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Une question de leadership ?

Manon Cornellier   18 octobre 2008  Canada
Stéphane Dion
Photo : Agence Reuters
Stéphane Dion
De tous les enjeux de cette campagne, celui du leadership a été un des plus déterminants dans le choix des électeurs, en particulier au Canada anglais. Entre Stéphane Dion et Stephen Harper, le choix a été clair. Pourtant, chacun avait ses faiblesses. Quels sont alors les attributs associés à ce leadership que tout le monde dit rechercher chez un politicien?

Quelques semaines à peine après l'élection de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada (PLC), le Parti conservateur se lançait dans une campagne publicitaire le dépeignant à gros traits comme un leader faible et indécis. L'ébauche tracée, le PC s'est assuré, au fil des mois, de la retoucher avec ardeur, aidé en cela par les hésitations du chef libéral à défaire le gouvernement minoritaire de Stephen Harper. Le 7 septembre dernier, au moment du déclenchement des élections, Stéphane Dion en était réduit à faire appel aux citoyens pour qu'ils le découvrent enfin tel qu'il était.

Le vent n'a pas tourné pour autant pour Stéphane Dion, mais Stephen Harper n'a pas arraché la majorité qu'il espérait non plus, même s'il faisait face à un leader jugé généralement faible. Il semble que quelque chose directement lié à son style de leadership l'ait freiné. En voici un indice. À mi-campagne, 55 % des 1013 répondants à un sondage Ipsos-Reid se disaient d'accord pour affirmer que «Stephen Harper est peut-être un leader fort, mais il n'est pas le genre de leader avec lequel je suis à l'aise».

«Ce que les gens souhaiteraient avoir comme leader est difficile à atteindre parce que les attentes sont souvent contradictoires», relève Catherine Côté, politologue à l'Université d'Ottawa. Le leader idéal, résume-t-elle, doit être avant tout compétent et expérimenté. Il doit avoir du jugement, un grand sens des responsabilités et une capacité d'écoute et de compassion. «Une faiblesse de Stephen Harper, comme on l'a vu lors des débats.»

Le chef idéal doit être capable d'unir les forces de son parti afin de travailler vers un même but. «À cet égard, Stéphane Dion n'a pas clairement montré qu'il y parvenait», poursuit Mme Côté. Enfin, le chef doit avoir la stature d'un chef d'État et faire preuve de passion et de charme.

Spécialiste en communication politique, Thierry Giasson réduit la liste des attributs recherchés à quatre: compétence, honnêteté, nouveauté et expérience. Le charisme vient appuyer la mise en valeur de ces qualités, mais même ce dernier peut prendre diverses formes, de la performance oratoire à une simple prestance et un certain bien-être dans les rapports avec les médias et les électeurs. Ce qui n'était pas le cas de MM. Dion et Harper, note le professeur au département d'information et de communication de l'Université Laval.

Et le contenu ?

Dans tout ceci, bien peu de place pour le contenu. Au contraire, les politiques servent à juger les qualités du chef, affirme M. Giasson. «M. Harper, par exemple, projetait une image de leader fort, compétent, convaincu, mais il fallait pouvoir le juger sur quelque chose. Or, à la lumière des résultats, il semble que les indécis ont perçu le décalage entre l'offre et la réalité, son parti n'ayant pas présenté de programme avant la fin de la campagne.»

Catherine Côté croit que ce que le chef propose a son importance, mais la façon dont les campagnes sont menées et l'importance qu'occupe la télévision dans la diffusion du message font en sorte que la stratégie et les sondages occupent une très grande place. «Les véritables enjeux ne sont pas seulement relégués au second plan, ils deviennent accessoires.»

Cette attention portée à l'image a un effet pervers, car celle transmise par les médias, souvent seul point de contact entre le politicien et l'électeur, est rarement favorable. «On montre les politiciens comme des personnes qui ne cherchent que le pouvoir, qui ne veulent pas vraiment changer les choses, qui sont âpres au gain. On finit par les voir comme les vendeurs d'un produit — le programme — et, comme ils se classent derniers dans les indices de confiance après les vendeurs de voitures d'occasion, on les juge sévèrement. Et si on est écoeuré, on n'achète pas, c'est-à-dire qu'on ne vote pas», dit Mme Côté, qui espère assister à la fin de ce cycle.

En attendant, cependant, cela mène à des campagnes comme celle qui vient de se terminer, où l'électeur était sans cesse invité à voter contre et non pour quelqu'un. Stephen Harper en a été la cible privilégiée.

Harper l'emporte

Il ne s'en est pas mal sorti pour autant. Darrell Bricker, de la firme de sondage Ipsos-Reid, convient que Stephen Harper n'est pas un chef idéal et qu'il lui manquait une dose de compassion. «Mais le chef conservateur commande le respect, davantage que tous les autres chefs en lice.»

On est d'ailleurs forcé, à la lecture des résultats électoraux, de déduire que le jugement porté sur Stephen Harper est plus nuancé qu'il n'y paraît. S'il a perdu des appuis au Québec, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve, il en a gagné partout ailleurs et en nombre important, relève Conrad Winn, sondeur et professeur à l'université Carleton. Selon lui, il s'agit d'une victoire. La vraie défaite, M. Harper l'a subie au Québec parce que, dit-il, il n'a pas su s'entourer d'un lieutenant capable de répondre systématiquement aux accusations du Bloc québécois.

Le sondeur Nik Nanos n'est pas non plus surpris de la performance conservatrice au Canada anglais. «Le facteur le plus déterminant dans le jugement porté sur un chef est la fiabilité, dit-il. Les gens préfèrent généralement un chef dont la compétence, le comportement et la vision reflètent continuité et cohérence, même s'ils ne sont pas nécessairement d'accord avec tout ce que le chef met en avant. S'ils doivent choisir entre sincérité et fiabilité, ils opteront pour la fiabilité car cela leur permet d'avoir une idée de ce qui les attend.»

Insuffisante confiance

Stéphane Dion, de son côté, n'a jamais pris les devants du concours de popularité. «L'image créée par le PC après sa victoire à la direction du PLC n'a jamais vraiment changé. M. Dion n'a jamais eu de seconde chance de faire bonne impression», note Darrell Bricker. Même la publication de son programme n'a pas suscité le léger rebond qui suit généralement ce genre d'événement, a constaté Nik Nanos, dont la firme mesurait chaque jour l'indice de leadership des chefs, un indice composé des résultats obtenus au chapitre de la compétence, de la vision et de la confiance.

«Après les débats, la confiance à l'endroit de M. Dion a augmenté, alimentée par la grande sincérité qu'il dégageait, comparativement à Stephen Harper. Le problème est que cette qualité de M. Dion découle de sa personnalité alors que la fiabilité inspirée par M. Harper est associée à sa performance à la tête du gouvernement. C'est du connu et, en situation d'incertitude économique, les gens ont tendance à faire un choix pratique.» À son avis, le message de M. Harper en fin de campagne — «fiabilité en période d'incertitude» — a par conséquent porté, surtout au Canada anglais.

M. Dion a aussi été handicapé par la qualité de son anglais, notent tous les sondeurs. Il était incapable de captiver son auditoire, d'établir un lien émotionnel avec l'électorat anglophone, dit M. Bricker. Il paraissait par conséquent froid, entêté ou faible, selon l'occasion.

Son Tournant vert était une proposition audacieuse, mais l'impression laissée n'en a pas été une de courage mais d'entêtement, relève-t-il. Ironiquement, Stephen Harper a fait mieux sur l'indice du courage alors que ses promesses ne ciblaient que des problèmes à très court terme.

Le philosophe Daniel Weinstock, qui suit de près la campagne présidentielle américaine, constate que les gens sont attirés par des aspects superficiels de la personnalité des chefs. À son avis, un vrai bon leader «a la capacité de voir au-delà des sondages et de la prochaine échéance électorale pour agir en fonction des intérêts réels de la population». Il souligne que beaucoup de problèmes politiques ne peuvent se résoudre en trois ou quatre ans, le cycle électoral habituel. «Ça prend donc beaucoup de courage pour exercer un vrai leadership et affronter les problèmes réels.» Or ce courage, estime le philosophe, est le deuxième ingrédient essentiel d'un leadership de qualité. À cette aune, Stéphane Dion trouve davantage grâce à ses yeux que Stephen Harper.

Tout cela est bien joli, mais encore faut-il être capable de communiquer cette vision. Selon M. Weinstock, il ne suffit pas d'être un bon orateur. Il faut des talents de communicateur qu'il résume à la capacité de «rendre des choses complexes compréhensibles, de les traduire en images et analogies parlantes qui vont permettre aux gens de saisir l'esprit de l'idée défendue». «Et c'est peut-être là que le bât blesse avec M. Dion», précise-t-il.

De l'avis de Daniel Weinstock, ni Stephen Harper ni Stéphane Dion ne sont de grands leaders, mais il préfère ce choix à celui entre deux mythes que doivent faire les Américains. Parlant du candidat démocrate Barack Obama, il dit: «Tout le monde projette ses fantasmes et ses aspirations sur cet homme. Ce qui ne peut que mener à une déception.»

***

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  • Guy Fafard
    Inscrit
    samedi 18 octobre 2008 07h36
    Très beau résumé, Merci
    Beau concentré des images.

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 18 octobre 2008 14h51
    Et la franchise
    Signe des temps, la franchise n'apparaît dans la liste des attributs requis pour être un bon leader politique.
    Roland Berge
    St-Thomas, Ontario

  • Guy Lemieux
    Inscrit
    samedi 18 octobre 2008 15h47
    Pensée du philosophe
    L homme sage fait des provisions pour l estomac et non pour l esprit. M.Dion ne disait pas ce qu il pense mais pensait ce qu il disait. Au leadership de l homme , il se sert de sa pensée mais la pensée ne suivait l homme.Un autre rouge que lui , imposera sa pensée .

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