Médias - Le poids du blogue
Futé, le Parti conservateur? En choisissant d'accréditer des blogueurs au même titre que des journalistes lors de son prochain congrès, le parti de Stephen Harper adopte une pratique en vogue aux États-Unis, où ce mélange des genres est légion. Il s'agit là d'une inquiétante confusion.
Le Devoir le rapportait hier: à la mi-novembre, des blogueurs bénéficieront des mêmes privilèges que les journalistes lors du congrès des conservateurs, à Winnipeg. Heureuse nouvelle ou mauvais signe?
Impossible désormais de faire abstraction de l'abondance d'information qui circule sur la blogosphère, ni même de nier la popularité de ce médium. Ne serait-ce que parce qu'il cherche le plus large déploiement de ses épîtres, le parti politique ferait donc un bon coup en consentant cette ouverture aux blogueurs. Pourquoi se priver d'un potentiel porte-voix partisan?
Mais attention! Cette proximité des blogueurs avec les journalistes ouvre la porte à une nouvelle confusion des genres dans une profession qui, déjà, pratique le croisement des styles. En cette ère où l'humeur côtoie parfois sans nuance l'information factuelle, les citoyens peinent déjà à pointer la nouvelle brute, retransmise sans le filtre de l'impression et de l'opinion. Valsant autour des faits, le journaliste, roucoulant, flirte avec le statut de vedette.
Ce jeu n'est pas sans effets. Après une tournée du Québec, le Conseil de presse du Québec rappelle que la population a exprimé de grandes réserves face à la qualité des nouvelles qu'on lui transmet. Et c'est sans compter la concentration des médias, qui a eu pour effet de limiter la diversité de l'information et d'éroder sa qualité au passage.
Il revient aux journalistes et entreprises de presse de faire l'examen de conscience qui leur revient. Lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sont beaucoup plus critiques et exigeants qu'on ne le croit; aux sceptiques de revoir la cote de popularité des reporters pour s'en convaincre!
Mais à ce cirque de l'information déjà joyeusement compliqué, viendrons-nous ajouter l'emberlificoteur blogueur? Blogueur qui, faut-il le dire, se présente sous divers visages: aux côtés de celui qui pratique le blogue journalistique en utilisant Internet comme un média, comme il écrirait dans un journal, il y a celui qui fait de la chronique, puis celui qui s'adonne à l'impressionnisme partisan en affichant son inclinaison — les Blogging Tories, par exemple. Mais il y a l'autre, plus pernicieux, qui se livre en répondant à des intérêts qu'il ne confie pas!
Le blogueur contribue assurément à la démocratisation du débat en discourant sur le Web. Mais de là à ce qu'on l'installe aux côtés de la presse, cette vigie sociale, ce contrepoids politique, cette raisonneuse des événements qui tente d'offrir sa compréhension des affaires publiques, n'y a-t-il pas là un faux pas qui mérite qu'on s'y attarde?
D'autant plus que le parti qui le premier fait de cette accréditation des blogueurs un fait officiel n'a pas affiché la plus grande transparence au cours de son dernier règne. Au contraire! Combien ont dénoncé un malsain contrôle de l'information exercé par les conservateurs? Non contente de tenir les journalistes à distance, la dernière administration fédérale a centralisé une information fournie au compte-gouttes.
Qu'on ne s'y trompe pas: en posant la question qui a longtemps hanté Jean-René Dufort — qu'est-ce qu'un journaliste, au juste? —, c'est bel et bien au public que l'on pense. Les blogues sont là pour le rester, comme en témoigne leur foisonnement lors de la dernière campagne électorale. Mais l'enchevêtrement démesuré des genres, déjà à la mode dans l'univers des médias, dessert au bout du compte le citoyen.
Le Devoir le rapportait hier: à la mi-novembre, des blogueurs bénéficieront des mêmes privilèges que les journalistes lors du congrès des conservateurs, à Winnipeg. Heureuse nouvelle ou mauvais signe?
Impossible désormais de faire abstraction de l'abondance d'information qui circule sur la blogosphère, ni même de nier la popularité de ce médium. Ne serait-ce que parce qu'il cherche le plus large déploiement de ses épîtres, le parti politique ferait donc un bon coup en consentant cette ouverture aux blogueurs. Pourquoi se priver d'un potentiel porte-voix partisan?
Mais attention! Cette proximité des blogueurs avec les journalistes ouvre la porte à une nouvelle confusion des genres dans une profession qui, déjà, pratique le croisement des styles. En cette ère où l'humeur côtoie parfois sans nuance l'information factuelle, les citoyens peinent déjà à pointer la nouvelle brute, retransmise sans le filtre de l'impression et de l'opinion. Valsant autour des faits, le journaliste, roucoulant, flirte avec le statut de vedette.
Ce jeu n'est pas sans effets. Après une tournée du Québec, le Conseil de presse du Québec rappelle que la population a exprimé de grandes réserves face à la qualité des nouvelles qu'on lui transmet. Et c'est sans compter la concentration des médias, qui a eu pour effet de limiter la diversité de l'information et d'éroder sa qualité au passage.
Il revient aux journalistes et entreprises de presse de faire l'examen de conscience qui leur revient. Lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sont beaucoup plus critiques et exigeants qu'on ne le croit; aux sceptiques de revoir la cote de popularité des reporters pour s'en convaincre!
Mais à ce cirque de l'information déjà joyeusement compliqué, viendrons-nous ajouter l'emberlificoteur blogueur? Blogueur qui, faut-il le dire, se présente sous divers visages: aux côtés de celui qui pratique le blogue journalistique en utilisant Internet comme un média, comme il écrirait dans un journal, il y a celui qui fait de la chronique, puis celui qui s'adonne à l'impressionnisme partisan en affichant son inclinaison — les Blogging Tories, par exemple. Mais il y a l'autre, plus pernicieux, qui se livre en répondant à des intérêts qu'il ne confie pas!
Le blogueur contribue assurément à la démocratisation du débat en discourant sur le Web. Mais de là à ce qu'on l'installe aux côtés de la presse, cette vigie sociale, ce contrepoids politique, cette raisonneuse des événements qui tente d'offrir sa compréhension des affaires publiques, n'y a-t-il pas là un faux pas qui mérite qu'on s'y attarde?
D'autant plus que le parti qui le premier fait de cette accréditation des blogueurs un fait officiel n'a pas affiché la plus grande transparence au cours de son dernier règne. Au contraire! Combien ont dénoncé un malsain contrôle de l'information exercé par les conservateurs? Non contente de tenir les journalistes à distance, la dernière administration fédérale a centralisé une information fournie au compte-gouttes.
Qu'on ne s'y trompe pas: en posant la question qui a longtemps hanté Jean-René Dufort — qu'est-ce qu'un journaliste, au juste? —, c'est bel et bien au public que l'on pense. Les blogues sont là pour le rester, comme en témoigne leur foisonnement lors de la dernière campagne électorale. Mais l'enchevêtrement démesuré des genres, déjà à la mode dans l'univers des médias, dessert au bout du compte le citoyen.
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