dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Un jeu d'équilibre

Manon Cornellier   17 septembre 2008  Canada
Le message que martèle le chef conservateur Stephen Harper depuis le début de la campagne électorale n'a pas changé. En ces temps d'incertitude économique, ce n'est pas le temps de changer de capitaine et encore moins de se lancer dans l'expérience «risquée» du Tournant vert du chef libéral Stéphane Dion.

On pourrait croire que le coup de tonnerre survenu dans le ciel de l'industrie financière américaine lundi renforce son argument. C'est jusqu'à un certain point vrai, mais cet imprévu représente aussi une arme à double tranchant, surtout si la tourmente s'amplifie d'ici au 14 octobre.

L'image de gestionnaire prudent, capable de guider les Canadiens à travers la tempête, ne tient que s'il démontre que ses politiques nous ont permis et nous permettront encore d'éviter le pire. Le danger est de voir la situation s'aggraver et la nervosité s'installer. La pression montera alors pour qu'il en fasse davantage. S'il maintient alors le cap et refuse de promettre une aide plus musclée pour les entreprises ou les travailleurs, il pourrait donner l'impression d'être indifférent.

Il en était presque rendu là hier. Alors qu'il se trouvait dans le sud-ouest de l'Ontario frappé par la perte des emplois dans le secteur manufacturier, c'est aux premiers acheteurs de maison qu'il s'intéressait. Il leur a promis un crédit d'impôt d'au plus 5000 $ pour les dépenses associées à l'achat de leur logis. Cela voudrait dire 750 $, tout au plus, dans la poche de ces propriétaires.

Jusqu'à présent, les conservateurs s'en sont tenus à des promesses assez modestes et cosmétiques destinées à charmer des clientèles précises. On cherche à entretenir l'image de prudence. Stephen Harper se sert de l'inquiétude ambiante pour attaquer Stéphane Dion, mais il ne veut pas l'alimenter en proposant des mesures exceptionnelles. «Pour l'instant, l'économie canadienne a des problèmes, mais nous ne sommes pas en récession. [...] Nous connaissons un ralentissement, mais les revenus imposables continuent de croître. Il y a des pertes d'emplois, mais davantage de gains. La réalité est que nous traversons une période difficile, mais que nous y faisons face beaucoup mieux que tout autre pays industrialisé», a-t-il dit hier.

Pourtant, l'économie canadienne s'est légèrement contractée au premier trimestre de 2008 et, au second trimestre, le Canada a évité la récession technique par un petit 0,1 %. Les prévisions de croissance ont dû être revues à la baisse depuis le budget de février. Ce dernier prévoyait un taux de croissance de 1,7 % pour 2008, mais, en juillet, la Banque du Canada parlait d'un taux de 1 %, suivi d'un rebond en 2009. En juin, l'OCDE prédisait pour le Canada la seconde place des pays du G7 pour la faiblesse de croissance en 2008, à égalité avec les États-Unis.

Pareil fléchissement risque évidemment d'influer sur les revenus du gouvernement fédéral. Stephen Harper en parle peu et écarte tout scénario de déficit. Pourtant, le fédéral en a affiché un en avril et en mai. Il devrait faire mieux cet automne, d'autant plus s'il attribue à l'année en cours les rondelets revenus — 4,3 milliards — provenant des enchères de fréquences de téléphonie cellulaire.

M. Harper a raison de dire que le chômage est à son plus bas niveau à l'échelle du pays, mais ce taux de 6,1 % dévoilé en août n'offre qu'une vue à vol d'oiseau du marché de l'emploi canadien. À hauteur d'homme, le portrait n'est pas toujours reluisant et varie d'un endroit à l'autre. Parlez-en aux dizaines de milliers de travailleurs des secteurs manufacturiers ontarien et québécois qui ont vu s'envoler des emplois bien rémunérés.

Stephen Harper n'aime pas insister sur le sujet. Chaque fois que ce fait lui est rappelé, il répond, comme hier, qu'il se crée plus d'emplois au Canada qu'il ne s'en perd et qu'il y a des pénuries de main-d'oeuvre dans certaines régions. Cela ne répond cependant pas aux inquiétudes des salariés qui voient leur gagne-pain disparaître.

Un nombre important de ces travailleurs vivent en Ontario et au Québec, deux provinces où les conservateurs doivent faire des gains pour espérer former un gouvernement majoritaire. Or, selon les dernières prévisions du Mouvement Desjardins, le Québec connaîtra une croissance d'à peine 0,8 % en 2008 alors que l'Ontario, avec un maigre taux de 0,1 %, fera du surplace. Ne pas se montrer plus sensibles à leurs tourments pose le risque de limiter le charme conservateur.

En même temps, si Stephen Harper insiste trop sur les points faibles de notre économie, il contredira indirectement son principal message, à savoir qu'il a été et reste le meilleur garant de la sécurité économique des citoyens.

Stéphane Dion, de son côté, insiste maintenant sur les soubresauts économiques pour attaquer la gestion conservatrice. Mais lui aussi a un problème. Il a tout misé sur son Tournant vert, un plan qui vise à verdir l'économie canadienne, à la rendre durable et moins dépendante sur le plan énergétique. Il se retrouve à proposer un virage fondamental au moment où l'instabilité économique risque de rendre les gens frileux. Tout un contrat.

Au bout du compte, les deux chefs se voient forcer de se livrer à un exercice d'équilibriste, mais sur une corde raide dont ils ne contrôlent pas la tension.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012