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Rae contre Ignatieff, prise 2

Chantal Hébert   3 novembre 2008  Canada
Le temps n'a pas fait du surplace depuis le dernier congrès au leadership du Parti libéral du Canada, et son passage a été plus bénéfique pour Michael Ignatieff que pour Bob Rae. En prévision du match de revanche que se préparent, en principe, ces deux rivaux dans le cadre de la succession de Stéphane Dion, Bob Rae part avec quelques longueurs de retard supplémentaires par rapport à la dernière fois.

En 2006, la démission de Paul Martin avait pris les deux futurs candidats de court. Bob Rae venait de laisser passer l'occasion de revenir au Parlement sous la bannière libérale et le curriculum vitae fédéral de Michael Ignatieff tenait en une seule page, jonchée de gros points d'interrogation.

Élu pour la première fois quelques semaines seulement avant le déclenchement de la course au leadership, il n'avait jamais eu le temps de prendre ses aises dans le fauteuil de député avant de se retrouver candidat à la direction de son parti. Depuis, il a rattrapé le temps perdu.

Comme chef-adjoint de l'opposition officielle, Michael Ignatieff s'est taillé une large place aux Communes. Il y est désormais considéré comme un parlementaire de premier plan, d'un calibre comparable, pour la qualité de sa performance, à Lucien Bouchard.

Il est également revenu sur son appui à la guerre en Irak, une question qui avait hanté sa première campagne au leadership et au sujet de laquelle il a depuis convenu publiquement qu'il avait fait fausse route. Et alors qu'en 2006, plusieurs libéraux lui avaient tenu rigueur d'être un des rares candidats au leadership à avoir appuyé le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en 2009, le parti s'est depuis rallié à l'idée de continuer à envoyer des troupes à Kandahar jusqu'en 2011.

Comme critique aux affaires étrangères, Bob Rae est au moins autant, sinon plus, identifié à cette décision que Michael Ignatieff. Elle est d'ailleurs loin d'être universellement appréciée au sein du PLC. S'il se lance dans la course libérale, l'ex-ministre John Manley — qui avait présidé, à la demande de Stephen Harper, le comité qui a recommandé le prolongement de la mission — va l'apprendre à ses dépens.

En 2006, l'appui de Michael Ignatieff à l'idée de reconnaître le caractère national du Québec avait provoqué une levée de boucliers contre lui. Il s'agit désormais d'une résolution fédérale parrainée par Stephen Harper, appuyée par la majorité de la députation libérale aux Communes, et qui fait à peu près l'unanimité des élites fédéralistes au Québec.

(En passant, les partisans québécois de M. Ignatieff ne devraient pas s'attendre pour autant à ce qu'il se précipite sur la monture constitutionnelle dans le cadre de la prochaine campagne. Depuis 2006, leur candidat est arrivé à une appréciation plus juste des risques inhérents au dossier Canada-Québec. C'est un champ de mines qu'il entend moins fréquenter cette fois-ci.)

La campagne au leadership libéral en est encore à ses balbutiements. Mais ses premiers rebondissements ont été plutôt favorables au camp Ignatieff. À cet égard, la décision de l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, de ne pas se porter candidat a été une bonne nouvelle. David Peterson et son clan étaient prêts à quitter le camp Ignatieff pour celui de M. McKenna, un ami et un ancien collège de l'ex-premier ministre ontarien.

Lors de la dernière course, Michael Ignatieff avait gagné le Québec. Deux ans plus tard, sa popularité ne s'y dément pas. L'ascendant de M. Ignatieff sur les troupes québécoises du PLC (et du PLQ) est susceptible de décourager d'éventuels aspirants de lui faire la lutte.

Denis Coderre, qui était dans le camp Ignatieff la dernière fois, l'a découvert à ses dépens depuis qu'il a entrepris de sonder le terrain d'une candidature au leadership. Plusieurs libéraux ne voient pas pourquoi ils feraient un détour par un autre candidat pour aboutir chez Michael Ignatieff.

En même temps, Martin Cauchon — qui était le partisan québécois le plus connu de Bob Rae la dernière fois — songe lui-même à se présenter cette fois-ci. Et Dominic LeBlanc — le député du Nouveau-Brunswick qui a déjà confirmé qu'il se mettrait sur les rangs — fait du maraudage dans les talles de M. Rae.

Pour l'heure, la course libérale s'annonce davantage comme un débat intergénérationnel que comme un règlement de comptes décisif entre les Ignatieff et Rae. Au moment où plusieurs libéraux, échaudés par la mésaventure dionesque, sont à la recherche d'une valeur éprouvée, l'émergence d'un tel débat est infiniment moins menaçante que celle d'un mouvement anti-Ignatieff qui se coaliserait derrière Bob Rae.

***

Tout cela ne veut pas dire que M. Rae se soit assis sur ses lauriers depuis sa défaite au leadership. Au contraire. Il a parachevé sa métamorphose libérale et effectué un retour remarqué aux Communes. Son expérience et son éloquence font désormais figure d'atouts essentiels pour sa formation d'adoption.

Mais il y a des circonstances qui échappent à son contrôle. L'impact de la détérioration de l'économie canadienne sur sa candidature constitue un cas de force majeure qu'il est relativement impuissant à neutraliser.

Lors de la dernière campagne au leadership, M. Rae n'était pas parvenu à effacer les mauvais souvenirs de son mandat comme premier ministre néodémocrate de la mémoire collective ontarienne. Avec, en toile de fond, le pire ralentissement économique à s'abattre sur sa province depuis son passage au pouvoir au début des années 90, la prochaine course au leadership libéral s'annonce comme une bataille que Bob Rae ne peut pas gagner.

***

chebert@thestar.ca

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.






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  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 07h46
    Une prochaine fois
    « Une prochaine fois ce sera une campagne électorale de meilleur qualité. Imaginez une élection Michael Ignatieff contre Bernard Lord. Là au moins on aurait une prestation de plus haute qualité lors d`un débat. Entre-temps une joute se prépare et il faudra éliminer bien des fauchetons. »

  • Marcel Arseneau
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 07h55
    Michael Ignatieff, un candidat de taille
    « Les aspirants à la direction du Parti libéral du Canada vont y penser deux fois avant de se lancer dans la course à la chefferie avec l'annonce de Michael Ignatieff. Plusieurs personnes au NB se demandent même ce que fait Dominic LeBlanc dans cette course. Frank McKenna, l'ancien premier ministre du NB a pris une décision rapide lorqu'il a appris que Michael Ignatieff serait candidat; il a annoncé au plus vite possible qu'il ne serait pas dans la mêlée. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 3 novembre 2008 07h58
    La guerre pour régler des conflits ?
    « Si Bob Raae ne peut gagner, qui le peut ? Ignatieff peut-être ? Un autre Canadien en faveur de la guerre pour régler des conflits. Wash ! »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 08h41
    Un jugement trop rapide!
    « Vous y allez un peu vite dans votre couronnement de votre favori Michael Ignatieff et du rejet de Bob Rae. Les jeux ne sont pas encore faits et aucun débat public n'a eu lieu entre les deux. Ces deux très probables candidats ont des forces et des faibleses. Mais tout compte fait, et je dis bien tout compte fait, je crois bien que c'est plutôt Bob Rae qui ferait le meilleur chef du Parti libéral. De plus, Bob Rae a un sens de l'humour qui me paraît absent chez Ignatieff. Ça compte... »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 09h31
    Stéphane Dion dans quel camp ?
    « Madame Hébert, j'aimerais avoir votre point de vue sur la position de Stéphane Dion. Je crois qu'il va s'accrocher, car sa quête du Graal n'est pas terminée. Même s'il n'occupe pas le siège du conducteur, sa présence dans un camp ou une autre aura certes une influence.

    Pour un, monsieur Ignatieff perdrait à s'associer Stéphane Dion qui ne veut toujours pas montrer ni ouverture ni repentir envers le Québec.

    ... »

  • Yvon Roy
    Abonnée
    lundi 3 novembre 2008 10h05
    déjà vu
    « Des airs de déjà vu jusqu'à date, que ni l'emphase d'Ignatieff, ni les redondances de Bob ne sauraient atténuer. L'économie sera au menu du jour pour quelque temps encore, et étant donné qu'elle n'a pas d'odeur, encore moins de couleur, ni le style, ni la rhétorique ne sauraient donc suffire à la bien complémenter si la tendance se maintient... »

  • Mario Bruyère
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 10h34
    Les Ontariens, talon d'Achille de Rae
    « Contrairement à Monsieur Lebel, je trouve que vous avez raison sur toute la ligne. J'ai longtemps habité la circonscription Toronto Centre, alors détenue par Bill Graham. Comme à Westmount, on y élirait une chaise vide pour peu quelle soit rouge. Par contre, les Ontariens n'ont pas oublié la récession de 1992 et y penseraient sérieusement avant de le vouloir à la tête du pays, à plus fortes raisons en période de turbulence ! D'aucuns ici le voient comme un vire-capot cynique près à toutes les compromissions pour le pouvoir, quitte à pourfendre ses anciens alliés. Aux yeux de plusieurs, ça ne ferait pas une belle jambe au parti Libéral d'être dirigé par un tel Judas. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 14h09
    Fils spirituel de Trudeau
    « Fils spirituel de Pierre-Elliot Trudeau, Michael Ignatieff ne semble toutefois vouer un profond mépris pour les Québécois. Je le vois d'ici tenter d'atténuer les effets négatifs des déclarations antinationalistes du fils naturel de ce même Trudeau.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 3 novembre 2008 15h22
    @ M. Berger
    « M. Berger a bien raison de voir un Trudeau dans un Ignatieff. Il lui ressemble moralement et même...physiquement. un genre de réincarnation, un clone. »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 16h42
    Rae, Ignatieff ou qui que ce soit d'autre, peu importe...
    « Rae, Ignatieff ou qui que ce soit d'autre, peu importe...

    Le PLC demeure le parti politique fédéral qui a presque mis le Canada en banqueroute à l'époque Trudeau et qui a le plus nui au développement du Québec au sein de cette pseudo-Confédération qu'ils défendent ...pour leurs intérêts de gouverner 'coûte que coûte'. Par ailleurs, le PLC et ses chefs successifs, depuis plusieurs décennies, se sont consciemment comporté de la manière la plus anti-démocratique qui soit à chaque fois que l'occasion s'est présentée. Par exemple, à chaque fois que le Québec a voulu relever la tête: Loi des mesures de guerre, rapatriement unilatéral de la Constitution, déséquilibre fiscal, empiétement indu dans les compétences provinciales, tricheries référendaires, immorales commandites, Loi Dion sur la clarté, etc.

    Je suis d'avis que ce parti a une dette immense envers le Québec et les Québécois et qu'il ne méritera pas de retourner au pouvoir tant et aussi longtemps qu'il ne fera pas amende honorable et qu'il ne posera pas des gestes concrets (pas des faux-semblants...) pour se racheter aux yeux des Québécois et répondre à leurs aspirations légitimes. Changer de chef (Ignatieff, Rae ou qui que ce soit d'autre, peu importe...) pour donner au PLC une image genre : « nouveau savon +++ amélioré » et inventer de nouveaux slogans accrocheurs ne suffiront plus pour berner une fois encore ceux et celles qui ont de la fierté, un sens de l'histoire et de la mémoire.

    Enfin, les libéraux ont beau diaboliser Harper et le Parti Conservateur, il faut être innocent ou imbu crasse de la philosophie du 'tout m'est dû' pour penser que la seule manière d'exorciser ces derniers sera de convaincre les souverainistes et les autres qui ont a coeur les intérêts du Québec de se ranger vers ce merveilleux Parti Libéral du Canada ...truffé de traîtres à la nation québécoise.

    On a déjà trop donné, merci !!!


    Jean Desjardins »

  • Charles-Eugène Bergeron
    Inscrit
    lundi 10 novembre 2008 11h58
    Ignatieff. un meilleur porteur pour le bon ballon
    « Les libéraux fédéraux ont fait un botté suicide avec Monsieur Dion, mais ils avaient et ont encore le bon ballon. Le tournant vert est à terme le seul bon à prendre. Chacun le sait et le Hic! est la stratégie du jeu au sol pour le prochain porteur. IL a fallu une héroïque abnégation à Monsieur Dion SOn botté ne s'est pas rendu à al,ligne de touche, voil`tout1 le vent contratre de al crise financi;ère montée de toutes piècs sapr les spéculateurs boursiers a joué contre lui, voilà tout. Rien d'enlevé au grand mérite de Dion. Le PLC serait insolent de saboter cette percée idéologique authentiquement libérale. L'économie de l'avenir est verte. Les conservateurs à terme vont imploser avec le capitalisme sauvage qui va mettre dans le rouge notre pays et peut-être tout l'Occident dans son naufrage. Inouï qu'un gouvernement canadien soit plsu à droite qu'un gouvernement américain. Rien que le déclin heureux des sables bitumineux vont donner raison à Monsieur Dion. Si Monsieur Ignatieff a la sagesse de prendre à son compte le programme du parti et de le vendre avec la personnalité rassurante qui est sienne. il aura tôt fait de gagner du terain sur le transfuge NPD qu'est Bob Rae. »

  • Richard Brin
    Inscrit
    samedi 15 novembre 2008 06h02
    canada(pays)
    « AUCUN ME DIT RIEN ILS AVAIENT UN CHEF ET AU-LIEU DE L'AIDER ILS L'ONT LAISSER TOMBER, J'AI TOUJOURS CRU QUE QUAND TU ETAIS ELU TU TRAVAILLAIS POUR LE CITOYEN ET NON POUR TOI JE LEUR SOUHAITE LA MEME CHOSE QU'ILS ONT FAIT À DION. AU PARTI LIBERAL FEDERAL ILS ONT LE SYNDROME DU PEQUISTE LE LANCER DU COUTEAU SURTOUT DANS LE DOS.

    RICHARD BRIN STE-ADELE »

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