Finances, vision, unité: maîtres-mots de Paul Martin pour l'avenir du PLC
Photo : Agence Reuters
Paul Martin estime que le Parti libéral a aujourd’hui besoin d’une nouvelle vision.
L'ancien premier ministre Paul Martin n'a pas l'intention de devenir une belle-mère qui
revient hanter son ancien parti politique. Mais à l'occasion du lancement officiel de ses
mémoires, hier soir à Ottawa, l'ex-chef libéral a tout de même accepté de répondre aux
questions du Devoir sur l'avenir du Parti libéral et la course au leadership qui s'amorce.
Ottawa — L'ancien chef libéral et premier ministre du Canada Paul Martin affiche l'air serein de l'homme qui a pris du recul. Alors qu'il a été dans l'oeil du cyclone politique pendant de nombreuses années, le stress intense d'autrefois ne pèse plus sur ses épaules. Il est rendu ailleurs, dans sa vie comme dans sa carrière.
À tel point que son après-carrière politique bien remplie menaçait son projet d'écrire ses mémoires. Paul Martin s'est donc attelé à la tâche rapidement. Son livre, Contre vents et marées (Fides), une brique de 550 pages, paraît moins de trois ans après son retrait de la vie politique. «Je savais que si je ne le faisais pas immédiatement, je ne le ferais jamais. Je me connais, je l'aurais mis de côté et il n'aurait jamais vu le jour», a-t-il dit hier lors d'une longue entrevue avec Le Devoir.
La lutte contre la pauvreté en Afrique, l'aide aux autochtones et la réforme des institutions internationales, comme le G8 et le G20, occupent son temps, dit-il. Et maintenant qu'il n'est plus député fédéral, il pourra s'y consacrer à temps plein.
Il y a trois semaines, Le Devoir a révélé en exclusivité de larges extraits de la biographie de Paul Martin, qui sort dans les librairies ces jours-ci. Dans ce livre, il raconte son enfance, sa jeunesse, son passage à la barre de Canada Steamship Lines et son entrée en politique. Il consacre plusieurs chapitres à sa course au leadership de 1990 et à celle, larvée, en vue de remplacer Jean Chrétien. Il aborde également les deux années passées dans le siège de premier ministre, y compris la tempête du scandale des commandites.
Les défis du PLC
L'éloignement politique de Paul Martin lui aura également fait prendre conscience de certaines choses sur le travail exigeant de chef du Parti libéral du Canada (PLC). Il formule quelques réflexions qui pourraient inspirer le prochain leader du parti.
Selon lui, trois grands défis attendent le futur chef qui succédera à Stéphane Dion: rétablir les finances du parti, élaborer une vision claire pour l'avenir du pays et unifier le parti après une course au leadership qui s'annonce encore une fois déchirante.
Paul Martin reconnaît que la guerre larvée que son clan et celui de Jean Chrétien se sont livrée pendant près de dix ans a considérablement nui au parti à long terme. Une telle polarisation, «ça n'aide jamais, c'est sûr», dit-il, ajoutant que le prochain chef devra faire bien attention de ne pas répéter cette erreur.
«La même chose est arrivée entre M. Chrétien et M. Turner avant moi. Ce qui est important, c'est que les candidats [au leadership] se rendent compte qu'il faut unifier le parti. Il faut le répéter et le répéter. Et il faut convaincre tous les militants que c'est l'unité du parti qui compte.»
Il affirme toutefois être confiant. «Je suis convaincu qu'avec le prochain chef, peu importe qui, il n'y aura pas de bataille. Le parti sera unifié. Mais il faudra travailler pour qu'il n'y ait pas de problème. Tout le monde a appris la leçon avec [le conflit] Turner-Chrétien, puis avec moi et Chrétien», dit Paul Martin.
Il affirme que des «tensions» sont inévitables dans un parti politique, mais qu'il faut passer à autre chose à un certain moment, comme ce fut le cas pour Barack Obama et Hillary Clinton aux États-Unis. «Il faut penser à l'avenir», dit-il.
Est-ce qu'une lutte fratricide entre Michael Ignatieff et Bob Rae pourrait causer du tort au parti, comme certains militants le pensent? Il refuse de se prononcer. «Ce n'est pas à moi d'influencer la course», dit-il.
Une vision nouvelle pour le parti
Dans son livre, l'ancien chef libéral aborde la question du financement des partis politiques. M. Martin rappelle qu'aucune période de transition n'avait été prévue par Jean Chrétien à l'époque, ce qui a grandement contribué à dégrader les finances du PLC. Cela conférait au parti de Stephen Harper un avantage certain, lui qui avait pris le pari du financement populaire dix ans plus tôt, alors que le PLC comptait encore sur l'argent des grandes entreprises. Aujourd'hui, le Parti conservateur recueille près de quatre fois plus de dons que le PLC, ce qui lui a permis d'inonder le pays de publicités négatives. «Il faut affronter la question du financement du parti. Le Parti libéral a du travail à faire pour se moderniser», dit-il.
Mais amasser de l'argent ne sera pas le seul objectif du nouveau chef. Selon Paul Martin, la «dérive à droite» de Stephen Harper «laisse de la place au centre de l'échiquier politique pour un parti qui a une vision plus positive pour le Canada».
À condition de bien faire connaître cette vision, ajoute-t-il rapidement. «Le monde change, et il faut s'adapter. Il faut une vision nouvelle pour le parti. Le chef a plusieurs rôles à jouer, mais le plus important, c'est d'articuler une vision claire, facile à comprendre et basée sur des convictions fermes. Si le chef n'a pas ça, il ne pourra pas durer.»
Est-ce que ce futur chef devrait venir de l'extérieur du Québec, puisque les trois derniers chefs du PLC sont sortis des rangs de la province? «Non, tranche Paul Martin. On a besoin d'un chef qui représente les valeurs du Canada, et quelqu'un qui vient du Québec peut le faire. On doit regarder la qualité avant tout.»
Le prochain chef devrait-il laisser tomber le Tournant vert et la taxe sur le carbone de Stéphane Dion? Paul Martin refuse de se prononcer. «Ce sera au futur chef et à son équipe de décider», dit-il.
Alors que les candidats au leadership se préparent, Paul Martin refuse d'ailleurs de donner son appui à un prétendant en particulier et affirme qu'il ne le fera pas. «Je suis libéral, je vais aider le parti et son futur chef. Je vais être là pour appuyer le leader, pas pour lui dire quoi faire.» Donc, Paul Martin ne deviendra pas une belle-mère qui revient hanter son ancien parti? «Pas du tout!», lâche-t-il en riant.
Il affirme avoir confiance en son parti et en sa capacité de rebondir. «Si on fait nos devoirs, et je suis convaincu qu'ils seront faits, je pense que ça va bien aller. Je suis confiant pour la prochaine élection», affirme Paul Martin.
revient hanter son ancien parti politique. Mais à l'occasion du lancement officiel de ses
mémoires, hier soir à Ottawa, l'ex-chef libéral a tout de même accepté de répondre aux
questions du Devoir sur l'avenir du Parti libéral et la course au leadership qui s'amorce.
Ottawa — L'ancien chef libéral et premier ministre du Canada Paul Martin affiche l'air serein de l'homme qui a pris du recul. Alors qu'il a été dans l'oeil du cyclone politique pendant de nombreuses années, le stress intense d'autrefois ne pèse plus sur ses épaules. Il est rendu ailleurs, dans sa vie comme dans sa carrière.
À tel point que son après-carrière politique bien remplie menaçait son projet d'écrire ses mémoires. Paul Martin s'est donc attelé à la tâche rapidement. Son livre, Contre vents et marées (Fides), une brique de 550 pages, paraît moins de trois ans après son retrait de la vie politique. «Je savais que si je ne le faisais pas immédiatement, je ne le ferais jamais. Je me connais, je l'aurais mis de côté et il n'aurait jamais vu le jour», a-t-il dit hier lors d'une longue entrevue avec Le Devoir.
La lutte contre la pauvreté en Afrique, l'aide aux autochtones et la réforme des institutions internationales, comme le G8 et le G20, occupent son temps, dit-il. Et maintenant qu'il n'est plus député fédéral, il pourra s'y consacrer à temps plein.
Il y a trois semaines, Le Devoir a révélé en exclusivité de larges extraits de la biographie de Paul Martin, qui sort dans les librairies ces jours-ci. Dans ce livre, il raconte son enfance, sa jeunesse, son passage à la barre de Canada Steamship Lines et son entrée en politique. Il consacre plusieurs chapitres à sa course au leadership de 1990 et à celle, larvée, en vue de remplacer Jean Chrétien. Il aborde également les deux années passées dans le siège de premier ministre, y compris la tempête du scandale des commandites.
Les défis du PLC
L'éloignement politique de Paul Martin lui aura également fait prendre conscience de certaines choses sur le travail exigeant de chef du Parti libéral du Canada (PLC). Il formule quelques réflexions qui pourraient inspirer le prochain leader du parti.
Selon lui, trois grands défis attendent le futur chef qui succédera à Stéphane Dion: rétablir les finances du parti, élaborer une vision claire pour l'avenir du pays et unifier le parti après une course au leadership qui s'annonce encore une fois déchirante.
Paul Martin reconnaît que la guerre larvée que son clan et celui de Jean Chrétien se sont livrée pendant près de dix ans a considérablement nui au parti à long terme. Une telle polarisation, «ça n'aide jamais, c'est sûr», dit-il, ajoutant que le prochain chef devra faire bien attention de ne pas répéter cette erreur.
«La même chose est arrivée entre M. Chrétien et M. Turner avant moi. Ce qui est important, c'est que les candidats [au leadership] se rendent compte qu'il faut unifier le parti. Il faut le répéter et le répéter. Et il faut convaincre tous les militants que c'est l'unité du parti qui compte.»
Il affirme toutefois être confiant. «Je suis convaincu qu'avec le prochain chef, peu importe qui, il n'y aura pas de bataille. Le parti sera unifié. Mais il faudra travailler pour qu'il n'y ait pas de problème. Tout le monde a appris la leçon avec [le conflit] Turner-Chrétien, puis avec moi et Chrétien», dit Paul Martin.
Il affirme que des «tensions» sont inévitables dans un parti politique, mais qu'il faut passer à autre chose à un certain moment, comme ce fut le cas pour Barack Obama et Hillary Clinton aux États-Unis. «Il faut penser à l'avenir», dit-il.
Est-ce qu'une lutte fratricide entre Michael Ignatieff et Bob Rae pourrait causer du tort au parti, comme certains militants le pensent? Il refuse de se prononcer. «Ce n'est pas à moi d'influencer la course», dit-il.
Une vision nouvelle pour le parti
Dans son livre, l'ancien chef libéral aborde la question du financement des partis politiques. M. Martin rappelle qu'aucune période de transition n'avait été prévue par Jean Chrétien à l'époque, ce qui a grandement contribué à dégrader les finances du PLC. Cela conférait au parti de Stephen Harper un avantage certain, lui qui avait pris le pari du financement populaire dix ans plus tôt, alors que le PLC comptait encore sur l'argent des grandes entreprises. Aujourd'hui, le Parti conservateur recueille près de quatre fois plus de dons que le PLC, ce qui lui a permis d'inonder le pays de publicités négatives. «Il faut affronter la question du financement du parti. Le Parti libéral a du travail à faire pour se moderniser», dit-il.
Mais amasser de l'argent ne sera pas le seul objectif du nouveau chef. Selon Paul Martin, la «dérive à droite» de Stephen Harper «laisse de la place au centre de l'échiquier politique pour un parti qui a une vision plus positive pour le Canada».
À condition de bien faire connaître cette vision, ajoute-t-il rapidement. «Le monde change, et il faut s'adapter. Il faut une vision nouvelle pour le parti. Le chef a plusieurs rôles à jouer, mais le plus important, c'est d'articuler une vision claire, facile à comprendre et basée sur des convictions fermes. Si le chef n'a pas ça, il ne pourra pas durer.»
Est-ce que ce futur chef devrait venir de l'extérieur du Québec, puisque les trois derniers chefs du PLC sont sortis des rangs de la province? «Non, tranche Paul Martin. On a besoin d'un chef qui représente les valeurs du Canada, et quelqu'un qui vient du Québec peut le faire. On doit regarder la qualité avant tout.»
Le prochain chef devrait-il laisser tomber le Tournant vert et la taxe sur le carbone de Stéphane Dion? Paul Martin refuse de se prononcer. «Ce sera au futur chef et à son équipe de décider», dit-il.
Alors que les candidats au leadership se préparent, Paul Martin refuse d'ailleurs de donner son appui à un prétendant en particulier et affirme qu'il ne le fera pas. «Je suis libéral, je vais aider le parti et son futur chef. Je vais être là pour appuyer le leader, pas pour lui dire quoi faire.» Donc, Paul Martin ne deviendra pas une belle-mère qui revient hanter son ancien parti? «Pas du tout!», lâche-t-il en riant.
Il affirme avoir confiance en son parti et en sa capacité de rebondir. «Si on fait nos devoirs, et je suis convaincu qu'ils seront faits, je pense que ça va bien aller. Je suis confiant pour la prochaine élection», affirme Paul Martin.
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