Le bureau de Harper se sent trahi par Charest
La campagne électorale fédérale a laissé des cicatrices dans les relations entre Québec et Ottawa. La tension est palpable entre les bureaux de Stephen Harper et de Jean Charest depuis que le premier ministre du Québec et ses ministres ont fait des sorties en règle contre le gouvernement conservateur en pleine campagne électorale.
Selon les informations obtenues par Le Devoir de plusieurs sources, l'entourage du premier ministre canadien se sent «trahi» et accuse en privé Jean Charest de ne pas avoir respecté sa parole, lui qui aurait promis avant la campagne qu'il resterait discret et qu'il n'attaquerait pas le gouvernement Harper. Le bureau de M. Charest rétorque qu'une telle assurance n'a jamais été donnée.
À Ottawa, l'équipe conservatrice affirme avoir été surprise des agissements de Jean Charest et de ses ministres. «On s'attendait à avoir un gouvernement du Québec plus discret, qui allait laisser aller la campagne. On s'attendait à ce qu'il demeure neutre, mais visiblement, ce n'était pas sa stratégie. Et on ne l'a pas vu venir», soutient un stratège conservateur.
Le premier ministre Jean Charest et ses ministres sont montés sur plusieurs tribunes pendant les élections fédérales pour dénoncer les compressions en culture, les réductions dans les subventions aux organismes de développement économique et les intentions de Stephen Harper en ce qui concerne les jeunes contrevenants. Le gouvernement Charest a également contredit Stephen Harper en affirmant que le déséquilibre fiscal n'est pas réglé.
Dans le bunker électoral des conservateurs, à Ottawa, les stratèges de la campagne n'étaient tout simplement pas prêts à faire face à ce type de «tir ami». Rien n'avait été préparé pour contrecarrer les affirmations d'un gouvernement du Québec très populaire dans les sondages et qui jouit d'une bonne crédibilité auprès des citoyens présentement.
Dans les hautes sphères du gouvernement Harper, on affirme qu'il n'y avait aucun besoin de s'y préparer puisque des «assurances» avaient été données par le bureau de Jean Charest dix jours avant le déclenchement des élections. «Jean Charest nous avait dit qu'il n'y aurait pas d'attaque pendant la campagne et que le gouvernement du Québec resterait discret. On s'est même fait demander par le bureau de Charest dans quels dossiers on voulait que le premier ministre du Québec dise des bons mots sur nous, pour nous aider. On a envoyé la liste, mais ils ne l'ont jamais suivie. Ils ont dit une chose en privé et ont fait le contraire en public. On s'est sentis trahis», explique une source conservatrice bien au fait de l'ambiance qui règne dans le bureau de Stephen Harper et qui a accepté de parler sous le couvert de l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec et ancien ministre libéral au provincial, Lawrence Cannon, a même parlé avec Jean Charest à deux reprises pendant la campagne pour tenter de comprendre ce qui se passait et faire cesser les déclarations du gouvernement du Québec. Sans succès.
Le bureau de Charest fulmine
Au cabinet de Jean Charest, on fulminait hier contre ces reproches. On nie catégoriquement qu'une entente ait lié les libéraux à Québec pour qu'ils se retiennent d'intervenir dans la campagne fédérale.
Quand un parti fait le bilan d'une campagne électorale qui ne s'est pas déroulée comme prévu, il ne doit pas chercher à jeter le blâme sur les autres, a-t-on avancé dans l'entourage de Jean Charest hier. Le Parti libéral du Québec n'a pas cherché de boucs émissaires pour expliquer sa contre-performance de mars 2007, dit-on. «Si on veut gagner des élections au Québec, on ne choisit pas des adéquistes pour diriger la campagne», a-t-on laissé tomber en référence aux nombreux membres de l'ADQ qui travaillent dans le gouvernement Harper et qui ont également géré le bunker électoral du parti pendant la campagne.
Cette critique a également été entendue du côté conservateur, notamment de la frange des «vieux bleus», soit les progressistes-conservateurs, mais aussi de la part des supporters des libéraux de Jean Charest qui travaillent au gouvernement Harper. «On n'avait aucune ligne de communication crédible avec Québec pour faire cesser les attaques de Jean Charest», a soutenu un conservateur.
Certes, Jean Charest a fait connaître publiquement les positions de son gouvernement sur les enjeux qu'il jugeait importants, mais il l'avait fait lors des deux dernières élections fédérales par l'entremise du Conseil de la fédération, qui a jugé bon, cette fois-ci, de ne pas s'engager dans une démarche commune, a-t-on fait valoir à Québec.
Dans la première semaine de la campagne, Jean Charest a fait une sortie contre les compressions dans la culture. Trois des quatre principaux partis fédéraux ont été informés à l'avance de la teneur de cette intervention — le Bloc québécois n'a pas été informé parce que sa position sur cette question était connue, dit-on. Il n'y avait pas de surprise, a-t-on fait observer hier au cabinet de Jean Charest.
En revanche, la sortie du ministre de la Justice, Jacques Dupuis, qui a dénoncé le programme conservateur sur les jeunes contrevenants, était spontanée. Comment voulait-on que le gouvernement du Québec cautionne le fait qu'on mette des enfants de 14 ans en prison? s'est-on exclamé.
Pas seulement à cause de Charest
Interrogé hier sur ces tensions entre les deux cabinets, le porte-parole du premier ministre Harper, Dimitri Soudas, a refusé de commenter le sujet, affirmant que la campagne électorale est maintenant chose du passé. «On regarde vers l'avant. On veut une bonne relation avec le gouvernement du Québec», a-t-il dit.
Plusieurs conservateurs refusent d'ailleurs de faire porter le chapeau des difficultés du PC au Québec à Jean Charest. Un conservateur haut placé soutient qu'il était «naïf» de croire que le gouvernement du Québec resterait totalement effacé durant la campagne fédérale et ajoute que les stratèges du bunker électoral «auraient dû être prêts à ça». «Jean Charest et ses ministres critiquaient les compressions en culture et dans les organismes de développement économique depuis plusieurs semaines, soit bien avant les élections. Ils n'allaient pas se taire tout à coup. Charest avait sa job à faire et il l'a faite», dit cette source.
Il ne faut pas entretenir de rancoeur entre les deux gouvernements, affirme un proche de Stephen Harper. «Il ne faut pas exagérer, ce n'est pas seulement à cause de Jean Charest si on n'a pas fait une bonne performance au Québec. Il y a un examen de conscience à faire dans notre camp et il sera fait.»
Selon les informations obtenues par Le Devoir de plusieurs sources, l'entourage du premier ministre canadien se sent «trahi» et accuse en privé Jean Charest de ne pas avoir respecté sa parole, lui qui aurait promis avant la campagne qu'il resterait discret et qu'il n'attaquerait pas le gouvernement Harper. Le bureau de M. Charest rétorque qu'une telle assurance n'a jamais été donnée.
À Ottawa, l'équipe conservatrice affirme avoir été surprise des agissements de Jean Charest et de ses ministres. «On s'attendait à avoir un gouvernement du Québec plus discret, qui allait laisser aller la campagne. On s'attendait à ce qu'il demeure neutre, mais visiblement, ce n'était pas sa stratégie. Et on ne l'a pas vu venir», soutient un stratège conservateur.
Le premier ministre Jean Charest et ses ministres sont montés sur plusieurs tribunes pendant les élections fédérales pour dénoncer les compressions en culture, les réductions dans les subventions aux organismes de développement économique et les intentions de Stephen Harper en ce qui concerne les jeunes contrevenants. Le gouvernement Charest a également contredit Stephen Harper en affirmant que le déséquilibre fiscal n'est pas réglé.
Dans le bunker électoral des conservateurs, à Ottawa, les stratèges de la campagne n'étaient tout simplement pas prêts à faire face à ce type de «tir ami». Rien n'avait été préparé pour contrecarrer les affirmations d'un gouvernement du Québec très populaire dans les sondages et qui jouit d'une bonne crédibilité auprès des citoyens présentement.
Dans les hautes sphères du gouvernement Harper, on affirme qu'il n'y avait aucun besoin de s'y préparer puisque des «assurances» avaient été données par le bureau de Jean Charest dix jours avant le déclenchement des élections. «Jean Charest nous avait dit qu'il n'y aurait pas d'attaque pendant la campagne et que le gouvernement du Québec resterait discret. On s'est même fait demander par le bureau de Charest dans quels dossiers on voulait que le premier ministre du Québec dise des bons mots sur nous, pour nous aider. On a envoyé la liste, mais ils ne l'ont jamais suivie. Ils ont dit une chose en privé et ont fait le contraire en public. On s'est sentis trahis», explique une source conservatrice bien au fait de l'ambiance qui règne dans le bureau de Stephen Harper et qui a accepté de parler sous le couvert de l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec et ancien ministre libéral au provincial, Lawrence Cannon, a même parlé avec Jean Charest à deux reprises pendant la campagne pour tenter de comprendre ce qui se passait et faire cesser les déclarations du gouvernement du Québec. Sans succès.
Le bureau de Charest fulmine
Au cabinet de Jean Charest, on fulminait hier contre ces reproches. On nie catégoriquement qu'une entente ait lié les libéraux à Québec pour qu'ils se retiennent d'intervenir dans la campagne fédérale.
Quand un parti fait le bilan d'une campagne électorale qui ne s'est pas déroulée comme prévu, il ne doit pas chercher à jeter le blâme sur les autres, a-t-on avancé dans l'entourage de Jean Charest hier. Le Parti libéral du Québec n'a pas cherché de boucs émissaires pour expliquer sa contre-performance de mars 2007, dit-on. «Si on veut gagner des élections au Québec, on ne choisit pas des adéquistes pour diriger la campagne», a-t-on laissé tomber en référence aux nombreux membres de l'ADQ qui travaillent dans le gouvernement Harper et qui ont également géré le bunker électoral du parti pendant la campagne.
Cette critique a également été entendue du côté conservateur, notamment de la frange des «vieux bleus», soit les progressistes-conservateurs, mais aussi de la part des supporters des libéraux de Jean Charest qui travaillent au gouvernement Harper. «On n'avait aucune ligne de communication crédible avec Québec pour faire cesser les attaques de Jean Charest», a soutenu un conservateur.
Certes, Jean Charest a fait connaître publiquement les positions de son gouvernement sur les enjeux qu'il jugeait importants, mais il l'avait fait lors des deux dernières élections fédérales par l'entremise du Conseil de la fédération, qui a jugé bon, cette fois-ci, de ne pas s'engager dans une démarche commune, a-t-on fait valoir à Québec.
Dans la première semaine de la campagne, Jean Charest a fait une sortie contre les compressions dans la culture. Trois des quatre principaux partis fédéraux ont été informés à l'avance de la teneur de cette intervention — le Bloc québécois n'a pas été informé parce que sa position sur cette question était connue, dit-on. Il n'y avait pas de surprise, a-t-on fait observer hier au cabinet de Jean Charest.
En revanche, la sortie du ministre de la Justice, Jacques Dupuis, qui a dénoncé le programme conservateur sur les jeunes contrevenants, était spontanée. Comment voulait-on que le gouvernement du Québec cautionne le fait qu'on mette des enfants de 14 ans en prison? s'est-on exclamé.
Pas seulement à cause de Charest
Interrogé hier sur ces tensions entre les deux cabinets, le porte-parole du premier ministre Harper, Dimitri Soudas, a refusé de commenter le sujet, affirmant que la campagne électorale est maintenant chose du passé. «On regarde vers l'avant. On veut une bonne relation avec le gouvernement du Québec», a-t-il dit.
Plusieurs conservateurs refusent d'ailleurs de faire porter le chapeau des difficultés du PC au Québec à Jean Charest. Un conservateur haut placé soutient qu'il était «naïf» de croire que le gouvernement du Québec resterait totalement effacé durant la campagne fédérale et ajoute que les stratèges du bunker électoral «auraient dû être prêts à ça». «Jean Charest et ses ministres critiquaient les compressions en culture et dans les organismes de développement économique depuis plusieurs semaines, soit bien avant les élections. Ils n'allaient pas se taire tout à coup. Charest avait sa job à faire et il l'a faite», dit cette source.
Il ne faut pas entretenir de rancoeur entre les deux gouvernements, affirme un proche de Stephen Harper. «Il ne faut pas exagérer, ce n'est pas seulement à cause de Jean Charest si on n'a pas fait une bonne performance au Québec. Il y a un examen de conscience à faire dans notre camp et il sera fait.»
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