Des élections inutiles?
Si la tendance se maintient, le Québec se réveillera mercredi avec la même représentation à la Chambre des communes qu'au déclenchement de la campagne électorale. À en croire les sondages, le branle-bas de combat du dernier mois aurait tout au plus permis au Bloc québécois d'échanger quelques sièges perdus au profit des conservateurs en 2006 contre certains de ceux arrachés aux libéraux à la faveur du ressac des commandites. Quant au NPD, il serait finalement content de doubler sa mise en ajoutant le siège de Gatineau à celui d'Outremont.
En apparence tout au moins, les élections ne changeraient pas grand-chose à la donne québécoise, à ceci près qu'on est ici devant un cas flagrant d'apparences trompeuses. Sous le couvert d'une mathématique de sièges à peu près inchangée, la tournure appréhendée du scrutin fédéral au Québec annonce en fait un changement de paradigme dévastateur pour Stephen Harper.
Quelle que soit l'issue globale du vote, il sera un des grands perdants de la campagne si, mardi, les Québécois ne soutiennent pas son parti en aussi grand nombre qu'en 2006. Une telle dégelée — car c'est bien de cela qu'il est question dans l'état actuel des intentions de vote — aurait de graves conséquences pour l'autorité morale de Stephen Harper et, éventuellement, pour son leadership. Comme Joe Clark et Brian Mulroney avant lui, il a fait de la conquête du Québec le grand pari de sa carrière de chef conservateur.
***
Pendant ses deux années et demie au pouvoir, Stephen Harper a misé une grosse partie de son capital politique sur le Québec. Pour asseoir Montréal à la table du cabinet, il a brisé une règle sacro-sainte de sa formation en nommant un non-élu au Sénat. Il a traîné sa base réformiste jusqu'à l'autel de la reconnaissance de la nation québécoise. Il a vanté les vertus du nationalisme québécois sur toutes les tribunes du Canada. Tout cela dans l'espoir de cimenter l'adhésion des Québécois au Parti conservateur.
Si le Québec manque à l'appel mardi et, plus encore, si son absence coûte à Stephen Harper la possibilité de former un gouvernement majoritaire — voire de rester au pouvoir —, c'est l'échafaudage de la coalition conservatrice qu'il a entrepris de mettre en place qui va lui tomber sur la tête.
Dans un tel scénario, M. Harper se retrouverait avec un trou béant au coeur de son caucus. On a souvent dit, avec raison, que l'équipe québécoise qui l'a accompagné au pouvoir en 2006 était la plus anémique de l'histoire récente du Canada. La prochaine fournée pourrait être encore plus médiocre.
À cet égard, il suffit de savoir que Maxime Bernier, un ex-ministre en disgrâce, et sa collègue Josée Verner, à peu près unanimement considérée comme la plus faible ministre du Patrimoine de l'histoire, détiennent actuellement deux des derniers sièges conservateurs sûrs au Québec.
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La semaine dernière, au cours d'une entrevue, Stephen Harper a affirmé que la réélection d'un second gouvernement minoritaire conservateur mardi constituerait avant tout un sévère avertissement pour les partis d'opposition, lesquels auraient intérêt, par la suite, à veiller à ne pas faire chavirer la barque parlementaire.
Il s'agit, au mieux, d'une demi-vérité. Dans des registres différents, les quatre partis d'opposition viennent de passer la campagne à solliciter un mandat pour tenir tête à Stephen Harper dans le prochain Parlement. Au Québec, il s'agit d'un changement radical de contexte par rapport à 2006.
À l'époque, les conservateurs avaient détourné à leur profit une partie des fruits de la colère populaire entretenue par le Bloc au sujet du scandale des commandites. Pendant la campagne, le premier ministre Jean Charest avait fait des appels du pied en faveur de Stephen Harper. Les élites médiatiques québécoises s'étaient montrées plutôt ouvertes à l'idée d'un régime conservateur à l'essai. Au lendemain du vote, M. Harper pouvait compter sur un appui moral plus large que sa mince députation québécoise.
Cette fois-ci, le Bloc a mis le Parti conservateur dans sa mire dès le premier jour de campagne, et Jean Charest a passé plus de temps sur les mêmes barricades que Gilles Duceppe qu'aux côtés de son ancien allié fédéral.
Le réalignement québécois laisse présager un retour à une certaine culture d'affrontement entre Québec et Ottawa. Plusieurs des projets politiques de M. Harper — sur l'union économique, le Sénat, la composition de la Chambre des communes — vont dans le sens contraire des positions défendues par le Québec, tandis que d'autres, comme sa promesse de baliser le pouvoir fédéral de dépenser, n'ont pas beaucoup d'élan à l'extérieur du Québec. Avec un minimum d'épaules québécoises à la roue d'un éventuel gouvernement Harper, l'idée conservatrice d'une charte du fédéralisme n'irait pas non plus nécessairement bien loin.
***
Maintenant que le Québec semble décidé à rentrer dans ses terres bloquistes, c'est le reste du Canada qui va déterminer la composition finale du prochain gouvernement canadien.
Dans le paysage fluide de nombreuses luttes à trois ou même à quatre, l'exercice pourrait réserver de grosses surprises. Mais, au bout du compte, il est également tout à fait plausible que la prochaine Chambre des communes ne soit guère différente de la précédente, tout au moins au niveau des positions respectives des partis.
Si tel était le cas, le Québec et le reste du Canada auraient donné ensemble au Parti conservateur un second mandat minoritaire qui pourrait rapidement devenir un cadeau empoisonné pour Stephen Harper.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
En apparence tout au moins, les élections ne changeraient pas grand-chose à la donne québécoise, à ceci près qu'on est ici devant un cas flagrant d'apparences trompeuses. Sous le couvert d'une mathématique de sièges à peu près inchangée, la tournure appréhendée du scrutin fédéral au Québec annonce en fait un changement de paradigme dévastateur pour Stephen Harper.
Quelle que soit l'issue globale du vote, il sera un des grands perdants de la campagne si, mardi, les Québécois ne soutiennent pas son parti en aussi grand nombre qu'en 2006. Une telle dégelée — car c'est bien de cela qu'il est question dans l'état actuel des intentions de vote — aurait de graves conséquences pour l'autorité morale de Stephen Harper et, éventuellement, pour son leadership. Comme Joe Clark et Brian Mulroney avant lui, il a fait de la conquête du Québec le grand pari de sa carrière de chef conservateur.
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Pendant ses deux années et demie au pouvoir, Stephen Harper a misé une grosse partie de son capital politique sur le Québec. Pour asseoir Montréal à la table du cabinet, il a brisé une règle sacro-sainte de sa formation en nommant un non-élu au Sénat. Il a traîné sa base réformiste jusqu'à l'autel de la reconnaissance de la nation québécoise. Il a vanté les vertus du nationalisme québécois sur toutes les tribunes du Canada. Tout cela dans l'espoir de cimenter l'adhésion des Québécois au Parti conservateur.
Si le Québec manque à l'appel mardi et, plus encore, si son absence coûte à Stephen Harper la possibilité de former un gouvernement majoritaire — voire de rester au pouvoir —, c'est l'échafaudage de la coalition conservatrice qu'il a entrepris de mettre en place qui va lui tomber sur la tête.
Dans un tel scénario, M. Harper se retrouverait avec un trou béant au coeur de son caucus. On a souvent dit, avec raison, que l'équipe québécoise qui l'a accompagné au pouvoir en 2006 était la plus anémique de l'histoire récente du Canada. La prochaine fournée pourrait être encore plus médiocre.
À cet égard, il suffit de savoir que Maxime Bernier, un ex-ministre en disgrâce, et sa collègue Josée Verner, à peu près unanimement considérée comme la plus faible ministre du Patrimoine de l'histoire, détiennent actuellement deux des derniers sièges conservateurs sûrs au Québec.
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La semaine dernière, au cours d'une entrevue, Stephen Harper a affirmé que la réélection d'un second gouvernement minoritaire conservateur mardi constituerait avant tout un sévère avertissement pour les partis d'opposition, lesquels auraient intérêt, par la suite, à veiller à ne pas faire chavirer la barque parlementaire.
Il s'agit, au mieux, d'une demi-vérité. Dans des registres différents, les quatre partis d'opposition viennent de passer la campagne à solliciter un mandat pour tenir tête à Stephen Harper dans le prochain Parlement. Au Québec, il s'agit d'un changement radical de contexte par rapport à 2006.
À l'époque, les conservateurs avaient détourné à leur profit une partie des fruits de la colère populaire entretenue par le Bloc au sujet du scandale des commandites. Pendant la campagne, le premier ministre Jean Charest avait fait des appels du pied en faveur de Stephen Harper. Les élites médiatiques québécoises s'étaient montrées plutôt ouvertes à l'idée d'un régime conservateur à l'essai. Au lendemain du vote, M. Harper pouvait compter sur un appui moral plus large que sa mince députation québécoise.
Cette fois-ci, le Bloc a mis le Parti conservateur dans sa mire dès le premier jour de campagne, et Jean Charest a passé plus de temps sur les mêmes barricades que Gilles Duceppe qu'aux côtés de son ancien allié fédéral.
Le réalignement québécois laisse présager un retour à une certaine culture d'affrontement entre Québec et Ottawa. Plusieurs des projets politiques de M. Harper — sur l'union économique, le Sénat, la composition de la Chambre des communes — vont dans le sens contraire des positions défendues par le Québec, tandis que d'autres, comme sa promesse de baliser le pouvoir fédéral de dépenser, n'ont pas beaucoup d'élan à l'extérieur du Québec. Avec un minimum d'épaules québécoises à la roue d'un éventuel gouvernement Harper, l'idée conservatrice d'une charte du fédéralisme n'irait pas non plus nécessairement bien loin.
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Maintenant que le Québec semble décidé à rentrer dans ses terres bloquistes, c'est le reste du Canada qui va déterminer la composition finale du prochain gouvernement canadien.
Dans le paysage fluide de nombreuses luttes à trois ou même à quatre, l'exercice pourrait réserver de grosses surprises. Mais, au bout du compte, il est également tout à fait plausible que la prochaine Chambre des communes ne soit guère différente de la précédente, tout au moins au niveau des positions respectives des partis.
Si tel était le cas, le Québec et le reste du Canada auraient donné ensemble au Parti conservateur un second mandat minoritaire qui pourrait rapidement devenir un cadeau empoisonné pour Stephen Harper.
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
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