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Harper impose le silence aux militaires

Alec Castonguay   30 septembre 2008  Canada
Le coût de la guerre en Afghanistan: sujet tabou pour les conservateurs en campagne électorale.
Photo : Agence France-Presse
Le coût de la guerre en Afghanistan: sujet tabou pour les conservateurs en campagne électorale.
Le ministère de la Défense est contraint au mutisme concernant les coûts de la guerre en Afghanistan. Le Conseil privé, le ministère du premier ministre, empêche les militaires de parler aux médias sur tous les sujets délicats. Ce contrôle politique, déjà omniprésent, a été renforcé pendant la campagne électorale. Au sein des Forces canadiennes, les militaires et les fonctionnaires n'hésitent plus à parler de «censure» et de «contrôle abusif de l'information» de la part du gouvernement conservateur.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, deux directives ont été transmises aux employés du ministère de la Défense. Les deux procédures, qui changent radicalement la manière d'agir au sein du ministère de la Défense en ce qui a trait à la transparence envers le public, ont été élaborées par le Conseil privé, en collaboration étroite avec le bureau du premier ministre Stephen Harper.

D'abord, une note écrite a été envoyée le 7 septembre, le jour du déclenchement des élections. Elle se lit comme suit: «Durant la période des élections, il est de la plus grande importance que les employés du ministère de la Défense nationale et des Forces armées n'agissent pas de manière à influer ou à sembler influer sur le résultat des élections.»

Plusieurs ministères qui ont en leur possession des informations jugées «sensibles» et qui pourraient nuire à la campagne électorale du gouvernement sortant ont reçu cette missive. Officiellement, au ministère de la Défense, on affirme qu'il s'agit d'une «ligne de conduite», et non pas d'une directive. Les demandes médiatiques concernant la santé mentale des soldats ou les coûts de la guerre en Afghanistan ne trouvent toutefois aucune réponse.

Ensuite, plusieurs sources fiables au sein du ministère de la Défense ont affirmé au Devoir qu'une autre directive a été transmise oralement à tous les chargés de communication il y a plusieurs mois déjà. Elle oblige les fonctionnaires et les militaires à transmettre au Conseil privé et au bureau du premier ministre Harper toutes les demandes médiatiques. Ainsi, les entrevues, les communiqués de presse et les autres informations, même factuelles, doivent être approuvées par l'entourage de Stephen Harper, qui juge si le public a le droit de savoir.

«Cette directive n'a pas été écrite. Vous ne trouverez rien si vous faites des demandes d'accès à l'information. L'objectif est de ne pas laisser de trace. Il ne faudrait pas que les gens sachent que le ministère de la Défense ne contrôle plus ses communications et que le public entend seulement ce que les conservateurs veulent», a dit une source militaire qui a reçu la directive.

Au sein des Forces canadiennes, on surnomme le Conseil privé et le bureau du premier ministre «le centre». «On ne distingue pas les deux, car c'est devenu trop incestueux. Le Conseil privé et le bureau de Harper, c'est la même chose», dit un militaire qui a demandé l'anonymat par peur des représailles. Normalement, le Conseil privé est apolitique et composé de fonctionnaires.

Pour tester cette directive, Le Devoir a demandé les coûts de la guerre en Afghanistan pour le ministère de la Défense il y a trois semaines. Une demande restée sans réponse. Le printemps dernier, avant que le gouvernement ne resserre son contrôle sur les communications des Forces canadiennes, cette information était disponible en quelques jours. Selon nos sources, le Conseil privé retient l'information pour ne pas nuire au Parti conservateur en pleine période électorale.

Appelé à commenter cet état de fait, le bureau du premier ministre n'a pas rappelé Le Devoir hier. Même scénario au Conseil privé. Au ministère de la Défense, une porte-parole, la lieutenante Isabelle Riché, a soutenu ne rien pouvoir dire en ce qui a trait aux coûts militaires de la mission en Afghanistan qui ne peuvent être transmis aux médias.

La chape de plomb imposée par le gouvernement conservateur sur l'appareil militaire en matière de communication cause un profond malaise à l'intérieur des Forces canadiennes. Plusieurs officiers d'affaires publiques ont claqué la porte dans les derniers mois, et d'autres songent à le faire si la situation ne change pas rapidement. «On a développé une expertise en communication au fil des ans, et les conservateurs sont en train de saboter cette expertise. La branche des affaires publiques saigne», dit un militaire. Une autre source va plus loin: «Le gouvernement tue la relation de confiance qu'on a développée avec le public. C'est rendu de la censure. Le ministère ne contrôle plus rien. C'est grave.»

Directeur parlementaire du budget

Il y a environ deux semaines, le directeur parlementaire du budget, un organisme indépendant qui relève de la Chambre des communes, a dit qu'il tenterait de rendre public un rapport complet sur les coûts de la mission canadienne en Afghanistan d'ici à la fin du mois d'octobre. Ce document à venir est toutefois différent du calcul effectué par le ministère de la Défense.

Les chiffres normalement fournis par les Forces canadiennes touchent le volet militaire de la mission en Afghanistan. Il est alors possible de connaître les coûts jusqu'à présent, mais également les projections financières des experts militaires jusqu'à la fin de la mission. On a donc une bonne idée de l'évolution de la situation sur le terrain.

Le document que doit rendre public le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, entend plutôt dévoiler un portrait d'ensemble de la mission jusqu'à présent, ce qui inclut les dépenses du ministère de la Défense, de l'Agence canadienne de développement international, du ministère des Anciens combattants et du ministère des Affaires étrangères. Il n'est pas certain que des projections financières seront effectuées. Le futur rapport de Kevin Page n'a aucun impact sur le ministère de la Défense, qui continue à faire ses propres calculs et prévisions. Et qui devrait donc pouvoir rendre l'information publique.

Les derniers chiffres disponibles de la part des Forces canadiennes remontent à mars dernier, il y a six mois. À l'époque, le ministère affirmait que les coûts supplémentaires de la guerre en Afghanistan pour l'armée canadienne avaient été de 3,5 milliards de dollars entre 2001 et mars 2008. Pour obtenir ce montant, il faut isoler les dépenses de l'armée destinées spécifiquement à l'Afghanistan et les coûts de fonctionnement habituels (salaires, avantages sociaux, dépréciation normale des véhicules, etc.). C'est ce que l'armée nomme les «coûts additionnels» du déploiement à l'étranger.

La Défense nationale prévoyait qu'en février 2009 les coûts supplémentaires atteindraient cinq milliards depuis 2001. Par contre, les Forces canadiennes n'ont toujours pas rendu publiques leurs projections entre 2009 et juillet 2011. Avec la recrudescence de la violence en Afghanistan, l'achat de six hélicoptères chinook et l'utilisation accrue des drones (avions sans pilote) d'ici 2011, les chiffres sur les coûts de la mission ont certainement été révisés depuis mars dernier. Mais impossible d'avoir l'heure juste...






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  • Diouf Frank
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 00h25
    Bourse en chute libre ? Équilibrons le budget... en cachant celui de la guerre !
    « J'espère que les - nombreux - adversaires de Harper vont pointer du doigt ce fait truculent :
    Alors que Wall Street a perdu hier en une journée plus que ce qu'elle avait perdu même le 11 Septembre 2001, Harper met le budget de la guerre sous le Secret Défense. Voilà qui est tout à fait dans l'ordre du jour de la transparence budgétaire. J'imagine que Harper passera outre tous les conseils des spécialistes (en particulier des militaires eux-mêmes), car - comme chacun sait - il a "l'appui de M. et Mme Tout-le-monde".
    La "Comédie Canadienne" bat son plein. »

  • Diouf Frank
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 00h30
    Documents confidentiels "oubliés" ?
    « "" D'abord, une note écrite a été envoyée le 7 septembre, le jour du déclenchement des élections. Elle se lit comme suit: «Durant la période des élections, il est de la plus grande importance que les employés du ministère de la Défense nationale et des Forces armées n'agissent pas de manière à influer ou à sembler influer sur le résultat des élections.» ""
    N'est-il pas pathétique de la part du gouvernement d'écrire ceci après que Bernier ait oublié des informations confidentielles chez sa maîtresse d'alors ? »

  • Normand Chaput
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 00h47
    Elle est ou la madame?
    « Vous savez celle qui parlait contre son frère qui voulait pas qu'elle y aille ou l'inverse, je ne sais plus. Je ne suis pas pour qu'on musèle l'armée mais je pense qu'ils en beurraient épais eux-aussi. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 05h48
    Merci M. Castonguay pour votre excellent travail de représentant du 4e pouvoir
    « «Les militaires et les fonctionnaires n'hésitent plus à parler de «censure» et de «contrôle abusif de l'information» de la part du gouvernement conservateur.»

    Gouvernement «réformiste» serait plus juste.
    Allianciste réformiste, ce qu'il y a de plus rétrograde au Canada.

    Les dérives et les méfaits de ce gouvernement, de ce régime, devrais-je dire, ne sont plus à démontrer.

    Ré-élirons-nous ce régime?
    Sommes-nous manipulés mentalement à ce point?

    Ce régime restera-t-il au pouvoir par une subtile manipulation?

    La transparence démocratique (sic) de ces gouvernements, grand défenseur des belles valeurs, est opaque.
    «Les deux directives qui changent radicalement la manière d'agir au sein du ministère de la Défense en ce qui a trait à la transparence envers le public, ont été élaborées par le Conseil privé, en collaboration étroite avec le bureau du premier ministre Stephen Harper.»

    Ça semble presque anodin, mais ça ne l'est pas du tout.

    Ce n'est que la pointe de ce qui se trame au Conseil «privé» intimement associé au bureau du PM Harper.
    Stephen Harper juge si le public a le droit de savoir.
    Le public entend seulement ce que les conservateurs veulent.
    Est-ce "anodin"?

    Non, comme conclut M. Castonguay: «impossible d'avoir l'heure juste...»

    Ce n'est pas "anodin".



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 07h13
    Qui a tué le soldat Racine à Bamako?
    « Le soldat Racine, membre du personnel de l'ambassade canadienne est mort dernièrement à Bamako. Impossible de savoir de quoi il est mort! Top Secret! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 30 septembre 2008 07h16
    Pas trop de patrouilles en Afghanistan pendant la campagne, s.v.p.
    « Il serait surprenant que nos militaires risquent trop leurs vies pendant la campagne électorale pour ne pas avoir trop de tués afin de ne pas nuire aux Conservateurs, leurs protecteurs et fournisseurs de matériel militaire moins vieux mais un peu usagé comme nos sous-marins anglais qui ne peuvent pas servir en Afghanistan ni dans la mer. »

  • Sauvé stephane
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 08h38
    Votons Cons-serviteurs...they'll treat us WELL
    « Le pire dans tout cela, c'est que si la résistance québecoise ne se réveille pas, c'est grâce au Québec que Har-peur prendra le pouvoir...et attachez votre tuque avec dla broche pcq, si le gouvernement est minoritaire, cette fois vous allez en entendre parler....

    Har-peur à l'instar des Bushiens, se sent investi par une mission divine...pour les incrédules: lire la biographie de Pierre Dubuc, "Le vrai visage de Stephen Harpeur" »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 10h15
    On a que deux choix
    « Voyez vous ici au Québec l'on a que deux choix pour faire une vrai différence.
    On peu voter conservateur ou libéral. Tout autre choix ne sert absolument à rien car à quoi sert une opposition si le gouvernement est majoritaire, ou si on a un gouvernement minoritaire conservateur qui a la même force qu'un gouvernement majoritaire à cause de la faiblesse de l'opposition.

    Le Québec semble faire le choix de voter bloc pour bloquer les conservateurs, alors qu'en réalité un vote pour le bloc est une assurance pour les conservateurs. Pour enlever le pouvoir au conservateur le Québec se doit de voter libéral. Car lui seul peu vaincre et enlever les conservateurs du pouvoir. Les libéraux ne peuvent pas y arriver sans les sièges du Québec.

    Oui Dion n'est pas populaire, il manque de charisme, on lui reproche la loi sur la clarté référendaire que même le PQ admet maintenant qu'il y a très peu de chance qu'elle soit un jour utilisée.
    Mais son programme est celui qui est le plus près des Québécois. Et LUI a le pouvoir de réaliser son programme si élu, alors que le bloc n'a absolument aucune chance de réaliser rien. Le seule élément du programme que le bloc peu faire s'est déchirer sa chemise en publique et bloquer.
    Pourquoi voter pour un parti de castrats, qui parle haut mais qui sont absolument inutiles et impuissants.
    Si l'on veut absolument bloquer les conservateurs il n'y a qu'une seule façon s'est de voter libéral. Dans mon cas si les choses ne change pas et que le vote semble s'enligner ver le bloc au Québec alors je devrai me résigner à voter conservateur. Car je préfère un député conservateur à un bloquiste. »

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 11h55
    Silence, on gagne...
    « Tous les soldats de M. Harper, sur le terrain politique au Canada comme sur le terrain militaire en Afghanistan, doivent garder le silence. Ainsi on pourra dire que l'on gagne, au moins sur le terrain des media qui sont très fidèles à prédire les victoires. »

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 12h56
    Le vérificateur le saura
    « Attendons le rapport du vérificateur, et nous aurons les réponses..car le budget militaire n'est pas top secret.. »

  • René Pelletier
    Inscrit
    mardi 30 septembre 2008 14h35
    Appel à tous
    « Le Gouvernement Harper se dresse en juge de ce que le public a le droit de savoir, il projette de mettre en prison à vie des jeunes de 14 ans, il manoeuvre pour que nous en sachions le moins possible sur le liens entre les changements climatiques et la santé, etc...

    Vraiment, c'en est assez ! Les valeurs de Harper et de son équipe ne sont pas les nôtres. Leur étroitesse d'esprit ne correspond pas à notre mentalité, ni à la société que nous désirons.

    Alors, voici l'adresse d'un site Web qui peut nous éclairer sur la manière de voter dans notre circonscription le 14 octobre prochain: http://www.voterpourlenvironnement.org/

    Dans chaque circonscription, il faut barrer le chemin au candidat conservateur! Allez voir ce site et, s'il-vous-plaît, faites le connaître à tous vos ami(e)s. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 15h09
    Monsieur Archambault nous fait une démonstration.
    « Monsieur Archambault est un vrai libéral. À l'instar de son chef, il votera conservateur (comme son chef, Stéphane mollusque Dion, l'a fait plusieurs fois à la Chambre des communes. Les mollusques libéraux n'ont aucune valeur morale, ils peuvent absolument tout laisser passer. M. Archambault nous en fait la démonstration. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 16h22
    Les Québécois contribuent 5 milliards, ils ont droit de savoir.
    « On ne peut pas passer sous silence que M. Harper consacre 22 milliards de dollars à la guerre en Afghanistan?

    Savez-vous que la part du Québec dans cette aventure guerrière: au moins 5 milliards? Cinq milliards de dollars d'impôts que les Québécois envoient à Ottawa pour la guerre!

    Mais en avons-nous les moyens? NON!
    Qui a voté pour cela? Des INCONSCIENTS!

    Imaginez ce qu'on pourrait faire au Québec avec 5 milliards de dollars de plus!

    Une chance qu'on a le Bloc qui a réussi à limiter les dégâts et à forcer le Gouvernement à ne pas prolonger la guerre.

    Il faut bloquer Harper. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 30 septembre 2008 18h16
    @ M. Claude Archambault
    « M. Claude Archambault pose une question : «Pourquoi voter pour un parti de castrats, qui parle haut mais qui sont absolument inutiles et impuissants.»

    Réponse : Parce qu'un parti d'opposition dans un gouvernement minoritaire doit composer avec les autres partis. D'une façon ou d'une autre les Québécois sont minoritaires dans le Canada et nos députés, quand ils sont membres d'un des grands partis, doivent suivre la ligne de parti qui est majoritairement anglaise...Est-ce que ça vous convient d'être en minorité à Ottawa, M. Archambault ?

    Les grosses couilles servent à faire des grosses guerres avec plein de morts inutiles comme au Vietnam où les Américains ont perdu la guerre mais gagné la paix. Ça recommence en Afghanistan et en Irak où ils s'enlisent encore. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 30 septembre 2008 19h03
    C'est qui lui ?
    « C'est qui, lui, le plouc qui donne l'ordre de ne rien nous dire concernant les coûts de cette guerre qui est payé par nos taxes et impôts ? Et dire que nous participons à cette guerre pour... la démocratie !!!

    Claude L'Heureux, Québec »

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