Questions d'image - Je vote, moi non plus!
Le paradoxe s'étale sous nos yeux. À la mi-octobre, la campagne resplendit de tous les feux de l'automne. La nature s'habille. Elle se prépare pour un hiver rude et, avant les premiers frimas, elle veut nous laisser en mémoire sa beauté transcendante. De l'harmonie à l'état pur.
Pourtant, au soir des élections de mardi dernier, ce qui nous reste en tête est très différent. Il nous faut récolter les fruits d'une tout autre campagne. Au lieu de savourer les fruits du changement, de l'espoir ou du talent politique émergeant de visions ou de politiques nouvelles, nous voici partagés, pour ne pas dire perdus, devant l'évidence: cette campagne-là n'a offert ni beauté ni harmonie. Pire, elle est le produit d'un dénigrement permanent, d'une partisanerie des plus abjectes. Avec l'affligeant constat que nous allons devoir, de surcroît, recomposer avec les mêmes joueurs dans la même médiocrité parlementaire.
Moins de 60 % des inscrits sont allés voter, le plus bas taux de participation de toute l'histoire canadienne. C'est dire combien la «chose politique» s'éloigne des véritables aspirations d'une grande partie de son électorat, comme si une «minorité grandissante» d'électeurs ne se reconnaissaient plus dans les valeurs de ces hommes et de ces femmes politiques, qui se comportent davantage comme des supporters de clubs sportifs que comme les représentants des intérêts de la population. Je dis minorité, mais ces 40 % de non-votants représentent, en valeur absolue, près de 10 millions de Canadiens sur les 23 millions d'inscrits, soit l'équivalent, par exemple, des populations des quatre provinces de l'Ouest.
Il suffit de fouiller un peu, de questionner autour de soi, de rencontrer des plus jeunes, intellectuels ou travailleurs, des plus démunis aussi, pour constater combien cette désaffection est réelle et profonde et qu'elle n'est pas le fruit — comme l'ont dit certains observateurs — d'un système de vote et d'identification complexes! J'ai volontairement posé la question à ceux que je fréquente et qui n'ont pas voté. La réponse est, hélas, souvent la même et renvoie à l'écoeurement ressenti non pas envers la politique en général, mais plutôt envers les agissements des hommes et femmes politiques, et en particulier des leaders. On est désabusé, on s'interroge sur leurs pouvoirs réels et leur volonté de changer les choses. On dénonce leur démagogie et leur partisanerie. On affirme qu'ils ne peuvent prétendre à aucune représentation homogène. (Il est manifeste que, chez les jeunes Québécois, on a du mal à comprendre l'ambiguïté de la représentation politique du Québec à la Chambre des communes, sans pour autant rejeter le rôle du Bloc dans les élections, au contraire.)
Mais une chose me frappe encore davantage: l'image de la politique est désormais réduite à ces seuls agissements. Le discours démocratique a laissé toute la place au discours partisan et démagogique.
Manque de leadership, manque de charisme, manque de vision, manque de modestie, bref manque de tout, sauf d'image. À force de se construire une image qui n'est pas conforme à ce qu'ils sont ou pensent réellement, les politiciens récoltent exactement l'inverse de ce qu'ils recherchent en se dotant d'une image. En dénigrant constamment les actions et les valeurs de leurs adversaires, à travers un discours d'une tonalité uniforme, comme ce fut le cas lors de la dernière campagne, ils s'attirent les foudres d'une grande partie des électeurs. Car ceux qui boudent les isoloirs ne trouvent pas de termes assez durs pour qualifier les parlementaires — quels que soient leur parti ou leurs allégeances, comme s'ils étaient tous issus du même moule, du même creuset.
Bien entendu, ceux qui ont voté font — Dieu merci! — preuve d'une plus grande tolérance envers les élus, mais tous sont aussi très conscients que la politique souffre beaucoup d'un manque évident de respect. Il faudra y remédier.
Ces nouveaux élus devront intégrer dans leurs actions le fait qu'ils n'ont été choisis que par 60 % des électeurs. Les conseillers qu'ils rémunèrent devront également prendre acte que cette ambiance délétère empoisonne l'ensemble de la vie politique et parlementaire. On demande plus de clarté, plus de compassion et de sincérité. Plus de vérité et d'honnêteté intellectuelle. Plus de connaissance des véritables aspirations des populations, jeunes ou aînées. Plus d'intelligence.
«Ils rêvent en couleurs», me glissent deux amis chers avec qui je partage ma démarche. Devant leur cynisme affiché, je me demande bien, effectivement, si le chemin à parcourir et les efforts à produire pour redorer l'image de nos politiciens ne tiennent pas de l'utopie. Le moins qu'on puisse affirmer est que la tâche est titanesque. Alors, est-il né ou est-elle née, celui ou celle qui, tel Hercule devant les écuries du roi Augias, aura la passion, le courage et les moyens de changer le cours des choses? À commencer, au moins, par en changer l'approche et le discours!
Je ne suis pas certain que les représentants de la Chambre des communes du Canada, élus ou réélus ce 14 octobre 2008, soient véritablement enclins à incarner ce bouleversement.
***
Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
Pourtant, au soir des élections de mardi dernier, ce qui nous reste en tête est très différent. Il nous faut récolter les fruits d'une tout autre campagne. Au lieu de savourer les fruits du changement, de l'espoir ou du talent politique émergeant de visions ou de politiques nouvelles, nous voici partagés, pour ne pas dire perdus, devant l'évidence: cette campagne-là n'a offert ni beauté ni harmonie. Pire, elle est le produit d'un dénigrement permanent, d'une partisanerie des plus abjectes. Avec l'affligeant constat que nous allons devoir, de surcroît, recomposer avec les mêmes joueurs dans la même médiocrité parlementaire.
Moins de 60 % des inscrits sont allés voter, le plus bas taux de participation de toute l'histoire canadienne. C'est dire combien la «chose politique» s'éloigne des véritables aspirations d'une grande partie de son électorat, comme si une «minorité grandissante» d'électeurs ne se reconnaissaient plus dans les valeurs de ces hommes et de ces femmes politiques, qui se comportent davantage comme des supporters de clubs sportifs que comme les représentants des intérêts de la population. Je dis minorité, mais ces 40 % de non-votants représentent, en valeur absolue, près de 10 millions de Canadiens sur les 23 millions d'inscrits, soit l'équivalent, par exemple, des populations des quatre provinces de l'Ouest.
Il suffit de fouiller un peu, de questionner autour de soi, de rencontrer des plus jeunes, intellectuels ou travailleurs, des plus démunis aussi, pour constater combien cette désaffection est réelle et profonde et qu'elle n'est pas le fruit — comme l'ont dit certains observateurs — d'un système de vote et d'identification complexes! J'ai volontairement posé la question à ceux que je fréquente et qui n'ont pas voté. La réponse est, hélas, souvent la même et renvoie à l'écoeurement ressenti non pas envers la politique en général, mais plutôt envers les agissements des hommes et femmes politiques, et en particulier des leaders. On est désabusé, on s'interroge sur leurs pouvoirs réels et leur volonté de changer les choses. On dénonce leur démagogie et leur partisanerie. On affirme qu'ils ne peuvent prétendre à aucune représentation homogène. (Il est manifeste que, chez les jeunes Québécois, on a du mal à comprendre l'ambiguïté de la représentation politique du Québec à la Chambre des communes, sans pour autant rejeter le rôle du Bloc dans les élections, au contraire.)
Mais une chose me frappe encore davantage: l'image de la politique est désormais réduite à ces seuls agissements. Le discours démocratique a laissé toute la place au discours partisan et démagogique.
Manque de leadership, manque de charisme, manque de vision, manque de modestie, bref manque de tout, sauf d'image. À force de se construire une image qui n'est pas conforme à ce qu'ils sont ou pensent réellement, les politiciens récoltent exactement l'inverse de ce qu'ils recherchent en se dotant d'une image. En dénigrant constamment les actions et les valeurs de leurs adversaires, à travers un discours d'une tonalité uniforme, comme ce fut le cas lors de la dernière campagne, ils s'attirent les foudres d'une grande partie des électeurs. Car ceux qui boudent les isoloirs ne trouvent pas de termes assez durs pour qualifier les parlementaires — quels que soient leur parti ou leurs allégeances, comme s'ils étaient tous issus du même moule, du même creuset.
Bien entendu, ceux qui ont voté font — Dieu merci! — preuve d'une plus grande tolérance envers les élus, mais tous sont aussi très conscients que la politique souffre beaucoup d'un manque évident de respect. Il faudra y remédier.
Ces nouveaux élus devront intégrer dans leurs actions le fait qu'ils n'ont été choisis que par 60 % des électeurs. Les conseillers qu'ils rémunèrent devront également prendre acte que cette ambiance délétère empoisonne l'ensemble de la vie politique et parlementaire. On demande plus de clarté, plus de compassion et de sincérité. Plus de vérité et d'honnêteté intellectuelle. Plus de connaissance des véritables aspirations des populations, jeunes ou aînées. Plus d'intelligence.
«Ils rêvent en couleurs», me glissent deux amis chers avec qui je partage ma démarche. Devant leur cynisme affiché, je me demande bien, effectivement, si le chemin à parcourir et les efforts à produire pour redorer l'image de nos politiciens ne tiennent pas de l'utopie. Le moins qu'on puisse affirmer est que la tâche est titanesque. Alors, est-il né ou est-elle née, celui ou celle qui, tel Hercule devant les écuries du roi Augias, aura la passion, le courage et les moyens de changer le cours des choses? À commencer, au moins, par en changer l'approche et le discours!
Je ne suis pas certain que les représentants de la Chambre des communes du Canada, élus ou réélus ce 14 octobre 2008, soient véritablement enclins à incarner ce bouleversement.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
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