Au moins 600 représentations à l'étranger menacées
Les compressions de Harper touchent durement les compagnies culturelles, révèle un grand sondage
Photo: Jesus Vallinas/gracieuseté des grands ballets canadiens
Les danseurs des Grands Ballets canadiens dans une interprétation de Danz, d’Ohad Naharin, le printemps dernier. Les Grands Ballets, tout comme l’OSM et le Cirque Éloize, figurent par
D'après un sondage réalisé par la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), plus de 600 représentations à l'étranger sont menacées d'annulation, et des revenus d'au moins cinq millions seront perdus l'an prochain dans la foulée de l'abolition, par le gouvernement Harper, des programmes culturels d'aide aux tournées.
C'est du moins ce que laissent prévoir les résultats, encore partiels, d'un vaste sondage réalisé auprès de 220 compagnies de théâtre, de danse et de musique dans tout le Canada, et dont Le Devoir a obtenu copie. Ce sondage a été commandé dans la foulée du tollé soulevé par le gouvernement conservateur, qui a sabré les programmes Prom'Art et Routes commerciales, destinés à promouvoir les activités d'organismes culturels à l'étranger.
Les réponses obtenues à ce jour auprès de 45 compagnies et agences d'artistes laissent présager l'annulation pure et simple de centaines de spectacles (631) déjà vendus à l'étranger, et des pertes de revenus majeures, voire la disparition complète d'organismes de diffusion dans certains cas.
Parmi les compagnies qui s'attendent au pire, on note, par exemple, l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui évalue à 10 % la perte de ses revenus, Les Grands Ballets canadiens (LGBC), qui prévoient une perte d'un quart de million et une tournée écourtée, le Cirque Éloize, qui estime à 700 000 $ le trou creusé dans ses revenus par l'annulation possible d'une trentaine de spectacles, et la compagnie de danse Marie Chouinard, dont les activités de tournée pourraient être amputées de moitié.
«Nous sommes extrêmement inquiets quant au respect de nos engagements. Il est évident que le nombre de représentations à l'étranger est en passe d'être réduit. Nous sommes actuellement à la recherche de fonds privés, sans avoir la garantie de les trouver», a indiqué Corinne Jozsef, directrice des tournées pour LGBC, dans ce sondage.
Jointe hier, cette dernière affirme qu'après le passage de la compagnie à Paris l'été dernier, Les Grands Ballets canadiens ont suscité «beaucoup d'effervescence», mais que la tournée prévue en Europe, en Israël et en Égypte pour mai-juin 2009 devra être repensée. «Ce qui arrive en plus, c'est que les commanditaires privés ne sont pas intéressés à soutenir notre passage dans certaines villes moins visibles, mais qui sont néanmoins très importantes pour nous en terme de retombées, car il s'y tient des festivals très courus», a-t-elle expliqué hier.
Il a été impossible de joindre l'OSM hier pour avoir plus de détails sur ces chiffres dévoilés dans le cadre du sondage.
«Nous pourrions perdre le tiers de nos contrats, soit une centaine de représentations par année. Pour nous, il s'agit d'un manque à gagner de 150 000 $. Plusieurs diffuseurs reviennent sur leur décision de programmer nos spectacles», affirme le répondant du collectif de cirque Les 7 doigts de la main.
Selon Alain Paré, président de CINARS, ces résultats très partiels, sont extrêmement préoccupants et laissent prévoir de nombreuses pertes d'emplois dans le secteur culturel, ainsi qu'une perte de crédibilité devant les acheteurs étrangers.
Un signal alarmant
Le milieu culturel ignore toujours si les programmes abolis (à compter d'avril 2009) seront remplacés, mais, pour l'instant, les signaux envoyés par Ottawa ne présagent rien de bon.
«Aujourd'hui, nous avons aussi appris que les fonctionnaires fédéraux affectés aux programmes Routes commerciales et Prom'Art ont reçu instruction de ne pas se présenter au CINARS, qui débute demain [aujourd'hui]. Je crois que cela envoie au milieu culturel un signal très inquiétant pour ce qui est de l'avenir», a déploré hier M. Paré.
Ces informations tombent au moment où s'ouvre ce matin à Montréal la plus importante foire commerciale du monde consacrée aux arts de la scène. Plus de 300 acheteurs venus du monde entier convergent à Montréal cette semaine pour découvrir le travail de nombreux artistes québécois, canadiens et étrangers, dans l'espoir d'y acheter des spectacles.
Si les artistes québécois ont souvent eu bonne presse à l'étranger, l'avenir pourrait s'avérer beaucoup moins rose, maintenant que le gouvernement fédéral a réduit son soutien aux tournées.
Les chiffres détaillés obtenus dans le cadre de ce sondage sont probants: 80 spectacles en sursis (360 000 $ de pertes) pour le Théâtre sans fil, 40 pour Dynamo Théâtre, 100 représentations en péril pour le collectif de cirque Les 7 doigts de la main (150 000 $), 25 spectacles pour Dulcinée Langfelder (400 000 $) et 40 représentations menacées pour Art circulation (400 000 $), une coalition qui représente à l'étranger plusieurs compagnies québécoises de danse, dont Danse-Cité, Cas public et Montréal Danse.
«Le consortium Art circulation n'existera plus si son financement est aboli. Le développement des compagnies de danse et des oeuvres chorégraphiques sera limité au Canada», répond d'emblée le répondant d'Art circulation au sondage.
Latitude 45, une agence qui représente à l'étranger plusieurs artistes dans le milieu de la musique classique prévoit encaisser des pertes de revenus de près d'un demi-million de dollars. Idem pour la compagnie 4Darts, du tandem Michel Lemieux et Victor Pilon, dont l'annulation de 30 spectacles à l'étranger sonnerait le glas de 400 000 $ en revenus. Tout comme LGBC, l'Alberta Ballet s'attend à un ressac majeur, avec 24 représentations annulées à l'étranger.
Les impacts seront sévères aussi pour la compagnie l'Arsenal à Musique, dont toutes les tournées à l'étranger seront abandonnées. «Un déficit majeur pourrait affecter le fonctionnement de notre compagnie», notent les répondants.
Bref, ces premiers résultats font déjà état de sérieux problèmes pour les compagnies touchées. Selon Alain Paré, il ne s'agit là que de la partie visible de l'iceberg, puisque la majorité des 220 membres du CINARS ont des activités à l'étranger. «Il est périlleux d'extrapoler, mais si l'on se fie aux résultats obtenus pour 45 compagnies, les pertes en revenus pour la totalité de nos membres pourraient s'élever à au moins 20 millions», a-t-il déploré hier.
Tout au long de la semaine, la délicate question du financement des activités internationales et de la promotion à l'étranger sera au coeur des discussions de coulisses et de plusieurs ateliers prévus dans le cadre du CINARS qui se tient du 17 au 23 novembre.
C'est du moins ce que laissent prévoir les résultats, encore partiels, d'un vaste sondage réalisé auprès de 220 compagnies de théâtre, de danse et de musique dans tout le Canada, et dont Le Devoir a obtenu copie. Ce sondage a été commandé dans la foulée du tollé soulevé par le gouvernement conservateur, qui a sabré les programmes Prom'Art et Routes commerciales, destinés à promouvoir les activités d'organismes culturels à l'étranger.
Les réponses obtenues à ce jour auprès de 45 compagnies et agences d'artistes laissent présager l'annulation pure et simple de centaines de spectacles (631) déjà vendus à l'étranger, et des pertes de revenus majeures, voire la disparition complète d'organismes de diffusion dans certains cas.
Parmi les compagnies qui s'attendent au pire, on note, par exemple, l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui évalue à 10 % la perte de ses revenus, Les Grands Ballets canadiens (LGBC), qui prévoient une perte d'un quart de million et une tournée écourtée, le Cirque Éloize, qui estime à 700 000 $ le trou creusé dans ses revenus par l'annulation possible d'une trentaine de spectacles, et la compagnie de danse Marie Chouinard, dont les activités de tournée pourraient être amputées de moitié.
«Nous sommes extrêmement inquiets quant au respect de nos engagements. Il est évident que le nombre de représentations à l'étranger est en passe d'être réduit. Nous sommes actuellement à la recherche de fonds privés, sans avoir la garantie de les trouver», a indiqué Corinne Jozsef, directrice des tournées pour LGBC, dans ce sondage.
Jointe hier, cette dernière affirme qu'après le passage de la compagnie à Paris l'été dernier, Les Grands Ballets canadiens ont suscité «beaucoup d'effervescence», mais que la tournée prévue en Europe, en Israël et en Égypte pour mai-juin 2009 devra être repensée. «Ce qui arrive en plus, c'est que les commanditaires privés ne sont pas intéressés à soutenir notre passage dans certaines villes moins visibles, mais qui sont néanmoins très importantes pour nous en terme de retombées, car il s'y tient des festivals très courus», a-t-elle expliqué hier.
Il a été impossible de joindre l'OSM hier pour avoir plus de détails sur ces chiffres dévoilés dans le cadre du sondage.
«Nous pourrions perdre le tiers de nos contrats, soit une centaine de représentations par année. Pour nous, il s'agit d'un manque à gagner de 150 000 $. Plusieurs diffuseurs reviennent sur leur décision de programmer nos spectacles», affirme le répondant du collectif de cirque Les 7 doigts de la main.
Selon Alain Paré, président de CINARS, ces résultats très partiels, sont extrêmement préoccupants et laissent prévoir de nombreuses pertes d'emplois dans le secteur culturel, ainsi qu'une perte de crédibilité devant les acheteurs étrangers.
Un signal alarmant
Le milieu culturel ignore toujours si les programmes abolis (à compter d'avril 2009) seront remplacés, mais, pour l'instant, les signaux envoyés par Ottawa ne présagent rien de bon.
«Aujourd'hui, nous avons aussi appris que les fonctionnaires fédéraux affectés aux programmes Routes commerciales et Prom'Art ont reçu instruction de ne pas se présenter au CINARS, qui débute demain [aujourd'hui]. Je crois que cela envoie au milieu culturel un signal très inquiétant pour ce qui est de l'avenir», a déploré hier M. Paré.
Ces informations tombent au moment où s'ouvre ce matin à Montréal la plus importante foire commerciale du monde consacrée aux arts de la scène. Plus de 300 acheteurs venus du monde entier convergent à Montréal cette semaine pour découvrir le travail de nombreux artistes québécois, canadiens et étrangers, dans l'espoir d'y acheter des spectacles.
Si les artistes québécois ont souvent eu bonne presse à l'étranger, l'avenir pourrait s'avérer beaucoup moins rose, maintenant que le gouvernement fédéral a réduit son soutien aux tournées.
Les chiffres détaillés obtenus dans le cadre de ce sondage sont probants: 80 spectacles en sursis (360 000 $ de pertes) pour le Théâtre sans fil, 40 pour Dynamo Théâtre, 100 représentations en péril pour le collectif de cirque Les 7 doigts de la main (150 000 $), 25 spectacles pour Dulcinée Langfelder (400 000 $) et 40 représentations menacées pour Art circulation (400 000 $), une coalition qui représente à l'étranger plusieurs compagnies québécoises de danse, dont Danse-Cité, Cas public et Montréal Danse.
«Le consortium Art circulation n'existera plus si son financement est aboli. Le développement des compagnies de danse et des oeuvres chorégraphiques sera limité au Canada», répond d'emblée le répondant d'Art circulation au sondage.
Latitude 45, une agence qui représente à l'étranger plusieurs artistes dans le milieu de la musique classique prévoit encaisser des pertes de revenus de près d'un demi-million de dollars. Idem pour la compagnie 4Darts, du tandem Michel Lemieux et Victor Pilon, dont l'annulation de 30 spectacles à l'étranger sonnerait le glas de 400 000 $ en revenus. Tout comme LGBC, l'Alberta Ballet s'attend à un ressac majeur, avec 24 représentations annulées à l'étranger.
Les impacts seront sévères aussi pour la compagnie l'Arsenal à Musique, dont toutes les tournées à l'étranger seront abandonnées. «Un déficit majeur pourrait affecter le fonctionnement de notre compagnie», notent les répondants.
Bref, ces premiers résultats font déjà état de sérieux problèmes pour les compagnies touchées. Selon Alain Paré, il ne s'agit là que de la partie visible de l'iceberg, puisque la majorité des 220 membres du CINARS ont des activités à l'étranger. «Il est périlleux d'extrapoler, mais si l'on se fie aux résultats obtenus pour 45 compagnies, les pertes en revenus pour la totalité de nos membres pourraient s'élever à au moins 20 millions», a-t-il déploré hier.
Tout au long de la semaine, la délicate question du financement des activités internationales et de la promotion à l'étranger sera au coeur des discussions de coulisses et de plusieurs ateliers prévus dans le cadre du CINARS qui se tient du 17 au 23 novembre.
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