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    Un gouvernement minoritaire servirait mieux le Québec

    Même en période de crise financière, les intérêts du Québec seront mieux servis par un gouvernement fédéral minoritaire, croit Gilles Duceppe.

    11 octobre 2008 | Kathleen Lévesque | Canada
    Photo : Jacques Nadeau
    En entrevue hier au Devoir, le chef du Bloc québécois a fait valoir qu'un gouvernement minoritaire sera obligé de prendre en compte les suggestions des partis d'opposition pour freiner le ralentissement économique généré par la crise financière actuelle. Ce statut minoritaire apparaît d'autant plus important pour M. Duceppe dans l'hypothèse où Stephen Harper réussirait, mardi prochain, à se hisser encore une fois au pouvoir.

    «[Sinon], ce serait son idéologie du laisser-faire et de la main invisible. Pendant ce temps-là, on serait main dans la main avec les pétrolières. C'est la pire des erreurs qu'on pourrait faire. Ça ne va pas dans le sens des intérêts économiques du Québec», a déclaré Gilles Duceppe.

    Tous les chefs, tous les partis d'opposition doivent plutôt faire preuve de responsabilité, a insisté le chef bloquiste. Selon lui, des mesures d'urgence s'imposent. Après le scrutin, la Chambre des communes devra être convoquée rapidement. «Ça commence par Kyoto, des crédits d'impôts remboursables et de l'aide ponctuelle immédiate à certaines catégories de citoyens. Je pense aux chauffeurs de taxi, aux camionneurs, aux compagnies forestières indépendantes. Je pense aux agriculteurs et aux pêcheurs», a-t-il dit.

    Le surplus budgétaire a beau ne s'élever qu'à 5 milliards, selon les dernières prévisions, une marge de manoeuvre qui pourrait sembler bien fragile pour faire face à un problème concret, Gilles Duceppe n'estime pas nécessaire d'envisager pour l'instant le retour à un déficit. «Si on déplace le problème, on n'avance pas davantage. Si on retombait à 50 milliards de déficit, ça peut causer d'énormes problèmes aussi. Dans un premier temps, il faut voir toutes les mesures qui peuvent être prises sans arriver au déficit», a-t-il affirmé.

    M. Duceppe ne ferme pas pour autant la porte à cette option avancée par plusieurs économistes au cours des derniers jours. Plutôt que d'utiliser le déficit comme outil de relance économique, le chef du Bloc québécois a soutenu que la première étape à franchir est de réviser les dépenses gouvernementales.

    D'entrée de jeu, il pointe du doigt les dépenses militaires, les coûts d'administration des ministères, dont celui de la Santé, ainsi que les avantages fiscaux accordés aux grandes pétrolières. «La question est de voir ce qu'on peut faire actuellement sans que ça provoque un déficit. Faisons le maximum. Je pense qu'il y a la marge de manoeuvre à Ottawa», a-t-il indiqué.

    Pour ce qui est de l'annonce faite hier par le ministre des Finances, Jim Flaherty, selon laquelle un gouvernement conservateur achètera jusqu'à 25 milliards de blocs de prêts hypothécaires assurés, par l'entremise de la SCHL, le chef du Bloc considère l'initiative bien insuffisante. Les problèmes qui surgissent au pays concernent en priorité «l'économie réelle», notamment le secteur manufacturier dont le ralentissement se fait sentir depuis trois ans.

    M. Duceppe soutient que l'apport d'une équipe de députés du Bloc québécois peut avoir son importance pour régler la situation. La plate-forme électorale du parti suggère des mesures pour donner de l'oxygène au secteur manufacturier et bonifier le régime de l'assurance-emploi, par exemple.

    Et pour Gilles Duceppe, toutes ces actions peuvent se réaliser dans le cadre d'un gouvernement minoritaire. Comme il le fait depuis le déclenchement des élections, il a martelé que les conservateurs de Stephen Harper constituent un danger pour les valeurs du Québec. En revanche, il ne tient pas ce même discours à l'égard de Stéphane Dion, et ce, malgré l'embellie que tendent à montrer les derniers sondages en faveur du Parti libéral du Canada, qui ouvre la possibilité d'un gouvernement libéral minoritaire.

    D'ailleurs, le chef bloquiste refuse de dire quel scénario il préfère et avec qui, des conservateurs ou des libéraux, le Bloc a le plus d'affinités pour la suite des choses. Gilles Duceppe ne déroge pas de son discours habituel et veut retourner à Ottawa avec un maximum d'élus. Selon le plus récent sondage Segma, publié hier, le Bloc retrouverait le niveau de suffrages obtenus en 2006.

    Quant à savoir si le Bloc québécois n'empêche pas les Canadiens de se donner un gouvernement majoritaire, comme l'a souligné récemment sa conjointe, Yolande Brunelle, Gilles Duceppe se défend: «Est-ce que, par souci d'altruisme, on va arrêter de penser à nos intérêts pour leur permettre d'avoir un gouvernement majoritaire? Franchement, ce serait pousser un peu. On doit penser à nos intérêts et à nos valeurs.»

    Et de toute façon, note M. Duceppe, le Canada n'est pas ingouvernable lorsqu'il est dirigé par un gouvernement minoritaire. Le chef bloquiste cite l'exemple des gouvernements minoritaires qui, dans les années 60, ont été plutôt favorables à la population avec l'instauration de politiques sociales, dont une entente entre les gouvernements Pearson et Lesage concernant le transfert de 29 points d'impôts. «Il y avait un plus grand respect de ce que sont les élus du peuple, rappelle M. Duceppe. Harper, lui, considère la Chambre des communes comme des estrades. Je n'ai jamais vu un premier ministre dénigrer comme ça les institutions.»

    D'ailleurs, plus tôt hier matin, lors d'un point de presse, M. Duceppe a accusé les conservateurs de faire un «coup bas» à Stéphane Dion en le malmenant pour la qualité de son anglais. La veille, le chef libéral avait trébuché lors d'une entrevue télévisée. Pour le chef bloquiste, c'est la démonstration du «deux poids, deux mesures» qui perdure au Canada: on exige des chefs politiques de langue français qu'ils maîtrisent parfaitement la langue de Shakespeare, alors que les chefs anglophones ont «un français très laborieux».
     
     
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