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Diviser pour régner

Manon Cornellier   3 octobre 2008  Canada
«Ce qui préoccupe les Canadiens en ce moment, ce n'est pas la situation de l'emploi, ni de perdre leur maison comme aux États-Unis. Ce qui les préoccupe en ce moment, c'est de voir le marché boursier s'effriter.» Si le chef conservateur Stephen Harper comptait sur le débat en anglais d'hier soir pour marquer des points dans les communautés ontariennes et québécoises qui ont subi des pertes d'emplois importantes, il ne s'est sûrement pas aidé avec cette réplique qui pourrait revenir le hanter.

Comme mercredi soir, lors du débat en français, M. Harper s'en est tenu hier à son bilan et aux statistiques économiques positives, répétant à maintes reprises qu'il se créait plus d'emplois qu'il ne s'en perdait au Canada. Rien de ce qu'il a dit à cet égard n'était faux, mais les critiques des quatre autres chefs non plus.

M. Harper a montré encore une fois qu'il regardait la situation avec un recul trop grand pour voir les revers plus sombres de la réalité économique. Un exemple? Les emplois qui se créent exigent des compétences que les travailleurs licenciés n'ont pas nécessairement, ou sont créés à des centaines de kilomètres de chez eux, ou encore sont plus précaires et moins bien payés. En Ontario, tous les emplois créés depuis janvier sont à temps partiel, précisait le bulletin de Statistique Canada publié en août dernier.

***

Ses adversaires, eux, ont sauté sur cette réplique pour mettre en lumière la froideur du chef conservateur. «Vous êtes déconnecté», a lancé la chef du Parti vert, Elizabeth May. Ils ont tous adopté le point de vue des travailleurs, sûrement une meilleure carte à jouer en Ontario, où les conservateurs espèrent faire assez de gains pour s'assurer une majorité.

Pour le chef conservateur, le défi était, sans se laisser manger la laine sur le dos, de garder une prestance de premier ministre rassurant dont le bilan suffit à justifier qu'on lui redonne les commandes du pays. Contrairement à ce qui s'était produit mercredi soir, M. Harper était plus présent, en possession de ses moyens et souvent dominant, mais il a perdu la carte de la compassion et connu sa part de difficultés.

M. Harper, qui avait demandé un débat prolongé sur l'économie, s'est fait demander à maintes reprises où était son plan — il n'en avait toujours pas. Ou encore, où était son programme, qui n'a toujours pas été rendu public. «Est-il sous votre chandail?», lui a lancé le chef néo-démocrate Jack Layton.

Son refus de se commettre sur de nouvelles mesures pour absorber un éventuel choc économique lui a valu d'être accusé d'un dangereux «laisser-faire» par ces vis-à-vis. Il s'est relativement bien défendu, mais toujours avec la froideur du technocrate compétent et distant. Le chef libéral Stéphane Dion lui a damé le pion sur le front de la chaleur et de l'empathie.

***

M. Dion devait faire oublier son anglais parfois approximatif pour garder toute l'attention sur ses idées et ses forces. Il a relevé le défi, sans toutefois dominer le débat. Il a laissé au vestiaire ses manies de professeur pour afficher sa passion et sa conviction. Il s'adressait souvent à la caméra et a réussi à présenter plusieurs de ses politiques.

Contrairement à ce qu'il avait fait dans le débat en français, il a pris sa place dès le départ, sans attendre l'aide du modérateur. Les attentes à son égard étaient basses et donc faciles à remplir, mais pour renverser la vapeur de cette campagne difficile, il avait besoin d'un coup d'éclat et ce dernier n'est pas venu.

Même s'il s'exprimait dans sa langue maternelle, Jack Layton n'a pas réussi, malgré des pointes bien senties, à éclipser son adversaire libéral. Lui qui veut depuis le début de la campagne s'imposer comme la solution de rechange à Stephen Harper, il a poursuivi dans cette lignée, prenant le chef conservateur pour cible principale. Il l'a corrigé souvent, lui a reproché ses manoeuvres partisanes. Il était vigoureux, sincère et empreint de compassion, mais en matière économique et environnementale, il est revenu trop souvent sur son intention d'annuler les baisses d'impôt des grandes entreprises pour ne pas donner l'impression d'une rengaine simpliste.

***

De son côté, la chef du Parti vert, Elizabeth May s'est bien tirée d'affaire, démontrant sa connaissance des dossiers, sa vitesse d'esprit et son sens de la répartie. Elle a mis M. Harper en boîte plus souvent qu'à son tour. Elle a souvent dit par le passé qu'elle s'était lancée en politique pour barrer la voie à Stephen Harper. Elle a montré qu'elle avait une belle collection de munitions contre lui. Sa bonne performance risque cependant d'avoir encouragé sa base à rester derrière elle, maintenant ainsi la division du vote opposé à Stephen Harper.

Ironiquement, c'est ce qui sert le mieux le chef conservateur. Tant que tout ce qui se trouve sur sa gauche reste fortement divisé, il peut espérer former un gouvernement majoritaire avec à peine 38 % des voix. L'ancien chef libéral Jean Chrétien a réussi cet exploit avant lui, en 1997 plus précisément, année où il a obtenu 38,5 % d'appuis. Or, selon les derniers sondages, il approche ou dépasse même ce seuil. Ce n'est pas le débat d'hier qui le propulsera loin devant, même si on peut penser qu'il fut le meilleur d'un match à peu près nul.

Le chef bloquiste Gilles Duceppe était le seul avec absolument rien à perdre hier soir et qui pouvait se permettre d'être agressif ou cinglant sans risquer d'en payer le prix. Son seul objectif en participant à ce débat en anglais est de provoquer un écho qui lui sera favorable dans la presse francophone et, par ricochet, dans l'électorat québécois. Il a, encore une fois, démontré sa connaissance des dossiers, mais il était dans son propre univers sur certaines questions, interrompant les autres au point de verser dans l'impolitesse.
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 3 octobre 2008 07h54
    Dion le perdant
    Après avoir dominé le débat en français (avec Duceppe), Dion a lamentablement perdu le débat en anglais. On aurait voulu expliquer l'infériorité socio-économique historique des Canadiens français, qu'on n'aurait pas trouvé meilleur exemple!

    Voici un brillant intellectuel, capable de dominer un débat en français face à des Anglos qui baragouinent le français, mais qui se retrouve tout pénaud en anglais face à ces mêmes Anglos. C'est l'histoire de notre peuple, forcé de travailler en anglais.

    Que la victime cette fois soit l'un des plus grands propagandistes du fédéralisme au Québec a quelque chose de savoureux. Mais de pathétique aussi.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 3 octobre 2008 08h11
    Qu'elle se coordonne, se fusionne ou se "coalitionne"
    Ce n'est pas M. Harper qui divise pour régner, il n'a pas besoin de faire ça, c'est la gauche qui se divise elle-même.

    Même chose au provincial, c'est l'opposition qui devrait permettre à M. Charest de gagner un troisième mandat de suite ou...plus.

    Si l'opposition désire régner aussi, qu'elle se coordonne, qu'elle fusionne ou se "coalitionne".

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    vendredi 3 octobre 2008 08h17
    Dion dé-construit son gain du premier débat
    A vouloir parler au peuple il a révélé un écart de langage qui ne passe pas. Plus de taxes veut dire plus de Libéraux. Dans ce monde économique à haut risque il ne peut convaincre. Ce sera la dégelée le 14 et d`ici là le Bloc fera des gains importants. Duceppe s`est centré sur les besoins des québécois. Il sera au Economic Club de Toronto et progressera de par sa présence. Je me sentirais craintif si j`étais des Coderre, Trudeau et Garneau ainsi que des Verner, Blackburn, Bernier et Fortier.

  • Dalie Giroux
    Abonnée
    vendredi 3 octobre 2008 08h28
    Majoritaire à 38%?
    Le BQ aura peut-être 50 sièges avec le même pourcentage de votes que le Parti Vert, qui risque de se retrouver avec aucun siège. Tout comme le PLQ au Québec, le vote du PC est très concentré dans certaines régions, notamment dans l'Ouest, tandis que le vote du PLC en 1997 était plus reparti à travers le pays. Le PC ne saurait faire élire une majorité avec 38% des votes, surtout si le Québec lui barre le chemin.

  • Alain Larouche
    Abonné
    vendredi 3 octobre 2008 08h44
    Non-interventionniste
    Un vent glacial s'en vient sur le Canada et malgré ça les électeurs vont choisir un premier ministre dont la froideur n'a d'égal que son regard imperturbable devant un situation économique désastreuse qui s'en vient comme un tsunami. Pas de plan, pas d'intervention de l'état, aucun plan B. Le Canada sera le seul pays qui sera à la remorque du non-interventionniste de l'état au nom de la sacré doctrine de Bush qui nous a conduit à l'abus du système capitaliste. Que Dieu nous protège de "HARPEUR"

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 3 octobre 2008 09h38
    Une conclusion logique
    Les propos des chefs, autant lors du débat en français qu'en anglais, devraient les amener à conclure que seule une coalition permettrait de déloger le reliquat du siècle dernier qu'est Stephen Harper. Mais la politique a sa propre logique, celle du pouvoir à tout prix.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Nicolas Goyette
    Inscrit
    vendredi 3 octobre 2008 10h04
    À défaut d'un système proportionnel, vote stratégique
    En effet, Harper pourrait être majoritaire même si plus de 60% de la population s'oppose à ses idées de droite. Je crois maintenant que la seule solution immédiate, c'est de voter stratégique. Entre autre, il y a une belle occasion dans la région métropolitaine de Québec où le vote NPD pourrait faire gagner les bloquistes, même chose dans le compté de Justin Trudeau, les partisans du NPD pourraient faire perdre Trudeau. Il y a nombre d'autres exemples en particulier en ce qui concerne les verts dans la région de Vancouver où un vote stratégique de leur part peut faire gagner le NPD.

    Pour revenir au Québec, soyons réalistes, regardons les choses en face, le Bloc et le NPD sont les plus proches sur plusieurs enjeux si ce n'est que la souveraineté qui de toute façon n'est pas au menu. Le menu c'est la montée de la droite, et ce n'est pas avec les libéraux que nous briserons cette lancée.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 3 octobre 2008 10h58
    Le bloc pas plus que les conservateurs sont majoritaires au Québec
    Avec 40% des intentions de votes Duceppe ne représente pas la majorité des québécois. C'est pourtant ce qu'il reproche à Harper qui mène avec 36% des votes et formera le prochain gouvernement sans le Québec. Après ces gens du bloc chialeront que nous sommes délaissés...

    Moi aussi je demande un vote stratégique au Québec pour nous débarasser des bloqueux à Duceppe qui favorise le laisser faire à la mode québécoise.

    Faut pas pénaliser les jeunes contrevenants ce sont nos enfants rois qui nous imposent leur quatre volontés y compris d'assaillir des gens pour leur plaisir comme au Campanile à Québec ou qui décident d'empêcher en gang une arrestation policière dans montréal-Nord où l'intimidation et la bousculade a résulté d'une mort innocente. Faut surtout laisser-faire, c'est ce que prône Duceppe...

    Mais malgré qu'ils crachent leur venin sur le gouvernement fédéral, ils sont content de pouvoir retirer un confortable salaire de 155,000$ par année pour chialer et se promener au Québec pour nous endormir et nous monter contre le reste du monde. Le mur autour du Québec qui devient de plus en plus une réserve souverainiste appauvrie est construit par les souverainistes pas par d'autres. En tout cas Duceppe, le 15 octobre touchera une plantureuse pension de 136,000$ à vie pour avoir continuellement mordu la main qui l'a nourrit 18 ans de temps. Oui, Duceppe fait son chant du cygne et trompe la population en le cachant.

    Oui, faut voter stratégique conservateur pour éliminer ce fléau bloquiste de la scène fédérale auquelle ils ces gens n'y croient même pas et être enfin au pouvoir et décider.

  • Michel Simard
    Abonné
    vendredi 3 octobre 2008 13h45
    La même rengaine de Fernand Trudel
    Fernand Trudel est vraiment à court d'arguments intelligents. Tout député fédéral représentant les citoyens habitant une certaine partie du territoire et qui paient leurs impôts pareillement aux autres électeurs, a droit à une pension. Si on suit votre logique, M. Trudel, je serais en droit de ne pas payer d'impôt fédéral parce que je suis souverainiste. Les citoyens québécois contribuent tous au trésor fédéral, peu importe leur allégence politique. Ils sont donc en droit de voir les députés qu'ils élisent être rétribués en conséquence. Ce n'est pas l'argent d'Ottawa, c'est l'argent des contribuables. Mais peut-être mes impôts servent-ils à payer votre pension fédérale, M. Trudel.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 3 octobre 2008 17h44
    À Monsieur Trudel
    Quelques mètres de plus et vous toucherez le fond... du mépris. Vos arguments sentent le manque d'information fondant votre entreprise de désinformation.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Catherine Saint-Jacques
    Abonnée
    dimanche 5 octobre 2008 23h35
    Précisions sur les propos de monsieur Trudel
    Les enfants roi : ils sont appelé ainsi à tort, car en fait, il s'agit d'une erreur lors du développement crucial de l'enfant (entre 0 et 5 ans), puisqu'il est souvent surestimé par les personnes qui l'entourent.
    De plus, monsieur Trudel, peut-être que le Bloc nous coûte cher, mais par le simple fait qu'il ne veut (et ne peut) atteindre le pouvoir, il s'agit d'un parti DÉMOCRATIQUE. En effet, la Démocratie (et j'insiste sur le grand D), c'est non pas être au pouvoir, mais représenter une population et faire des compromis avec les autres représentants du "pouvoir" afin de prendre les meilleures décisions possible. Quand monsieur Harper déclenche des élections parce qu'il juge lui-même que la Chambre des communes est trop dysfonctionnelle pour qu'il puisse gérer le pays alors qu'il est minoritaire, donc encore "plusse" tenu de faire des compromis avec les partis d'opposition, il n'est pas démocratique. Raison de plus pour voter stratégiquement, afin de ne pas réélire un homme qui méprise la démocratie, pour reprendre les mots de Gilles Duceppe. Son combat est largement justifié, même si on ne parle plus de souveraineté tant à Ottawa qu'à Québec.

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