dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h46


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Au-delà des promesses

Bernard Descôteaux   8 septembre 2008  Canada
Le premier ministre Stephen Harper espère se retrouver de nouveau à la tête du gouvernement du Canada à l'issue des élections du 14 octobre. À la tête d'un gouvernement, bien qu'il ne le dise pas à haute voix, qui serait majoritaire cette fois. Est-ce possible? Est-ce souhaitable?

Ce n'est pas sans raison que Stephen Harper a choisi de renier son engagement de tenir des élections à date fixe, élections qui, selon la loi qu'il a fait adopter par la Chambre des communes, n'auraient dû se tenir qu'à l'automne 2009. Après avoir jaugé la conjoncture économique et sociale et sondé les coeurs et les reins des Canadiens, il a vu que les circonstances lui étaient favorables. Il a donc fait fi de sa promesse pour profiter de la longueur d'avance qu'il semblait avoir sur la ligne de départ.

Sous l'angle de la politique politicienne, le premier ministre Harper a eu le bon réflexe. En précipitant ce scrutin, il coupe l'herbe sous le pied aux partis d'opposition qui s'apprêtaient à lui faire vivre des moments difficiles en mettant en exergue tous les jours aux Communes les dossiers litigieux que sont les affaires Cadman et Bernier-Couillard ainsi que le dossier du financement électoral du Parti conservateur à l'élection de 2006. S'ajoute le fait qu'en attendant jusqu'à l'automne prochain, il aurait pu avoir à affronter une conjoncture plus difficile sur le plan économique, puisque les risques de récession sont toujours présents, et sur le plan militaire en Afghanistan où la situation se dégrade.

Le défi de Stephen Harper sera de garder cette longueur d'avance qu'il a aujourd'hui tout au long de cette campagne. Il sera l'objet de toutes les attaques, et un revirement est toujours possible. Donné gagnant au déclenchement de l'élection de 1984, le libéral John Turner n'avait pas su résister au raz de marée conservateur de Brian Mulroney. En ce premier jour de campagne, un tel retournement apparaît toutefois improbable. Les conservateurs de Stephen Harper sont nettement mieux organisés et mieux nantis financièrement que les libéraux de Stéphane Dion. Au surplus, le chef conservateur inspire davantage confiance aux Canadiens que le chef libéral quant à ses capacités à être premier ministre.

***

Si de nombreuses questions seront débattues durant cette campagne, nul doute que la question du leadership sera justement l'un des grands enjeux auquel il faudra s'arrêter. Le leadership n'est pas ce qui manque à Stephen Harper. Il a une vision claire de là où il veut aller et du chemin à suivre. Contrairement à son prédécesseur, Paul Martin, il s'est montré habile stratège et surtout homme de décision, qualités que son parti a cherché à conforter par diverses campagnes de publicité où le chef de l'opposition officielle, Stéphane Dion, servait de faire-valoir. Il est vrai que celui-ci a accumulé les erreurs depuis qu'il a pris la tête du Parti libéral, mais il n'a pas tous les défauts. Comme il le demandait lui-même hier, il a droit à un second regard. Attendons avant de porter un jugement définitif sur la valeur de cet homme.

L'enjeu du leadership ne peut cependant être réduit à la seule perception des qualités et des défauts des chefs qui s'affrontent. Il faut considérer l'équipe qui entoure ces chefs et la vision qu'ils nous proposent de l'avenir de la société dans leurs programmes respectifs. On débattra beaucoup de changement durant cette campagne, car, comme à l'élection de 2006, s'opposent des visions difficilement conciliables. Lorsque l'on fait le bilan des 30 mois de gouvernement Harper, il apparaît que ceux qui le forment sont toujours portés par une volonté de changement consistant, intéressant paradoxe, à réduire le rôle du gouvernement en matière économique et à l'accroître pour définir les règles morales devant guider la société canadienne. Leur expérience au gouvernement ne les a pas rendus plus consensuels, et ils persistent à défendre cette vision. De l'autre côté, libéraux, bloquistes et néo-démocrates veulent un État interventionniste sur le plan social et économique, et libéral (avec un petit l) sur le plan des valeurs.

La vision que porte le Parti conservateur est loin d'être majoritaire dans l'opinion publique canadienne. Si les électeurs lui ont confié le pouvoir à l'élection de 2006, c'est qu'un changement s'imposait après 13 ans de régime libéral. Ils ont eu toutefois la prudence de soumettre le gouvernement Harper au contrôle d'une opposition majoritaire. Les conservateurs ont pu gouverner. Ils ont ainsi réussi à faire adopter l'essentiel de leurs engagements électoraux, y compris un bouquet de lois plus restrictives en matière de justice. Par contre, lorsqu'ils ont voulu aller au-delà de leurs programmes et limiter la liberté d'expression des créateurs et des artistes, l'opposition leur a bloqué la voie.

***

Si en ce début de campagne une nouvelle victoire conservatrice apparaît possible, voire probable, il faut néanmoins se demander s'il serait souhaitable de confier au Parti conservateur une majorité claire au Parlement. Il ne faut pas écarter une telle possibilité qui pourrait résulter, à défaut d'un choix délibéré des électeurs, du simple jeu de la mathématique électorale. Le vote des Canadiens qui optent pour la vision d'une société libérale se divisera entre quatre partis, soit le Parti libéral, le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert. Cette division du vote favorise indéniablement le Parti conservateur qui compte là-dessus pour obtenir le chèque en blanc que les Canadiens lui ont refusé en 2006.

En ce début de campagne, gardons-nous de conclure d'avance quoi que ce soit quant au choix que feront les électeurs. Laissons se faire le débat. Il appartiendra à Stephen Harper de nous démontrer que, cette fois, il mérite que les Canadiens lui fassent confiance sans réserves. Cependant, il faudra aller au-delà des promesses électorales enjôleuses, car, au lendemain des élections, celles-ci peuvent être vite oubliées. Il faudra bien comprendre les orientations réelles de l'équipe de Stephen Harper et s'arrêter aux valeurs que portent les candidats conservateurs. C'est de ce côté qu'il faudra surtout tourner les projecteurs.

M. Harper parle en ce début de campagne du risque que représente le leadership de Stéphane Dion. Cependant, la vision conservatrice constitue aussi un risque.

***

bdescoteaux@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 8 septembre 2008 06h24
    La droite unie, la gauche désunie
    « Chrétien a eu trois majorités parlementaires, avec à peine 40% des voix, parce que la droite était divisée entre l'Alliance et les Progressistes-conservateurs.

    Cette fois c'est la vengance de la droite. Harper s'en va vers une majorité parlementaire, avec à peine 40%, parce que la gauche est fractionnée entre 4 partis. »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    lundi 8 septembre 2008 06h43
    La philosophie conservatrice
    « Il n'est pas exact de dire que le gouvernement Harper veut museler les 'artistes'. Les artistes sont des personnes d'une grande valeur dans une société civilisée.Le problème, c'est que seulement un petit pourcentage de ceux qui se disent artistes le sont vraiment. Les autres sont des petits griffoneurs à la gomme, elles écrivent un vers et se prennent pour des poêtes, elles grattent une guitare et se prennent pour des musiciens, elles tiennent des propos grossiers et vulgaires et se prennent pour des agents de changements des valeurs de la société, etc. Le gouvernement ne censure pas ces supposés artistes, mais il a le droit de refuser de les subventioner avec nos impôts.Les plus grands artistes classiques des siècles derniers ne vivaient pas dans des sociétés où les programmes sociaux existaient et pourtant, qui peut se comparer aux Mozart, aux Chopin, aux Bethoven, Bach, Voltaire, Racine, Hugo,etc qui ont créé des chefs-d'oeuvre sans être subventionnés par leur pays. Il en est demême pour des artistes d'aujourd'hui, je pense à Charles Aznavour, à Yves Montant, à Édith Piaf, etc. qui n'ont pas mangé à leur faim pendant des années avant de se faire connaître et apprécier du public. En conclusion, je suis heureux que le gouvernement fédéral utilise mon argent pour favoriser l'éclosion de vrais artistes et non pas pour acheter le support d'une foule d'amuseurs publics qui se prennent pour des artistes.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 8 septembre 2008 07h58
    La question
    « Une question bien simple, qu'il faudrait poser à Stephen Harper, est la suivante : Si vous formez le prochain gouvernement, minoritaire ou majoritaire, les prochaines élections auront-elles lieu dans 4 ans ou à votre guise, comme maintenant? S'il dit oui, dans 4 ans, alors, pourquoi ne pas avoir respecté la loi qu'il a fait voter? Quelle assurance peut-on avoir, puisqu'il a renié ses engagements et sa parole? S'il dit non, alors pourquoi a-t-il fait voter cette loi? Ce sont là des exemples de questions qui découlent de la précédente.

    Il s'agit réellement de questions concrètes, auxquelles S. Harper doit apporter des réponses. Et elles ont l'avantage de le pousser dans ses recoins. Quel journaliste va le lancer dans cette voie pour tenter de le prendre au piège ou de mettre en évidence le caractère retord de cet as de la politique politicienne, qui n'a rien à voir avec les intérêts des Canadiennes et des Canadiens et du Canada en général? »

  • Michaël Lessard
    Inscrit
    lundi 8 septembre 2008 09h54
    Sur le respect des points de vue des artistes et intellectuels
    « Buzzetti nous informait, dans Le Devoir (Sus aux radicaux et aux marginaux, 9 août dernier), que le gouvernement Harper a aboli un programme de promotion des arts qui permettait aux artistes et intellectuels de se produire à l'étranger, mais surtout qu'une «source conservatrice très bien placée» explique qu'il voulait couper les fonds à des personnes qu'il jugeait « radicales », des « junkets », etc.*

    :: L'exemple de la dangereuse famille radicale Lewis

    Buzzetti nous informe que « M. Avi Lewis a été jugé par les conservateurs comme un "radical général"»; ce documentariste avait reçu un gros 5000$ pour présenter son travail en Argentine et en Australie.

    Wow, il est tellement dangereux ce radical dont le grand-père a été chef du NPD (un parti tellement modéré sur les questions économiques que la gauche ne sait pas quoi en penser), dont le père Stephen est un véritable héro de la lutte mondiale contre le SIDA qui, au nom du Canada et pour l'ONU, criait sa compassion pour les millions de gens qui se meurent pendant que des milliards de dollars vont ailleurs...

    Ce dangereux radical Avi Lewis, animateur d'affaires publiques à la CBC. Il est marié à Naomi Klein qui elle, pour sa part, peut vraiment faire peur aux capitalistes, mais simplement avec ses paroles non violentes.

    M. Lewis mérite notre respect et sa famille représente bien des perspectives canadiennes.

    :: Comment reconnaître un démocrate

    Les vrais démocrates se voient par la parole accordée aux autres.

    La vraie démocratie se voit par le respect des points de vue divergents et dissidents.

    - Michaël Lessard
    Par souci de transparence: je suis membre du NPD et de QS. Je suis journaliste/reporteur indépendant et progressiste (parce que la neutralité est pour moi un mensonge :)

    * Buzzetti rapporte que « Le programme Promotion des arts se terminera le 31 mars 2009 » selon la directrice du programme. »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    lundi 8 septembre 2008 12h26
    Un danger publique
    « Le régime de droite du clan Harper à pu être contrôlé dû
    au fait que ce gouvernement était minoritaire.
    Mais si la tendance se maintient, il se pourrais bien que
    les Canadiens se retrouvent avec un conseil des ministres
    majoritaire en chambre et qu'un système qui pourrait bien
    frôler la quasi extrême droite fasse régner la loi et l'ordre avec tout ce que cela comporte de danger pour nous
    les citoyens.
    Nous aurons là le droit de parole par le vote du 14 octobre.
    Il nous faudra donc voter Bloc pour atténuer les chances
    d'élire un gouvernement dictatorial jusqu'à ce qu'un
    autre parti fédéraliste se fasse une beauté et une
    crédibilité.
    Réjean Grenier. »

  • Roger Dion
    Abonné
    lundi 8 septembre 2008 13h13
    HARPER et BUCH semblabe
    « C est bien le raisonnement des gens de droites , devient riche et puissant, nous allons t aider a devenir plus riche, mais si tu débute, même si tu as beaucoup de talent débrouille toi.
    Nous le voyons dans le raisonnement du bon conservateur qui écri cette article plus haut.
    Harper a coupé dans tous les programmes, qui aidaient les petits, les petites compagnies ,les aides pour contester en cour, l aide aux artistes, Etc. Mais notre premier ministre aide les compagnies automobiles /qui sont pauvres/ les pétrolières de l ouest /qui sont pauvres,/ pour l armement des dizaines de milliards, tout pour la guerre, voyer les morts encore cette semaine/ ses pauvres compagnies sont très pauvres/les conservateurs ont triché aux élection passé, ils n ont pas respecté la loi électoral en déclenchant des élections.
    Si nous comparons HARPER a BUCH , les conservateurs nous reprochent d ètre dans l erreur.
    Dite moi les choses que BUCH n a pas fait, dans ce que je viens d écrire, ou les ÉTATS UNIS sont ils rendu avec cette idéologie.
    Cette idéologie n est pas la notre, nous n avons pas les mêmes valeurs, s il arrivait les conservateurs soient majoritaires imaginez les tards qu ils pourraient faire.
    Comme HARRIS A FAIT EN ONTARIO il y a quelques années

    ROGER MONTREAL »

  • Michel Savard
    Inscrit
    lundi 8 septembre 2008 15h50
    La campagne de peur du Bloc !
    « En lisant le commentaire de M. Rejean Grenier , on constate que la campagne de peur des inconditionnels du Bloc est bel et bien commencée ! »

  • jacques lecuyer
    Abonné
    lundi 8 septembre 2008 23h46
    Les artistes
    « Cher monsieur Lafrance, je me demande ou vous avez pris qu'Azanvour ne mangeait pas à sa faim. Pour les grands musiciens nommés la majorité était aidé par les grands de ce monde qui taxaient les plus pauvres. Dans quel pays vivons-nous pour nous laisser imposer la cesure et la misère pour nos créateurs. Un pays sans culture n'est pas vivable. Tous ensemble pour bloquez la route à Harper et à ses dinosaures »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
8 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Chronique
Article
Article
Article
Article
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009