand il plaidait pour des liasses de billets nécessaires pour soutenir l'industrie automobile moribonde.
Le premier ministre Harper écoutait et il n'a balayé aucune des demandes de ses homologues provinciaux, peu importe leurs coûts, d'ailleurs. Cette ouverture explique probablement la bonne humeur de tous à leur départ d'Ottawa. Seulement, le gouvernement central devra bien corriger les malentendus. Et si McGuinty recompte mentalement son argent, le ministre des finances Jim Flaherty, qui devra signer les chèques réels, a déjà commencé lui, à refroidir les ardeurs.
En fin de compte, tous les sourires des premiers ministres à la fin de la réunion résultaient peut-être du seul fait que M. Harper ait accepté de les rencontrer. Au cours de son premier mandat, il n'a tenu aucune conférence formelle du genre. La semaine dernière, il a pris l'engagement d'une nouvelle rencontre en janvier, ce qui donnera aux premiers ministres une autre occasion de déloger du fric fédéral. Lundi de cette semaine, il a eu une conversation téléphonique avec ses homologues provinciaux pour les renseigner sur les résultats du sommet économique à Washington, une réunion internationale où M. Harper a joué un rôle important, d'après le compte-rendu publié dans le Washington Post.
Les ouvertures de M. Harper s'avèrent de bonne augure pour M. Campbell, qui subira sa propre épreuve électorale en mai prochain. Cependant, le premier ministre de la Colombie-Britannique devra suivre de près les discussions entre Ottawa et Québec sur l'établissement d'une commission des valeurs mobilières unifiée et pancanadienne, une idée évoquée hier dans le discours du trône. Selon La Presse, MM. Harper et Charest ont déjà eu des échanges musclés à ce sujet. M. Charest annonce son intention de contester cette création devant les tribunaux si le fédéral lui donne corps. La Colombie-Britannique, elle aussi, a exprimé des craintes à ce sujet, bien que parfois son opposition ait semblé plus douce. Au moment où il attend la manne fédérale pour faciliter sa réélection, M. Campbell modifiera-t-il formellement sa position?
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