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Le rasoir d'Occam

Michel David   4 septembre 2008  Canada
«Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem.» (Les entités ne devraient pas être multipliées sans nécessité.)

C'est en ces termes que le franciscain anglais Guillaume d'Occam avait énoncé, au début du XIVe siècle, le principe dit du «rasoir d'Occam», qui a été repris sous diverses formes par des penseurs et des scientifiques aussi éminents que Leibniz, Newton et Einstein.

Le «rasoir d'Occam» a changé de nom en entrant dans le langage courant. Le principe de KISS (Keep it simple, stupid) est devenu une règle universelle en matière de communication, tout particulièrement de communication politique. Tout le fla-fla qui risque d'obscurcir le message doit impérativement être rasé.

Le maître à penser de Stephen Harper, Tom Flanagan, a très bien expliqué la chose dans son livre intitulé Harper's Team, qui raconte les dessous de la prise du pouvoir par les conservateurs: «Les politiques doivent être formulées de manière à pouvoir être communiquées au grand public et à recevoir l'appui d'électeurs qui consacrent peu de temps à les étudier.»

Durant la campagne de 2005-06, M. Harper a appliqué cette recommandation à la lettre. N'importe qui pouvait comprendre la promesse d'abaisser la TPS ou de verser une allocation annuelle de 1200 $ pour chaque enfant âgé de six ans ou moins, sans exception. Tout porte à croire qu'il pratiquera la même simplicité au cours de la prochaine campagne.

Le professeur Stéphane Dion connaissait certainement l'oeuvre de Guillaume d'Occam. Le problème est que le chef libéral semble en avoir oublié les préceptes depuis. Après deux mois de longues explications, son «tournant vert» semble demeurer une énigme pour le commun des mortels. Et plus ils en entendent parler, moins les électeurs y sont favorables.

Le projet est maintenant devenu évolutif, ce qui risque de miner sa crédibilité encore un peu plus. Hier, M. Dion a annoncé de nouveaux crédits de réduction d'émission de GES totalisant 400 millions de dollars au profit des agriculteurs et de l'industrie forestière, de même que des fonds spéciaux destinés aux camionneurs et aux pêcheurs. Qui seront les prochains gagnants de la prochaine loterie verte du PLC?

***

Les conservateurs se sont fait un devoir d'éclairer la population sur les intentions libérales. Qu'elles soient vraies ou fausses, leurs explications ont le grand mérite d'être faciles à comprendre. D'autant plus qu'elles s'appuient sur la méfiance instinctive des électeurs: M. Dion a beau assurer que les profits de la nouvelle taxe sur le carbone seraient retournés aux contribuables, quand a-t-on déjà vu un gouvernement redonner d'une main ce qu'il avait pris de l'autre? C'est plutôt l'inverse qui est la règle.

L'instauration de la TPS par le gouvernement Mulroney, en 1991, était sans aucun doute un geste courageux, qui s'est révélé bénéfique pour le Canada, mais elle a aussi constitué un facteur important de la plus sévère défaite subie par un des grands partis nationaux depuis la naissance de la fédération.

En ces matières, le cynisme a toujours été plus profitable. Alors qu'il était chef de l'opposition, Jean Chrétien avait promis d'abolir la TPS, tout comme il avait promis de déchirer l'accord de libre-échange. Bien entendu, il n'en a rien fait, ce qui ne l'a pas empêché d'être réélu facilement à deux reprises.

Durant la campagne électorale de 1974, Pierre Elliott Trudeau avait ridiculisé le chef conservateur Robert Stanfield, qui proposait de geler les prix et les salaires pour juguler l'inflation. Dès qu'il s'était retrouvé à la tête d'un gouvernement majoritaire, M. Trudeau s'était empressé de reprendre la mesure à son compte.

Au moment où les consommateurs sont encore sous le choc de la hausse des prix pétroliers, on se demande s'il faut admirer l'audace du chef libéral ou se désoler de sa naïveté. L'expérience passée démontre que le souci de la protection de l'environnement diminue considérablement quand l'économie donne des signes de ralentissement. Plus encore qu'une réforme fiscale audacieuse, c'est un véritable changement des mentalités que cherche à provoquer M. Dion.

***

Un leader plus charismatique y parviendrait peut-être. Il y a une douzaine d'années, Lucien Bouchard était sans doute le seul qui pouvait embrigader le Québec tout entier dans la quête du déficit zéro, et cela ne s'est pas fait sans peine.

M. Dion semble malheureusement le moins apte à convaincre qui que ce soit. Les sondages sont accablants pour le chef libéral. Selon le dernier Ipsos Reid, seulement 20 % des Canadiens voient en lui le meilleur candidat au poste de premier ministre, très loin derrière Stephen Harper (50 %) et Jack Layton (31 %).

Pour mener la lutte contre les changements climatiques, la population fait moins confiance au chef libéral (30 %) qu'à M. Layton (38 %) et à peine plus qu'au premier ministre (27 %), qui porte pourtant le bonnet d'âne depuis longtemps.

Même si les électeurs tiennent généralement pour acquis que les promesses des politiciens sont faites pour être brisées, M. Dion constituerait peut-être l'exception à la règle. Au bout du compte, il se pourrait très bien que son projet se révèle avantageux à la fois pour les contribuables, pour l'économie et pour l'environnement.

On peut reprocher plusieurs choses au père de la Loi sur la clarté, mais pas l'accuser d'avoir agi avec cynisme ou hypocrisie dans le passé. Dès son entrée en politique, il avait clairement indiqué son intention d'imposer de nouvelles règles du jeu en prévision d'un troisième référendum sur la souveraineté. Il a fait exactement ce qu'il avait dit. Il est vrai que les Canadiens n'avaient pas eu besoin d'un dessin pour comprendre ce dont il s'agissait.

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Dominic Pageau
    Abonné
    jeudi 4 septembre 2008 02h53
    Dion est à coté de ses pompes.
    Il ne cadre pas dans le décor et comme dès le départ, il est dans l'erreur, son plan vert ne vaut pas un clou.

    En effet, il est dans l'erreur, car rien ne démontre que les émissions de gaz carbonique sont responsables des changements climatiques.

    De plus, ça ne se réchauffe plus depuis 10 ans, contre quoi monsieur Dion désire lutter?

  • Pierre-R. Desrosiers
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 06h47
    Meute et intellos
    L'histoire électorale enseigne, dans tous les pays démocratiques, que les partis politiques qui font appel à l'intelligence, fût-ce modérément, prospèrent entre les élections. Telle a été le destin de la CCF et du NPD depuis des lustres. Mais que survienne un scrutin, alors la population devient ce qu'elle est, une meute, et entend d'abord se donner un chef. Les raisonnements ne comptent plus. Il en sera ainsi lors de la prochaine campagne.

    Pierre R. Desrosiers
    Val David

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 07h46
    Santé, écologie et élections
    Que le célèbre rasoir d'Occam, sous quelques forme d'adaptation qu''il se lise (KISS ou autre) soit un outil de communication indispensable que les responsables politiques devraient toujours transporter dans leur trousse de voyage, nul ne saurait en disconvenir. Mais, soit dit en passant, nombre de journalistes devraient aussi s'en munir qui, lors d'entrevues en direct ou à la télévision, posent des questions si longues et si embrouillées qu'il est bien difficile de saisir ce dont ils veulent parler. La personne interrogée est même parfois obligée de faire répéter la question. Un bon cours de formation traitant du rasoir d'Occam et de son application pratique serait utile et même Radio-Canada devrait y songer. Nombre de bafouilleurs s'y trouvent.

    Pour en revenir aux programmes politiques et aux élections, les partis d'opposition pourraient utilement prendre connaissance, si ce n'est déjà fait, du rapport de Santé Canada intitulé « Santé et changements climatiques - Évaluation des vulnérabilités et des capacités d'adaptation au Canada ». Certes, ce rapport est sorti très discrètement pendant l'été, durant le vide des institutions politiques qui l'accompagnent. Je n'en ai obtenu une version CD qu'il y a trois jours, malgré une demande faite au moment de sa « sortie ».

    Le Devoir a souligné «l'indignation chez les auteurs du rapport de Santé Canada sur l'impact sanitaire des changements climatiques au pays. Au lendemain d'un dévoilement plutôt discret, orchestré au coeur de l'été par l'administration Harper, de cette volumineuse analyse sur les conséquences du réchauffement de la planète sur la santé des Canadiens, plusieurs signataires de ce document ont dénoncé hier avec force la tactique politicienne qui vise, selon eux, à «éviter que l'attention ne se porte sur un enjeu important». (5 août)

    Car ce document fort intéressant apporte de l'eau au moulin des partis d'opposition qui veulent critiquer l'inertie du gouvernement Harper en matière de protection de l'environnement et de lutte contre le changement climatique. Santé Canada s'en tient, bien entendu, à son domaine de compétence, l'incidence des changements climatiques sur la santé des Canadiennes et des Canadiens, mais il est facile d'en tirer une conclusion claire, nette et précise, qui ravirait Occam. Il faut intervenir directement et immédiatement pour lutter contre ces changements, afin de préserver notre santé et celle de nos enfants et petits-enfants.

    Stéphane Dion, qui a du mal à expliquer son Tournant vert pourrait s'en inspirer et simplifier ses explications avec des phrases coupées au rasoir, pour faire un lien entre sa taxe sur le carbone et la santé de la population. Les Vets de toutes couleurs pourraient en faire autant.

    J'extrais du chapitre 9 ces quelques lignes qui sont sans équivoques : « Malgré les incertitudes relatives à la nature et à la gravité des impacts futurs et les lacunes dans les connaissances mentionnées plus haut, les résultats de l'Évaluation donnent à penser qu'il convient d'agir dès maintenant pour soutenir les efforts destinés à protéger la santé contre les risques climatiques. Il faut également de la planification et de la préparation pour réduire ou éviter d'éventuelles répercussions néfastes sur la santé. »

    La santé et les changements climatiques seront-ils au coeur des débats électoraux? Ce serait souhaitable. Et il serait facile et il y aurait tout à gagner de les passer au fil du rasoir d'Occam.

  • Gilbert Belzile
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 08h41
    Frapper un adversaire qui a les épaules au plancher!
    Le pétrole bat record après record, ces dernières années... et, la sanction ne se fait pas atttendre, les prix des produits qui en dépendent, montent, l'inflation fait son oeuvre

    A en croire les différents experts, nous aurions dépensé plus de la moitié des réserves connues de pétrole, et il en serait de même pour le gaz. C'est la théorie du Peak Oil.
    Les découvertes sont de moins en moins importantes alors que la demande et la consommation ne cessent de croître.Nous aurions du pétrole pour environ 40 ans encore.
    Les prix s'ajustent à la situation,quel sommet atteindront-ils? Chacun peut y aller de sa prédiction.
    Il va nous falloir vivre avec moins de pétrole, et il coûtera plus cher. Nous allons donc devoir changer notre mode de vie et diversifier très fortement nos sources d'énergie.
    Celà va nous coûter très cher et l'économie du pays devra s'adapter à la nouvelle situation.
    Avons-nous besoin d'une taxe additionnelle,celle du carbone de monsieur Dion pour massacrer encore plus notre économie et nous rendre moins compétitifs dans une économie mondiale?
    Évidemment,si M. Dion n'arrive pas à vendre sa taxe sur le pétrole aux canadiens, il sera tout de même bien vu par les autorités de Kioto.
    Qui sait, un poste à cet organisme serait-elle une récompence acceptable?


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  • Jean-Yves Bégin
    Abonné
    jeudi 4 septembre 2008 09h05
    Pour faire encore plus simple...
    Il y avait à Ste-Adèle, il y a une ou deux décennies, vague souvenir, un mouvement écolo moral bien intentionné et peut-être un peu naïf, qui ralliait sans doute des gens simples et aimables enclins à voter pour le bien et contre le mal... et qui publiait de petits papiers... verts, mouvement, dis-je, et vous l'avez déjà deviné, appelé... LE TOURNANT VERT.

    Il ne manquerait plus qu'à le retrouver s'il existe encore, et à l'inciter à actionner le Parti libéral du prof Dion pour vol de raison sociale avec grasse demande d'indemnité (à appliquer à des objectifs écolos locaux!), our en rajouter encore au grand spectacle de sadomasochisme politique que risque d'être la prochaine campagne électorale avec curée contre le naïf petit homme qui veut faire saliver l'électorat avec une valeur sûre: ENCORE DE NOUVELLES TAXES!

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 11h47
    Économie et environnement.
    En fait, l'économie et l'environnement vont de pair car les changements climatiques, quelles que soient leurs causes, ont un impact immédiat sur l'économie, qu'ils soient positifs ou négatifs. De plus il ne fait aucun doute maintenant que les gaz à effet de serre, quelle que soit leurs sources, ont causé des changements importants à l'environnement et ont un impact direct sur les changements climatiques. La planète est dans un processus de transformation qu'on ne peut pas éviter.

    Dans ce contexte le soit-disant tournant vert de Dion est une goutte dans l'océan et, comme les changements climatiques, ce n'est pas un concept simple, que le commun des mortels peut comprendre aisément, surtout que dans la partie la plus habitée du Canada, ces changements sont pour le moment impalpables. Évidemment les Inuit y sont plus sensibles car ils voient ces changements à chaque jour et leur mode de vie est en voie d'en être transformé. Sheila Watt-Cloutier essaie d'en sensibiliser les autres Canadiens et le reste du monde mais, c'est trop abstrait pour la plupart des gens. Ceci dit, Dion est peut-être dans la bonne voie mais il va vraisemblablement prêcher dans le désert et l'électeur va seulement comprendre le mot TAXE avec les conséquences qu'on peut imaginer. L'électeur se fiche bien du long terme - il pense à son emploi et à son niveau de vie avec son VUS et ses VTT. Ce sont ses petits-enfants et peut-être même ses enfants qui vont devoir vivre avec les conséquences mais ça, l'électeur s'en fiche bien, n'est-ce pas?

  • Paul Verreault
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 12h03
    Clinquant
    Les vendeurs de babioles connaissent bien ce principe; de la couleur clinquante, un cadeau inutile dans la boîte, le tour est joué, même si le tout est dangereux pour la santé (physique ou intellectuelle). C'est là qu'entre en jeu le rôle important des médias pour alerter les électeurs...pour la santé de la démocratie!

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    jeudi 4 septembre 2008 13h06
    KSSS
    Ajoutons donc un «S» pour simpliste.

    Les électeurs n'ont pas le temps d'«étudier» les propositions des politiciens. En fait, ils s'en fichent, voilà la vérité. Ils sont beaucoup trop absorbés par leur survie ou leur petit confort de proximité.

    Le politiciens, assistés des gourous du market, croient alors qu'ils sont simplistes comme eux ou demeurés et ils concoctent des plans cyniques et fourbes. Afin d'accomplir leurs visées obscures et d'imposer leur idéologie, ils leur accordent des bonbons, des leurres quelconques faciles à comprendre.

    L'électeur se dit alors qu'il sont tous pareils et que leurs desseins cachés se valent et ne les atteignent pas et c'est là qu'ils se trompent. Ils prennent le petit cadeau se disant que c'est toujours ça de pris.

    La démocratie est en construction, elle n'est pas acquise

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    jeudi 4 septembre 2008 13h15
    Rasoir comme politique...
    Depuis que l'internet existe, que le savoir et la connaissance sont libérées, vous nous dites que l'électorat lui doit se comporter de manière stupide? Je ne partage pas vos vues, mais puisqu'il faut vous l'expliquer simplement, je vais certainement voter pour le parti qui clame mon nom, et qui fait corps avec mes aspirations.

  • roger montreal
    Abonné
    jeudi 4 septembre 2008 17h38
    Les pays qui ont adopté KYOTO, tous des imbéciles seul HARPER BUCH ont raison
    A lire les commentaires,les disciples de BUCH et HARPER /
    pour le pétrole/ont livrés leurs pensés d extrême droite.
    Tout ce qui est important, le pétrole et l économie
    L'avenir de nos enfants et petits enfants,c est pas important ,
    Tous les pays ont acceptés KYOTO seul HARPER ET BUCH ont refusé,/ pas les pays/ tous les deux pour la meme raison le pétrole ,le Québec est la province qui pollue le moins, mais recoit la pollution de l ouest /DES PRODUCTRICES DE PÉTROLE/.
    Mais c est bons conservateurs du QUÉBEC, vont voter pour leurs cher HARPER , le chef conservateurs va leurs donner quelque bonbons, comme du temps de la grande noirceurs du règne de DUPLESSI.
    Le réchauffement de la planète, c est des folies, les autres pays sont tous des stupides .
    ROGER MONTREAL

  • Dominic Pageau
    Abonné
    vendredi 5 septembre 2008 01h40
    J'imagine, monsieur Roger Dion, que vous êtes de ceux qui se réjouissent quand le pétrole monte.
    Moi pas.

    Ça fait longtemps que les grandes firmes pétrolières se sont diversifiées. Le solaire, l'éolien, le nucléaire, l'hydro-électrique et alouette..... Il y a les même poches derrière.

    Faire augmenter le prix du pétrole reviens donc à pousser vers d'autres sources d'énergie, toujours plus dispendieuse, tout en sachant qu'on va toujours avoir de besoin de pétrole. Ils vont en moins, plus cher, pendant plus longtemps.

    Elles sont mortes de rire.



    Regardez ça et dites moi ce que vous voyez

    http://data.giss.nasa.gov/gistemp/graphs/Fig.C.lrg

    Vous voyez un réchauffement depuis 1998?

  • Chryst
    Abonné
    vendredi 5 septembre 2008 06h23
    Vrai aussi pour la science
    Ces principes peuvent aussi s'appliquer à la présentation scientifique. Aller directement au but recherché, sans trop en mettre en brouillant le message. Nous avons appris de notre présentation d'octobre 2004 à Baie-Comeau.

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