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Revue de presse - Autopsie d'une campagne

Manon Cornellier   11 octobre 2008  Canada
Comment le chef conservateur Stephen Harper a-t-il pu laisser s'échapper sa mince chance de former un gouvernement majoritaire? La possible élection d'un autre gouvernement minoritaire annonce-t-elle un changement permanent de l'échiquier politique canadien? La campagne en cours n'est pas encore finie qu'on s'interroge déjà sur ce qui fut et ce qui sera.

Le fléchissement des appuis conservateurs a attiré les projecteurs sur les failles dans l'armure de Harper. Ralph Surette, du Halifax Chronicle-Herald, se demande combien de temps pouvait durer «l'illusion» créée par le Parti conservateur autour de son chef? L'économie est venue lui rappeler qu'il ne pouvait tout contrôler ni le faire oublier en s'en tenant à son discours rassurant. Surette pense toutefois que cela dépasse la question économique. M. Harper, dit-il, est rattrapé par son «idéologie en faveur d'un libre marché poussé à son extrême, du militarisme, d'une politique sociale réactionnaire et ainsi de suite». Le problème, dit-il, est que le gouvernement Harper ne croit pas dans l'intervention de l'État, avisée ou non. «Voilà le problème, mais on n'en connaîtra peut-être l'ampleur qu'après les élections, quand l'action gouvernementale sera de plus en plus nécessaire.»

Dans un éditorial pour toute la chaîne SunMedia, Paul Rutherford constate que Harper a raté sa chance. «Harper n'avait qu'à présenter un programme économique solide pour convaincre les Canadiens qu'ils pouvaient faire confiance aux conservateurs pour diriger l'économie canadienne en ces temps incertains.» Rutherford pense que Harper a cru que les Canadiens, satisfaits de sa gouverne, le rééliraient sur cette base. «Ce n'est pas la faute de Harper si l'instabilité économique s'est accentuée durant la campagne, mais y faire face est sa responsabilité. Harper a dit qu'il était le seul leader dans cette course. D'accord, mais un leader qui a perdu son élan.»

Selon le Globe and Mail, Harper a simplement été fidèle à lui-même durant cette campagne. Fidèle à ce qu'il y a de mieux, mais aussi à ce qu'il y a de pire chez lui. «Dans son programme et ses déclarations [mercredi], M. Harper est apparu comme un technocrate prudent sur le plan des politiques publiques, mais incapable de communiquer de l'empathie à une population canadienne inquiète, ou de rejoindre, de façon rassurante et convaincante, ceux qui craignent pour leur emploi, voient la valeur de leurs épargnes plonger et qui sont forcés de remettre leur retraite à plus tard.»

Le chef libéral Stéphane Dion a trouvé grâce, en revanche, auprès de plusieurs commentateurs, dont Haroon Siddiqui, du Toronto Star. Ce dernier s'insurge contre l'attention portée à l'image des chefs. Selon lui, il serait plus pertinent de s'assurer de leur intégrité, de leur intelligence, de leur expérience, de leur courage et de leur jugement, et d'examiner la pertinence de leurs idées. Siddiqui admet que Dion a des faiblesses, mais il note que Harper les partage presque toutes. «Le vrai problème avec Dion est qu'il n'inspire pas les gens. Harper, lui, inspire la peur. Faites votre choix», écrit Siddiqui, lapidaire.

L'avenir

Selon Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, la persistance du Bloc et la montée des verts laissent croire que l'ère des grands partis nationaux, inspirés par la recherche de compromis, est peut-être terminée. L'échiquier politique est davantage régional, rendant la gouverne du pays plus difficile, croit-il. Il s'en prend en particulier à l'appui accordé au Bloc, qui garde les francophones en marge de l'exercice du pouvoir à Ottawa. «En matière de politique fédérale, le Québec est devenu, écrit-il, une société avant tout demanderesse, plutôt que participante, ses électeurs ayant l'assurance que leur gouvernement provincial demandera toujours quelque chose, que le gouvernement fédéral se préoccupera toujours de leurs intérêts et qu'ils auront toujours un parti d'opposition pour parler uniquement de ces mêmes intérêts.» Avec le Bloc, il est devenu difficile pour les autres partis d'envisager obtenir un mandat majoritaire. Selon Simpson, les partis nationaux sont assaillis par «l'idéologie de la gauche (le NPD), la poursuite d'intérêts régionaux étroits (le Bloc) et la politique centrée sur une seule cause (les verts)». Pour cette raison, dit-il, la politique canadienne ne sera jamais plus la même.

Bob Hepburn, du Toronto Star, avoue pour sa part avoir beaucoup d'admiration pour la chef des verts, Elizabeth May, mais il estime «qu'il est raisonnable de dire que, pour le bien de l'environnement, les verts devraient s'effacer». Il rappelle que ce parti ravit des votes aux libéraux et aux néo-démocrates, ouvrant peut-être ainsi la voie à un autre gouvernement conservateur. Si cela se répète, sans que les verts gagnent de sièges, «ils pourraient devenir ce qui est arrivé de pire, et non de mieux, pour l'environnement canadien depuis des décennies». Hepburn écrit que les verts ont atteint leur premier objectif, qui était de faire de l'environnement un enjeu. Libéraux et néo-démocrates y consacrent de grands pans de leur programme respectif. Reste à les mettre en oeuvre, ce que l'élection des conservateurs ne permettrait pas.

Le nerf de la guerre

Ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Tom Flanagan avance, dans un texte paru dans le Globe and Mail, que les nouvelles règles en matière de financement des partis politiques contribuent à ce morcellement. Le financement populaire, qui est assorti d'un financement gouvernemental, favorise, dit-il, les plus petits partis, le Parti vert en offrant la preuve. Grâce au financement de l'État, basé sur le nombre de votes obtenus, les verts ont des ressources inespérées. Et il y a le Bloc, dit-il, qui peut subvenir à presque tous ses besoins avec cette subvention. Selon lui, ce système de financement «encourage des groupes de pression à se transformer en partis et maintient en vie des partis qui ont perdu leur utilité».






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