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Médias - Internet: bilan de campagne

Paul Cauchon   14 octobre 2008  Canada
Plus de 573 000. C'est le nombre de fois que la vidéo Culture en péril, version courte, avait été visionnée dans YouTube avant-hier.

La vidéo controversée de Michel Rivard, Stéphane Rousseau et compagnie est devenue le symbole de l'impact d'Internet sur la campagne électorale.

Car, cette fois-ci, on ne peut pas dire que le rôle joué par Internet a été totalement mineur.

Rôle majeur? Pas encore au même niveau qu'aux États-Unis, où la campagne de Barack Obama s'est développée en misant à fond sur les nouveaux réseaux de communication de la grande toile pour rejoindre les jeunes électeurs.

Il y a plus d'un mois, l'Institut du Dominion, de Toronto, avait réalisé une étude avec l'Innovative Research Group, étude qui déplorait que les partis politiques canadiens ne s'étaient pas encore adaptés au nouvel environnement en ligne pour rejoindre les jeunes.

Ce groupe de recherche rappelait que, lors des dernières élections fédérales, seulement 42,2 % des jeunes âgés de moins de 24 ans avaient voté. Son sondage de septembre dernier indiquait que, au Canada, seulement 9 % des jeunes avaient été contactés par un parti politique au moyen d'un nouveau média, que ce soit le courriel, la messagerie texte, Facebook, MySpace ou autre. Le groupe avait également lancé un projet participatif, Texto Jeunesse, pour inciter les jeunes à communiquer avec les partis politiques par Internet.

Une certaine résistance

Dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, il faudra analyser plus longuement les résultats de ce soir pour savoir si ce type de campagne a bien touché la cible.

Mais il semble y avoir encore une certaine résistance chez les partis politiques à utiliser pleinement toutes les ressources d'Internet. Un regroupement de médias, par exemple, a lancé au début de la campagne le «Forum des chefs», une tribune interactive qui proposait aux chefs de répondre directement aux citoyens qui envoyaient leurs questions par courriel ou par vidéo. Le site n'était quand même pas géré par des inconnus: il s'agissait d'une initiative conjointe du Devoir, de Radio-Canada, de Cyberpresse et de L'Actualité, avec des journalistes politiques de chacun des médias qui mettaient en contexte les questions. Le site a volontairement cessé de recevoir des questions la semaine dernière, après en avoir reçu un millier. Beau succès, mais seulement trois chefs, Mme May et MM. Layton et Duceppe, ont accepté de se prêter à l'exercice. Les deux autres n'ont pas eu le temps, semble-t-il...

Mais cette campagne a tout de même été marquée par l'utilisation de plus en plus importante des réseaux sociaux, ainsi que de la vidéo comme arme. Le cas de Culture en péril est assez probant. On rappellera que cette vidéo a été tournée uniquement pour être diffusée dans Internet, mais elle a été reprise par tous les autres médias et a contribué à imposer la question culturelle dans la campagne électorale.

Elle n'était pas la seule. Plusieurs vidéos de différents groupes ont circulé assez massivement, comme Unissons nos voix, ce regroupement de personnalités québécoises s'opposant à Harper, ou You have a choice, regroupement d'artistes canadiens-anglais fondé sur le même thème. Même Bob Gratton a diffusé une vidéo ironique invitant à appuyer les conservateurs, à prendre au second degré, évidemment...

De toutes les façons

La carte d'Internet a été jouée de toutes les façons. Le Parti conservateur a lui-même mis en ligne des sites antilibéraux (l'histoire de l'oiseau qui s'échappait sur l'épaule de Stéphane Dion) et le Parti libéral a regroupé sa propre production de vidéos critiques dans un site. Il a d'ailleurs remporté un grand succès en diffusant via Internet une vidéo qui comparait un discours de Stephen Harper avec un ancien discours du premier ministre australien, John Howard, pour prouver que le chef canadien avait copié sur son homologue australien.

On pourrait également dresser une longue liste de tous les sites Facebook et MySpace qui ont contribué à la campagne, dont au premier chef ce groupe anti-Harper qui proposait, dans Facebook, d'échanger des votes dans des circonscriptions où on prévoit un résultat serré, afin de battre les conservateurs. Le site comptait plus de 13 500 membres dimanche dernier.

La grande question, évidemment, consiste à savoir si toute cette agitation aura un impact véritable sur le résultat électoral de ce soir.

Local ou national

Chez un citoyen, la décision de voter s'appuie sur un ensemble de facteurs, mesurables ou non. Certains lisent les programmes (oui, oui, ça existe!), d'autres sont très sensibles aux perceptions véhiculées dans les médias. Aujourd'hui, certains vont voter «local», alors que d'autres voteront uniquement en fonction d'un résultat national. Puisque les millions d'électeurs n'ont pas un accès direct aux chefs, le débat des chefs à la télévision a pris une grande importance, et on peut avancer que si Stephen Harper n'obtient pas la majorité qu'il souhaitait ce soir, sa performance très moyenne au débat en français aura peut-être été un point tournant, alors qu'autant les sondages d'opinion que les commentaires des journalistes politiques donnaient Gilles Duceppe et Stéphane Dion gagnants du débat.

Dans ce contexte, Internet apparaît non pas comme un facteur d'une importance structurelle qui peut carrément faire décoller un candidat, comme ce fut le cas aux États-Unis, mais comme un média dont l'importance grandit sans cesse, qui s'ajoute à l'impact de la télévision, qui peut même maintenant nourrir la télévision et les journaux en informations. Bref, un mode de communication de plus en plus incontournable qui peut sérieusement perturber les plans de campagne. Si Stephen Harper n'obtient pas sa majorité souhaitée ce soir, on peut supposer qu'Internet aura joué un rôle, compte tenu de l'ampleur des critiques qui se sont développées dans la grande toile. La suite ce soir.

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Isabelle Lefebvre
    Inscrite
    mardi 14 octobre 2008 06h57
    Avec l'Internet, fini l'ignorance...
    L'Internet est un merveilleux media d'information. Comment ne pas être informé quand on peut avoir accès le même jour, à tous les journaux de monde entier. Nous sommes loin du temps où l'unique journal que pouvait se permettre une famille limitait l'information selon les tendances et perceptions de son éditorialiste. De plus, avec l'Internet, il est facile pour un lecteur de pouvoir commenter instantanément un article d'un journal électronique et de faire certaines mises au point échappées à son auteur.
    Il est toujours intéressant de connaître les opinions des lecteurs.

  • Zach Gebello
    Inscrit
    mardi 14 octobre 2008 08h28
    Sur quelle planète estes-vous M. Cauchon ?
    Le groupe anti-harper anglais comptait 13,500 membres, hier, c'est vrai, pour une population du ROC de 23 millions, mais le groupe anti-Harper québécois, avec ses 7 millions, avait, lui, plus de 23,000 membres !

    Le blogue du Bloc Québécois, entièrement ouvert à la discussion libre, a obtenu pas moins de 75,000 pages vues et 2,400 commentaires. Gilles Duceppe en a publié 74 !

    Désolé, mais votre "Forum des Chefs" avec ses journalistes fédéralistes est un flop total et une insulte à l'esprit "ouvert" de la communication internet. À l'image de votre journal qui donne les nouvelles en retard et dont pratiquement seule la section "Idées" vaut la peine d'être lue, le reste empestant la doctrine de l'Institut du Nouveau Monde et de la Rockefeller Foundation à plein nez.

  • Gina Bisaillon
    Inscrite
    mardi 14 octobre 2008 09h45
    Troc de votes
    Je suis de ceux qui ont troqué leur vote. Ceci serait impensable et impossible sans l'Internet. Aux prochaines élections (qui auront lieu bientôt, si les prévisions de gouvernement Harper minoritaire se réalisent), nous nous sentirons moins impuissants car nous serons beaucoup plus nombreux à échanger nos votes, maintenant que plus de gens sont au courant de cette façon de voter stratégiquement.

    Gina Bisaillon
    http://www.my-green-home-project.com

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mardi 14 octobre 2008 10h02
    Avec internet la spin est encore plus visible
    On parle du "you tube" sur la coupure des artistes grassement payés une coupure d'à pleine 1% des montants alloués.

    La décision de Harper d'annuler la coupure n'a pas eu la même spin dans internet car silence la gogauche est mobilisée contre le gouvernement «Anyone but Harper».

    Les médias contrôlées par une poignée d'individus comme le petit grelot à Julie, ont complété le massacre. Mais de quel massacre parle t'on ? Que le Québec ne sera pas au pouvoir mais chialera encore que les anglos ne les comprennent pas.

    Les maires des deux villes les plus importantes du Québec pourtant ont décklaré préférer que leurs dossiers soient traités par des ministres au pouvoir, le bloc ne réglera rien. Il est gérant d'estrade et ne sera jamais à la table de décision. C'est le sort que nous a réserve ce vote stratégique. De quoi raviver le référendum car on a nous même créé la condirtion gagnante: on s'est mis de coté par nous-même...

  • Martin Gagné
    Abonné
    mardi 14 octobre 2008 10h45
    Lâche pas mon Fern...
    ...

  • Pierre Véronneau
    Inscrite
    mardi 14 octobre 2008 11h20
    Sur quelle planète!!
    Merci monsieur Gebello vous m'avez sorti les mots de la tête.... mais en complément de réponse je crois que monsieur Cauchon est de la planète jacquesbrassard-fernand-trudel un drôle de planète; elle ne tourne que sur elle même et toujour du côté droit.... cette planète où habite des gens qui sont totalement déconnectés de la réalité, mais qui croient fermentent que ce sont eux qui ont la science infuse.... tout ceux qui sont progressif ( et je ne parle pas de Conservateurs ) sont de facto des manipulateurs des "spinneurs" des empêcheurs de tourner en rond, des gens qui veulent arrêter le progrâs etc......les manipulateurs blâment souvent leurs "ennemis" de l'être.
    Bonne journée et allez voter

  • lise jacques
    Abonnée
    mardi 14 octobre 2008 16h43
    Vive internet pour les vraies affaires!
    Il n'y a pas que des bons shows et de la bonne musique sur le net. Une chance que nous l'avons pour nous tenir au courant des vraies affaires! ...que pas un media ne parle.

    Sur ce qui s'est passé pour le 9/11, la crise financière actuelle, les manigances de notre premier ministre avec son voisin du sud, l'union avec les US et le Mexique; la vraie chose. Des recherches de journalistes qui en ont eu assez du système actuel contrôlant les medias...et qiu parlent ouvertement.

    Profitons en pendant que nous le pouvons...

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