Dion soigne ses plaies
16 octobre 2008
Canada
Silence radio. Alors que tous les autres leaders ont pris la parole hier pour commenter les résultats électoraux et faire part de leurs attentes parlementaires, le chef libéral est resté coi. Stéphane Dion pourra-t-il rester en poste après une si piètre performance? Au Parti libéral, le mot d'ordre semble donné: pas question de demander immédiatement la tête du chef, du moins pas avant qu'un bilan ne soit complété.
Tous les appels faits auprès des membres de l'entourage de M. Dion sont restés sans réponse hier. «Il faut qu'il réfléchisse», a expliqué un de ses proches sous le couvert de l'anonymat. Tout le monde tient le même discours: le résultat électoral de mardi soir est si décevant que la responsabilité ne peut en être entièrement imputée à l'impopulaire chef. Le PLC, autrefois glorieuse machine à gagner des élections, doit s'interroger sur les problèmes plus fondamentaux qui ont conduit à cette déconfiture.
«Du plus humble travailleur d'élection au chef du PLC, il y a un travail d'introspection à faire pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné», explique au Devoir le président de l'aile québécoise du PLC, Robert Fragasso. En entendant son chef mardi soir accepter son rôle d'opposition officielle, M. Fragasso a lui aussi conclu que Stéphane Dion voulait rester en selle. Il ne veut pas commenter cette intention pour l'instant. «Je préfère que le chef fasse sa propre réflexion avant de me prononcer.»
Le PLC se retrouve avec 76 députés, soit 19 de moins que ce qu'il avait lors de la dissolution du Parlement en septembre. Il s'agit du pire score libéral depuis l'élection de 1984, quand un certain Brian Mulroney avait pris le pouvoir. John Turner avait alors conservé 40 sièges, mais avait quand même obtenu 28 % du suffrage universel. Mardi, le PLC a obtenu 26,2 % contre 37,6 % pour le Parti conservateur et 18,2 % pour le NPD.
Les résultats provinciaux sont encore plus désespérants. En Ontario, autrefois terrain de prédilection du PLC, les libéraux ont obtenu 34 % du vote, contre 40 % à l'élection précédente. Le Parti conservateur les a doublés en obtenant 39 %. En Colombie-Britanique, paradis des luttes à trois, le PLC est passé de 28 % en 2006 à 19 % cette fois-ci. Seule consolation, sa performance québécoise s'est améliorée, passant de 21 % à 24 %. D'ailleurs, le parti a failli reprendre Outremont et Ahuntsic, de même que remporter un siège dans le Bas-du-Fleuve.
Les trois principaux adversaires de M. Dion lors de la précédente course au leadership — ceux qui seraient susceptibles de vouloir le remplacer — ont aussi, dans leurs déclarations publiques, appelé au calme. Bob Rae, Michael Ignatieff et Gerard Kennedy acceptent de donner un peu de temps à leur ex-rival.
«M. Dion est notre chef et M. Dion restera notre chef», s'est borné à dire M. Rae mardi soir. M. Ignatieff a développé davantage. Des résultats décevants commandent à son avis une réflexion en profondeur. «Quand un parti subit la défaite, il doit revenir à la base et tout reconsidérer: le programme, l'organisation, le financement et, oui, le leadership dans son sens large. [...] De faire de M. Dion le bouc émissaire serait trop facile. Nous devons nous demander pourquoi notre message n'a pas rejoint les Canadiens.»
Gerard Kennedy, quant à lui, dit ne pas regretter d'avoir permis le couronnement de M. Dion en décembre 2006. C'est lui qui, en terminant à peine deux voix derrière Dion au premier tour de scrutin, s'était rallié, comme le prévoyait leur pacte secret. «Le parti a choisi M. Dion parce qu'il incarnait une différente forme de libéralisme», a-t-il rappelé. Il estime que le parti doit réfléchir au message dont il s'est fait le porteur. «Notre programme ne nous a pas aidés dans certaines régions du pays, et nous devons nous demander pourquoi et ce que nous devons faire pour être mieux compris.»
Pas comme en 2006
Malgré ces bons mots, certaines sources anonymes ont commencé à chuchoter aux oreilles des journalistes afin de demander la tête de M. Dion. Le député Denis Coderre, qui a été réélu mardi dans Bourassa, s'enflamme. «Relaxez!», lâche-t-il.
Il craint que le départ précipité du chef, comme Paul Martin l'avait fait le soir du scrutin en janvier 2006, ne permette une fois de plus au PLC de nier ses problèmes structurels. «Il y a des choses qui n'ont pas fonctionné pendant cette campagne, et ce n'est pas seulement la faute de Stéphane [Dion]. On doit se demander si, en tant que parti, on a fait tout ce qu'il fallait pour donner tout notre appui à notre chef.» Puis il ajoute à l'intention des successeurs trop pressés: «Avant de parler de couteaux [dans le dos], on doit parler de reconstruction. Brutus n'est jamais devenu César.»
La coprésidente de la campagne nationale, Nancy Girard, croit elle aussi que le parti doit réfléchir de manière plus posée avant de limoger son chef. Plusieurs questions sont à considérer, notamment le fait qu'une autre course au leadership drainerait les rares ressources financières du parti et qu'elle distrairait du rôle d'opposition que doivent jouer les libéraux à la Chambre des communes. «Il ne faut pas juste dire qu'on change de chef demain matin. Il faut une approche beaucoup plus responsable, penser aux finances du parti, à l'organisation.» Mme Girard rappelle que «les guerres intestines sont difficiles pour le parti».
Eddie Goldenberg, un proche de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, a eu des propos plus musclés, tout en admettant que Stéphane Dion avait le droit de prendre quelque temps pour réfléchir. «Il mérite un peu de temps pour prendre sa décision, mais il faut réfléchir. Le PLC a eu 25-26 % du vote. C'est du jamais vu! Quand on regarde les chiffres sur le leadership, il ne fait pas très bien... M. Dion est un homme intelligent.»
Pour Marc Bélanger, membre du conseil de direction du parti, «il n'y a pas de presse». «À mes yeux, tout doit être mis sur la table. Et en ce sens, oui, ça inclut la chefferie.» Le Parti libéral du Canada tiendra son prochain congrès en mai, et les règles du parti prévoient un vote de confiance, à moins que le chef n'ait démissionné au préalable.
***
Avec la Presse canadienne
Tous les appels faits auprès des membres de l'entourage de M. Dion sont restés sans réponse hier. «Il faut qu'il réfléchisse», a expliqué un de ses proches sous le couvert de l'anonymat. Tout le monde tient le même discours: le résultat électoral de mardi soir est si décevant que la responsabilité ne peut en être entièrement imputée à l'impopulaire chef. Le PLC, autrefois glorieuse machine à gagner des élections, doit s'interroger sur les problèmes plus fondamentaux qui ont conduit à cette déconfiture.
«Du plus humble travailleur d'élection au chef du PLC, il y a un travail d'introspection à faire pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné», explique au Devoir le président de l'aile québécoise du PLC, Robert Fragasso. En entendant son chef mardi soir accepter son rôle d'opposition officielle, M. Fragasso a lui aussi conclu que Stéphane Dion voulait rester en selle. Il ne veut pas commenter cette intention pour l'instant. «Je préfère que le chef fasse sa propre réflexion avant de me prononcer.»
Le PLC se retrouve avec 76 députés, soit 19 de moins que ce qu'il avait lors de la dissolution du Parlement en septembre. Il s'agit du pire score libéral depuis l'élection de 1984, quand un certain Brian Mulroney avait pris le pouvoir. John Turner avait alors conservé 40 sièges, mais avait quand même obtenu 28 % du suffrage universel. Mardi, le PLC a obtenu 26,2 % contre 37,6 % pour le Parti conservateur et 18,2 % pour le NPD.
Les résultats provinciaux sont encore plus désespérants. En Ontario, autrefois terrain de prédilection du PLC, les libéraux ont obtenu 34 % du vote, contre 40 % à l'élection précédente. Le Parti conservateur les a doublés en obtenant 39 %. En Colombie-Britanique, paradis des luttes à trois, le PLC est passé de 28 % en 2006 à 19 % cette fois-ci. Seule consolation, sa performance québécoise s'est améliorée, passant de 21 % à 24 %. D'ailleurs, le parti a failli reprendre Outremont et Ahuntsic, de même que remporter un siège dans le Bas-du-Fleuve.
Les trois principaux adversaires de M. Dion lors de la précédente course au leadership — ceux qui seraient susceptibles de vouloir le remplacer — ont aussi, dans leurs déclarations publiques, appelé au calme. Bob Rae, Michael Ignatieff et Gerard Kennedy acceptent de donner un peu de temps à leur ex-rival.
«M. Dion est notre chef et M. Dion restera notre chef», s'est borné à dire M. Rae mardi soir. M. Ignatieff a développé davantage. Des résultats décevants commandent à son avis une réflexion en profondeur. «Quand un parti subit la défaite, il doit revenir à la base et tout reconsidérer: le programme, l'organisation, le financement et, oui, le leadership dans son sens large. [...] De faire de M. Dion le bouc émissaire serait trop facile. Nous devons nous demander pourquoi notre message n'a pas rejoint les Canadiens.»
Gerard Kennedy, quant à lui, dit ne pas regretter d'avoir permis le couronnement de M. Dion en décembre 2006. C'est lui qui, en terminant à peine deux voix derrière Dion au premier tour de scrutin, s'était rallié, comme le prévoyait leur pacte secret. «Le parti a choisi M. Dion parce qu'il incarnait une différente forme de libéralisme», a-t-il rappelé. Il estime que le parti doit réfléchir au message dont il s'est fait le porteur. «Notre programme ne nous a pas aidés dans certaines régions du pays, et nous devons nous demander pourquoi et ce que nous devons faire pour être mieux compris.»
Pas comme en 2006
Malgré ces bons mots, certaines sources anonymes ont commencé à chuchoter aux oreilles des journalistes afin de demander la tête de M. Dion. Le député Denis Coderre, qui a été réélu mardi dans Bourassa, s'enflamme. «Relaxez!», lâche-t-il.
Il craint que le départ précipité du chef, comme Paul Martin l'avait fait le soir du scrutin en janvier 2006, ne permette une fois de plus au PLC de nier ses problèmes structurels. «Il y a des choses qui n'ont pas fonctionné pendant cette campagne, et ce n'est pas seulement la faute de Stéphane [Dion]. On doit se demander si, en tant que parti, on a fait tout ce qu'il fallait pour donner tout notre appui à notre chef.» Puis il ajoute à l'intention des successeurs trop pressés: «Avant de parler de couteaux [dans le dos], on doit parler de reconstruction. Brutus n'est jamais devenu César.»
La coprésidente de la campagne nationale, Nancy Girard, croit elle aussi que le parti doit réfléchir de manière plus posée avant de limoger son chef. Plusieurs questions sont à considérer, notamment le fait qu'une autre course au leadership drainerait les rares ressources financières du parti et qu'elle distrairait du rôle d'opposition que doivent jouer les libéraux à la Chambre des communes. «Il ne faut pas juste dire qu'on change de chef demain matin. Il faut une approche beaucoup plus responsable, penser aux finances du parti, à l'organisation.» Mme Girard rappelle que «les guerres intestines sont difficiles pour le parti».
Eddie Goldenberg, un proche de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, a eu des propos plus musclés, tout en admettant que Stéphane Dion avait le droit de prendre quelque temps pour réfléchir. «Il mérite un peu de temps pour prendre sa décision, mais il faut réfléchir. Le PLC a eu 25-26 % du vote. C'est du jamais vu! Quand on regarde les chiffres sur le leadership, il ne fait pas très bien... M. Dion est un homme intelligent.»
Pour Marc Bélanger, membre du conseil de direction du parti, «il n'y a pas de presse». «À mes yeux, tout doit être mis sur la table. Et en ce sens, oui, ça inclut la chefferie.» Le Parti libéral du Canada tiendra son prochain congrès en mai, et les règles du parti prévoient un vote de confiance, à moins que le chef n'ait démissionné au préalable.
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Avec la Presse canadienne
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