Harper nourrit la grogne des artistes
Photo : Jacques Nadeau
Ariane Moffatt était au nombre des artistes qui ont pris part au spectacle organisé au Club Soda hier soir pour protester contre les compressions imposées par les conservateurs de Stephen Harper au milieu de la culture.
La question culturelle a tenu le premier rôle du 17e jour de la campagne électorale, hier. Stephen Harper a jeté de l'huile sur le feu en banalisant les doléances des artistes par rapport aux compressions de 45 millions, des commentaires qui ont été durement critiqués par ses adversaires politiques et par les artistes en question.
Selon M. Harper, les artistes qui se plaignent la bouche pleine et en habit de gala ne trouvent aucune sympathie dans le jugement des électeurs moyens. C'est ce que le chef conservateur a laissé entendre lors d'une conférence de presse tenue en matinée à Saskatoon.
Alors qu'on lui demandait s'il craignait un certain ressac au Québec à la suite du concert présenté hier soir au Club Soda par un collectif d'artistes dénonçant les compressions budgétaires (voir autre texte en page A 8), M. Harper a d'abord rappelé que son gouvernement a augmenté les budgets destinés à la culture de près de 8 %.
Or, «il y a beaucoup de Canadiens qui n'ont pas eu une augmentation de salaire de 8 %», a lancé le chef conservateur, dans un message destiné à la classe moyenne.
Faisant référence au récent Gala des prix Gémeaux, où plusieurs artistes ont critiqué son gouvernement — ce qui a d'ailleurs valu aux artistes plusieurs critiques dans les journaux —, Stephen Harper a indiqué que «lorsque les gens ordinaires rentrent à la maison, qu'ils allument la télévision pour écouter un gala fastueux entièrement financé par les contribuables et qu'ils entendent les artistes [participant au gala] se plaindre que leurs subventions ne sont pas assez élevées — alors que la population sait qu'elles ont augmenté —, je ne suis pas sûr que leurs plaintes interpellent ces gens ordinaires. Car les gens ordinaires savent que nous devons vivre en respectant un budget», a dit M. Harper.
Ce dernier n'a toutefois pas voulu répéter en français cette déclaration faite en anglais.
Le commentaire du chef conservateur rejoint l'esprit des propos tenus plus tôt dans la campagne par la ministre du Patrimoine canadien, Josée Verner, quand elle affirmait que la question des compressions en culture n'intéressait pas les électeurs. De même, une autre candidate conservatrice de la région de Québec s'est récemment distinguée en qualifiant les artistes de gens «gâtés».
Dans une analyse publiée lundi, la Conférence canadienne des arts confirmait que les budgets globaux consacrés à la culture avaient augmenté sous le gouvernement conservateur. Mais l'organisme apportait une nuance importante au tableau.
Car l'augmentation générale du budget du Patrimoine canadien cache un glissement du financement de la culture traditionnelle (au sens «créatif» du terme) vers le financement d'activités sportives (Jeux olympiques de 2010) ou de promotion du multiculturalisme, dont s'occupe aussi le ministère fédéral de la Culture.
Critiques
Les propos de M. Harper ont été durement critiqués par les trois partis d'opposition en campagne. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe a le premier indiqué que M. Harper faisait preuve de «mépris» envers la classe moyenne en affirmant que le sort de la culture ne l'intéressait pas.
«Je n'ai pas cette vision élitiste de la société. Je pense que les gens considèrent que la culture, c'est drôlement important», a lancé M. Duceppe en dénonçant «l'étroitesse d'esprit» de M. Harper en matière de culture.
Plutôt que de supprimer 45 millions dans l'enveloppe artistique, le chef conservateur devrait réduire les avantages fiscaux de 2,7 milliards consentis aux compagnies pétrolières, a soutenu le chef bloquiste lors d'un point de presse à Québec. M. Duceppe a réitéré l'essentiel de sa position quelques minutes avant le spectacle présenté au Club Soda en soirée, auquel il a assisté avec son épouse.
Lui aussi de passage à Québec avant de faire le saut au Club Soda, Jack Layton a sommé M. Harper de venir répéter en français au Québec les propos tenus en anglais dans l'ouest du pays, des propos qu'il a jugé inacceptables, a-t-il dit devant la salle de spectacle montréalaise.
Dans la journée, M. Layton avait promis d'annuler les compressions de 45 millions (qui atteindront selon toute vraisemblance 60 millions avec la disparition attendue du Fonds des nouveaux médias) s'il est porté au pouvoir.
«M. Harper est en train de réduire le financement nécessaire de la culture et des arts; ce sont des actions très néfastes et dramatiques, on a besoin de mots forts pour le décrire», a indiqué le chef néodémocrate au moment de présenter ses engagements en matière de culture, de même qu'une nouvelle publicité associant les conservateurs à des «tueurs» de culture. M. Harper a qualifié cette campagne de «fausse et extrême».
Le porte-parole libéral en matière de culture, Denis Coderre, était aussi présent à Montréal en soirée. Il a mentionné au Devoir trouver «indécents» des commentaires «qui élèvent une partie de la population contre une autre. Quand on affirme que les gens ordinaires ne sont pas concernés par ce qui touche les travailleurs culturels, c'est qu'on oublie que 80 % des gens de cette industrie gagnent moins de 50 000$ par année. Ce ne sont pas des gens gâtés, mais des travailleurs honnêtes.»
Questionné à savoir pourquoi le message des artistes semble mal passer au sein de la population, M. Coderre a lancé qu'il aurait peut-être fallu que le message soit libellé autrement. «Il ne faut pas dire les artistes sont menacés, mais bien que l'industrie culturelle — qui touche énormément de gens au pays — est menacée», estime le candidat dans Bourassa.
***
Avec La Presse canadienne
Selon M. Harper, les artistes qui se plaignent la bouche pleine et en habit de gala ne trouvent aucune sympathie dans le jugement des électeurs moyens. C'est ce que le chef conservateur a laissé entendre lors d'une conférence de presse tenue en matinée à Saskatoon.
Alors qu'on lui demandait s'il craignait un certain ressac au Québec à la suite du concert présenté hier soir au Club Soda par un collectif d'artistes dénonçant les compressions budgétaires (voir autre texte en page A 8), M. Harper a d'abord rappelé que son gouvernement a augmenté les budgets destinés à la culture de près de 8 %.
Or, «il y a beaucoup de Canadiens qui n'ont pas eu une augmentation de salaire de 8 %», a lancé le chef conservateur, dans un message destiné à la classe moyenne.
Faisant référence au récent Gala des prix Gémeaux, où plusieurs artistes ont critiqué son gouvernement — ce qui a d'ailleurs valu aux artistes plusieurs critiques dans les journaux —, Stephen Harper a indiqué que «lorsque les gens ordinaires rentrent à la maison, qu'ils allument la télévision pour écouter un gala fastueux entièrement financé par les contribuables et qu'ils entendent les artistes [participant au gala] se plaindre que leurs subventions ne sont pas assez élevées — alors que la population sait qu'elles ont augmenté —, je ne suis pas sûr que leurs plaintes interpellent ces gens ordinaires. Car les gens ordinaires savent que nous devons vivre en respectant un budget», a dit M. Harper.
Ce dernier n'a toutefois pas voulu répéter en français cette déclaration faite en anglais.
Le commentaire du chef conservateur rejoint l'esprit des propos tenus plus tôt dans la campagne par la ministre du Patrimoine canadien, Josée Verner, quand elle affirmait que la question des compressions en culture n'intéressait pas les électeurs. De même, une autre candidate conservatrice de la région de Québec s'est récemment distinguée en qualifiant les artistes de gens «gâtés».
Dans une analyse publiée lundi, la Conférence canadienne des arts confirmait que les budgets globaux consacrés à la culture avaient augmenté sous le gouvernement conservateur. Mais l'organisme apportait une nuance importante au tableau.
Car l'augmentation générale du budget du Patrimoine canadien cache un glissement du financement de la culture traditionnelle (au sens «créatif» du terme) vers le financement d'activités sportives (Jeux olympiques de 2010) ou de promotion du multiculturalisme, dont s'occupe aussi le ministère fédéral de la Culture.
Critiques
Les propos de M. Harper ont été durement critiqués par les trois partis d'opposition en campagne. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe a le premier indiqué que M. Harper faisait preuve de «mépris» envers la classe moyenne en affirmant que le sort de la culture ne l'intéressait pas.
«Je n'ai pas cette vision élitiste de la société. Je pense que les gens considèrent que la culture, c'est drôlement important», a lancé M. Duceppe en dénonçant «l'étroitesse d'esprit» de M. Harper en matière de culture.
Plutôt que de supprimer 45 millions dans l'enveloppe artistique, le chef conservateur devrait réduire les avantages fiscaux de 2,7 milliards consentis aux compagnies pétrolières, a soutenu le chef bloquiste lors d'un point de presse à Québec. M. Duceppe a réitéré l'essentiel de sa position quelques minutes avant le spectacle présenté au Club Soda en soirée, auquel il a assisté avec son épouse.
Lui aussi de passage à Québec avant de faire le saut au Club Soda, Jack Layton a sommé M. Harper de venir répéter en français au Québec les propos tenus en anglais dans l'ouest du pays, des propos qu'il a jugé inacceptables, a-t-il dit devant la salle de spectacle montréalaise.
Dans la journée, M. Layton avait promis d'annuler les compressions de 45 millions (qui atteindront selon toute vraisemblance 60 millions avec la disparition attendue du Fonds des nouveaux médias) s'il est porté au pouvoir.
«M. Harper est en train de réduire le financement nécessaire de la culture et des arts; ce sont des actions très néfastes et dramatiques, on a besoin de mots forts pour le décrire», a indiqué le chef néodémocrate au moment de présenter ses engagements en matière de culture, de même qu'une nouvelle publicité associant les conservateurs à des «tueurs» de culture. M. Harper a qualifié cette campagne de «fausse et extrême».
Le porte-parole libéral en matière de culture, Denis Coderre, était aussi présent à Montréal en soirée. Il a mentionné au Devoir trouver «indécents» des commentaires «qui élèvent une partie de la population contre une autre. Quand on affirme que les gens ordinaires ne sont pas concernés par ce qui touche les travailleurs culturels, c'est qu'on oublie que 80 % des gens de cette industrie gagnent moins de 50 000$ par année. Ce ne sont pas des gens gâtés, mais des travailleurs honnêtes.»
Questionné à savoir pourquoi le message des artistes semble mal passer au sein de la population, M. Coderre a lancé qu'il aurait peut-être fallu que le message soit libellé autrement. «Il ne faut pas dire les artistes sont menacés, mais bien que l'industrie culturelle — qui touche énormément de gens au pays — est menacée», estime le candidat dans Bourassa.
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Avec La Presse canadienne
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