Le plan Harper transpire l'improvisation
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Stephen Harper a présenté sa plateforme électorale, hier, qui comprend un plan pour faire face à la crise financière qui secoue la planète.
Les libéraux s'indignent de ce que Stephen Harper n'ait toujours pas de plan pour faire face à la crise financière et au ralentissement économique, réduisant la plate-forme conservatrice dévoilée hier à «un bout de napkin».
Depuis Vancouver où il faisait campagne, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a dit estimer qu'en ne présentant aucun plan, M. Harper incite les Canadiens à «changer le capitaine et son équipage». «Stephen Harper a dit: "ne changez pas de bateau au milieu de la tempête". On a un capitaine qui dort sur le gouvernail. Pour les Canadiens, ce qu'il nous faut changer, c'est le capitaine et son équipage», a-t-il lancé. Il a qualifié le programme conservateur de brochure qui fait état de «l'immobilisme au pouvoir» et de «l'absence de vision».
À Montréal, les candidats Michael Ignatieff et Pablo Rodriguez ont mené l'attaque contre les conservateurs de Stephen Harper. En comparaison du plan, de la vision et de la volonté d'agir des libéraux, le programme de M. Harper n'est qu'«un bout de napkin», a lancé M. Rodriguez en conférence de presse afin de bien insister sur l'improvisation du geste conservateur à une semaine du scrutin. Son collègue Ignatieff qui avait déserté hier sa circonscription ontarienne d'Etobicoke-Lakeshore pour donner un coup de main à des candidats montréalais, a fait valoir que rien dans le plan de M. Harper ne peut rassurer la population canadienne inquiète de la turbulence des marchés. «Ce que les Canadiens attendent d'un gouvernement, c'est un gouvernement qui fait face à la réalité difficile avec sérénité et calme. [...] M. Harper croit au pouvoir, mais pas au pouvoir du gouvernement de réglementer un marché moderne. Et c'est ça qui manque», a-t-il dit.
De plus, en présentant ses intentions à une semaine du jour J, Stephen Harper fait preuve de cynisme, croit M. Ignatieff. «C'est un premier ministre qui ne respecte pas les principes de démocratie, qui ne respecte pas les citoyens et leur droit de connaître la plate-forme des partis avant de se prononcer. C'est un principe élémentaire de la démocratie», a rappelé M. Ignatieff.
Lors d'une allocution, Stéphane Dion a évoqué la possibilité qu'un gouvernement libéral hausse le plafond d'épargnes en banque protégé par la Société d'assurance-dépôts du Canada qui est de 100 000 $ à l'heure actuelle, ce qui veut dire qu'un compte en banque bénéficie d'une protection jusqu'à concurrence de 100 000 $ par la Société en cas de faillite de la banque. M. Dion a toutefois refusé d'indiquer le montant envisagé. Il a prétexté qu'il n'était pas encore premier ministre et qu'il voulait agir de la bonne façon.
Le chef libéral a également laissé entendre que les retraités qui doivent obligatoirement retirer leur REER dans un Fonds enregistré du revenu de retraite pourraient être exemptés temporairement de cette obligation, au moment où les marchés sont au plus bas.
Lors du débat en français des chefs, mercredi dernier, Stéphane Dion s'était engagé à mettre en place un plan dans les trente jours d'arrivée au pouvoir pour contrer les effets de la crise financière et de ses possibles débordements. Ce plan se ferait en concertation avec les provinces.
Pour le PLC, l'annonce tardive de certains investissements par un gouvernement conservateur dans les secteurs manufacturier et industriel est mineure et ne peut compenser en rien les compressions effectuées par Stephen Harper.
Irresponsable, selon Gilles Duceppe
La plate-forme conservatrice a également fait réagir le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. De passage à Trois-Rivières, le chef bloquiste a carrément accusé Stephen Harper de manquer de sens des responsabilités. «En improvisant un programme de dernière minute, Harper a démontré sa fragilité politique et, surtout, qu'il n'a rien compris à la fragilité de l'économie», a affirmé M. Duceppe.
«Un premier ministre qui attend à la dernière minute, pour avoir un effet médiatique, et qui nous dit que [ses mesures] sont encore vagues, ce n'est pas quelqu'un de responsable», a-t-il laissé tomber. Pire encore, aux yeux de M. Duceppe, le chef conservateur semble complètement dépassé par les événements.
Il estime en outre que les rabais de droits de douane consentis à l'industrie manufacturière québécoise — 88 millions de dollars sur quatre ans selon les calculs du Bloc — n'auront que peu d'impact dans un secteur qui souffre surtout d'un manque de capitaux. «C'est bien beau de dédouaner, mais encore faut-il avoir l'argent, la liquidité pour acheter les machines. C'est là que le problème se pose: il n'y a pas de garanties de prêt et il n'y a pas de crédits d'impôt remboursables pour la recherche et le développement», a dit M. Duceppe.
Plutôt que de donner un coup de pouce à une filière industrielle québécoise malade, M. Harper a préféré, d'après le leader bloquiste, rester fidèle à son credo idéologique. «Il n'a surtout pas abandonné sa théorie et sa philosophie du laisser-faire économique et n'a surtout pas abandonné ses amies les pétrolières», a avancé celui qui ne cesse de dénoncer les avantages fiscaux de 2,7 milliards de dollars accordés aux géants du pétrole par le fédéral.
Quant à l'aide au secteur aéronautique — 30 millions de dollars par année au Québec selon le Bloc —, il s'agit essentiellement de la reconduction d'un éventail de programmes, a évalué le chef bloquiste, peu impressionné.
De son côté, le chef du NPD, Jack Layton, a dénoncé la désinvolture de Stephen Harper devant les problèmes qui se posent avec de plus en plus d'acuité. Selon lui, les conservateurs ne s'attaquent pas aux difficultés financières auxquelles fait face le Canada. Et ils ne proposent rien aux familles qui craignent pour leurs retraites, leurs économies et leurs emplois, a-t-il ajouté.
Pour le chef néodémocrate, le programme électoral conservateur se résume donc à un «geste désespéré de dernière minute». Aussi, croit-il que le gouvernement doit intervenir et réinvestir dans plusieurs secteurs de l'économie canadienne.
Le programme électoral conservateur, dévoilé à une semaine du jour du scrutin, prévoit de hausser de 400 millions de dollars par an, pour les quatre prochaines années, le fonds des nouvelles technologies en aérospatiale et en construction automobile. Le chef néodémocrate a affirmé que ce montant ne représente qu'une fraction des 50 milliards d'allégements fiscaux accordés par M. Harper à certaines des sociétés les plus riches du pays.
Il a également accusé le chef conservateur de marcher dans le sillage de l'ancien premier ministre conservateur Richard Bennett. «La réponse de M. Harper vis-à-vis les nuages qui couvrent notre économie réelle est de dire que nous n'avons pas besoin de nous préoccuper des secteurs manufacturier et forestier. [Et sa] réponse à l'égard de la crise dans le système bancaire, a poursuivi Jack Layton, est de dire que tout va bien, rien ne doit changer et qu'il n'y a pas de problèmes. [Richard] Bennett n'aurait pas pu mieux dire en 1930.»
***
Avec la collaboration de La Presse canadienne
Depuis Vancouver où il faisait campagne, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a dit estimer qu'en ne présentant aucun plan, M. Harper incite les Canadiens à «changer le capitaine et son équipage». «Stephen Harper a dit: "ne changez pas de bateau au milieu de la tempête". On a un capitaine qui dort sur le gouvernail. Pour les Canadiens, ce qu'il nous faut changer, c'est le capitaine et son équipage», a-t-il lancé. Il a qualifié le programme conservateur de brochure qui fait état de «l'immobilisme au pouvoir» et de «l'absence de vision».
À Montréal, les candidats Michael Ignatieff et Pablo Rodriguez ont mené l'attaque contre les conservateurs de Stephen Harper. En comparaison du plan, de la vision et de la volonté d'agir des libéraux, le programme de M. Harper n'est qu'«un bout de napkin», a lancé M. Rodriguez en conférence de presse afin de bien insister sur l'improvisation du geste conservateur à une semaine du scrutin. Son collègue Ignatieff qui avait déserté hier sa circonscription ontarienne d'Etobicoke-Lakeshore pour donner un coup de main à des candidats montréalais, a fait valoir que rien dans le plan de M. Harper ne peut rassurer la population canadienne inquiète de la turbulence des marchés. «Ce que les Canadiens attendent d'un gouvernement, c'est un gouvernement qui fait face à la réalité difficile avec sérénité et calme. [...] M. Harper croit au pouvoir, mais pas au pouvoir du gouvernement de réglementer un marché moderne. Et c'est ça qui manque», a-t-il dit.
De plus, en présentant ses intentions à une semaine du jour J, Stephen Harper fait preuve de cynisme, croit M. Ignatieff. «C'est un premier ministre qui ne respecte pas les principes de démocratie, qui ne respecte pas les citoyens et leur droit de connaître la plate-forme des partis avant de se prononcer. C'est un principe élémentaire de la démocratie», a rappelé M. Ignatieff.
Lors d'une allocution, Stéphane Dion a évoqué la possibilité qu'un gouvernement libéral hausse le plafond d'épargnes en banque protégé par la Société d'assurance-dépôts du Canada qui est de 100 000 $ à l'heure actuelle, ce qui veut dire qu'un compte en banque bénéficie d'une protection jusqu'à concurrence de 100 000 $ par la Société en cas de faillite de la banque. M. Dion a toutefois refusé d'indiquer le montant envisagé. Il a prétexté qu'il n'était pas encore premier ministre et qu'il voulait agir de la bonne façon.
Le chef libéral a également laissé entendre que les retraités qui doivent obligatoirement retirer leur REER dans un Fonds enregistré du revenu de retraite pourraient être exemptés temporairement de cette obligation, au moment où les marchés sont au plus bas.
Lors du débat en français des chefs, mercredi dernier, Stéphane Dion s'était engagé à mettre en place un plan dans les trente jours d'arrivée au pouvoir pour contrer les effets de la crise financière et de ses possibles débordements. Ce plan se ferait en concertation avec les provinces.
Pour le PLC, l'annonce tardive de certains investissements par un gouvernement conservateur dans les secteurs manufacturier et industriel est mineure et ne peut compenser en rien les compressions effectuées par Stephen Harper.
Irresponsable, selon Gilles Duceppe
La plate-forme conservatrice a également fait réagir le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. De passage à Trois-Rivières, le chef bloquiste a carrément accusé Stephen Harper de manquer de sens des responsabilités. «En improvisant un programme de dernière minute, Harper a démontré sa fragilité politique et, surtout, qu'il n'a rien compris à la fragilité de l'économie», a affirmé M. Duceppe.
«Un premier ministre qui attend à la dernière minute, pour avoir un effet médiatique, et qui nous dit que [ses mesures] sont encore vagues, ce n'est pas quelqu'un de responsable», a-t-il laissé tomber. Pire encore, aux yeux de M. Duceppe, le chef conservateur semble complètement dépassé par les événements.
Il estime en outre que les rabais de droits de douane consentis à l'industrie manufacturière québécoise — 88 millions de dollars sur quatre ans selon les calculs du Bloc — n'auront que peu d'impact dans un secteur qui souffre surtout d'un manque de capitaux. «C'est bien beau de dédouaner, mais encore faut-il avoir l'argent, la liquidité pour acheter les machines. C'est là que le problème se pose: il n'y a pas de garanties de prêt et il n'y a pas de crédits d'impôt remboursables pour la recherche et le développement», a dit M. Duceppe.
Plutôt que de donner un coup de pouce à une filière industrielle québécoise malade, M. Harper a préféré, d'après le leader bloquiste, rester fidèle à son credo idéologique. «Il n'a surtout pas abandonné sa théorie et sa philosophie du laisser-faire économique et n'a surtout pas abandonné ses amies les pétrolières», a avancé celui qui ne cesse de dénoncer les avantages fiscaux de 2,7 milliards de dollars accordés aux géants du pétrole par le fédéral.
Quant à l'aide au secteur aéronautique — 30 millions de dollars par année au Québec selon le Bloc —, il s'agit essentiellement de la reconduction d'un éventail de programmes, a évalué le chef bloquiste, peu impressionné.
De son côté, le chef du NPD, Jack Layton, a dénoncé la désinvolture de Stephen Harper devant les problèmes qui se posent avec de plus en plus d'acuité. Selon lui, les conservateurs ne s'attaquent pas aux difficultés financières auxquelles fait face le Canada. Et ils ne proposent rien aux familles qui craignent pour leurs retraites, leurs économies et leurs emplois, a-t-il ajouté.
Pour le chef néodémocrate, le programme électoral conservateur se résume donc à un «geste désespéré de dernière minute». Aussi, croit-il que le gouvernement doit intervenir et réinvestir dans plusieurs secteurs de l'économie canadienne.
Le programme électoral conservateur, dévoilé à une semaine du jour du scrutin, prévoit de hausser de 400 millions de dollars par an, pour les quatre prochaines années, le fonds des nouvelles technologies en aérospatiale et en construction automobile. Le chef néodémocrate a affirmé que ce montant ne représente qu'une fraction des 50 milliards d'allégements fiscaux accordés par M. Harper à certaines des sociétés les plus riches du pays.
Il a également accusé le chef conservateur de marcher dans le sillage de l'ancien premier ministre conservateur Richard Bennett. «La réponse de M. Harper vis-à-vis les nuages qui couvrent notre économie réelle est de dire que nous n'avons pas besoin de nous préoccuper des secteurs manufacturier et forestier. [Et sa] réponse à l'égard de la crise dans le système bancaire, a poursuivi Jack Layton, est de dire que tout va bien, rien ne doit changer et qu'il n'y a pas de problèmes. [Richard] Bennett n'aurait pas pu mieux dire en 1930.»
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Avec la collaboration de La Presse canadienne
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