Pluie de milliards électoraux
Les ministres conservateurs font une douzaine d'annonces à travers le pays
Les élections approches et les annonces préélectorales se multiplient. Dans la journée d'hier seulement, les ministres du gouvernement Harper se sont promenés d'un océan à l'autre pour faire une douzaine d'annonces qui totalisent près de 4,3 milliards de dollars. Les partis d'opposition s'insurgent contre ce qu'ils qualifient «d'opportunisme» de la part du gouvernement conservateur.
Le gros morceau des annonces d'hier est la conclusion d'une entente administrative avec Québec sur les infrastructures. La valeur est de 4 milliards de dollars jusqu'en 2014. Une entente de principe avait été conclue en mai dernier, mais les conservateurs souhaitaient attendre l'approche d'un déclenchement électoral, ce qui a retardé la signature officielle, selon des sources à Québec.
Tous les prétextes semblaient bons hier aux yeux du gouvernement Harper pour faire une annonce quelque part au pays. Ainsi, la fête des Violons d'automne, à Saint-Jean-Port-Joli, a reçu 3000 $, alors que le festival d'automne Orgue et couleurs, à Montréal, a quant à lui touché 30 000 $. En Nouvelle-Écosse, le ministre Peter Mackay a annoncé que la revue trimestrielle Antigonish Review, de l'université St. Francis Xavier, recevra 12 000 $ du fédéral.
L'nstitut Dominion, qui travaille avec les anciens combattants, recevra 450 000 $. L'organisme Ars Longa, de Charlottetown, touchera 5000 $. Deux annonces dans l'industrie aérospatiale (à Montréal et Toronto) totalisent 31,6 millions de dollars. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture a eu droit à 1,3 million. Les jeunes de Vancouver sans emploi auront un projet pour les aider dont la facture s'élève à 2,9 millions, alors que Winnipeg verra son théâtre Molière être rénové avec de l'argent fédéral qui totalisera 3,5 millions.
Stockwell Day, ministre de la Sécurité publique, a pour sa part annoncé un investissement de 4,9 millions de dollars pour appuyer un projet visant à contrer les activités des gangs de rues à Toronto.
À Windsor, dans le sud de l'Ontario, où le Parti conservateur veut faire des gains aux prochaines élections, le premier ministre Harper s'est déplacé pour une annonce de 80 millions de dollars qui servira à aider une nouvelle usine Ford à prendre son envol. Jusqu'à présent, le gouvernement Harper avait toujours refusé d'investir directement dans les industries en difficulté.
D'autres annonces importantes devraient suivre dans les prochains jours. Le Festival western de Saint-Tite, notamment, aura droit à son enveloppe monétaire aujourd'hui.
Québec heureux et mal à l'aise
À Québec, lieu des plus stratégiques dans la campagne à venir, les conservateurs ont signé hier en grande pompe avec le gouvernement Charest une entente évaluée à 4 milliards de dollars d'ici 2014, dans le cadre de Chantiers Canada, plan d'infrastructure à long terme du fédéral.
L'entente permettra la réalisation de projets connus depuis longtemps et annoncés pour la plupart, comme le Quartier des spectacles à Montréal, le Peps de l'université Laval, le prolongement de l'autoroute 30, l'agrandissement des musées des beaux-arts de Montréal et de Québec, etc.
Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a qualifié l'entente d'«historique» et l'a décrite comme le plan «le plus important jamais mis de l'avant» par Québec et Ottawa. À son dire, c'est une retombée du «fédéralisme d'ouverture». M. Cannon s'est défendu de recycler des annonces déjà faites.
Le ministre fédéral était pour l'occasion accompagné par sa collègue du patrimoine Josée Verner, responsable de la région de Québec, mais aussi de deux ministres québécois, Monique Jérôme-Forget et Benoît Pelletier.
La ministre des Finances québécoise, Monique Jérôme-Forget, a fait grimacer M. Cannon à quelques reprises, notamment lorsqu'elle a invité tout le monde — à l'approche d'une campagne électorale — à «calmer ses ardeurs» et à ne pas céder à la tentation de multiplier les annonces en lien avec Chantiers Canada. Ce n'est pas vrai, a-t-elle insisté, «qu'il y a 4 milliards de disponibles demain», puisque plusieurs de ces sommes sont déjà allouées.
De plus, elle a admis que l'entente, conclue au printemps dernier, aurait pu être signée «plus tôt», confirmant ainsi que l'annonce en avait été retardée pour des raisons électorales. Lorsqu'un journaliste lui a demandé si elle faisait de la figuration pour aider un gouvernement qui retournera bientôt devant le peuple, elle a rétorqué qu'elle n'était pas pour refuser quatre milliards parce qu'une élection s'en vient: «Si c'est ça qu'on appelle "figuration", je vais en faire tous les jours.»
Plusieurs députés adéquistes de la région de Québec s'étaient invités à la conférence de presse. À leurs yeux, ce type d'annonces électorales alimente le cynisme de la population. Mais le député de La Peltrie, Éric Caire, a admis qu'il y avait «fondamentalement des bonnes nouvelles là-dedans» pour la région de Québec, où 1,4 milliard va être investi. «Est-ce que cette bonne nouvelle-là, aujourd'hui, a été motivée par des mauvaises raisons? Je vous laisse juger», a-t-il lancé.
L'opposition crie à l'opportunisme
Les partis d'opposition à Ottawa n'ont pas manqué d'accuser le gouvernement de «cynisme» et «d'opportunisme» devant ces annonces à la veille d'un déclenchement électoral. «Les gens ne sont pas dupes, ils voient que c'est un opportunisme délirant de la part du Parti conservateur. Il mousse son image avec l'argent des contribuables», a soutenu le député bloquiste Pierre Paquette.
Interrogé à ce sujet mardi, le secrétaire d'État Jason Kenney disait ne rien voir de surprenant. «Les ministres font leur travail. Il n'y a rien de nouveau dans le fait de faire des annonces quand la Chambre ne siège pas», a dit le député conservateur de l'Alberta.
Les trois partis d'opposition ne sont pas de son avis. Le chef libéral Stéphane Dion a semblé particulièrement irrité par l'annonce dans le secteur automobile. «On lui a demandé pendant des mois de faire cela. Lui et son ministre nous ont envoyé paître. Il disait que ce n'est pas le rôle du gouvernement», a-t-il déclaré pendant son caucus à Winnipeg. «Il le fait très tardivement et il ne le fait pas par conviction, mais seulement parce qu'il y a une élection.»
Le chef du NPD, Jack Layton, soutient que les conservateurs ne sont pas différents des libéraux, qui avaient pris l'habitude de multiplier les annonces à la veille des élections. «Ça ne fait qu'augmenter le cynisme des citoyens. C'est consternant», dit-il.
Le Bloc québécois juge regrettable que le gouvernement Harper n'ait pas protégé et aidé l'industrie québécoise de l'aérospatial lors des nombreux contrats militaires accordés par Ottawa, et qu'il aide maintenant l'industrie automobile. «Ça va faire partie du débat en campagne», promet Pierre Paquette.
***
Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti
Le gros morceau des annonces d'hier est la conclusion d'une entente administrative avec Québec sur les infrastructures. La valeur est de 4 milliards de dollars jusqu'en 2014. Une entente de principe avait été conclue en mai dernier, mais les conservateurs souhaitaient attendre l'approche d'un déclenchement électoral, ce qui a retardé la signature officielle, selon des sources à Québec.
Tous les prétextes semblaient bons hier aux yeux du gouvernement Harper pour faire une annonce quelque part au pays. Ainsi, la fête des Violons d'automne, à Saint-Jean-Port-Joli, a reçu 3000 $, alors que le festival d'automne Orgue et couleurs, à Montréal, a quant à lui touché 30 000 $. En Nouvelle-Écosse, le ministre Peter Mackay a annoncé que la revue trimestrielle Antigonish Review, de l'université St. Francis Xavier, recevra 12 000 $ du fédéral.
L'nstitut Dominion, qui travaille avec les anciens combattants, recevra 450 000 $. L'organisme Ars Longa, de Charlottetown, touchera 5000 $. Deux annonces dans l'industrie aérospatiale (à Montréal et Toronto) totalisent 31,6 millions de dollars. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture a eu droit à 1,3 million. Les jeunes de Vancouver sans emploi auront un projet pour les aider dont la facture s'élève à 2,9 millions, alors que Winnipeg verra son théâtre Molière être rénové avec de l'argent fédéral qui totalisera 3,5 millions.
Stockwell Day, ministre de la Sécurité publique, a pour sa part annoncé un investissement de 4,9 millions de dollars pour appuyer un projet visant à contrer les activités des gangs de rues à Toronto.
À Windsor, dans le sud de l'Ontario, où le Parti conservateur veut faire des gains aux prochaines élections, le premier ministre Harper s'est déplacé pour une annonce de 80 millions de dollars qui servira à aider une nouvelle usine Ford à prendre son envol. Jusqu'à présent, le gouvernement Harper avait toujours refusé d'investir directement dans les industries en difficulté.
D'autres annonces importantes devraient suivre dans les prochains jours. Le Festival western de Saint-Tite, notamment, aura droit à son enveloppe monétaire aujourd'hui.
Québec heureux et mal à l'aise
À Québec, lieu des plus stratégiques dans la campagne à venir, les conservateurs ont signé hier en grande pompe avec le gouvernement Charest une entente évaluée à 4 milliards de dollars d'ici 2014, dans le cadre de Chantiers Canada, plan d'infrastructure à long terme du fédéral.
L'entente permettra la réalisation de projets connus depuis longtemps et annoncés pour la plupart, comme le Quartier des spectacles à Montréal, le Peps de l'université Laval, le prolongement de l'autoroute 30, l'agrandissement des musées des beaux-arts de Montréal et de Québec, etc.
Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a qualifié l'entente d'«historique» et l'a décrite comme le plan «le plus important jamais mis de l'avant» par Québec et Ottawa. À son dire, c'est une retombée du «fédéralisme d'ouverture». M. Cannon s'est défendu de recycler des annonces déjà faites.
Le ministre fédéral était pour l'occasion accompagné par sa collègue du patrimoine Josée Verner, responsable de la région de Québec, mais aussi de deux ministres québécois, Monique Jérôme-Forget et Benoît Pelletier.
La ministre des Finances québécoise, Monique Jérôme-Forget, a fait grimacer M. Cannon à quelques reprises, notamment lorsqu'elle a invité tout le monde — à l'approche d'une campagne électorale — à «calmer ses ardeurs» et à ne pas céder à la tentation de multiplier les annonces en lien avec Chantiers Canada. Ce n'est pas vrai, a-t-elle insisté, «qu'il y a 4 milliards de disponibles demain», puisque plusieurs de ces sommes sont déjà allouées.
De plus, elle a admis que l'entente, conclue au printemps dernier, aurait pu être signée «plus tôt», confirmant ainsi que l'annonce en avait été retardée pour des raisons électorales. Lorsqu'un journaliste lui a demandé si elle faisait de la figuration pour aider un gouvernement qui retournera bientôt devant le peuple, elle a rétorqué qu'elle n'était pas pour refuser quatre milliards parce qu'une élection s'en vient: «Si c'est ça qu'on appelle "figuration", je vais en faire tous les jours.»
Plusieurs députés adéquistes de la région de Québec s'étaient invités à la conférence de presse. À leurs yeux, ce type d'annonces électorales alimente le cynisme de la population. Mais le député de La Peltrie, Éric Caire, a admis qu'il y avait «fondamentalement des bonnes nouvelles là-dedans» pour la région de Québec, où 1,4 milliard va être investi. «Est-ce que cette bonne nouvelle-là, aujourd'hui, a été motivée par des mauvaises raisons? Je vous laisse juger», a-t-il lancé.
L'opposition crie à l'opportunisme
Les partis d'opposition à Ottawa n'ont pas manqué d'accuser le gouvernement de «cynisme» et «d'opportunisme» devant ces annonces à la veille d'un déclenchement électoral. «Les gens ne sont pas dupes, ils voient que c'est un opportunisme délirant de la part du Parti conservateur. Il mousse son image avec l'argent des contribuables», a soutenu le député bloquiste Pierre Paquette.
Interrogé à ce sujet mardi, le secrétaire d'État Jason Kenney disait ne rien voir de surprenant. «Les ministres font leur travail. Il n'y a rien de nouveau dans le fait de faire des annonces quand la Chambre ne siège pas», a dit le député conservateur de l'Alberta.
Les trois partis d'opposition ne sont pas de son avis. Le chef libéral Stéphane Dion a semblé particulièrement irrité par l'annonce dans le secteur automobile. «On lui a demandé pendant des mois de faire cela. Lui et son ministre nous ont envoyé paître. Il disait que ce n'est pas le rôle du gouvernement», a-t-il déclaré pendant son caucus à Winnipeg. «Il le fait très tardivement et il ne le fait pas par conviction, mais seulement parce qu'il y a une élection.»
Le chef du NPD, Jack Layton, soutient que les conservateurs ne sont pas différents des libéraux, qui avaient pris l'habitude de multiplier les annonces à la veille des élections. «Ça ne fait qu'augmenter le cynisme des citoyens. C'est consternant», dit-il.
Le Bloc québécois juge regrettable que le gouvernement Harper n'ait pas protégé et aidé l'industrie québécoise de l'aérospatial lors des nombreux contrats militaires accordés par Ottawa, et qu'il aide maintenant l'industrie automobile. «Ça va faire partie du débat en campagne», promet Pierre Paquette.
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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti
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