Répression contre les jeunes contrevenants - Harper dans la tourmente
Le chef conservateur dit préférer l'appui de «monsieur et madame Tout-le-Monde» à l'avis des experts - Selon un député conservateur, la criminalité juvénile est l'affaire de personnes nées à l'étrange
Stephen Harper a beau être sûr d'avoir le soutien de «monsieur et madame Tout-le-Monde» pour accentuer la répression contre les jeunes contrevenants, il a été plongé hier malgré lui dans l'eau chaude à cause de commentaires émanant de ses propres rangs. Pendant ce temps, Gilles Duceppe, sentant le bon filon, a continué à alimenter l'inquiétude face aux conservateurs.
En entrevue à l'hebdomadaire de Calgary Fast Forward Weekly, le député conservateur sortant Lee Richardson (Calgary Centre) a déclaré que la criminalité juvénile était affaire de personnes ethniques nées à l'étranger. «Dans les grandes villes en particulier, nous avons des gens qui ont été élevés dans des cultures différentes. Ils n'ont pas le même passé de communautés stables que nous avions il y a 20 ou 30 ans [...] et ils n'ont pas le même respect de l'autorité ou de la propriété d'autrui», a dit le député qui tente de se faire réélire.
Le député conservateur a ajouté: «Parlez-en à la police. Regardez qui commet les crimes. Ce ne sont pas les jeunes qui sont nés dans le quartier (kids who grew up next door)!»
Les adversaires néo-démocrate et libéral de M. Richardson se sont indignés. «Il s'agit d'une attitude déshonorante envers les néo-Canadiens», a déclaré le député libéral Ujjal Dosanjh, lui-même d'origine indienne. «Si le premier ministre ne congédie pas son candidat, on ne peut qu'en conclure qu'il approuve cette attitude. Il est clair que le vieux Parti réformiste et ses positions face à l'immigration sont encore bien vivantes au sein du Parti conservateur». Personne, dans l'entourage de
M. Harper, n'a voulu commenter hier. En soirée, M. Richardson a fait parvenir une déclaration dans laquelle il retire ses propos qui «ne reflètent pas son soutien de longue date à l'immigration et à la diversité».
Quant aux critiques que soulève au Québec son plan face aux jeunes contrevenants, Stephen Harper les a rejetées du revers de la main. Il se fie davantage au Canadien moyen qu'aux experts dans ce domaine. «Il y a beaucoup de voix de monsieur et madame Tout-le-Monde, au Québec, qui savent que l'on doit avoir des politiques réalistes pour des situations graves, sérieuses, dangereuses, récidivistes», a soutenu le chef conservateur lors de son passage à Victoria, en Colombie-Britannique.
Selon lui, les problèmes de gangs de rues nécessitent des mesures dures, comme la prison à vie pour les jeunes de 14 ans et plus (16 ans au Québec), dans le cas de meurtre, d'homicide ou d'agression sexuelle grave. Or, au Québec, on a choisi une approche fondée sur la prévention et la réhabilitation.
D'ailleurs, des experts québécois oeuvrant auprès des jeunes contrevenants, réunis hier à Longueuil pour une journée scientifique sur la rééducation de ces jeunes, ont reproché aux conservateurs le durcissement promis. Le régime proposé ne laisserait aucune place à la réhabilitation, croient-ils.
Selon ces experts, l'approche prônée par les conservateurs a maintes fois démontré son inefficacité. Prenant l'exemple de l'expérience des boot camps tentée en Ontario à la fin des années 1990, où les jeunes étaient soumis à une rééducation disciplinaire menée de main de fer, les experts ont indiqué que le taux de récidive était de 100 %.
Ces même experts reconnaissent d'emblée que certains cas sont irrécupérables, mais font valoir que, de toute façon, le système actuel permet de les juger comme des adultes et de leur infliger des peines adéquates.
Au même moment, le chef du Bloc québécois réitérait ses paroles de la veille, à l'effet qu'emprisonner des adolescents équivalait à les livrer en pâture à des agresseurs sexuels derrière les barreaux. Il a plaidé que son adversaire «fait fi de la loi. L'article 76 de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents prévoit déjà que les jeunes contrevenants peuvent bel et bien se retrouver dans une prison pour adultes». Reste que les propos sur la «jeune chair» avait fait bondir mercredi Stephen Harper, qui a demandé à Gilles Duceppe de se rétracter.
À l'heure du dîner hier, M. Duceppe en a rajouté alors qu'il prononçait une allocution devant des étudiants de l'Université de Montréal. «L'éducation n'est pas une priorité pour Stephen Harper. Sa priorité, il nous l'a dit il y a quelque jours, c'est d'envoyer des enfants de 14 ans en prison.» Pour le chef bloquiste, Stephen Harper veut imposer au Québec une idéologie venue d'ailleurs, qui est «rétrograde et dangereuse».
M. Duceppe a fait le lien entre les jeunes contrevenants et l'inquiétude des femmes. «Quand les policiers et la Fédération des femmes du Québec sonnent l'alarme en même temps, sur le même enjeu, je pense qu'il y a un danger», a-t-il affirmé.
Quelques minutes auparavant, c'est la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui faisait son entrée dans la campagne électorale fédérale auprès de M. Duceppe, qui a mis en garde la population contre le Parti conservateur. «Le plus grand danger qui nous guette, avec le scrutin qui s'en vient, malheureusement, c'est un gouvernement conservateur qui pourrait s'appuyer sur une Chambre des communes muselée et qui lui obéirait aveuglément», a-t-elle lancé.
Le président du forum jeunesse du Bloc, Jean-François Landry, a d'ailleurs exhorté ses compagnons d'université peu enclins à voter à se faire entendre. «S'abstenir, c'est cautionner Stephen Harper. [...] Notre génération doit témoigner de ses valeurs», a affirmé M. Landry.
***
Avec la collaboration de La Presse canadienne
En entrevue à l'hebdomadaire de Calgary Fast Forward Weekly, le député conservateur sortant Lee Richardson (Calgary Centre) a déclaré que la criminalité juvénile était affaire de personnes ethniques nées à l'étranger. «Dans les grandes villes en particulier, nous avons des gens qui ont été élevés dans des cultures différentes. Ils n'ont pas le même passé de communautés stables que nous avions il y a 20 ou 30 ans [...] et ils n'ont pas le même respect de l'autorité ou de la propriété d'autrui», a dit le député qui tente de se faire réélire.
Le député conservateur a ajouté: «Parlez-en à la police. Regardez qui commet les crimes. Ce ne sont pas les jeunes qui sont nés dans le quartier (kids who grew up next door)!»
Les adversaires néo-démocrate et libéral de M. Richardson se sont indignés. «Il s'agit d'une attitude déshonorante envers les néo-Canadiens», a déclaré le député libéral Ujjal Dosanjh, lui-même d'origine indienne. «Si le premier ministre ne congédie pas son candidat, on ne peut qu'en conclure qu'il approuve cette attitude. Il est clair que le vieux Parti réformiste et ses positions face à l'immigration sont encore bien vivantes au sein du Parti conservateur». Personne, dans l'entourage de
M. Harper, n'a voulu commenter hier. En soirée, M. Richardson a fait parvenir une déclaration dans laquelle il retire ses propos qui «ne reflètent pas son soutien de longue date à l'immigration et à la diversité».
Quant aux critiques que soulève au Québec son plan face aux jeunes contrevenants, Stephen Harper les a rejetées du revers de la main. Il se fie davantage au Canadien moyen qu'aux experts dans ce domaine. «Il y a beaucoup de voix de monsieur et madame Tout-le-Monde, au Québec, qui savent que l'on doit avoir des politiques réalistes pour des situations graves, sérieuses, dangereuses, récidivistes», a soutenu le chef conservateur lors de son passage à Victoria, en Colombie-Britannique.
Selon lui, les problèmes de gangs de rues nécessitent des mesures dures, comme la prison à vie pour les jeunes de 14 ans et plus (16 ans au Québec), dans le cas de meurtre, d'homicide ou d'agression sexuelle grave. Or, au Québec, on a choisi une approche fondée sur la prévention et la réhabilitation.
D'ailleurs, des experts québécois oeuvrant auprès des jeunes contrevenants, réunis hier à Longueuil pour une journée scientifique sur la rééducation de ces jeunes, ont reproché aux conservateurs le durcissement promis. Le régime proposé ne laisserait aucune place à la réhabilitation, croient-ils.
Selon ces experts, l'approche prônée par les conservateurs a maintes fois démontré son inefficacité. Prenant l'exemple de l'expérience des boot camps tentée en Ontario à la fin des années 1990, où les jeunes étaient soumis à une rééducation disciplinaire menée de main de fer, les experts ont indiqué que le taux de récidive était de 100 %.
Ces même experts reconnaissent d'emblée que certains cas sont irrécupérables, mais font valoir que, de toute façon, le système actuel permet de les juger comme des adultes et de leur infliger des peines adéquates.
Au même moment, le chef du Bloc québécois réitérait ses paroles de la veille, à l'effet qu'emprisonner des adolescents équivalait à les livrer en pâture à des agresseurs sexuels derrière les barreaux. Il a plaidé que son adversaire «fait fi de la loi. L'article 76 de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents prévoit déjà que les jeunes contrevenants peuvent bel et bien se retrouver dans une prison pour adultes». Reste que les propos sur la «jeune chair» avait fait bondir mercredi Stephen Harper, qui a demandé à Gilles Duceppe de se rétracter.
À l'heure du dîner hier, M. Duceppe en a rajouté alors qu'il prononçait une allocution devant des étudiants de l'Université de Montréal. «L'éducation n'est pas une priorité pour Stephen Harper. Sa priorité, il nous l'a dit il y a quelque jours, c'est d'envoyer des enfants de 14 ans en prison.» Pour le chef bloquiste, Stephen Harper veut imposer au Québec une idéologie venue d'ailleurs, qui est «rétrograde et dangereuse».
M. Duceppe a fait le lien entre les jeunes contrevenants et l'inquiétude des femmes. «Quand les policiers et la Fédération des femmes du Québec sonnent l'alarme en même temps, sur le même enjeu, je pense qu'il y a un danger», a-t-il affirmé.
Quelques minutes auparavant, c'est la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui faisait son entrée dans la campagne électorale fédérale auprès de M. Duceppe, qui a mis en garde la population contre le Parti conservateur. «Le plus grand danger qui nous guette, avec le scrutin qui s'en vient, malheureusement, c'est un gouvernement conservateur qui pourrait s'appuyer sur une Chambre des communes muselée et qui lui obéirait aveuglément», a-t-elle lancé.
Le président du forum jeunesse du Bloc, Jean-François Landry, a d'ailleurs exhorté ses compagnons d'université peu enclins à voter à se faire entendre. «S'abstenir, c'est cautionner Stephen Harper. [...] Notre génération doit témoigner de ses valeurs», a affirmé M. Landry.
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Avec la collaboration de La Presse canadienne
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