Les chefs des partis québécois commentent le scrutin fédéral - Charest dit ne pas avoir la tête aux élections
Photo : Jacques Nadeau
Le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, celui de l’Action démocratique, Mario Dumont, et la chef du Parti québécois, Pauline Marois, ont commenté hier la réélection des conservateurs.
Québec — Priorité à l'économie, exit des élections automnales: voilà comment on pourrait résumer la position que Jean Charest a présentée hier, au lendemain du scrutin fédéral.
«Nous, notre priorité, c'est l'économie», a-t-il répété en rappelant encore une fois les multiples rendez-vous économico-politiques qui viennent demain: le lancement d'une négociation pour un accord transatlantique entre le Canada et l'Union européenne, la signature d'une entente-cadre sur la mobilité de la main-d'oeuvre avec la France, le Sommet de la Francophonie. «On n'a pas la tête, le lendemain d'une élection fédérale, à une autre priorité que celle-là. On est là-dedans, on va travailler là-dessus avec beaucoup d'ouverture et avec nos partenaires dans les prochaines semaines», a-t-il insisté, laissant entendre qu'il n'y aurait pas de déclenchement d'élections québécoises prochainement.
Toujours sur le front de l'économie, M. Charest a convoqué une rencontre du Conseil de la fédération lundi à Montréal pour discuter de la crise financière mondiale et de son impact sur le Québec. Tous les premiers ministres des provinces devraient y être, nous a certifié l'entourage de M. Charest hier après-midi. Le premier ministre fédéral, Stephen Harper, a formellement été convié par une missive signée de Jean Charest, aussi président du Conseil de la fédération. Mais M. Harper a décliné l'invitation hier, indiquant qu'il allait lui-même convoquer une conférence fédérale-provinciale sur l'économie, une idée avec laquelle Jean Charest s'est dit d'accord.
Affaibli?
À des questions sur l'effet qu'ont eu ses sorties répétées sur le choix des Québécois, M. Charest a soutenu que ces dernières avaient eu l'avantage de clarifier les choses quant à ce que veut le Québec. «Heureusement que nous l'avons fait, ce n'est pas Pauline Marois et Mario Dumont qui l'ont fait pendant la campagne électorale fédérale. À mes yeux à moi, nous en ressortons tous gagnants», a-t-il lancé en forme de réponse aux observateurs et au chef de l'opposition, qui soutiennent que les interventions de Jean Charest dans la campagne fédérale avaient au total aidé le Bloc québécois et «affaibli le Québec».
Faisant presque la leçon à M. Harper, M. Charest a dit que ce dernier devait imiter ce que lui-même avait fait après le résultat de mars 2007, c'est-à-dire apprendre à parler «au nom de toute la population». M. Charest estime au reste que le Québec n'est pas affaibli, puisque tout politicien doit «s'incliner devant le choix» de ses concitoyens pour ensuite «transcender la partisanerie politique». Et ce, a fortiori dans une situation où le chef conservateur n'a pas obtenu de majorité: «Il devra bien tenir compte du résultat de l'élection. Il ne peut pas faire fi non plus du résultat de l'élection. Il doit bien prendre acte de la décision des électeurs québécois et canadiens», a déclaré M. Charest.
Les relations entre les deux gouvernements ne pâtiront pas des sorties des ministres et du premier ministre pendant la campagne, a ajouté M. Charest, puisqu'à ces occasions, il n'a pas «personnalisé» ses interventions. Par conséquent, il s'attend à «travailler honnêtement, ouvertement, franchement avec celui qui sera devant» lui.
Certains dossiers chers à Stephen Harper toutefois, notamment ceux dont Jean Charest a dressé une liste dans sa lettre du 29 septembre aux partis fédéraux, risquent de créer des tensions entre les deux gouvernements. Par exemple, la réforme du Sénat que les conservateurs souhaitent effectuer depuis si longtemps. «Il y a des aspects de la réforme proposée par le gouvernement Harper qui touchent les fondements mêmes du système fédéral canadien», a tonné le premier ministre hier. Mais il a soutenu que le nouveau gouvernement Harper hésitera à s'embarquer dans une telle réforme, compte tenu du résultat électoral de mardi: «On verra ce que le gouvernement fédéral décidera de faire. Je présume qu'ils devront, eux, décanter le résultat de l'élection par rapport à ce qu'ils ont proposé et décanter le résultat électoral.»
Un nouveau couple Duceppe-Charest
Pour sa part, le chef adéquiste, Mario Dumont, a reproché à Jean Charest et à son équipe, hier à Montréal, d'avoir mis les «bâtons dans les roues» des conservateurs pendant la campagne avec leurs interventions répétées, presque quotidiennes. «Après une année assez molle sur le plan des relations fédérales-provinciales, il s'est sans doute dit: "Je vais profiter du feu des projecteurs pour me redonner une belle image nationaliste." Cela étant dit, il s'est mis un doigt dans l'oeil parce que le Québec n'en est pas ressorti renforcé. Le Québec en est sorti affaibli.» Ce faisant, le premier ministre libéral a aidé le Bloc. Aux yeux de M. Dumont, MM Charest et Duceppe forment même un «new odd couple of Quebec» (nouveau couple improbable). M. Dumont a repris, en termes plus polis, le discours du député indépendant de Portneuf, André Arthur, qui a soutenu mardi soir que Jean Charest avait fait «une job de sauvage» aux conservateurs. Toutefois, le chef adéquiste note que le PC a été en partie l'artisan de son propre malheur: il a mal vendu ses propres réalisations. Et à cela se sont ajoutées les compressions en culture.
Quant à Pauline Marois, elle voit dans le résultat obtenu par le Bloc québécois une victoire dans la «bataille des valeurs» du Québec, notamment «l'égalité entre les hommes et les femmes, un environnement de qualité, la paix, des jeunes contrevenants traités différemment avec des résultats différents. Lorsque notre culture est attaquée, c'est tout le Québec qui est attaqué». Selon elle, cela montre que «la souveraineté est en forme» et que son mouvement «s'est renforcé». Au sujet de la région de Québec, elle estime que les souverainistes ont amélioré leurs positions, «même si un certain conservatisme se manifeste et s'est ressenti hier».
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Avec la collaboration de Jeanne Corriveau et d'Amélie Daoust-Boivert
«Nous, notre priorité, c'est l'économie», a-t-il répété en rappelant encore une fois les multiples rendez-vous économico-politiques qui viennent demain: le lancement d'une négociation pour un accord transatlantique entre le Canada et l'Union européenne, la signature d'une entente-cadre sur la mobilité de la main-d'oeuvre avec la France, le Sommet de la Francophonie. «On n'a pas la tête, le lendemain d'une élection fédérale, à une autre priorité que celle-là. On est là-dedans, on va travailler là-dessus avec beaucoup d'ouverture et avec nos partenaires dans les prochaines semaines», a-t-il insisté, laissant entendre qu'il n'y aurait pas de déclenchement d'élections québécoises prochainement.
Toujours sur le front de l'économie, M. Charest a convoqué une rencontre du Conseil de la fédération lundi à Montréal pour discuter de la crise financière mondiale et de son impact sur le Québec. Tous les premiers ministres des provinces devraient y être, nous a certifié l'entourage de M. Charest hier après-midi. Le premier ministre fédéral, Stephen Harper, a formellement été convié par une missive signée de Jean Charest, aussi président du Conseil de la fédération. Mais M. Harper a décliné l'invitation hier, indiquant qu'il allait lui-même convoquer une conférence fédérale-provinciale sur l'économie, une idée avec laquelle Jean Charest s'est dit d'accord.
Affaibli?
À des questions sur l'effet qu'ont eu ses sorties répétées sur le choix des Québécois, M. Charest a soutenu que ces dernières avaient eu l'avantage de clarifier les choses quant à ce que veut le Québec. «Heureusement que nous l'avons fait, ce n'est pas Pauline Marois et Mario Dumont qui l'ont fait pendant la campagne électorale fédérale. À mes yeux à moi, nous en ressortons tous gagnants», a-t-il lancé en forme de réponse aux observateurs et au chef de l'opposition, qui soutiennent que les interventions de Jean Charest dans la campagne fédérale avaient au total aidé le Bloc québécois et «affaibli le Québec».
Faisant presque la leçon à M. Harper, M. Charest a dit que ce dernier devait imiter ce que lui-même avait fait après le résultat de mars 2007, c'est-à-dire apprendre à parler «au nom de toute la population». M. Charest estime au reste que le Québec n'est pas affaibli, puisque tout politicien doit «s'incliner devant le choix» de ses concitoyens pour ensuite «transcender la partisanerie politique». Et ce, a fortiori dans une situation où le chef conservateur n'a pas obtenu de majorité: «Il devra bien tenir compte du résultat de l'élection. Il ne peut pas faire fi non plus du résultat de l'élection. Il doit bien prendre acte de la décision des électeurs québécois et canadiens», a déclaré M. Charest.
Les relations entre les deux gouvernements ne pâtiront pas des sorties des ministres et du premier ministre pendant la campagne, a ajouté M. Charest, puisqu'à ces occasions, il n'a pas «personnalisé» ses interventions. Par conséquent, il s'attend à «travailler honnêtement, ouvertement, franchement avec celui qui sera devant» lui.
Certains dossiers chers à Stephen Harper toutefois, notamment ceux dont Jean Charest a dressé une liste dans sa lettre du 29 septembre aux partis fédéraux, risquent de créer des tensions entre les deux gouvernements. Par exemple, la réforme du Sénat que les conservateurs souhaitent effectuer depuis si longtemps. «Il y a des aspects de la réforme proposée par le gouvernement Harper qui touchent les fondements mêmes du système fédéral canadien», a tonné le premier ministre hier. Mais il a soutenu que le nouveau gouvernement Harper hésitera à s'embarquer dans une telle réforme, compte tenu du résultat électoral de mardi: «On verra ce que le gouvernement fédéral décidera de faire. Je présume qu'ils devront, eux, décanter le résultat de l'élection par rapport à ce qu'ils ont proposé et décanter le résultat électoral.»
Un nouveau couple Duceppe-Charest
Pour sa part, le chef adéquiste, Mario Dumont, a reproché à Jean Charest et à son équipe, hier à Montréal, d'avoir mis les «bâtons dans les roues» des conservateurs pendant la campagne avec leurs interventions répétées, presque quotidiennes. «Après une année assez molle sur le plan des relations fédérales-provinciales, il s'est sans doute dit: "Je vais profiter du feu des projecteurs pour me redonner une belle image nationaliste." Cela étant dit, il s'est mis un doigt dans l'oeil parce que le Québec n'en est pas ressorti renforcé. Le Québec en est sorti affaibli.» Ce faisant, le premier ministre libéral a aidé le Bloc. Aux yeux de M. Dumont, MM Charest et Duceppe forment même un «new odd couple of Quebec» (nouveau couple improbable). M. Dumont a repris, en termes plus polis, le discours du député indépendant de Portneuf, André Arthur, qui a soutenu mardi soir que Jean Charest avait fait «une job de sauvage» aux conservateurs. Toutefois, le chef adéquiste note que le PC a été en partie l'artisan de son propre malheur: il a mal vendu ses propres réalisations. Et à cela se sont ajoutées les compressions en culture.
Quant à Pauline Marois, elle voit dans le résultat obtenu par le Bloc québécois une victoire dans la «bataille des valeurs» du Québec, notamment «l'égalité entre les hommes et les femmes, un environnement de qualité, la paix, des jeunes contrevenants traités différemment avec des résultats différents. Lorsque notre culture est attaquée, c'est tout le Québec qui est attaqué». Selon elle, cela montre que «la souveraineté est en forme» et que son mouvement «s'est renforcé». Au sujet de la région de Québec, elle estime que les souverainistes ont amélioré leurs positions, «même si un certain conservatisme se manifeste et s'est ressenti hier».
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Avec la collaboration de Jeanne Corriveau et d'Amélie Daoust-Boivert
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