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Un Québec bleu, dans l'opposition

Stéphane Baillargeon   15 octobre 2008  Canada
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, suivant le déroulement de la soirée électorale dans
un hôtel de Montréal aux côtés de son épouse, Yolande Brunelle.
Photo : Jacques Nadeau
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, suivant le déroulement de la soirée électorale dans un hôtel de Montréal aux côtés de son épouse, Yolande Brunelle.
L'opposition, moins le pouvoir. Le Québec a déclenché une vague bloquiste moins forte que prévu, a bonifié la députation libérale sur l'île de Montréal, mais a réduit la représentation conservatrice ministrable avec la défaite du candidat-vedette Michael Fortier. L'imprévisible campagne sur fond de crise boursière a été remportée au Québec par le Bloc, au détriment des conservateurs reportés au pouvoir sans majorité et des libéraux finalement incapables de tirer profit des craintes et des espoirs déçus de la population anticonservatrice.

Au moment de mettre sous presse, le Bloc québécois comptait 49 députés élus ou en avance, le Parti libéral 14 et le Parti conservateur 10. L'animateur de radio André Arthur a été réélu comme indépendant et le néodémocrate Thomas Mulcair se battait pour conserver son siège. Au total, le Québec compte 75 circonscriptions.

Par contre, au chapitre des voix, la formation indépendantiste a perdu beaucoup de terrain, avec environ 38,5 % des suffrages exprimés, soit cinq points de moins qu'en 2006. Les conservateurs et les libéraux demeurent à égalité, avec environ 22 % des voix chacun. Par contre, les libéraux ont réussi à augmenter un peu leur députation.

Les deux chefs des grands partis se présentant au Québec, Stéphane Dion et Gilles Duceppe, ont été facilement réélus dans leur circonscription respective, le chef de l'opposition officielle dans Saint-Laurent-Cartierville, le chef souverainiste dans Laurier-Sainte-Marie, qu'il représente sans interruption depuis 1990.

Le Parti conservateur comptait onze députés, dont cinq ministres au déclenchement des élections. Le ministre du Commerce international, Michael Fortier, responsable de la région métropolitaine, a créé une importante onde de choc en ne réussissant pas à se faire élire dans Vaudreuil-Soulanges, à l'ouest de Montréal. La bloquiste Meili Faille qui avait déjà bouté hors de son fief le libéral Marc Garneau en 2006 a déboulonné le seul ministre non élu du cabinet Harper. Le ministre Fortier avait reçu in extremis des appuis du maire de Montréal et du promoteur culturel Gilbert Rozon.

L'autre ministre conservatrice la plus en vue au Québec, Josée Verner, ne semblait pas vraiment menacée dans Limoilou, une circonscription de la capitale. Mme Verner avait pourtant été malmenée pendant toute la campagne par les farouches adversaires de la décision conservatrice de comprimer les dépenses en culture. En entrevue hier soir, malgré sa victoire, elle a avoué avoir trouvé la campagne «très dure». Le PC a perdu 1 % des voix exprimées dans la région de Québec.

Un autre ministre, Jean-Pierre Blackburn jouait aussi son va-tout dans Jonquière-Alma. Il a été réélu avec une confortable avance dépassant les 3000 voix. La bloquiste Chantale Bouchard semblait pourtant menacer sérieusement son poste aux Communes.

Maxime Bernier, l'ex-ministre du scandale, se représentait en Beauce avec l'assurance d'une réélection facile, ce qui est effectivement arrivé. M. Bernier, fils d'un politicien de la région, a obtenu à peu près deux fois plus de voix que tous ses adversaires réunis, avec 24 800 voix. L'ex-ministre des Affaires étrangères, sanctionné pour avoir oublié des documents chez sa compagne Julie Couillard, a reconnu que le Bloc avait fait une «bonne campagne». «C'est le privilège du premier ministre», a-t-il répondu quand il a été questionné sur sa chance de retourner au cabinet.

Deux autres ministres pouvaient craindre pour leurs positions. Lawrence Cannon, ministre des Transports, a retrouvé son siège de Pontiac et Christian Paradis, ministre des Travaux public, celui de Mégantic-L'Érable.

Au moment de mettre sous presse, le seul néodémocrate de la province, Thomas Mulcair, élu en 2007 dans le cadre d'une élection partielle à Outremont, bataillait ferme avec le comédien Sébastien Dhavernas, désigné candidat pour le Parti libéral une semaine seulement avant le déclenchement des hostilités électorales. Le lieutenant de Jack Layton au Québec menait par quelques centaines de voix.

Dans Papineau, le libéral Justin Trudeau a fait mordre la poussière à la bloquiste sortante Vivian Barbot. Le fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, inexpérimenté, a mené sa lutte sur le terrain, au coude à coude, courtisan ses électeurs sans relâche depuis un an, y compris les minorités culturelles.

La bataille du Québec a été marquée par la crise financière, comme toutes les régions du pays. L'inquiétude a monté de plusieurs crans après les débats des chefs à la fin septembre.

La campagne québécoise a toutefois suivi sa propre logique avec au moins deux thèmes forts, soit le sort des jeunes contrevenants et celui de la culture. La volonté des conservateurs de miser sur la répression des mineurs coupables de «crime grave» a choqué les partisans de la réadaptation, majoritairement favorisée au Québec. Les compressions de quelque 45 millions dans différents programmes de formation, de création et de diffusion des arts ont mobilisé les artistes et les professionnels de la culture. Eux aussi ont réussi à établir un lien entre cette décision et les fondements de la philosophie conservatrice, stimulant encore plus les inquiétudes auprès des électeurs favorisant un État culturel fort. La promesse conservatrice d'abandonner le controversé projet de loi ouvrant la porte à une apparence de censure des productions cinématographiques n'a pas semblé calmer les inquiétudes.

Stephen Harper a maintenant dix députés québécois, dont quatre ministres réélus pour former son gouvernement. Par contre, Montréal sera complètement absente du cabinet, du moins si le premier ministre maintient son intention de ne pas recourir à des non-élus dans son cabinet.






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  • Etienne Merven
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 07h38
    Il est temps d'accrocher vos baskets...
    « Zorro Duceppe, vous le justicier qui, à lui seul, a barré la route aux Conservateurs et, dans la même foulée, a sauvé le Canada de l'hégémonie du grand démon. Bizarre, non?
    Vous êtes nettement en perte de vitesse. De moins en moins de Québécois gobent votre salade... Vos idéaux sont périmés.
    À moins qu'il ne vous manque quelques crédits de pension à Ottawa! »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 08h00
    Le Mystère Montréal
    « Alors que les Libéraux n'obtenaient pas un seul député dans le Québec français, ils balayaient les 3/4 de l'ile. En termes de votes, le Bloc a mieux fait à Québec que sur l'Ile de Montréal

    A quand une analyse du le Mystère Montréal »

  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 08h45
    Plan Noir 1 , Plan Vert 0
    « Les Québécois ont rejeté le Plan Vert, peut-être le plus beau projet de société depuis les années 70, pour laisser toute la place au Plan Noir des conservateurs.. en pensant et votant régionalement pour le Bloc... Les Québécois comme les autres canadiens viennent de celler le cercueuil de Kyoto..pour éviter une hausse du prix de l'essence...

    J'ai compris que l'environnement n'intéresse qu'en principe les citoyens..dans la réalité il s'en foutent et ont déjà oublié Kyoto.. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 09h54
    Toujours le Bloc!
    « Qu'est-ce que ce foutu Bloc fait toujours à Ottawa, lui qui ne devait être là que pour un mandat? Je comprends, mais à la longue, ça devient ridicule et les Québécois paraissent eux-mêmes ridicules. Mais en fait cette situation n'est plus étrange, le Bloc fait maintenant partie des meubles fédéraux et prouve que le fédéralisme canadien fonctionne bien. Ainsi va la vie politique canadienne! »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 12h25
    Sa propre logique?
    « Ah oui, le Québec était préoccupé des jeunes et des arts? Pourtant, avec les Conservateurs au pouvoir, les coupures dans les arts sont maintenant chose faite et la construction des prisons pour jeunes va commencer bientôt. Il n'y a rien que le Bloc pourra faire pour empêcher ça. Kyoto? Oubliez-çà et prenez vos VUS et vos joujoux motorisés et amusez-vous pendant que le bateau coule... »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    mercredi 15 octobre 2008 13h01
    Montréal: à gauche et au centre-gauche
    « Il n'y a pas de mystère Montréal.

    NPD, Bloc, Vert et Libéral, voilà où se situent les Montréalais qui préfèrent garder la tête haute plutôt que de courber l'échine devant un parti Conservateur, version copier-coller de Bush. »

  • Jean-Guy Dagenais
    Abonné
    mercredi 15 octobre 2008 13h02
    la Valeur a jouté !
    « Les Québécois n'ont pas que la Langue à mettre dans la balance politique, il y a aussi la Culture. C'est ce que cette campagne nous appris. »

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    mercredi 15 octobre 2008 13h50
    Fragmentation
    « Le Bloc a gagné dans un contexte de fragmentation électorale, de cynisme des électeurs avec un taux de participation de 60% au Québec. Aucun parti au Canada et au Canada ne franchit le cap des 40% de suffrages. Mystère de Québec ou implosion politique? »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mercredi 15 octobre 2008 15h56
    L'indéracinable pragmatisme des Québécois...
    « Pourquoi, nous, Québécois aurions-nous intérêt, malgré tout les Harper et cie., à se laisser flouer par une "indépendance-souveraineté-association" fluctuante et indéfinissable, depuis 40 ans, par tous ces prophètes nébuleux de la Terre promise, alors que, dans les faits, nos choix politiques font en sorte, qu'au risque de scandaliser "les purs et durs du Grand Soir advienne que pourra!", nous tenons le Canada en otage avec cette attitude pragmatique qui a toujours caractérisée la majorité de nos compatriotes? En quoi serions-nous moins "victimisés" (nous geignent pourtant "les puristes déconnectés") que d'être englués dans un "no man's land" politique, économique, social et juridique encore pire qu'actuellement et dont nous ne verrions jamais la fin, engendré par une indépendance chaotique arrachée, au mieux, par la peau des dents? »

  • lise jacques
    Abonnée
    mercredi 15 octobre 2008 17h36
    impossible de comprendre pourquoi des québécois votent pour Harper
    « Difficile de comprendre comment une majorité de citoyens dans la région de Québec; Limoilou, Charlesbourg, Lévis peuvent voter majoritairement pour les politiques de Stephen Harper; pour l'engagement du Canada dans la guerre qui n'avance à absolument rien et qui nuos a coûté 18 milliards, contre Kyoto et tout ce qui touche l'environnement, pour les coupures chez nos artistes (ça coûte cher la guerre), pour des politiques de recul par rapport aux droits et au soutien des femmes, pour des politiques arriérées concernant les jeunes délinquants, et j'en passe...

    Une chance que le Bloc a quand même la majorité au Québec!

    Encourageant de savoir qu'une majorité de québécois sont renseignés sur ce qui se passe au sein du règne Harper et qui manifestent leur désaccord en votant pour le Bloc qui lui défend nos intentions. C'est vrai que les votes pour le NPD sont aussi très valables. Ce parti a des plans contre le réchauffement climatique et la protection de l'environnement, c'est un bon parti fédéraliste qui a compris ce qu'est la meilleure façon "évoluée"de vivre sur cette planète au 21 siècle. Ce que les vieux partis ne comprendront jamais.

    J'ai de la difficulté à comprendre que des canadiens puissent encore voter pour les libéraux et les conservateurs car ces deux vieux partis ne nous ressemblent pas du tout. Il est clair que certaines personnes votent par tradition et non pour le parti qui respecte plus les valeurs des canadiens.

    Mon espoir se tourne vers les jeunes canadiens qui ne sont pas en âge de voter actuellement, je pense que ces jeunes sont plus axés sur les valeurs humaines et que le NPD récoltera leurs votes, sauf en ALberta, cette province est une excellente la copie du Texas; même valeur et même style de vie de consommation à outrance et aucun souci pour l'environnement.

    On a encore beaucoup de chemin à parcourir!

    Pour les autres qui ont voté conservateur j'espère que vous prendrez du recul et que vous vous réveillerez face aux politiques de ce parti et que vous prendrez le temps nécessaire afin de constater ce qui se fait dans les coulisses de ce parti, copie conforme du président américain. Allez plus loin que les nouvelles à la télé et les journaux de droite.. Vous réaliserez que le Canada recule au lieu d'avancer. Nos valeurs ne sont plus respectées avec le parti conservateur. »

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