«Il faut apprendre de nos erreurs»
Les conservateurs du Québec font un examen de conscience
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Pendant que les libéraux et Stéphane Dion soignent leurs plaies et réfléchissent à leur avenir, un examen rétrospectif est également en cours du côté du Parti conservateur, particulièrement au Québec. «On ne fera pas semblant, au Québec, c'est une cuisante défaite. On visait entre 10 et 20 députés de plus et on se retrouve avec moins d'élus et une baisse des appuis en pourcentage du vote partout au Québec», lance d'entrée de jeu une source conservatrice haut placée qui a refusé d'être identifiée en parlant d'un sujet aussi sensible.
Cette phrase traduit bien l'état d'esprit qui règne chez les conservateurs du Québec. L'atmosphère est morose et chacun tente d'expliquer à sa façon les difficultés rencontrées par le parti dans la province lors de la dernière élection.
En 2006, le Parti conservateur (PC) avait récolté 10 députés et 24,6 % des voix. En 2008, il y a toujours 10 élus, mais l'appui est passé à 21,7 %. Dans une région comme Montréal, c'est le désert, avec un faible appui de 15,5 %.
En fait, le PC a réalisé de bonnes performances dans toutes les provinces, sauf au Québec. Pourtant, le gouvernement Harper avait courtisé ardemment la Belle Province depuis deux ans. Si le Québec avait répondu aux attentes, le PC serait majoritaire aujourd'hui, ce qui force un «examen de conscience», dit un militant conservateur.
Une source bien informée qui oeuvre au sein du gouvernement Harper a soutenu au Devoir que des changements dans la structure de gestion du Québec au sein du PC ne sont pas à écarter. Rappelons que l'organisation au Québec est dirigée à partir d'Ottawa par Doug Finley, avec l'aide de Lawrence Cannon, Dimitri Soudas, Michel Lalonde et des organisateurs locaux, comme Nelson Bouffard, à Montréal. «On est encore au stade de la réflexion et du bilan, pas à celui des changements», dit toutefois une source bien informée.
Des erreurs
Tous les conservateurs contactés par Le Devoir dans les derniers jours accordent du crédit au Bloc québécois, qui a géré sa campagne avec efficacité, alors que le PC a fait des erreurs. Les compressions en culture et le camion avec la «facture» de 350 millions du Bloc sont les dérapages les plus souvent cités. «Le criss de camion! C'était ridicule. On ne peut pas mettre un prix à la démocratie!» tonne un conservateur des Cantons-de-l'Est.
Si on ajoute la proposition sur les jeunes contrevenants — «qui a été mal expliquée, parce que c'était bon», disent les conservateurs —, le Bloc québécois avait le champ libre pour frapper. «On a lancé la première pierre et le Bloc a répliqué avec 1000 cailloux!» dit un conservateur de la région de Montréal.
Dans le cas des compressions de 45 millions dans le secteur culturel, un conservateur affirme que le parti «a réveillé un mort» avec cette décision. «On aurait dû faire ça en juin ou attendre après les élections, mais pas en août à un mois des élections. Le Bloc a réussi à tourner ça en débat d'identité et de valeurs, ce qui était le pire scénario pour nous», dit une source qui travaille dans le gouvernement Harper.
Un gros problème de communication a également fait son apparition pendant la campagne, dit-on. Les ministres et candidats étaient invisibles et n'avaient pas toujours la permission de parler aux médias. «On n'avait aucun porte-parole crédible pour donner la réplique à Duceppe quand Harper était ailleurs au pays», dit un conservateur.
D'ailleurs, quand le chef du PC venait au Québec, les sondages internes montraient un regain d'intérêt et une poussée dans les intentions de vote. Mais dès que Harper était au loin, un vide s'installait. «Il était où, Lawrence Cannon? Michael Fortier en avait déjà plein les bras à Montréal et dans son comté. On savait depuis le jour un que Fortier était en difficulté. Il aurait fallu que les autres ministres soient plus visibles», dit une source qui a participé activement à la campagne.
Une vraie machine du PC
Des conservateurs interrogés par Le Devoir se sont plutôt dits déçus du peu d'appui fourni sur le terrain par les députés libéraux provinciaux. Mis à part la députée Lucie Charlebois et le ministre Raymond Bachand, qui ont appuyé ouvertement Michael Fortier, les autres députés de Jean Charest ont été invisibles.
Se fier au PLQ ou à l'ADQ a ses limites, pensent plusieurs conservateurs. «Ça montre qu'il faut se bâtir une vraie organisation conservatrice au Québec et ne pas se fier aux partis provinciaux. C'est trop imprévisible», dit une source bien informée des intentions de Stephen Harper. Le PC avait effectivement une machine très faible dans plusieurs régions, ce qui l'a forcé à se rabattre sur l'ADQ et le PLQ, avec un succès mitigé.
Les gars de l'ADQ coupables?
Plusieurs conservateurs cherchent des coupables et pointent vers Ottawa, là où la campagne a été dirigée par plusieurs personnes proches de l'ADQ. «Il y avait trop de pouvoir entre les mains de ces personnes», selon une source. Une autre ajoute: «On n'avait aucune ligne de communication crédible avec Québec pour faire cesser les attaques de Jean Charest, car tout le monde venait de l'ADQ», a soutenu un conservateur.
Mais cette vision n'est pas partagée par tous. «Je ne crois pas à cette théorie ADQ contre PLQ. On avait du monde des deux partis sur le terrain. C'est simpliste de viser quelques personnes», dit une source à Ottawa. Un message repris par des militants au Québec. «Nos candidats n'avaient pas assez envie de se battre pour Harper et notre plate-forme, c'est un problème», a dit une source qui travaille en Estrie.
Selon plusieurs conservateurs, le parti devra faire des gains au Québec lors de la prochaine élection s'il veut demeurer au pouvoir. «Les libéraux vont avoir un nouveau chef et il sera plus fort que Dion. On va perdre des sièges en Ontario et ailleurs. Il faudra que le Québec réponde», dit un conservateur qui oeuvre au gouvernement. Et pour ça, «il faut apprendre de nos erreurs», dit une source.
Cette phrase traduit bien l'état d'esprit qui règne chez les conservateurs du Québec. L'atmosphère est morose et chacun tente d'expliquer à sa façon les difficultés rencontrées par le parti dans la province lors de la dernière élection.
En 2006, le Parti conservateur (PC) avait récolté 10 députés et 24,6 % des voix. En 2008, il y a toujours 10 élus, mais l'appui est passé à 21,7 %. Dans une région comme Montréal, c'est le désert, avec un faible appui de 15,5 %.
En fait, le PC a réalisé de bonnes performances dans toutes les provinces, sauf au Québec. Pourtant, le gouvernement Harper avait courtisé ardemment la Belle Province depuis deux ans. Si le Québec avait répondu aux attentes, le PC serait majoritaire aujourd'hui, ce qui force un «examen de conscience», dit un militant conservateur.
Une source bien informée qui oeuvre au sein du gouvernement Harper a soutenu au Devoir que des changements dans la structure de gestion du Québec au sein du PC ne sont pas à écarter. Rappelons que l'organisation au Québec est dirigée à partir d'Ottawa par Doug Finley, avec l'aide de Lawrence Cannon, Dimitri Soudas, Michel Lalonde et des organisateurs locaux, comme Nelson Bouffard, à Montréal. «On est encore au stade de la réflexion et du bilan, pas à celui des changements», dit toutefois une source bien informée.
Des erreurs
Tous les conservateurs contactés par Le Devoir dans les derniers jours accordent du crédit au Bloc québécois, qui a géré sa campagne avec efficacité, alors que le PC a fait des erreurs. Les compressions en culture et le camion avec la «facture» de 350 millions du Bloc sont les dérapages les plus souvent cités. «Le criss de camion! C'était ridicule. On ne peut pas mettre un prix à la démocratie!» tonne un conservateur des Cantons-de-l'Est.
Si on ajoute la proposition sur les jeunes contrevenants — «qui a été mal expliquée, parce que c'était bon», disent les conservateurs —, le Bloc québécois avait le champ libre pour frapper. «On a lancé la première pierre et le Bloc a répliqué avec 1000 cailloux!» dit un conservateur de la région de Montréal.
Dans le cas des compressions de 45 millions dans le secteur culturel, un conservateur affirme que le parti «a réveillé un mort» avec cette décision. «On aurait dû faire ça en juin ou attendre après les élections, mais pas en août à un mois des élections. Le Bloc a réussi à tourner ça en débat d'identité et de valeurs, ce qui était le pire scénario pour nous», dit une source qui travaille dans le gouvernement Harper.
Un gros problème de communication a également fait son apparition pendant la campagne, dit-on. Les ministres et candidats étaient invisibles et n'avaient pas toujours la permission de parler aux médias. «On n'avait aucun porte-parole crédible pour donner la réplique à Duceppe quand Harper était ailleurs au pays», dit un conservateur.
D'ailleurs, quand le chef du PC venait au Québec, les sondages internes montraient un regain d'intérêt et une poussée dans les intentions de vote. Mais dès que Harper était au loin, un vide s'installait. «Il était où, Lawrence Cannon? Michael Fortier en avait déjà plein les bras à Montréal et dans son comté. On savait depuis le jour un que Fortier était en difficulté. Il aurait fallu que les autres ministres soient plus visibles», dit une source qui a participé activement à la campagne.
Une vraie machine du PC
Des conservateurs interrogés par Le Devoir se sont plutôt dits déçus du peu d'appui fourni sur le terrain par les députés libéraux provinciaux. Mis à part la députée Lucie Charlebois et le ministre Raymond Bachand, qui ont appuyé ouvertement Michael Fortier, les autres députés de Jean Charest ont été invisibles.
Se fier au PLQ ou à l'ADQ a ses limites, pensent plusieurs conservateurs. «Ça montre qu'il faut se bâtir une vraie organisation conservatrice au Québec et ne pas se fier aux partis provinciaux. C'est trop imprévisible», dit une source bien informée des intentions de Stephen Harper. Le PC avait effectivement une machine très faible dans plusieurs régions, ce qui l'a forcé à se rabattre sur l'ADQ et le PLQ, avec un succès mitigé.
Les gars de l'ADQ coupables?
Plusieurs conservateurs cherchent des coupables et pointent vers Ottawa, là où la campagne a été dirigée par plusieurs personnes proches de l'ADQ. «Il y avait trop de pouvoir entre les mains de ces personnes», selon une source. Une autre ajoute: «On n'avait aucune ligne de communication crédible avec Québec pour faire cesser les attaques de Jean Charest, car tout le monde venait de l'ADQ», a soutenu un conservateur.
Mais cette vision n'est pas partagée par tous. «Je ne crois pas à cette théorie ADQ contre PLQ. On avait du monde des deux partis sur le terrain. C'est simpliste de viser quelques personnes», dit une source à Ottawa. Un message repris par des militants au Québec. «Nos candidats n'avaient pas assez envie de se battre pour Harper et notre plate-forme, c'est un problème», a dit une source qui travaille en Estrie.
Selon plusieurs conservateurs, le parti devra faire des gains au Québec lors de la prochaine élection s'il veut demeurer au pouvoir. «Les libéraux vont avoir un nouveau chef et il sera plus fort que Dion. On va perdre des sièges en Ontario et ailleurs. Il faudra que le Québec réponde», dit un conservateur qui oeuvre au gouvernement. Et pour ça, «il faut apprendre de nos erreurs», dit une source.
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