Congrès conservateur - Les Québécois rentrent de Winnipeg à moitié satisfaits
Plusieurs résolutions ont eu pour effet de placer le parti à droite de son aile parlementaire
17 novembre 2008
Canada
Photo : Agence Reuters
Les militants conservateurs en plénière samedi. Des délégués québécois ont tenté en vain de bloquer ou d’adoucir des résolutions jugées trop à droite.
Winnipeg — Les militants conservateurs québécois sont ressortis à moitié satisfaits de leur congrès samedi soir dans la capitale manitobaine. S'ils ont obtenu de leur lieutenant la promesse de la création d'une «structure» leur étant propre, ils ont vu leur formation politique adopter contre leur gré une résolution visant à «protéger les femmes enceintes».
La première grande fête conservatrice depuis le retour au pouvoir des bleus à Ottawa en 2006, après 13 années passées dans l'opposition, s'est déroulée sobrement ce week-end, sans grand déchirement, du moins pas en public. Le chef Stephen Harper ayant remporté l'élection, il n'avait pas à se soumettre à un vote de confiance. Seule la séance plénière, où étaient votées une dernière fois les résolutions ayant été débattues la veille derrière des portes closes, était ouverte aux médias. Trois d'entre elles ont éveillé les passions et portaient sur des thèmes chers aux troupes conservatrices.
Ainsi, c'est au terme d'un vif débat que les quelque 2000 délégués ont approuvé une résolution demandant à ce que les criminels s'en prenant à des femmes enceintes soient doublement punis. Dans la salle, on sentait les délégués québécois fébriles, plusieurs s'alignant dernière les micros. Finalement, seulement quatre interventions ont été permises.
Lorsque Nargis Kheraj, du Nouveau-Brunswick, a fait valoir qu'une telle résolution sous-entendait que les foetus étaient des personnes et qu'elle remettait donc en cause le libre accès des femmes à l'avortement, elle s'est fait huer par la salle. Des personnes criaient que les foetus «sont des personnes», justement. Le modérateur a dû intervenir. Sébastien Fortin, de Notre-Dame-de-Grâce, a rappelé que le ministre de la Justice s'est engagé à déposer un projet de loi faisant de la grossesse un facteur aggravant dans la détermination de la peine d'un criminel et qu'il n'était pas nécessaire d'aller plus loin. Ces arguments n'ont pas été retenus. La salle a appuyé la résolution à 58 %. Seuls les délégués du Québec s'y sont majoritairement opposés (87 %) comme ceux de la Nouvelle-Écosse (69 %).
Au terme de ce vote, les délégués du Québec avaient le visage long, mais tentaient de faire bonne figure. C'est le cas de la députée Sylvie Boucher, une des quatre seules conservatrices ayant voté à la Chambre des communes l'hiver dernier contre le controversé projet de loi C-484. La résolution de ce week-end reprend l'essentiel de C-484. «C'est la démocratie, dit-elle, les gens ont voté. Moi, je fais partie du Québec et nous avons une autre réalité. J'ai voté contre la première fois, j'ai encore voté contre, je suis ma conscience.»
Le ministre d'État Denis Lebel a rappelé que Stephen Harper s'était engagé à ne pas rouvrir ce débat. «Je comprends bien la résolution du parti, mais le gouvernement a réaffirmé cela en campagne.» M. Lebel partage l'avis de plusieurs groupes pro-choix à savoir que ce genre de libellé crée «de l'ambiguïté». Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a seulement réitéré son intention de déposer un projet de loi sous peu. Il a reconnu avoir tout de même voté en faveur de la résolution.
Les observatrices des autres partis politiques se désolaient de ces votes. «Ça veut dire que l'aile réformiste de ce parti est en bonne santé», estime la libérale Marlene Jennings. La députée bloquiste Nicole Demers était d'autant plus abattue que la résolution restreignant le concept d'équité salariale à celui d'un salaire égal pour un travail égal (et non équivalent) avait aussi été adoptée. «Ça retourne les femmes 20 ans en arrière.»
Plus à droite
L'autre résolution vivement débattue portait sur cette idée dite des «trois prises» par laquelle un criminel serait automatiquement condamné à la prison à vie après une troisième condamnation pour un crime violent. Les militants conservateurs voulaient allonger la liste des crimes pris en compte dans le calcul pour inclure notamment le trafic de drogue. Encore une fois, les Québécois ont tenté d'adoucir le ton, en vain.
Enfin, une résolution reconnaissant la légitimité de toute la Charte canadienne des droits et libertés, y compris sa clause dérogatoire, a donné lieu à un échange musclé. L'idée était de réaffirmer le droit des provinces de se soustraire aux diktats de la Charte. On se rappellera qu'en campagne électorale en 2006, Paul Martin avait promis d'abolir cette clause. Samedi, les conservateurs étaient déchirés, car la résolution était rédigée de manière telle que son appui équivalait à une profession de foi envers cette Charte qui provoque encore des crises d'urticaire chez certains militants. Elle a été adoptée à 57 %. De manière générale, plusieurs résolutions avaient pour effet de positionner la formation à droite de son aile parlementaire, comme celle permettant aux travailleurs de continuer à travailler malgré une grève en cours dans leur entreprise. Le gouvernement conservateur n'est pas lié par les orientations prises par les militants.
Une «structure» québécoise
Les militants québécois seront toutefois ressortis de ce congrès avec, en poche, la promesse qu'une «structure» serait créée au sein du Parti conservateur pour mieux se mettre à l'écoute des considérations de la province. Le lieutenant québécois de Stephen Harper, le ministre Christian Paradis, a promis de déposer sa proposition bientôt. «Chose certaine, il faut faire les choses différemment. On veut en venir à un changement de structure. Je veux arriver avec une nouvelle structure pour la nouvelle année, c'est certain. Le message est clair», a-t-il dit en point de presse. Plusieurs militants demandent la création d'une aile québécoise conservatrice, un peu à l'image de ce qui existe au Parti libéral du Canada, afin de s'assurer que les sensibilités québécoises soient mieux relayées aux plus hauts échelons du gouvernement. Plusieurs candidats à la dernière élection se sont plaints de l'incapacité de la campagne nationale à s'adapter à la réalité québécoise. Seulement dix députés ont été réélus le 14 octobre dernier. M. Paradis partage ces critiques et estime qu'elles impliqueront peut-être des changements jusque dans le bureau du premier ministre. «Oui, moi je pense qu'il faut faire en sorte que les idées passent à tous, tous, tous les échelons.» Gilles Lavoie, le vice-président pour le Québec de l'exécutif national du Parti conservateur, s'est dit très ouvert à un changement de structure. «C'est un signe de vitalité.»
L'argent coule à flots
En début de journée samedi, le président du Fonds du PC, Irving Gerstein, est venu dire aux militants à quel point le parti était en bonne situation financière. Il a rappelé que les conservateurs avaient recueilli en neuf mois 14,8 millions de dollars contre 3,6 millions pour les libéraux, de surcroît d'un nombre beaucoup plus élevé de donateurs. M. Gerstein, qui a été à l'époque responsable des finances du Parti progressiste-conservateur, a dit se souvenir de ce que c'était que d'avoir 10 millions de dollars de dettes. Il croit que le Parti libéral n'est guère en meilleure posture aujourd'hui et que cela mine ses chances électorales.
M. Gerstein félicite le parti d'avoir mis sur pied le système CIMS (système de gestion des informations sur les commettants). Cette base de données compile et recoupe toutes les informations personnelles que le parti recueille sur les individus avec qui il entre en contact, que ce soit parce que ces individus versent de l'argent au parti ou parce qu'ils contactent leur député pour obtenir de l'aide dans ses relations avec la bureaucratie. C'est grâce à ce système que des centaines de Juifs canadiens, ou des personnes ayant un nom à consonance juive, ont reçu une carte du premier ministre Stephen Harper soulignant Rosh Hashanah en 2007.
«Notre succès est le résultat d'années d'investissement dans le développement d'un programme intégré complexe, à la fine pointe de la technologie faisant appel à l'extraction de données, à la segmentation, au marketing ciblé et à notre gestion de nos relations, tout ceci dans le but de constituer une base de supporteurs en vue de les transformer peu à peu en membres puis en donateurs», a expliqué M. Gerstein.
La première grande fête conservatrice depuis le retour au pouvoir des bleus à Ottawa en 2006, après 13 années passées dans l'opposition, s'est déroulée sobrement ce week-end, sans grand déchirement, du moins pas en public. Le chef Stephen Harper ayant remporté l'élection, il n'avait pas à se soumettre à un vote de confiance. Seule la séance plénière, où étaient votées une dernière fois les résolutions ayant été débattues la veille derrière des portes closes, était ouverte aux médias. Trois d'entre elles ont éveillé les passions et portaient sur des thèmes chers aux troupes conservatrices.
Ainsi, c'est au terme d'un vif débat que les quelque 2000 délégués ont approuvé une résolution demandant à ce que les criminels s'en prenant à des femmes enceintes soient doublement punis. Dans la salle, on sentait les délégués québécois fébriles, plusieurs s'alignant dernière les micros. Finalement, seulement quatre interventions ont été permises.
Lorsque Nargis Kheraj, du Nouveau-Brunswick, a fait valoir qu'une telle résolution sous-entendait que les foetus étaient des personnes et qu'elle remettait donc en cause le libre accès des femmes à l'avortement, elle s'est fait huer par la salle. Des personnes criaient que les foetus «sont des personnes», justement. Le modérateur a dû intervenir. Sébastien Fortin, de Notre-Dame-de-Grâce, a rappelé que le ministre de la Justice s'est engagé à déposer un projet de loi faisant de la grossesse un facteur aggravant dans la détermination de la peine d'un criminel et qu'il n'était pas nécessaire d'aller plus loin. Ces arguments n'ont pas été retenus. La salle a appuyé la résolution à 58 %. Seuls les délégués du Québec s'y sont majoritairement opposés (87 %) comme ceux de la Nouvelle-Écosse (69 %).
Au terme de ce vote, les délégués du Québec avaient le visage long, mais tentaient de faire bonne figure. C'est le cas de la députée Sylvie Boucher, une des quatre seules conservatrices ayant voté à la Chambre des communes l'hiver dernier contre le controversé projet de loi C-484. La résolution de ce week-end reprend l'essentiel de C-484. «C'est la démocratie, dit-elle, les gens ont voté. Moi, je fais partie du Québec et nous avons une autre réalité. J'ai voté contre la première fois, j'ai encore voté contre, je suis ma conscience.»
Le ministre d'État Denis Lebel a rappelé que Stephen Harper s'était engagé à ne pas rouvrir ce débat. «Je comprends bien la résolution du parti, mais le gouvernement a réaffirmé cela en campagne.» M. Lebel partage l'avis de plusieurs groupes pro-choix à savoir que ce genre de libellé crée «de l'ambiguïté». Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a seulement réitéré son intention de déposer un projet de loi sous peu. Il a reconnu avoir tout de même voté en faveur de la résolution.
Les observatrices des autres partis politiques se désolaient de ces votes. «Ça veut dire que l'aile réformiste de ce parti est en bonne santé», estime la libérale Marlene Jennings. La députée bloquiste Nicole Demers était d'autant plus abattue que la résolution restreignant le concept d'équité salariale à celui d'un salaire égal pour un travail égal (et non équivalent) avait aussi été adoptée. «Ça retourne les femmes 20 ans en arrière.»
Plus à droite
L'autre résolution vivement débattue portait sur cette idée dite des «trois prises» par laquelle un criminel serait automatiquement condamné à la prison à vie après une troisième condamnation pour un crime violent. Les militants conservateurs voulaient allonger la liste des crimes pris en compte dans le calcul pour inclure notamment le trafic de drogue. Encore une fois, les Québécois ont tenté d'adoucir le ton, en vain.
Enfin, une résolution reconnaissant la légitimité de toute la Charte canadienne des droits et libertés, y compris sa clause dérogatoire, a donné lieu à un échange musclé. L'idée était de réaffirmer le droit des provinces de se soustraire aux diktats de la Charte. On se rappellera qu'en campagne électorale en 2006, Paul Martin avait promis d'abolir cette clause. Samedi, les conservateurs étaient déchirés, car la résolution était rédigée de manière telle que son appui équivalait à une profession de foi envers cette Charte qui provoque encore des crises d'urticaire chez certains militants. Elle a été adoptée à 57 %. De manière générale, plusieurs résolutions avaient pour effet de positionner la formation à droite de son aile parlementaire, comme celle permettant aux travailleurs de continuer à travailler malgré une grève en cours dans leur entreprise. Le gouvernement conservateur n'est pas lié par les orientations prises par les militants.
Une «structure» québécoise
Les militants québécois seront toutefois ressortis de ce congrès avec, en poche, la promesse qu'une «structure» serait créée au sein du Parti conservateur pour mieux se mettre à l'écoute des considérations de la province. Le lieutenant québécois de Stephen Harper, le ministre Christian Paradis, a promis de déposer sa proposition bientôt. «Chose certaine, il faut faire les choses différemment. On veut en venir à un changement de structure. Je veux arriver avec une nouvelle structure pour la nouvelle année, c'est certain. Le message est clair», a-t-il dit en point de presse. Plusieurs militants demandent la création d'une aile québécoise conservatrice, un peu à l'image de ce qui existe au Parti libéral du Canada, afin de s'assurer que les sensibilités québécoises soient mieux relayées aux plus hauts échelons du gouvernement. Plusieurs candidats à la dernière élection se sont plaints de l'incapacité de la campagne nationale à s'adapter à la réalité québécoise. Seulement dix députés ont été réélus le 14 octobre dernier. M. Paradis partage ces critiques et estime qu'elles impliqueront peut-être des changements jusque dans le bureau du premier ministre. «Oui, moi je pense qu'il faut faire en sorte que les idées passent à tous, tous, tous les échelons.» Gilles Lavoie, le vice-président pour le Québec de l'exécutif national du Parti conservateur, s'est dit très ouvert à un changement de structure. «C'est un signe de vitalité.»
L'argent coule à flots
En début de journée samedi, le président du Fonds du PC, Irving Gerstein, est venu dire aux militants à quel point le parti était en bonne situation financière. Il a rappelé que les conservateurs avaient recueilli en neuf mois 14,8 millions de dollars contre 3,6 millions pour les libéraux, de surcroît d'un nombre beaucoup plus élevé de donateurs. M. Gerstein, qui a été à l'époque responsable des finances du Parti progressiste-conservateur, a dit se souvenir de ce que c'était que d'avoir 10 millions de dollars de dettes. Il croit que le Parti libéral n'est guère en meilleure posture aujourd'hui et que cela mine ses chances électorales.
M. Gerstein félicite le parti d'avoir mis sur pied le système CIMS (système de gestion des informations sur les commettants). Cette base de données compile et recoupe toutes les informations personnelles que le parti recueille sur les individus avec qui il entre en contact, que ce soit parce que ces individus versent de l'argent au parti ou parce qu'ils contactent leur député pour obtenir de l'aide dans ses relations avec la bureaucratie. C'est grâce à ce système que des centaines de Juifs canadiens, ou des personnes ayant un nom à consonance juive, ont reçu une carte du premier ministre Stephen Harper soulignant Rosh Hashanah en 2007.
«Notre succès est le résultat d'années d'investissement dans le développement d'un programme intégré complexe, à la fine pointe de la technologie faisant appel à l'extraction de données, à la segmentation, au marketing ciblé et à notre gestion de nos relations, tout ceci dans le but de constituer une base de supporteurs en vue de les transformer peu à peu en membres puis en donateurs», a expliqué M. Gerstein.
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