Dion joue la prudence budgétaire
23 septembre 2008
Canada
Photo : Agence Reuters
Le chef libéral, Stéphane Dion, tenant le programme budgétaire qu’il a dévoilé en conférence de presse hier à Ottawa.
Ottawa — Encore en quête d'une annonce qui frapperait l'imaginaire de l'électorat, le chef libéral, Stéphane Dion, a décidé de revenir à des valeurs sûres en s'engageant, s'il est porté au pouvoir, non seulement à respecter l'équilibre budgétaire, mais aussi à dégager de confortables surplus de sécurité qui étaient devenus la signature de ses prédécesseurs. Une façon de rappeler que Stephen Harper a aboli cette mesure de prudence et englouti en deux ans et demi des surplus annuels de plus de 12 milliards de dollars.
M. Dion ne s'en cache pas: le dévoilement de la plate-forme électorale chiffrée aussi tôt dans la campagne vise à mettre un terme aux attaques sans fondement de son adversaire conservateur. Non, les libéraux ne ramèneront pas le pays en déficit et non, ils n'auront pas besoin de hausser la TPS ou d'annuler les Prestations universelles pour la garde d'enfants de 100 $ par mois pour financer toutes les promesses faites depuis deux semaines à coups de milliards de dollars.
«[Stephen] Harper a essayé d'écrire à notre place notre programme, et c'était de la désinformation. Il n'y a rien de tout ce qu'il a agité dans le programme», a déclaré Stéphane Dion au cours d'une conférence de presse à Ottawa hier matin.
Le programme déposé hier n'apprend donc pas grand-chose sur les intentions libérales, qui étaient déjà connues, que ce soit la création d'un programme pour les infrastructures, la résurrection de l'entente de Kelowna pour les autochtones ou encore l'aide à l'achat de technologies propres. Il révèle plutôt où les libéraux prendront l'argent pour financer leurs largesses.
Car des largesses, il y en a: pour 55,1 milliards de dollars en quatre ans. Ces dépenses imposantes seront financées de deux manières: à même les revenus générés par la nouvelle taxe sur les activités génératrices de gaz à effet de serre (40 milliards de dollars) et la marge de manoeuvre financière déjà prévue par le ministère fédéral des Finances.
Les libéraux se basent en effet sur les dernières projections gouvernementales connues, prévoyant des revenus au cours des quatre prochaines années financières totalisant 1075 milliards de dollars et des dépenses de 1058 milliards, pour estimer cette marge de manoeuvre à 17 milliards. À cette somme s'ajoutera un milliard de plus découlant de réformes fiscales envisagées, notamment l'abolition du rabais d'impôt aux exploitants de sables bitumineux d'une valeur annuelle de 300 millions de dollars.
Si la taxe sur le carbone va financer les réductions d'impôts promises aux particuliers, c'est avec cette dernière cagnotte que les libéraux entendent mettre en place leurs nouveaux programmes, notamment l'aide au secteur manufacturier (1,39 milliard), l'appui aux personnes âgées (2,27 milliards), le financement de garderies (1,5 milliard), l'aide aux communautés autochtones (2,1 milliards) ou encore le financement d'hypothèques «vertes» pour les ménages apportant des améliorations énergétiques à leur demeure (275 millions). Au total, ils évaluent à 16,3 milliards le coût de leurs nouveaux programmes.
«Seize virgule trois milliards de dépenses sur quatre ans, c'est extrêmement prudent, s'est exclamé M. Dion. Nous avons hérité cela de M. Chrétien et M. Martin. C'est dans nos gènes maintenant d'être prudents avec les finances publiques!» À cet égard, a-t-il répété, «on n'a pas de leçon à recevoir de Stephen Harper sur la gestion de l'économie et des finances publiques. Ça leur a pris deux ans et demi pour faire fondre les surplus.»
Un dépoussiérage des programmes
La «réserve pour éventualité», ce petit coussin de sécurité en cas de soubresauts économiques ou d'imprévus, revient elle aussi dans le portrait après avoir été éliminée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Celle-ci est toutefois conditionnelle à un dégraissage de l'appareil fédéral ou «réallocation». Un gouvernement libéral compte récupérer bon an, mal an, pas moins de trois milliards de dollars en abolissant ou en réduisant des programmes inefficaces ou ayant perdu de leur pertinence.
«La réallocation est un exercice nécessaire en bonne gestion», a dit M. Dion. Il a rappelé que le budget annuel du gouvernement fédéral est d'environ 200 milliards de dollars, sans compter les frais de financement de la dette. Dans ce contexte, «trouver trois milliards là-dedans, ce n'est pas difficile». Son député John McCallum, ancien économiste en chef à la Banque royale du Canada, a rappelé que les libéraux s'étaient adonnés à un exercice similaire en 2005 sous la direction de Paul Martin. «Nous avons fait la même chose dans le passé. Il n'y a aucune raison qu'on ne soit pas capable de le refaire.»
Où couperont-ils? M. Dion estime qu'il est impossible de le savoir tant que son parti n'est pas au pouvoir et ne peut pas analyser objectivement la performance des programmes. «Les cachotteries de Stephen Harper de s'en prendre à des programmes non pas parce qu'ils sont mal gérés, mais parce qu'ils aident des artistes qu'il n'aime pas, ce sera fini», a lancé M. Dion.
Cette réserve annuelle de trois milliards, si elle n'est pas utilisée, servira à rembourser la dette canadienne. En outre, les libéraux s'engagent à investir tout surplus imprévu, au-delà de cette réserve, dans la réfection des infrastructures.
Fiducies de revenus
Les libéraux reviennent aussi à la charge en matière de fiducies de revenus, ces instruments financiers qui engrangent les millions à l'abri de l'impôt. Elles ont été rendues inintéressantes quand le gouvernement de Stephen Harper a décidé de les soumettre à un impôt de 31,5 %, malgré une promesse électorale de n'en rien faire. Les libéraux s'engagent à corriger le tir. Les fiducies seront plutôt soumises à un impôt de 10 %, qui sera ensuite remboursable pour les investisseurs résidant au Canada seulement.
Comme cela était prévisible, les partis d'opposition se sont empressés de démolir les chiffres libéraux. Les ministres conservateurs Lawrence Cannon et John Baird ont tenu une conférence de presse à Ottawa où ils ont prétendu avoir refait les calculs libéraux. Leurs additions des promesses électorales libérales conduisent tout droit à un déficit qu'ils évaluent à plus de 12 milliards par année.
Quant au chef du NPD Jack Layton, il juge que l'équilibre budgétaire n'est possible que si les réductions d'impôts consenties aux grandes entreprises sont annulées, ce qu'il se promet de faire. «On ne peut pas réduire les impôts des grandes entreprises comme il le propose et avoir les résultats qu'il prévoit. Ça n'a pas de bon sens», a-t-il déclaré alors qu'il se trouvait à Montréal. M. Layton, qui n'a jamais formé le gouvernement, n'a pas encore dévoilé son plan financier.
***
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque
M. Dion ne s'en cache pas: le dévoilement de la plate-forme électorale chiffrée aussi tôt dans la campagne vise à mettre un terme aux attaques sans fondement de son adversaire conservateur. Non, les libéraux ne ramèneront pas le pays en déficit et non, ils n'auront pas besoin de hausser la TPS ou d'annuler les Prestations universelles pour la garde d'enfants de 100 $ par mois pour financer toutes les promesses faites depuis deux semaines à coups de milliards de dollars.
«[Stephen] Harper a essayé d'écrire à notre place notre programme, et c'était de la désinformation. Il n'y a rien de tout ce qu'il a agité dans le programme», a déclaré Stéphane Dion au cours d'une conférence de presse à Ottawa hier matin.
Le programme déposé hier n'apprend donc pas grand-chose sur les intentions libérales, qui étaient déjà connues, que ce soit la création d'un programme pour les infrastructures, la résurrection de l'entente de Kelowna pour les autochtones ou encore l'aide à l'achat de technologies propres. Il révèle plutôt où les libéraux prendront l'argent pour financer leurs largesses.
Car des largesses, il y en a: pour 55,1 milliards de dollars en quatre ans. Ces dépenses imposantes seront financées de deux manières: à même les revenus générés par la nouvelle taxe sur les activités génératrices de gaz à effet de serre (40 milliards de dollars) et la marge de manoeuvre financière déjà prévue par le ministère fédéral des Finances.
Les libéraux se basent en effet sur les dernières projections gouvernementales connues, prévoyant des revenus au cours des quatre prochaines années financières totalisant 1075 milliards de dollars et des dépenses de 1058 milliards, pour estimer cette marge de manoeuvre à 17 milliards. À cette somme s'ajoutera un milliard de plus découlant de réformes fiscales envisagées, notamment l'abolition du rabais d'impôt aux exploitants de sables bitumineux d'une valeur annuelle de 300 millions de dollars.
Si la taxe sur le carbone va financer les réductions d'impôts promises aux particuliers, c'est avec cette dernière cagnotte que les libéraux entendent mettre en place leurs nouveaux programmes, notamment l'aide au secteur manufacturier (1,39 milliard), l'appui aux personnes âgées (2,27 milliards), le financement de garderies (1,5 milliard), l'aide aux communautés autochtones (2,1 milliards) ou encore le financement d'hypothèques «vertes» pour les ménages apportant des améliorations énergétiques à leur demeure (275 millions). Au total, ils évaluent à 16,3 milliards le coût de leurs nouveaux programmes.
«Seize virgule trois milliards de dépenses sur quatre ans, c'est extrêmement prudent, s'est exclamé M. Dion. Nous avons hérité cela de M. Chrétien et M. Martin. C'est dans nos gènes maintenant d'être prudents avec les finances publiques!» À cet égard, a-t-il répété, «on n'a pas de leçon à recevoir de Stephen Harper sur la gestion de l'économie et des finances publiques. Ça leur a pris deux ans et demi pour faire fondre les surplus.»
Un dépoussiérage des programmes
La «réserve pour éventualité», ce petit coussin de sécurité en cas de soubresauts économiques ou d'imprévus, revient elle aussi dans le portrait après avoir été éliminée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Celle-ci est toutefois conditionnelle à un dégraissage de l'appareil fédéral ou «réallocation». Un gouvernement libéral compte récupérer bon an, mal an, pas moins de trois milliards de dollars en abolissant ou en réduisant des programmes inefficaces ou ayant perdu de leur pertinence.
«La réallocation est un exercice nécessaire en bonne gestion», a dit M. Dion. Il a rappelé que le budget annuel du gouvernement fédéral est d'environ 200 milliards de dollars, sans compter les frais de financement de la dette. Dans ce contexte, «trouver trois milliards là-dedans, ce n'est pas difficile». Son député John McCallum, ancien économiste en chef à la Banque royale du Canada, a rappelé que les libéraux s'étaient adonnés à un exercice similaire en 2005 sous la direction de Paul Martin. «Nous avons fait la même chose dans le passé. Il n'y a aucune raison qu'on ne soit pas capable de le refaire.»
Où couperont-ils? M. Dion estime qu'il est impossible de le savoir tant que son parti n'est pas au pouvoir et ne peut pas analyser objectivement la performance des programmes. «Les cachotteries de Stephen Harper de s'en prendre à des programmes non pas parce qu'ils sont mal gérés, mais parce qu'ils aident des artistes qu'il n'aime pas, ce sera fini», a lancé M. Dion.
Cette réserve annuelle de trois milliards, si elle n'est pas utilisée, servira à rembourser la dette canadienne. En outre, les libéraux s'engagent à investir tout surplus imprévu, au-delà de cette réserve, dans la réfection des infrastructures.
Fiducies de revenus
Les libéraux reviennent aussi à la charge en matière de fiducies de revenus, ces instruments financiers qui engrangent les millions à l'abri de l'impôt. Elles ont été rendues inintéressantes quand le gouvernement de Stephen Harper a décidé de les soumettre à un impôt de 31,5 %, malgré une promesse électorale de n'en rien faire. Les libéraux s'engagent à corriger le tir. Les fiducies seront plutôt soumises à un impôt de 10 %, qui sera ensuite remboursable pour les investisseurs résidant au Canada seulement.
Comme cela était prévisible, les partis d'opposition se sont empressés de démolir les chiffres libéraux. Les ministres conservateurs Lawrence Cannon et John Baird ont tenu une conférence de presse à Ottawa où ils ont prétendu avoir refait les calculs libéraux. Leurs additions des promesses électorales libérales conduisent tout droit à un déficit qu'ils évaluent à plus de 12 milliards par année.
Quant au chef du NPD Jack Layton, il juge que l'équilibre budgétaire n'est possible que si les réductions d'impôts consenties aux grandes entreprises sont annulées, ce qu'il se promet de faire. «On ne peut pas réduire les impôts des grandes entreprises comme il le propose et avoir les résultats qu'il prévoit. Ça n'a pas de bon sens», a-t-il déclaré alors qu'il se trouvait à Montréal. M. Layton, qui n'a jamais formé le gouvernement, n'a pas encore dévoilé son plan financier.
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Avec la collaboration de Kathleen Lévesque
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