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Le charme familial

Manon Cornellier   10 septembre 2008  Canada
Stephen Harper, le bon père de famille. Depuis plus d'une semaine, le Canada anglais a droit à une publicité conservatrice où le premier ministre parle du temps passé à jouer aux cartes avec son fils. «Quand vous devenez père, cela devient une part fondamentale de ce que vous êtes et de votre vie», y dit-il.

Dimanche, il est revenu sur le sujet tout en se montrant incapable d'admettre que son adversaire libéral Stéphane Dion puisse être tout autant que lui un homme à l'esprit de famille. «Je le présume», s'est-il contenté de dire avant de partir pour Richmond, en Colombie-Britannique, s'afficher avec une famille de la classe moyenne.

Les conservateurs insistent sur cette image paternelle de Stephen Harper, car ils espèrent adoucir ses angles les plus acérés et le rendre rassurant après deux années passées à gouverner avec une poigne de fer. Une des clientèles visées par cette campagne: les femmes qui, selon certains sondages, lui préfèrent les autres partis, en particulier les libéraux.

Ainsi, selon le dernier sondage Harris-Decima, publié lundi, le Parti conservateur (PC) obtiendrait l'appui de 41 % des hommes mais de seulement 31 % des femmes. L'inverse est vrai pour les libéraux qui ont droit au soutien de 33 % des femmes mais de seulement 23 % des hommes.

Or, si le Parti conservateur veut faire des gains dans les banlieues peuplées de jeunes familles, il doit séduire une partie de cet électorat féminin, croient les stratèges conservateurs. Leur stratégie a donc été, jusqu'à présent, de multiplier les annonces autour du thème de la sécurité alimentaire, économique et personnelle. Il restait à s'assurer que le chef reflète ce sentiment à travers sa personne durant une campagne où l'image joue un rôle central.

***

Pareil changement cosmétique peut-il suffire à séduire le vote féminin? On peut en douter. S'engager à nommer des femmes à des postes ministériels d'importance, à avoir plus de femmes candidates et, si possible, députées aiderait sûrement davantage. Le dernier cabinet Harper ne comptait que 5 femmes sur 26 ministres en titre, et une seule à la tête d'un ministère majeur, soit Diane Finley au poste de ministre de la Citoyenneté et de l'immigration. Tout une différence avec Québec où la parité prévaut et où les femmes dirigent certains des plus importants ministères. Le caucus conservateur ne faisait pas meilleure figure avec la plus faible proportion de femmes.

Cet état de fait est le fruit de la politique du parti qui, fidèle à ses racines réformiste et allianciste, refuse d'adopter une politique de promotion des candidatures féminines. C'est chacun pour soi. À chaque candidat, peu importe son sexe, de gagner son investiture. En 2006, cela s'est traduit par seulement 38 femmes sur la liste de 308 candidats conservateurs. De ce nombre, seulement 14 ont été élues et elles ont été reléguées, dans la plupart des cas, à des rôles marginaux.

Cette performance conservatrice a eu pour effet de stopper la progression de la représentation féminine à la Chambre des communes. Et comme la situation s'améliore ailleurs, le Canada se retrouve à perdre du terrain par rapport aux autres pays en ce qui a trait à la place des femmes au parlement national. De 42e qu'il était à l'échelle internationale en novembre 2005, le Canada a chuté au 51e rang, selon les données de juin 2008 de l'Union interparlementaire.

***

Bien qu'ils aient encore du chemin à faire eux aussi pour atteindre l'équité, les autres partis font tous un effort particulier pour solliciter les candidatures féminines. Le Bloc québécois mise sur la persuasion, tout comme le Parti vert alors que le NPD et le Parti libéral ont des fonds, du personnel et des politiques en place pour attirer des femmes dans leurs rangs. Et depuis que Stéphane Dion est devenu chef, le PLC s'est fixé comme objectif d'avoir au moins 33 % de femmes parmi ses candidats, un objectif qu'il semble en voie de dépasser. Selon les chiffres réunis par ma collègue Hélène Buzzetti, 100 femmes figurent parmi les 272 candidats choisis jusqu'à présent par le PLC, soit près de 37 %.

En date d'hier, le NPD l'imitait légèrement avec 72 femmes parmi les 194 candidats confirmés. Le Bloc en compte 20 sur 75, soit 27 %, et le Parti vert, 60 sur 200, soit 30 %. Le PC semble vouloir faire mieux cette année qu'en 2006, mais il traîne toujours de la patte avec seulement 63 femmes sur 304 candidats, soit seulement 21 %.

Le mentor de Stephen Harper, Tom Flanagan, écrivait le printemps dernier que tous les électeurs étaient égaux, mais qu'il s'adonnait que le Parti conservateur plaisait à davantage d'hommes que de femmes. Le hic est qu'il veut maintenant les attirer et qu'il s'y prend en usant d'artifices et de politiques clientélistes, et ce, après avoir mis la hache dans le financement de certains groupes de femmes luttant spécifiquement pour le droit à l'égalité, comme le Fonds d'action et d'éducation juridiques pour les femmes.

Il serait sûrement plus charmant pour Stephen Harper de promettre une vraie place aux femmes au sein d'un nouveau cabinet que de troquer le veston pour un chandail assorti à ses yeux.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    10 septembre 2008 07 h 16
    Émotions encore et toujours
    C'est devenu une mode pour les personnages politiques qui se présentent à une élection, de faire intervenir leur famille dans le décor. On en a vu de bons exemples aux États-Unis. Si on faisait une revue historique des images électorales des 20 dernières années, on pourrait voir la progression de cette tendance.

    De quoi s'agit-il, au fond? De rien d'autre que d'une publicité émotionnelle qui s'adresse au système cérébral sensible aux émotions. Sans plus. L'image de Harper jouant aux cartes avec son fils ne signifie rien sur le plan politique rationnel. Elle n'explique pas que la décision de réduire la taxe sur le carburant diesel a été prise sans aucun calcul de ses effets sur l'environnement, mais dans le seul but de séduire une partie de l'électorat, en contrant l'approche rationnelle de Stéphane Dion.

    Comme je l'ai déjà souligné, nombre d'électeurs ne voient que des images, sans se demander ce qu'elles signifient réellement sur le plan politique concret. Beaucoup de citoyens ne votent pas selon la raison, mais selon leurs émotions. Et le but de toutes ces images attendrissantes n'est autre que de susciter des réactions émotionnelles en faveur du parti qui les fait, en faveur du chef du gouvernement, dans le cas qui nous occupe. Les émotions sont plus fortes que la raison, dit-om. Ce n'est que trop vrai et la publicité est passée maître dans l'art de les utiliser pour séduire et nous convaincre d'acheter tel ou tel produit. En période électorale, le parti conservateur en fait autant avec cette image de S. Harper et son fils.

    Autrement dit, bien des électeurs votent avec leurs tripes, non avec leur raison. Et les annonces gouvernementales, bien orchestrées par les médias, les images familiales bien cadrées et colorées s'adressent à ce niveau. C'est une constatation. Des images familiales aident à faire passe oe parti, la personne, en faisant réagir le système émotionnel d'électeurs potentiels, des femmes en particulier, censées être plus sensibles à ce genre de mise en scène. Ainsi, se trouvent occultés les véritables problèmes, les vraies questions sur les réalisations effectives du gouvernement en place, les promesses antérieures non tenues, et dans le cas présent, la violation non justifiée de la loi sur les élections à date fixe. Le piège tendu aux électeurs est grossier. Tendu dans un bois, il ne prendrait aucun animal, qui le détecterait à tout coup. Hélas, tendu dans le champ électoral, nombreux sont ceux qui se laisseront prendre dans ses filets... et le regretteront par la suite. Trop tard!

    Que les élections se fondent sur une exploitation des émotions semble bien devenir une évidence. Il en v a comme des médicaments, en les enrobant de sucre, on fait passer la pilule la plus amère. Et elle risque d'être amère la pilule que Stephen Harper essaie de faire avaler avec son image paternelle, si les électeurs et les électrices ne la décodent pas, comme on se doit de décoder des images publicitaires. La belle fille que l'on voyait autrefois sur le capot des voitures n'avait rien à voir avec la qualité du véhicule, mais visait seulement à séduire l'acheteur gogo émotionnellement pris. Et voilà que Stephen Harper veut nous rejouer le coup des belles filles? Comment y croire!
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  • Lucie Allaire - Abonnée
    10 septembre 2008 07 h 43
    ne nous laissons pas berner
    Vous avez résumé dans votre dernier paragraphe, exactement ce que je pensais. Quant à moi, ses angles trop `droits`ne se sont pas adoucis en portant une veste. Ne nous laissons pas amadouer par ses images trompeuses, il est clair que M. Harper ne présente pas aux femmes,et je dirais aux hommes également, un programme politique qui fera avancer notre société et surtout qui s'occupera de ces plus faibles. Je ne suis plus capable de réduire le discours à des promesses de réduire nos impôts; je n'entends parler d'aucune vision pour le bien-être de notre société. Les femmes ont beaucoup d'intuition et sentent le danger que les conservateurs représente pour notre société; faisons confiance à notre intuition.
    Lucie Allaire
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  • Adrienne Beaudry - Inscrite
    10 septembre 2008 18 h 15
    Merci
    Merci merci merci merci pour cet article qui, j'espère, aidera nos lectrices et lecteurs à déceler les tactiques de nos politiciens préférés. DEVOIR: Plus d'articles comme celui-ci.
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