Burnout politique
La campagne électorale canadienne suscite trop d'indifférence pour que l'on ne soit pas alerté de la situation. Toutes les raisons du monde ne sont pas suffisantes pour accepter un tel affaissement de la pensée politique. Comprend-on bien que nous payons le prix du dénigrement systématique, et ce depuis plusieurs années, de l'institution politique et des politiciens? Les embûches pour recruter des candidats valables semblent insurmontables et l'on se demande où cela va s'arrêter.
Qui veut faire de la politique active de nos jours? Qui a envie de plonger dans l'arène médiatique? Qui peut supporter le regard méprisant et dans le meilleur des cas amusé de citoyens qui trouvent aussi l'occasion de se défouler des frustrations de leur dure vie? Qui est assez fort pour passer outre les critiques vitrioleuses des uns, les dénonciations démagogiques des autres, lorsque ça n'est pas les trahisons de leurs pairs?
Dans les dernières années, on a assisté à un affaiblissement de la solidarité et de la loyauté partisane, lesquelles peuvent avoir des aspects détestables, mais demeurent essentielles à la vie militante. Qui veut prendre le risque de livrer sa vie personnelle et familiale aux potineurs professionnels, semeurs de rumeurs et parfois fossoyeurs de réputation? Qui peut consentir à vivre dans un aquarium permanent, corvéable sept jours par semaine, le lot des députés dans leur comté surtout en dehors des grandes villes? Qui donc dans nos sociétés est prêt à travailler sans un minimum de respect et bien sûr sans attendre une quelconque reconnaissance?
La plupart de nos grandes figures politiques du passé, y compris Jean Lesage, René Lévesque et même Pierre Elliot Trudeau, n'auraient pas réussi le test de l'opinion publique de l'ère du politiquement correct. Jean Lesage se présentait en chambre sous l'influence de l'alcool, René Lévesque pouvait séduire une femme sans trop de manières alors même qu'il était en fonction officielle et Pierre-Elliot Trudeau rembarrait publiquement les importuns; quant à la vie amoureuse de ce dernier, avant son mariage, elle ne s'embarrassait guère des conventions d'alors dans la capitale fédérale et ses facéties antiprotocolaires ne passeraient plus la rampe. De nos jours, il semble qu'on apprécie les ternes comme Harper, les prévisibles comme Duceppe, les jovialistes comme Layton. Et le Parti libéral nous a fait cadeau de Dion, le besogneux.
Ce sont donc les qualités pour faire de la politique qui ont changé. Les fortes personnalités, les flamboyants, les anticonformistes, les excessifs n'ont plus la cote. À trop vouloir être consensuels dans les médias, on finit par évacuer toute pensée originale. En donnant préséance à l'image, en la sacralisant, on sacrifie l'essentiel, c'est-à-dire les idées sans lesquelles la politique n'est plus qu'un terrain de jeu pour ambitieux doués du sens du marketing ou pour illuminés porteurs d'un message quasi évangélique.
Le ras-le-bol face aux politiciens chasse les candidats sérieux tentés par cette expérience unique de contribuer au mieux-être collectif, et laisse le champ libre aux aventuriers peu doués en quête d'un pouvoir illusoire et de cette vaine gloire dont a parlé Andy Warhol. Ces nouveaux politiciens provoqueront inévitablement l'ire des citoyens et c'est ainsi que l'on glissera toujours davantage selon le principe d'action-réaction.
Jusqu'où va-t-on régresser avant qu'un sursaut s'empare d'une opinion publique éclairée? Attendra-t-on l'arrivée d'une Sarah Palin canadienne pour comprendre que nous sommes tous responsables de la désaffection de la politique active par nombre de gens honnêtes, compétents, habités avant tout par une vision sociale plutôt que par une envie de triomphe personnel?
Il n'y a pas de nostalgie à affirmer que les temps sont rudes pour les citoyens qui voudraient croire à la capacité de la politique à changer les choses. Si l'on ne croit plus à la démocratie représentative, aux partis politiques, aux institutions gouvernementales, aux politiciens en tant que porte-parole de ce que nous sommes, à quoi pouvons-nous nous raccrocher? Si les meilleurs d'entre nous, les altruistes, les porteurs d'espoir, ne sont même plus tentés par la politique à cause du dénigrement dont elle est l'objet, à cause aussi de la façon triviale dont elle est trop souvent traitée par les médias et dont ils deviennent eux-mêmes prisonniers par la force des choses, nous sommes condamnés à subir ceux qui souhaiteront nous gouverner à leur profit.
Il faut se faire violence pour s'intéresser à cette campagne électorale où une majorité d'électeurs choisira son candidat préféré par défaut. C'est tout de même déprimant de vivre une campagne électorale comme un pensum. Et d'observer les politiciens qui jouent la conviction sans conviction. Le burnout politique nous atteint tous. Hélas!
Qui veut faire de la politique active de nos jours? Qui a envie de plonger dans l'arène médiatique? Qui peut supporter le regard méprisant et dans le meilleur des cas amusé de citoyens qui trouvent aussi l'occasion de se défouler des frustrations de leur dure vie? Qui est assez fort pour passer outre les critiques vitrioleuses des uns, les dénonciations démagogiques des autres, lorsque ça n'est pas les trahisons de leurs pairs?
Dans les dernières années, on a assisté à un affaiblissement de la solidarité et de la loyauté partisane, lesquelles peuvent avoir des aspects détestables, mais demeurent essentielles à la vie militante. Qui veut prendre le risque de livrer sa vie personnelle et familiale aux potineurs professionnels, semeurs de rumeurs et parfois fossoyeurs de réputation? Qui peut consentir à vivre dans un aquarium permanent, corvéable sept jours par semaine, le lot des députés dans leur comté surtout en dehors des grandes villes? Qui donc dans nos sociétés est prêt à travailler sans un minimum de respect et bien sûr sans attendre une quelconque reconnaissance?
La plupart de nos grandes figures politiques du passé, y compris Jean Lesage, René Lévesque et même Pierre Elliot Trudeau, n'auraient pas réussi le test de l'opinion publique de l'ère du politiquement correct. Jean Lesage se présentait en chambre sous l'influence de l'alcool, René Lévesque pouvait séduire une femme sans trop de manières alors même qu'il était en fonction officielle et Pierre-Elliot Trudeau rembarrait publiquement les importuns; quant à la vie amoureuse de ce dernier, avant son mariage, elle ne s'embarrassait guère des conventions d'alors dans la capitale fédérale et ses facéties antiprotocolaires ne passeraient plus la rampe. De nos jours, il semble qu'on apprécie les ternes comme Harper, les prévisibles comme Duceppe, les jovialistes comme Layton. Et le Parti libéral nous a fait cadeau de Dion, le besogneux.
Ce sont donc les qualités pour faire de la politique qui ont changé. Les fortes personnalités, les flamboyants, les anticonformistes, les excessifs n'ont plus la cote. À trop vouloir être consensuels dans les médias, on finit par évacuer toute pensée originale. En donnant préséance à l'image, en la sacralisant, on sacrifie l'essentiel, c'est-à-dire les idées sans lesquelles la politique n'est plus qu'un terrain de jeu pour ambitieux doués du sens du marketing ou pour illuminés porteurs d'un message quasi évangélique.
Le ras-le-bol face aux politiciens chasse les candidats sérieux tentés par cette expérience unique de contribuer au mieux-être collectif, et laisse le champ libre aux aventuriers peu doués en quête d'un pouvoir illusoire et de cette vaine gloire dont a parlé Andy Warhol. Ces nouveaux politiciens provoqueront inévitablement l'ire des citoyens et c'est ainsi que l'on glissera toujours davantage selon le principe d'action-réaction.
Jusqu'où va-t-on régresser avant qu'un sursaut s'empare d'une opinion publique éclairée? Attendra-t-on l'arrivée d'une Sarah Palin canadienne pour comprendre que nous sommes tous responsables de la désaffection de la politique active par nombre de gens honnêtes, compétents, habités avant tout par une vision sociale plutôt que par une envie de triomphe personnel?
Il n'y a pas de nostalgie à affirmer que les temps sont rudes pour les citoyens qui voudraient croire à la capacité de la politique à changer les choses. Si l'on ne croit plus à la démocratie représentative, aux partis politiques, aux institutions gouvernementales, aux politiciens en tant que porte-parole de ce que nous sommes, à quoi pouvons-nous nous raccrocher? Si les meilleurs d'entre nous, les altruistes, les porteurs d'espoir, ne sont même plus tentés par la politique à cause du dénigrement dont elle est l'objet, à cause aussi de la façon triviale dont elle est trop souvent traitée par les médias et dont ils deviennent eux-mêmes prisonniers par la force des choses, nous sommes condamnés à subir ceux qui souhaiteront nous gouverner à leur profit.
Il faut se faire violence pour s'intéresser à cette campagne électorale où une majorité d'électeurs choisira son candidat préféré par défaut. C'est tout de même déprimant de vivre une campagne électorale comme un pensum. Et d'observer les politiciens qui jouent la conviction sans conviction. Le burnout politique nous atteint tous. Hélas!
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