Plate-forme minceur au PC
Harper promet d'abolir la portion du projet de loi C-10 sur la censure au cinéma
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper a estimé hier que les chefs de l’opposition «paniquent» en proposant des plans économiques en pleine campagne électorale.
Toronto — À une semaine du scrutin, le Parti conservateur a dévoilé hier une plate-forme électorale minceur qui réserve peu de surprises. Plusieurs mesures recyclent des engagements du précédent gouvernement, notamment envers le Québec. Parmi les nouveautés annoncées hier, le chef conservateur a promis une aide modeste au secteur manufacturier, notamment pour les industries automobile et aérospatiale.
Malmené par l'industrie culturelle depuis plusieurs semaines, le Parti conservateur a également annoncé que la portion du projet de loi C-10 qui ouvrait la porte à une censure d'État au cinéma ne verrait pas le jour. La vaste loi déjà adoptée va rester en place, mais la section sur le financement des films qui a soulevé la colère des producteurs, réalisateurs et artisans du cinéma sera modifiée. Aucune précision n'a été fournie sur la manière de changer cette portion de la loi.
«On n'a pas l'intention de continuer avec ça si ce n'est pas avantageux pour les contribuables et l'industrie», a dit Stephen Harper hier. Son gouvernement avait défendu bec et ongles ce projet de loi aux Communes, soutenant qu'il ne s'agissait pas de censure et que la mesure avait d'abord été proposée par le précédent gouvernement libéral.
Les troupes de Stephen Harper ne reculent toutefois pas sur le financement des arts en général. Les compressions de 45 millions dans une quinzaine de programmes restent en place.
Devant le Canadian Club et l'Empire Club de Toronto, Stephen Harper a réservé ses nouvelles annonces à trois secteurs économiques précis. De l'argent frais (50 millions par année pendant quatre ans) serait consacré à l'Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense, une structure déjà existante. Le Fonds d'innovation pour le secteur de l'automobile, lui aussi déjà en place, toucherait de son côté 200 millions de dollars sur quatre ans. Il faut préciser que les entreprises devront rembourser cette aide, qui est en fait un prêt pour aider spécifiquement le développement de nouvelles technologies.
Dans le cas du secteur manufacturier, durement frappé depuis cinq ans, le Parti conservateur entend abolir les droits de douane sur l'achat de certains équipements importés. Une économie de 345 millions de dollars pour les entreprises sur quatre ans. Aucune précision n'a été fournie sur le type d'équipement concerné par la mesure.
Depuis son élection en 2006, le Parti conservateur a toujours été réticent à aider directement les industries en difficultés, préférant baisser les impôts plutôt que d'investir. Cette approche a été durement critiquée par tous les partis politiques depuis le début de la campagne électorale, qui blâment Stephen Harper pour son «laisser-faire» en ces temps difficiles.
Hier, Stephen Harper a tenu à répondre à ses adversaires. «La façon dont l'opposition relèverait les défis de l'économie mondiale est de donner de l'argent chaque fois qu'il y a un problème. De supposer que chaque problème a besoin d'une réponse immédiate, sous forme d'une intervention ou d'une subvention coûteuse à court terme. On n'a pas fait ça pendant deux ans et demi, et on ne va pas commencer à le faire aujourd'hui», a-t-il dit dans son discours. Selon lui, les chefs de l'opposition «paniquent» en proposant des plans économiques en pleine campagne électorale.
Il se défend toutefois d'être insensible et de n'éprouver aucune sympathie pour ceux qui perdent leur emploi. «On a fait beaucoup de choses et on propose plusieurs mesures pour répondre aux inquiétudes des gens», a-t-il dit en citant certains éléments de sa plate-forme, notamment l'aide aux aînés et le fractionnement des revenus pour les couples qui s'occupent d'un enfant handicapé. «Si on garde le cap, on va passer à travers», a-t-il dit.
Présent au discours du chef conservateur, le député libéral Bob Rae a affirmé que «le premier ministre dirige un pays en récession» et que «tout le monde le sait, sauf lui», a-t-il dit. M. Rae estime que Stephen Harper a «sous-estimé» la crise. «La question est de savoir si les gens veulent un gouvernement à leurs côtés», a-t-il dit.
Une plate-forme frugale
La plate-forme dévoilée hier à Toronto renferme 8,6 milliards de dollars d'engagements sur une période de quatre ans. De ce montant, 6,5 milliards iraient en réductions fiscales, saupoudrées à droite et à gauche depuis le début de la campagne électorale. Près de 2,1 milliards sur quatre ans prendraient la direction de nouveaux investissements. Un surplus de huit milliards de dollars sur quatre ans est prévu.
À titre de comparaison, les engagements du Parti libéral totalisent 55 milliards de dollars sur quatre ans, combinés à une taxe sur le carbone qui promet une réforme fiscale et des baisses d'impôts.
Une approche ambitieuse que Stephen Harper rejette en ces temps d'incertitude économique. «La plate-forme qu'on présente aujourd'hui va coûter moins de trois milliards de dollars par année. [...] Les plates-formes des partis de l'opposition sont écrites dans un monde économique imaginaire, un endroit où l'argent pousse dans les arbres», a-t-il dit.
Le chef conservateur affirme qu'il n'y aura pas de déficit pendant son mandat. Par contre, les stratèges de sa campagne avouent avoir fait leurs projections financières en se basant sur la croissance économique prévue dans le dernier budget fédéral (1,7 % en 2008 et 2,4 % en 2009). Or, la situation s'est grandement détériorée depuis mars dernier. Les économistes du secteur privé estiment que la croissance du PIB sera nulle au Canada cette année et une bonne partie de l'an prochain. Certains prédisent même une récession passagère.
«On a été conservateurs dans nos estimations, s'est défendu Stephen Harper. On a une plate-forme flexible qui permet des ajustements.» Le programme pourrait ne pas être implanté dès le début du mandat, a-t-il dit, ajoutant qu'il s'agit d'un plan «modeste», «abordable» et «réaliste».
Le Québec en reste
En ce qui concerne spécifiquement le Québec, la plate-forme conservatrice n'ajoute rien de nouveau. Au contraire, la réforme du Sénat y figure, une proposition que le gouvernement du Québec conteste.
La création d'une Charte du fédéralisme d'ouverture est de nouveau promise. Le chef conservateur et son entourage n'ont pas été en mesure de dire ce que contiendrait une telle charte. Des négociations avec les provinces seront nécessaires, a-t-on souligné. «C'est une charte pour expliquer les principes du fédéralisme, soit le respect des compétences des provinces et l'obligation de coopérer dans le cas des programmes partagés», a dit Stephen Harper.
Le paragraphe sur l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces ne fera pas davantage plaisir au gouvernement du Québec, puisqu'il reprend les termes du dernier discours du Trône sur les programmes «à frais partagés».
Cette approche avait été rejetée par Québec, puisqu'il ne se crée plus de programmes à frais partagés. Le litige concerne l'empiétement total dans les champs de compétence des provinces de la part du gouvernement fédéral, comme cela avait été le cas avec les garderies. Mais la plupart des provinces ne sont pas de l'avis du Québec sur cette question.
Criminalité et avortement
Le Parti conservateur mentionne de nouveau dans sa plate-forme son engagement controversé sur les jeunes contrevenants. La section sur la criminalité est d'ailleurs l'une des plus volumineuses, alors que l'on y retrouve la fin des libérations conditionnelles automatiques et une étrange promesse sur le droit des citoyens victimes d'actes terroristes de poursuivre en justice les promoteurs d'organisations terroristes. Plus de détails devraient être fournis cette semaine, dit-on. Le PC réaffirme qu'il ne veut pas rouvrir le débat sur l'avortement au pays.
Malmené par l'industrie culturelle depuis plusieurs semaines, le Parti conservateur a également annoncé que la portion du projet de loi C-10 qui ouvrait la porte à une censure d'État au cinéma ne verrait pas le jour. La vaste loi déjà adoptée va rester en place, mais la section sur le financement des films qui a soulevé la colère des producteurs, réalisateurs et artisans du cinéma sera modifiée. Aucune précision n'a été fournie sur la manière de changer cette portion de la loi.
«On n'a pas l'intention de continuer avec ça si ce n'est pas avantageux pour les contribuables et l'industrie», a dit Stephen Harper hier. Son gouvernement avait défendu bec et ongles ce projet de loi aux Communes, soutenant qu'il ne s'agissait pas de censure et que la mesure avait d'abord été proposée par le précédent gouvernement libéral.
Les troupes de Stephen Harper ne reculent toutefois pas sur le financement des arts en général. Les compressions de 45 millions dans une quinzaine de programmes restent en place.
Devant le Canadian Club et l'Empire Club de Toronto, Stephen Harper a réservé ses nouvelles annonces à trois secteurs économiques précis. De l'argent frais (50 millions par année pendant quatre ans) serait consacré à l'Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense, une structure déjà existante. Le Fonds d'innovation pour le secteur de l'automobile, lui aussi déjà en place, toucherait de son côté 200 millions de dollars sur quatre ans. Il faut préciser que les entreprises devront rembourser cette aide, qui est en fait un prêt pour aider spécifiquement le développement de nouvelles technologies.
Dans le cas du secteur manufacturier, durement frappé depuis cinq ans, le Parti conservateur entend abolir les droits de douane sur l'achat de certains équipements importés. Une économie de 345 millions de dollars pour les entreprises sur quatre ans. Aucune précision n'a été fournie sur le type d'équipement concerné par la mesure.
Depuis son élection en 2006, le Parti conservateur a toujours été réticent à aider directement les industries en difficultés, préférant baisser les impôts plutôt que d'investir. Cette approche a été durement critiquée par tous les partis politiques depuis le début de la campagne électorale, qui blâment Stephen Harper pour son «laisser-faire» en ces temps difficiles.
Hier, Stephen Harper a tenu à répondre à ses adversaires. «La façon dont l'opposition relèverait les défis de l'économie mondiale est de donner de l'argent chaque fois qu'il y a un problème. De supposer que chaque problème a besoin d'une réponse immédiate, sous forme d'une intervention ou d'une subvention coûteuse à court terme. On n'a pas fait ça pendant deux ans et demi, et on ne va pas commencer à le faire aujourd'hui», a-t-il dit dans son discours. Selon lui, les chefs de l'opposition «paniquent» en proposant des plans économiques en pleine campagne électorale.
Il se défend toutefois d'être insensible et de n'éprouver aucune sympathie pour ceux qui perdent leur emploi. «On a fait beaucoup de choses et on propose plusieurs mesures pour répondre aux inquiétudes des gens», a-t-il dit en citant certains éléments de sa plate-forme, notamment l'aide aux aînés et le fractionnement des revenus pour les couples qui s'occupent d'un enfant handicapé. «Si on garde le cap, on va passer à travers», a-t-il dit.
Présent au discours du chef conservateur, le député libéral Bob Rae a affirmé que «le premier ministre dirige un pays en récession» et que «tout le monde le sait, sauf lui», a-t-il dit. M. Rae estime que Stephen Harper a «sous-estimé» la crise. «La question est de savoir si les gens veulent un gouvernement à leurs côtés», a-t-il dit.
Une plate-forme frugale
La plate-forme dévoilée hier à Toronto renferme 8,6 milliards de dollars d'engagements sur une période de quatre ans. De ce montant, 6,5 milliards iraient en réductions fiscales, saupoudrées à droite et à gauche depuis le début de la campagne électorale. Près de 2,1 milliards sur quatre ans prendraient la direction de nouveaux investissements. Un surplus de huit milliards de dollars sur quatre ans est prévu.
À titre de comparaison, les engagements du Parti libéral totalisent 55 milliards de dollars sur quatre ans, combinés à une taxe sur le carbone qui promet une réforme fiscale et des baisses d'impôts.
Une approche ambitieuse que Stephen Harper rejette en ces temps d'incertitude économique. «La plate-forme qu'on présente aujourd'hui va coûter moins de trois milliards de dollars par année. [...] Les plates-formes des partis de l'opposition sont écrites dans un monde économique imaginaire, un endroit où l'argent pousse dans les arbres», a-t-il dit.
Le chef conservateur affirme qu'il n'y aura pas de déficit pendant son mandat. Par contre, les stratèges de sa campagne avouent avoir fait leurs projections financières en se basant sur la croissance économique prévue dans le dernier budget fédéral (1,7 % en 2008 et 2,4 % en 2009). Or, la situation s'est grandement détériorée depuis mars dernier. Les économistes du secteur privé estiment que la croissance du PIB sera nulle au Canada cette année et une bonne partie de l'an prochain. Certains prédisent même une récession passagère.
«On a été conservateurs dans nos estimations, s'est défendu Stephen Harper. On a une plate-forme flexible qui permet des ajustements.» Le programme pourrait ne pas être implanté dès le début du mandat, a-t-il dit, ajoutant qu'il s'agit d'un plan «modeste», «abordable» et «réaliste».
Le Québec en reste
En ce qui concerne spécifiquement le Québec, la plate-forme conservatrice n'ajoute rien de nouveau. Au contraire, la réforme du Sénat y figure, une proposition que le gouvernement du Québec conteste.
La création d'une Charte du fédéralisme d'ouverture est de nouveau promise. Le chef conservateur et son entourage n'ont pas été en mesure de dire ce que contiendrait une telle charte. Des négociations avec les provinces seront nécessaires, a-t-on souligné. «C'est une charte pour expliquer les principes du fédéralisme, soit le respect des compétences des provinces et l'obligation de coopérer dans le cas des programmes partagés», a dit Stephen Harper.
Le paragraphe sur l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces ne fera pas davantage plaisir au gouvernement du Québec, puisqu'il reprend les termes du dernier discours du Trône sur les programmes «à frais partagés».
Cette approche avait été rejetée par Québec, puisqu'il ne se crée plus de programmes à frais partagés. Le litige concerne l'empiétement total dans les champs de compétence des provinces de la part du gouvernement fédéral, comme cela avait été le cas avec les garderies. Mais la plupart des provinces ne sont pas de l'avis du Québec sur cette question.
Criminalité et avortement
Le Parti conservateur mentionne de nouveau dans sa plate-forme son engagement controversé sur les jeunes contrevenants. La section sur la criminalité est d'ailleurs l'une des plus volumineuses, alors que l'on y retrouve la fin des libérations conditionnelles automatiques et une étrange promesse sur le droit des citoyens victimes d'actes terroristes de poursuivre en justice les promoteurs d'organisations terroristes. Plus de détails devraient être fournis cette semaine, dit-on. Le PC réaffirme qu'il ne veut pas rouvrir le débat sur l'avortement au pays.
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